Changeons de paradigme politique en changeant d’attitude envers l’État (Gustav Landauer)

A lire: « Appel au socialisme », pour la société des sociétés, Gustav Landauer (1911, 1919)

 

De faibles hommes d’état, un peuple encore plus faible !

 

Gustav Landauer

 

Der Sozialist, décembre 1910

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Un homme pâle, nerveux, malade et faible est assis et écrit à son bureau. Il gribouille des notes sur une feuille de papier. Il compose une symphonie. Il travaille avec diligence, utilisant tous les secrets de son art qu’il a patiemment appris. Lorsque la symphonie est jouée, cent cinquante hommes jouent dans l’orchestre ; dans le troisième mouvement, il y a dix timbales, quinze instruments de percussion et un orgue. Dans le mouvement final, un chant en 8 parties chanté par un chœur de 500 personnes est ajouté ainsi qu’un orchestre annexe de fifres et de tambours. L’audience est fascinée par la puissance et la vigueur imposées.

Nos hommes d’état et politiciens ainsi que de plus en plus notre classe dirigeante, nous rappellent ce compositeur qui ne possède en fait aucun pouvoir, aucune puissance, mais qui permet à la masse d’apparaître puissante. Nos hommes d’états et politiciens cachent également leur faiblesse et leur incompétence derrière un orchestre géant obéissant volontairement à leurs ordres. Dans ce cas-ci, l’orchestre est le peuple en arme, l’armée.

Les voix courroucées des partis politiques, les plaintes des citoyens et des travailleurs, les poings fermés dans les poches des gens, rien de tout cela ne doit être pris sérieusement par le gouvernement. Ces actions manquent de la force habituelle parce qu’elles ne sont pas soutenues par les éléments généralement les plus radicaux de chaque peuple: les jeunes hommes de vingt, vingt-cinq ans. Ces hommes sont dans les régiments militaires sous le commandement de notre gouvernement inepte. Ils appliquent chaque ordre sans questionnement. Ce sont eux qui aident à camoufler les vraies faiblesses du gouvernement, qui permettent de les maintenir indétectées, à la fois dans le pays et à l’extérieur.

Nous les socialistes (NdT: ce terme dans la bouche ou de la plume d’un anarchiste du début du XXème siècle n’a évidemment pas du tout la même signification qu’aujourd’hui, c’est l’évidence même… Il n’y a plus de socialisme aujourd’hui, il n’y a plus que le libéralisme bobo, le réformisme mielleux approbateur et complice des turpitudes étatico-capitalistes ne faisant que maintenir le statu quo oligarchique en place) savons comment le socialisme, la communication immédiate des véritables intérêts, a lutté contre la règle des privilégiés et leur politique fictive depuis plus de cent ans. Nous voulons continuer à renforcer cette puissante tendance historique, qui mènera à la liberté et à la justice sociale. Nous voulons y parvenir en réveillant l’esprit et en créant des réalités sociales différentes. Nous ne sommes en rien concernés par la politique d’État.

Si les pouvoirs dénués d’esprit et la politique violente gardaient suffisamment de force pour créer de grandes personnalités comme des politiciens forts ayant une vision et une énergie, alors nous pourrions avoir du respect pour ces hommes même s’ils étaient dans le camp ennemi. Nous pourrions même concéder que les vieux pouvoirs continueront à s’accrocher au pouvoir pendant quelque temps encore. Mais il devient de plus en plus clair et évident que l’État n’est pas fondé sur des hommes à l’esprit fort et au pouvoir naturel. Il est en revanche de plus en plus fondé sur l’ignorance et la passivité du peuple. Ceci vaut également pour les moins heureux, les masses prolétariennes. Les masses ne comprennent pas encore qu’elles doivent fuir l’État et le remplacer, qu’elles doivent construire une alternative. Ceci n’est pas seulement vrai en Allemagne, c’est aussi le cas dans bien des pays.

D’un côté nous avons le pouvoir de l’État et l’impuissance des masses, qui sont divisées en individus impuissants et de l’autre, nous avons l’organisation socialiste, une société des sociétés, une alliance d’alliances, en d’autres termes: un peuple. La lutte entre ces deux côtés doit devenir réelle. Le pouvoir des États, le principe de gouvernement et ceux qui représentent le vieil ordre politique, vont devenir de plus en plus faible. Le système dans sa totalité disparaîtrait sans laisser de traces si le peuple commençait à se constituer en tant que peuple en dehors de l’État. Quoi qu’il en soit, les gens n’ont pas encore compris cela. Ils n’ont pas encore compris que l’État va remplir une certaine fonction et demeurer une inévitable nécessité aussi longtemps que son alternative, la réalité socialiste, n’existe pas.

