Résistance au colonialisme: La dictature de la pensée occidentale à l’origine des lois coloniales toujours en vigueur (Steven Newcomb)

A lire, la version PDF de « Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte »
(Steven Newcomb, 2009, traduction de larges extraits par Résistance 71)

Pour mieux comprendre la notion de pouvoir et de justice dans le paradigme autochtone: « Un manifeste indigène » (Taiaiake Alfred)

 

L’esprit de l’homme blanc est à l’origine de la soi-disante loi fédérale indienne

 

Steven Newcomb

 

28 juin 2017

 

url de l’article original:

https://indiancountrymedianetwork.com/news/opinions/mind-white-man-origin-us-federal-indian-law/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

“Remonter à l’origine de la loi fédérale indienne est une tâche difficile.” – Felix S. Cohen

La loi est un pur produit de l’esprit humain.” – Steven L. Winter

Les concepts et les idées qui constituent la loi fédérale indienne américaine sont issus de là où toutes les idées ont leur origine, dans l’esprit humain. Mais pas n’importe quels humains ont créé ces concepts. Nos ancêtres indigènes n’ont pas créé les idées appelées aujourd’hui la “loi fédérale indienne”. Les descendants des colons européens créèrent les idées que vous lirez si vous prenez par exemple The Handbook of Federal Indian Law, de Felix Cohen. Je ne vois pas très bien pourquoi Cohen a eu des difficultés a comprendre un point clef: l’origine de la loi fédérale indienne est l’esprit de l’homme blanc.

L’esprit occidental, celui de l’homme blanc, a créé les idées qui ont été utilisées et continuent de l’être pour opprimer nos nations originelles. Lorsque les colonisateurs ont envahi nos territoires traditionnels, ils avaient avec eux des penseurs dont le boulot était de planifier et de comploter. Il y a eu de tels penseurs au cours des siècles. Ces esprits brillants étaient formés dès leur plus jeune âge à penser aux meilleurs moyens et pratiques pour phagocyter nos terres et territoires et pour imposer sur nos peuples et nations un vocabulaire limité et des idées qui créeraient un système de réalité dominatrice qui serait utilisé pour dominer et contraindre nos nations. Nous vivons aujourd’hui avec le résultat de cet héritage destructeur.

Nos ancêtres n’avaient pas le bénéfice de connaître en détail  la mentalité des colonisateurs. La plupart de nos ancêtres n’ont pas eu le bénéfice de pouvoir aller lire les archives des colons et, basés sur cette étude, de formuler des arguments en anglais, en français ou en espagnol/portugais, qui pourraient être utilisés pour identifier et fondamentalement défier les grands silences des colonisateurs et leurs assomptions les plus profondément cachées.

Lorsque les membres de nos familles furent forcés, enfants, dans les pensionnats blancs de la domination, la pédagogie du contrôle était faite “pour tuer l’Indien et sauver l’humain en lui”. On leur a appris à imiter et à embrasser le schéma mental du “dieu bénit l’Amérique” du colonisateur plutôt que de défier ces schémas dominateurs. “L’Indien” qui était désigné pour mourir était celui qui avait le plus de chance de défier ces schémas de l’agenda colonisateur de l’homme blanc. Ainsi, le système impérialiste américain de domination voulait dévorer nos ancêtres pendant leur enfance en les forçant dans les entrailles de l’empire (les rendant ainsi colon-isé), de façon à ce qu’ils puissent être “assimilés” (digérés) dans le corps politique de l’empire et finir par vivre tranquillement dans le corps de l’empire, captifs, si on peut dire, du “ventre” de la bête.

