Résistance au colonialisme: Suprématie blanche et domination par la loi fédérale sur les Indiens (Steven Newcomb)

La suprématie blanche (concept “d’ascendance”) est la base même de la loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

4 septembre 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/white-supremacy-ascendancy-basis-us-federal-indian-law/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

L’ère Trump a donné naissance à une nouvelle vague de suprématisme blanc aux Etats-Unis. En réponse, un certain nombre de statues dédiées à des figures de la Confédération sudiste et propriétaires d’esclaves (NdT: il y avait des propriétaires d’esclaves au nord également et la guerre de sécession ne fut en aucun cas une guerre de l’anti-esclavagisme (le nord) contre l’esclavagisme (le sud)…) ont été  récemment retirées de leurs piedestaux à cause de la levée de boucliers contre ce qui est perçu comme l’histoire du racisme aux Etats-Unis et l’atmosphère raciste de suprématisme blanc et de nationalisme qui s’est levée dans la société américaine depuis le début de la présidence de Trump. Par exemple, une statue du général sudiste Robert E. Lee a été enlevée, en partie parce que Lee commandait l’armée confédérée pendant la guerre civile de sécession.

Et pourtant, ceux qui ont critiqué les statues d’un bon nombre de racistes de l’histoire des Etats-Unis ont été malgré tout très sélectifs dans leur indignation envers d’autres blancs, propriétaires d’esclaves et qui croyaient en la suprématie blanche. Ironiquement, le président Trump l’a fait remarquer lorsqu’il a réthoriquement demandé aux opposants des statues, s’ils pensaient que les statues de deux autres propriétaires d’esclaves, George Washington et Thomas Jefferson, devaient aussi être descendues de leur piedestal. Ma réponse serait sans hésiter: “définitivement”…

Un exemple d’attitude suprématiste est évident quand une classe dirigeante se considère être meilleure que les autres classes et qu’elle détient le pouvoir. Un suprématiste blanc a été défini comme “une personne qui croit que la race blanche est de manière inhérente supérieure aux autres races et que les blancs devraient avoir le contrôle sur les personnes d’autres couleurs et d’autres races.” L’”affirmation d’ascendance” est une autre manière de clamer la suprématie. Affirmer l’”ascendance blanche” est assumer que les blancs sont suprêmes et doivent se situer dans les plus hautes positions de la société américaine , au-dessus des autres. Dans la décision de la Cour Suprême des Etats-Unis (CSEU) de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823, le juge de la CSEU John Marshall, un autre propriétaire d’esclaves, a dit que le caractère et la religion des habitants autochtones de l’Amérique du Nord fournissait “une excuse pour les considérer être un peuple sur lequel ‘le génie supérieur européen pourrait affirmer une ascendance’”. Le dictionnaire Webster définit l’ascendance comme “pouvoir de contrôle et gouvernant: domination”. Ainsi donc l’expression de “suprématie blanche” n’est qu’un euphémisme pour “domination blanche”.

Une statue du juge John Marshall trône en ce moment dans le bâtiment de la CSEU à Washington DC. Même si cette statue était retirée, la mentalité raciste (cadre de pensée) que Marshall a laissé transparaître au travers de ses écrits dans le rendu de l’affaire Johnson demeurera dans le bâtiment sous la forme de cette décision de Johnson contre M’Intosh et toutes les autres décisions bigotes et religieusement motivées de la CSEU.

Statue ou pas, la CSEU continuera d’utiliser les schémas de domination racistes que cette institution a utilisé contre nos peuples et nations depuis bientôt maintenant deux siècles (l’année 2023 marquera le bicentenaire de la décision de l’affaire Johnson c. M’Intosh, affaire et rendu qui déterminent aujourd’hui encore la loi et la politique fédérales indiennes des USA)

Après avoir visionné notre documentaire au sujet de la décision de la CSEU dans l’affaire Johnson contre M’Intosh The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code, les gens demandent souvent “Que pouvons-nous faire ?” ou bien “Alors quelle est la solution ?” Réfléchissons un peu à ces questions un moment. Les hommes et les femmes siégeant à la CSEU ont totalement l’intention de continuer à utiliser comme “précédent légal” cette décision raciste et bigote édicté dans le verdict de l’affaire Johnson et de son résultat direct de la domination blanche (suprématie, ascendance). Aucune législation n’empêchera la CSEU à utiliser cette décision. De plus, le congrès n’a aucune raison de passer une loi contredisant la décision émise dans Johnson. Étant donné la nature dominante et le tempérament de l’administration Trump, le chambardement actuel de la branche exécutive du gouvernement des Etats-Unis ne va sûrement pas essayer de mettre fin aux schémas de suprématie et de domination blanches qu’on trouve dans la décision de l’affaire Johnson contre M’Intosh et sa résultante directe que fut la loi et politique fédérale indienne de manière générale. Nous pouvons être tout à fait certains que les Etats-Unis ne veulent en rien écarter les idées inhérentes à la décision et qui servent de pierre angulaire au système légal de la propriété foncière aux Etats-Unis.

Le juge de la CSEU John Marshall a écrit le rendu du verdict de Johnson de façon à assurer que nos nations autochtones ne soient pas reconnues comme nos propres “pays” dans le monde incluant l’Angleterre, la France, l’Espagne, le Portugal etc. Le verdict fut écrit de façon à ce que les frontières nationales des nations autochtones ne soient vues que comme des fictions poreuses que les Etats-Unis pourraient transgresser et violer en toute impunité, ne laissant aucun tracé solide capable de maintenir les Etats-Unis et autres pays hors de nos terres.