On peut retourner une table et casser une vitre ; mais ceux qui croient que l’État est aussi une chose ou un fétiche qui peut être renversé ou brisé sont des sophistes et des croyants en la parole. L’État est une relation sociale. Une certaine façon avec laquelle les gens se relient entre eux. Elle peut-être détruite en créant une autre relation sociale ; c’est à dire en faisant que les gens interagissent différemment entre eux. L’État peut être détruit en créant de nouvelles relations sociales. Le monarque absolu clâme: “L’État c’est moi !” Nous, qui nous sommes enfermés dans l’état absolu, devons réaliser et comprendre la vérité: Nous sommes l’État ! Et nous le resterons aussi longtemps qu’il n’y a rien de différent, aussi longtemps que nous n’ayons pas créé les institutions nécessaires pour une véritable communauté et une société vraie d’êtres humains.

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26 Réponses to “Changeons de paradigme politique en changeant d’attitude envers l’État (Gustav Landauer)”

  1. Wouah ! En fait, avec la démission en fanfare du Général de Villiers pour cause de caprice des dieux ce texte résonne tout particulièrement à nos oreilles !
    Et votre introduction est parfaite.
    Voilà pourquoi on ne perd jamais son temps à lire, relire ou découvrir Landauer ici, comme Clastres hier, ou encore Kropotkine…

    Ou encore Étienne de la Boétie dont la conclusion de Landauer me remet en mémoire ce : Et pourtant ce tyran, seul, il n’est pas besoin de le combattre, ni même de s’en défendre ; il est défait de lui-même, pourvu que le pays ne consente point à la servitude. Il ne s’agit pas de lui rien arracher, mais seulement de ne lui rien donner.

    Soyez résolus de ne servir lus et vous serez libres !

    Voilà qui démontre, encore une fois, que tout n’est pas à réinventer, à réécrire… Qu’il nous faut convaincre et non vaincre et donc construire et non détruire.

    Je venais chercher Clastres et je découvre ce Landauer là ; Merci !
    Jo

    • 😉
      Nous disons depuis longtemps: quand les joueurs arrêtent de jouer… le jeu s’arrête.
      La force d’inertie marche dans les deux sens… 😉

      • C’est tout à fait ça !
        Et ça marche pour tout, à savoir quand les musiciens arrêtent de jouer, la musique s’arrête…
        Si nous arrêtons de consentir, la bête meure, de faim, parce qu’elle ne sera plus nourrie de nos vies…

        • un jour peut-être pas si lointain, suffisamment de gens comprendront cela et le mettront en application. Ce jour là, ce sera fin de partie pour l’oligarchie, l’État et le capitalisme, la route sera tracée pour l’avènement de la Société des sociétés.
          Quand on regarde d’où on vient, où on (en) est, il est évident d’anticiper où on va… 😉

          • Oui.
            C’est bien pour cela, qu’en France, en ce moment même, le MacDeRoth tente le tout pour le tout en abaissant les grilles du N.O.M. sur nos tronches.
            Et force est de constater, que pour le moment, ben c’est EnMarche, non ?

          • Un passant Says:

            « Pas si sûr »… Pourquoi pas si sûr ?

            • On veut dire qu’il est sûr qu’il essaie au nom de ses maîtres, mais pas si sûr qu’il y réussisse. çà coince de partout au sein même du système, sans parler de ce qui bouillonne, mitonne gentiment dans ses entrailles mêmes.
              Macron a été mis en place par ses maîtres oligarques pour parachever la mutation de l’empire, le changement de coquille du Bernard l’ermite et servir de « poisson pilote » à l’UE… c’est la tactique, réussira t’elle ?… rien n’est moins sûr… 😉

            • Un passant Says:

              Une erreur qu’ils commettent pê actuellement c’est de, curieusement, vouloir aller trop vite…
              Aaah si je peux aider à ce qu’ils se cassent la gueule, dites-le moi 😉

            • parle, diffuse ce que tu penses être utile. Essaie de convaincre autour de toi sur la toxicité incommensurable du système et la nécessité d’un changement radical. Tout passe par une prise de conscience, ensuite c’est l’effet « boule de neige »… 😉

            • Un passant Says:

              Hmm… vais voir… car contrairement à ce que vous pourriez croire ici je suis un type parfois silencieux 😀 😉

            • pas besoin de parler, souvent donner l’exemple marche mieux…

            • Un passant Says:

              ouaip… c’est encore mieux ! car, pour reprendre le contrepied à l’envers, quand (comme moi) on adore les mots et les phrases, on peut aussi s’y perdre ! 😉

  2. Un passant Says:

    Superbe lapsus: nos forces de l’or (au lieu de « de l’ordre ») à 44 secondes !

    • ah ah oui excellent, doublé du fait que le gugusse a vraiment le charisme d’une huître… il récite son petit catéchisme oligarchique, çà ne passera plus longtemps…

    • Un passant Says:

      Blague à part, y’a un truc qui m’étonne qd m ds l’affaire macron, c’est pourquoi ils ont choisi un tel tocard ! Je pensais les oligarques plus futés, un peu malins quoi au moins, à défaut d’être des types biens !