Enfants, nos ancêtres furent forcés à incorporer les pensionnats pour Indiens dans un effort de retirer tout ce qui pourrait maintenir nos nations ensemble. Nos nations devaient être et furent démantelées en suivant les coutures. Pour la plupart, nos nations n’étaient même pas référées comme étant des nations ; au lieu de cela, on apprît à nos ancêtres de se référer à la notion de “tribu” au lieu de nation  ou à un bas-ordre de “nations tribales”. Après quelques générations, ce vocabulaire dénaturant est devenu une partie imbriquée de la fabrique même de notre existence colonisée. Nos langues, que nos ancêtres firent évoluer au cours des millénaires devaient être étouffées, suffoquées. Ceci devait se faire en ne laissant pas nos ancêtres “respirer un mot” de leur langue maternelle durant leur enfance. Un système de punition vicieux et psychologiquement endommageant tout autant que ridicule fut mis en place et appliqué à tous ces enfants qui voulaient continuer à parler leur langue maternelle, ce qui était de fait la chose la plus naturelle du monde à faire. Le plan tordu des colonisateurs était de s’assurer que nous ne serions plus capables de parler les mots, de penser ou de connaître les enseignements de nos ancêtres. Dans la plus grande des mesures, ce programme fut un succès, il n’a échoué qu’en quelques circonstances.

A cause de l’héritage de ces pensionnats de la domination, le cliché de “devoir obtenir une éducation” ne veut jamais dire d’avoir besoin d’apprendre le langage et le système de connaissance traditionnel de nos propres nations pré-américaines. Cela veut dire “vous devez obtenir une éducation d’homme blanc” en apprenant à penser de la même manière que dans le système occidental des colonisateurs, en adhérant au système de la domination fédérale sur les Indiens (érigée en “loi”). Personne n’a encore expliqué comment maîtriser et maintenir le système de domination des idées utilisé contre nos nations, est supposé les libérer.

Aujourd’hui, malgré tout ce qui s’est passé, nous avons le bénéfice de la connaissance interne [du système de domination]. Nous avons l’avantage de pouvoir lire et analyser les archives historiques de la structure de l’argumentaire de l’homme blanc ainsi que de ses processus mentaux. Nous avons la capacité d’utiliser la théorie cognitive, qui explique les opérations de l’esprit humain, d’examiner les concepts et les idées qui font et constituent le système de domination de la loi fédérale indienne américaine qui a été et continue d’être utilisé contre nos peuples et nations originels.

Le système fédéral indien de la domination des Etats-Unis assume que nos nations et nos peuples sont sujets, doivent obéir à l’esprit de l’homme blanc ; mais si nous demandons “sur quelle base assumez-vous que nos nations doivent être sujettes à l’esprit de l’homme blanc ?” La réponse qui revient en boucle est : “sur la base de l’esprit de l’homme blanc.Comment nous sommes-nous donc retrouvés dans cet imbroglio dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui ? Simple. L’esprit de l’homme blanc a été capable de construire des idées et des arguments qui ont été utilisés pour donner l’impression [l’illusion] que nos nations sont de droit, sujettes à l’esprit (NdT: et donc à la domination) de l’homme blanc. Si nous ne faisons aucun effort pour défier ce raisonnement, alors nous nous sommes simplement résignés à notre propre destinée de dominés.

Si nous nous laissons mentalement conditionner à vivre nos vies selon le schéma conceptuel de l’homme blanc, nous continuerons à être mentalement emprisonné dans ce système conceptuel, qui continuera à être appelé “la loi”. Notre rechignement à défier les activités mentales de l’homme blanc a eu pour résultat que nous traitions les idées prévalantes de l’homme blanc comme “loi”. C’est “leur loi”. Alors que nos peuples et nations commencèrent à utiliser l’anglais comme langue principale de communication avec dans le même temps nos propres langues qui étaient réprimées et effacées au sein des pensionnats pour Indiens, nous internalisions dans nos esprits les assomptions très dominatrices qui sont toujours utilisées aujourd’hui pour dénaturer et retirer leur pouvoir à nos nations.

Nous avons besoin d’une approche différente et d’un genre différent de conversation au sujet du système de la loi fédérale indienne de domination, une approche qui questionne et défie la plus basique des assomptions qui dit que nos peuples et nations sont sujets à l’esprit de l’homme blanc par le simple fait que celui-ci a pensé de telle façon et parce qu’il l’a affirmé sur la base de la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination.