Une caractéristique unique des nations dites “indigènes” est que leurs oppresseurs comme les Etats-Unis (NdT: et le Canada, le Mexique et tous les états d’Amérique du sud de fait…) sont capables de les définir unilatéralement de manière subordonnée. Les nations indigènes n’ont aucun moyen effectif d’empêcher leurs oppresseurs de leurs imposer leurs unilatéralement ces définitions. Il me semble que tant que nous continuons à appeler une idée de système de domination “la loi”, nous continuerons à être contrôlés et dominés par le système de la suprématie blanche chrétienne qui est parfaitement exemplifiée dans le verdict de l’affaire Johnson contre M’Intosh.

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19 Réponses to “Résistance au colonialisme: Suprématie blanche et domination par la loi fédérale sur les Indiens (Steven Newcomb)”

  1. Ce qui est notable avec Newcomb, c’est qu’il démontre, une fois de plus la nécessité absolue, de rompre avec le schéma colonialiste mais sa façon d’expliquer dédramatise les choses.
    Il propose cette césure, de manière inédite, et je l’ai ressentie ainsi.
    Il se démarque en cela, car il ne culpabilise pas les blancs ;
    Il dit juste, et je suis absolument d’accord avec lui, que c’est l’esprit de l’homme blanc (et je rajoute des hommes en jupe qui plus est) qui a initié et à son seul profit, l’esprit de « conquête » par la domination d’un peuple sur un autre et qui aujourd’hui encore ne veut pas lâcher cette prérogative.
    Je le relaierai demain matin, en rappelant son billet du 22 juillet que vous aviez traduit et qui pour moi est LE déclencheur, LE déclic supplémentaire qui m’a propulsé encore plus loin dans ma réflexion. J’ai même eu cette impression à ce moment-là qu’entre lui, d’Errico et MNN ils rivalisaient d’audace, en enfonçant un piolet à tour de rôle pour nous permettre d’élever nos consciences.
    SN ayant juste trouvé le moyen de nous propulser très vite la tête dans les étoiles, nous pour regarder de haut, mais pour nous permettre, sans distinction possible de faire le même rêve…

    C’est ce billet là ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/07/26/la-cesure-du-temps-zero/ qui pour moi aura été le déclencleur, puis le Boosters.

    Par ailleurs, il répond a tout ce qu’on a pu lire ces derniers temps, et qu’est-ce qu’on a plus lire comme « onnerie » hein ?
    Très subtil et puissant à la fois…
    Jo

    • Exactement SN et Pd’E sont sur la voie de la raison, celle du détricotage légal. Confondre l’empire avec ses propres armes pseudo-légales. Il y a un tournant qui s’est opéré, un nouveau facteur divisionnaire, qui existait déjà mais qui est ravivé, celui de la « suprématie » blanche etc… terrain très marécageux qu’il faut éviter, MNN l’a emprunté et peut perdre la sympathie durement gagnée de colons se posant les bonnes questions. SN, d’E et TA demeurent sur le bon chemin de la critique constructive.

      • Oui, c’est triste pour MNN, sauf s’il quitte le marais et reviennent sur la Terre ferme, mais c’est juste. C’est d’ailleurs dans ce sens que je vais relayer ce Newcomb là, qui lui a planté son piolet, dans la montagne pour nous permettre d’arriver en haut ET à tous, sans aucune distinction. SN et Pd’E sont les seuls, pour le moment à inviter sans distinction les Natifs (qu’il exhortent à sortir du Système INDIEN et à se désindigéniser) les non-indigènes, les colons de papier à avancer, ensemble vers un nouveau paradigme, sans dieu, ni maitre sans arme ni haine ni violence… Voilà bien pourquoi il ne peut manquer de toucher tous les anarchistes du monde, à mon sens !
        Jo

  2. la Cariatide Says:

    question: est-ce qu’il y a une raison pour laquelle vous ne diffusez pas du michel clouscard, alors qu’il est post-marxiste, donc forcément très intéressant 🙂

    1 seule occurence dans le site internet, dans un billet sur jean claude michéa.

    • la seule raison est qu’on ne connaît pas bien son travail. Pourquoi ? Parce qu’en bon marxiste, pour lui tout est « économique », or la solution au marasme sociétal, résultat de siècles de division politique (et économique certes… mais pas primordialement, « l’économique » étant une pièce rapportée en cours de route…), n’est pas économique mais politique. C’est revenir à la question du pouvoir et sa relation en société. Un peu de patience, nous écrivons en ce moment même un « petit bouquin » là dessus, qui nous l’espérons, amènera un peu d’eau au moulin du changement si nécessaire de manière radicale.
      Pas exclu qu’on se penche dessus dans l’avenir. Il est sans doute très intéressant, mais il n’est pas primordial pour nous de lire la pensée, aussi subtile puisse t’elle être, d’un sociologue qui privilégie comme facteur essentiel de la société sa relation entre la « production » et la consommation ». On sait que c’est réducteur, on n’en sait pas beaucoup plus, mais nous devons sélectionner nos points d’attention avec le plus de justesse possible, parce que simplement le temps nous manque.
      Clouscard est-il essentiel à ce que nous faisons ? Faudra que quelqu’un s’y mette pour voir … 😉
      Une recommandation d’un écrit incontournable de Clouscard ? « L’Être et le code » sans doute ?

  3. la Cariatide Says:

    décidément, encore un bon document de jar2.com 🙂

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