      • on pense que le but est de faire passer à la trappe les dinosaures de la politiques, les politicards professionnels qui ont fait leur temps. Le but est de faire gérer les « états-nations » par une caste transitoire d’affairistes de tout poil (Macron, Trump et ceux à venir). Cela fait partie du changement de coquille du Bernard l’ermite… Casser l7ancien, rafistoler avec du CEO/PDG de façon à ce qu’è terme, ce qu’il restera des états fusionnera sans peine avec les entreprises transnationales. Il ne faut pas oublier le plan de gouvernance mondiale: un fascisme supra-national ou les états auront fusionné avec les méga-entreprises transnationales. Les provinces coloniales seront gérées par des comités directeurs faits de CEOs et de pontes de la finance. Marron est le prototype de ce genre de petit préfet d’empire planétaire. Les hommes/femmes de paille passent, l’empire demeure, du moins est-ce l’objectif…

        • Un passant Says:

          ah oui c sans doute pcq ce ne sont plus des politicards pros que le charisme est nul (Macron) ou bizarroïde (Trump)… C’est pê un point faible à exploiter pour ouvrir les yeux du bon peuple encore endormi par les médias mainstream et la société de consommation (encore majoritaire ds la vraie vie pr rejoindre Jo ds son constat l’autre jour)… mais je ne sais pas si ça suffira!

          • c’est un point de départ sur quoi se développe la conscience politique. C’est çà qui manque.. elle est enfouie, endormie… en hibernation.
            Faut dépoussiérer tout ça sachant qu’on ne pourra pas réveiller tout le monde bien entendu, mais faut pas 100% des gens pour faire une révolution sociale, des groupes conscients, décidés et incorruptibles renverseront la table étatico-capitaliste plus vite qu’on pourrait le penser si la fenêtre d’opportunité et la conscience sont là.

            « Seuls les combats qu’on ne mène pas sont perdus d’avance…. »

          • Tiens en te lisant, ce message posthume de Zinn m’est revenu en mémoire ; Dans ce monde de guerre et d’injustice, comment une personne peut-elle demeurer socialement engagée, motivée à la lutte et demeurer saine sans s’épuiser mentalement ni devenir résignée ou cynique ? j’ai totale confiance non pas dans ce que le monde va s’améliorer, mais dans ce que nous ne devons pas abandonner la partie avant que toutes les cartes n’aient été jouées. La métaphore est délibérée : la vie est un pari. Ne pas jouer est se condamner à ne jamais gagner. Jouer, agir, est de créer au moins une possibilité de changer le monde.

            Je l’avais intégré dans ce billet du 3 novembre 2016, juste avant l’élection du Canard à l’Orange ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/11/03/the-final-countdown/
            Et ce billet est majeur, R71 y est présent, j’avais remis la vidéo « Ni dieu ni maitre, histoire de l’Anarchie » grâce à Volti & Benji du site LME, et rappelé un extrait de Tabula Rasa de Zénon et grâce à Landauer je puis dire qu’on a avancé.
            Affutant notre réflexion pour qu’elle tranche comme la lame d’un couteau…
            Je ressens comme toi, très souvent, cette impression de bramer dans le désert et je posais la question dernièrement à Z : Comment on fait pour toucher les gens, dans le réel ?
            Pour convaincre et non vaincre ?
            Je n’ai pas la réponse, lui non plus, mais je peux faire ce minimum ; relayer le sublime de Landauer, Kropotkine, Clastres.
            Réaliser des PDF et les proposer en lecture ou impression gratuites (c’est pour cela que je me casse le tronc, afin qu’on puisse tout imprimer, et ainsi, relire au calme ces grands auteurs, ces textes politiques fondateurs).
            Perso, je m’en suis imprimer pas mal, j’ai tous les textes de Zénon en version papier et ainsi je peux rechercher une phrase, un paragraphe pour appuyer une idée…
            Je relis très souvent Meurtre Par Décret pour ne jamais oublier que des cerveaux malades ont fait ce qu’ils ont fait, au N.O.M. d’un dieu.
            Je relis très souvent Ezzat aussi, tant j’ai reçu un choc dès les premières publications et pour en avoir parlé avec Z à l’époque, il avait ressenti la même…
            Alors, je continue, c’est infime, parfois, tu le sais, on me fait des réflexions pas très constructives.
            Mais Thahoketoteh de Mohawk Nation News m’a transmis de magnifiques messages à continuer ce travail de fourmi.
            Ainsi que K. Annett et le Dr. Ezzat, J-L Izambert aussi.
            Comme quoi la Mère La Purge a du boulot !
            Jo

  3. Un passant Says:

    De 2004 à 2010? Quelle énergie, dites! moi j’ai ramené ma gueule le 14 novembre 2015 et j’en ai bientôt fini, on a vite fait le tour, le détour et même le retour, on n’a plus 20 ans non plus et on a quand même autre chose à foutre et comme je ne tiens pas à devenir une star de la blogosphère ou de quoi que ce soit d’ailleurs…

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