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29 Réponses to “Résistance au colonialisme: La dictature de la pensée occidentale à l’origine des lois coloniales toujours en vigueur (Steven Newcomb)”

  1. Steven Newcomb va toujours plus loin, c’est un ramasseur d’étoiles…
    Il confirme ce que nous disons ici, à savoir que nous devons changer d’attitude et de processus mental pour rompre avec ce cycle mortifère du « tuer l’indigène (car on a pu voir que ce présupposé avait été appliqué sur un très large territoire, du Nord au Sud dès 1302 par les hommes en jupe dans l’esprit de conquête et de domination) et que cela ne concernait pas seules les Amériques.
    Newcomb confirme ainsi ce que nous pensons, qu’ainsi nous pouvons nous tenir à leur côté dans un nouveau paradigme, sans chefferie, et comme le disait dans un communiqué le Mouvement Zapatiste nous avons à convaincre et non vaincre (car ça c’est l’esprit de l’homme blanc) et à construire et non détruire car c’est l’esprit de l’homme blanc.

    Le problème des Africains, capturés en leurs terres, et amenés en Amérique comme « esclaves » c’est qu’ils ont, pour espérer survivre, adopter l’esprit de l’homme blanc. Les Natifs étant déjà dans l’esprit de l’homme blanc « Res Nullus » et donc inexistant ! Les Amérindiens ne faisaient même pas partie du paysage, ils n’existaient tout simplement plus…
    C’est pourquoi les descendants de Kunta Kinté, doivent eux aussi, se désintoxiquer de la doctrine chrétienne de la découverte au même titre que les descendants des colons exterminateurs.
    Martin Luther King avec totalement analysé correctement la situation lorsqu’il affirmait : « Notre Nation est née dans le génocide lorsqu’elle embrassa la doctrine que l’américain originel, l’Indien, était un être inférieur. Avant même qu’il y ait eu un grand nombre de nègres sur nos côtes, la balafre de la haine raciale avait déjà défiguré la société coloniale ».

    C’est vous les premiers qui avez défini que « l’avenir de l’humanité passe par les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie et de l’action coloniales, se tenant debout, main dans la main avec les peuples autochtones de tous les continents pour instaurer l’harmonie de la société des sociétés sur Terre ».
    Et j’ai fait mienne cette proposition.
    J’espère que nous serons de plus en plus nombreux à faire nôtre cette idée là car de cette UNION et de cette RÉFLEXION naitra des ACTIONS COLLECTIVES hors institutions capable d’embraser tout l’empire anglo-américano-christo-sioniste…
    JBL

  2. Peut-être avez-vous vu passer cette info qui risque d’être difficile à camoufler Orgie sexuelle et drogue au Vatican : le pas très catholique entourage du pape François Source Marianne ► https://www.marianne.net/societe/orgie-sexuelle-et-drogue-au-vatican-le-pas-tres-catholique-entourage-du-pape-francois

    Voilà donc le souffle divin de l’homme blanc en jupe d’aujourd’hui…
    Et il faudrait leur obéir ?

  3. Donc non seulement l’esprit de l’homme blanc doit être battu en brèche, mais celui de l’homme blanc en jupe en priorité non ?

    Je pense que ce n’est pas George Carlin qui m’aurait donné tort ►

  4. Alors, à chaque fois, vous remarquerez qu’on s’étonne, comment est-ce possible ? Dites moi pas que c’est pas vrai ?

    Pourtant, c’est totalement récurent avec le Benoit XVI et son frangin déjà ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/09/les-freres-ratzinger/

      • Avez-vous lu (surement, je pense) l’article de RB sa conclusion me laisse sur le cul : Parions que hormis la petite-bourgeoisie mélenchoniste-communiste-marxiste-léniniste-maoïste-socialiste-trotskiste-anarchiste-altermondialiste très peu d’ouvriers vont se déplacer pour protester ce jour anniversaire de la République bourgeoise citoyenne et capitaliste. Car le problème de la classe ouvrière française ce n’est pas Trump ou Macron, mais la classe sociale qu’ils représentent et le mode de production qu’ils défendent, le capitalisme moribond, que Hollande et Obama défendaient avant eux… d’autres suivront, alors que la mission du prolétariat restera invariante…

        • Le pb du prolétariat mondial (entre 99,5 et 99,9% de la planète…) est la division artificielle de la société humaine qui permet au 0,1~0,5% d’exister et de dominer.
          Le seul point de focalisation valide n’est en rien « l’amélioration des conditions de notre servitude »… mais l’éradication pure et simple du système étatico-capitaliste et de l’inégalité institutionnalisée.
          Tout le reste n’est que bruit de fond…

  5. Et ici, grâce à Kevin Annett notamment nous savons que l’Église et l’État du Canada, ont organisé le génocide dans les pensionnats pour Indiens (auxquels fait référence S.N.) dès 1840… Et il a fallu attendre le 3 juin 2015 pour que le Canada reconnaissent seulement qu’un génocide s’était produit au sein du système des pensionnats pour Indiens et que des milliers d’enfants sont morts (NYT du 6 mars 2015).

    Voilà pourquoi l’affirmation de Malcom X que j’ai choisi pour illustrer mon billet de reblog est en deçà de la vérité.

    Toujours grâce à Kevin Annett, nous pouvons nous souvenir de Maisie Shaw ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/12/13/en-souvenir-de-maisy-shaw/ et de toutes les ombres natives que ces hommes blancs en jupe, de peu de foi, ont massacrées, torturées, violées avec la complicité d’un État, le Canada, mais nous savons que les Zunies ont utilisé le même système puisque l’un des fondateurs d’un pensionnat pour Indiens à Carliles ; Richard Pratt a le premier affirmé qu’il fallait « tuer l’indien pour sauver l’homme » pour bien comprendre qu’ils savaient très exactement ce qu’ils faisaient.

    • oui Pratt fut le créateur et garde-chiourme du pensionnat Carlisle aux USA, il y en eu bien d’autres. La grande différence est qu’au Canada depuis les années 90, Kevin Annett et des victimes des pensionnats ont mis tout ça au grand jour… Ce n’est pas encore le cas à Yankland… le grand déballage n’a pas encore eu lieu même si c’est connu en milieu restreint. ça viendra sûrement, espérons-le et qu’une connexion s’instaure au-delà des frontières et des continents… pour faire péter enfin tous ces verrous qui cadenassent l’ignominie.

      • Absolument ! Et sans KA, sa ténacité, son courage, car il a absolument tout perdu pour avoir été jusqu’au bout de son travail (qui n’est nullement fini) et est régulièrement moqué, pour discréditer son travail.
        C’est pour cela qu’il faut lire son livre que vous avez entièrement traduit « Le Bouclier du lanceur d’alerte » comme vous l’avez écrit en préambule de Meurtre Par Décret : La vérité libèrera les peuples à tout jamais !
        Et en effet. Newcomb ici pète un nouveau verrou en écrivant noir sur blanc (ce qui doit pas trop leur plaire hein ? aux homme blanc ?) soit en mettant à jour, en pleine lumière ce que l’empire anglo-américano-christo-sioniste cache, camoufle depuis toujours.
        Et ce qui est nouveau c’est que tous, de plus en plus nombreux, nous nous sommes emparés du processus pour « comprendre la machine à tuer » et simple grain de sable, l’enrayer, la gripper puis la stopper définitivement grâce à notre mutualisation.
        Voilà l’utilité, pour moi, d’un simple grain de sable. Un tout petit rien, qui peut TOUT…

  6. Ma publication du jour (enfin de la nuit) en lien avec cet excellent Newcomb, et en rappel d’autres billets et PDF ad hoc ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/07/14/le-pape-a-dit/

    Au plaisir ; Jo

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