Guerre impérialiste au MO: Israël et la Turquie vont profiter de la partition de la Syrie…

La partition de la Syrie semble être en marche. Les réunions à huis-clos ces dernières semaines ont été bon train. Il est plus que probable que certains ont été vendus, d’autres achetés et qu’un nouveau Yalta a peut-être eu lieu on va avoir lieu… Les Yanks ont établi des bases aériennes dans le nord de la Syrie, l’entité sioniste renforce son annexion du Golan, on devrait revoir apparaître sous peu le projet de gazoduc… Vous savez, ce projet refusé par la Syrie en 2009 et qui déclencha cette guerre par procuration en 2011… Les oligarques s’arrangent entre eux derrière le rideau.

~ Résistance 71 ~

 

La paix en Syrie au profit d’Israël et de la Turquie ?

 

Thierry Meyssan

 

11 juillet 2017

 

url de l’article original: http://www.voltairenet.org/article197064.html

 

Alors que l’on s’approche de la fin de la guerre contre la Syrie, aucun des buts initiaux des Anglo-Saxons n’a été totalement atteint : non seulement les Frères musulmans n’ont pas triomphé lors des printemps arabes, mais ils semblent perdants dans l’ensemble de la région, hormis au Qatar et en Turquie ; si la Syrie est largement détruite, la société syrienne et son modèle multi-confessionnel ont résisté ; enfin la route de la soie devrait être rétablie. Quoi qu’il en soit, Israël et le Turquie sont sur le point de tirer les marrons du feux et de sortir à leur manière eux aussi vainqueurs de la guerre.

Chacun prévoyait que la crise opposant l’Arabie saoudite au Qatar allait faciliter la résurgence de l’axe Riyad-Damas-Le Caire qui avait dominé la vie politique du monde arabe jusqu’au « printemps arabe ». Il n’en a rien été.

Peut-être le prince Mohammad ben Salmane espère toujours vaincre au Yémen et estime donc inutile de se rapprocher de la Syrie. Ou les Saoudiens, qui conduisirent jadis la révolte arabe contre les Ottomans, considèrent aujourd’hui comme trop dangereux de prendre le parti de la Syrie contre la Turquie. Il est vrai que, lors des négociations de Crans-Montana la semaine dernière, l’Onu, le FMI et l’Union européenne ont soutenu l’occupation, pourtant illégale au regard du droit international, de Chypre-Nord par l’armée turque. À l’évidence, bien qu’il soit devenu de bon ton en Occident de cracher sur la dictature d’Erdoğan, l’Otan soutient sans réserve le déploiement militaire turc à Chypre, en Syrie, en Irak et au Qatar.

« La Nature ayant horreur du vide », c’est le Qatar qui a établi des contacts avec Damas. Pour le président Bachar el-Assad c’est une prise moins significative que l’Arabie saoudite, mais une prise quand même. C’est un État de moins dans la guerre contre son pays dans laquelle ne restent en réalité, outre des multinationales US, que le Royaume-Uni, la Turquie et Israël.

La rencontre entre les présidents Vladimir Poutine et Donald Trump, lors du G20 de Hambourg le 7 juillet 2017, a semble-t-il, renversé la table ! La réunion prévue pour une demi-heure a duré plus de quatre fois plus longtemps contraignant d’autres chefs d’État et de gouvernement étrangers à faire antichambre en attendant leur tour. Bien que l’on ignore ce que les deux présidents et leurs ministres des Affaires étrangères ont décidé, on sait ce qu’ils ont négocié.

Israël, l’Égypte et les Émirats arabes unis ont proposé de terminer la guerre contre la Syrie en actant la victoire de Tel-Aviv sur la Résistance palestinienne. Celle-ci est aujourd’hui divisée entre le Fatah qui gouverne à Ramallah et le Hamas à Gaza.

Or, le Fatah de Mahmoud Abbas a progressivement sombré dans la corruption et collabore ouvertement avec Israël. Tandis que le Hamas, créé par les Frères musulmans sous les auspices des services secrets israéliens pour affaiblir le Fatah, s’est discrédité d’abord par ses actions terroristes contre des civils, puis par son invraisemblable comportement durant la guerre contre la Syrie. De fait, seuls la Turquie et l’Iran persistent à soutenir le Hamas qui répugne la totalité des autres États. Sans honte, le Hamas qui s’était déjà allié au Mossad et à Al-Qaïda pour massacrer les dirigeants du FPLP au camp syrien de Yarmouk en 2012 [1], a imploré à nouveau le pardon de Tel-Aviv.

D’où ce plan ahurissant de réunir les deux principales factions palestiniennes, d’évincer le vieux Mahmoud Abbas (82 ans), de reconnaître un État palestinien fantoche et de placer à sa tête… le général Mohammed Dahlan.

Mohammed Dahlan, c’est ce leader du Fatah qui devint secrètement un agent israélien, lutta sauvagement contre le Hamas, puis empoisonna Yasser Arafat [2]. Démasqué, il fut exclu du Fatah, s’enfuit au Monténégro, et fut condamné par contumace. Il résidait ces dernières années aux Émirats arabes unis où il gérait une fortune de 120 millions de dollars détournés de l’Autorité palestinienne. Il devrait être accueilli à Gaza par ses ennemis historiques du Hamas, dont le nouveau « Premier ministre » Yahya Sinwar qui se trouve être un de ses amis d’enfance. Oubliant le passé, on lui confierait pour commencer la lutte contre l’Armée de l’islam, c’est-à-dire la branche palestinienne de Daesh.

Ce plan, s’il devait être mis en œuvre marquerait la liquidation définitive de la Résistance palestinienne, après 70 ans de lutte.

C’est dans ce contexte que l’on doit comprendre l’annonce d’un accord Poutine-Trump sur trois régions au Sud de la Syrie. Des troupes US seraient autorisées à s’y déployer, prétendument pour y maintenir la paix, en réalité pour créer une zone démilitarisée entre le Golan syrien et le reste du pays. Les troupes iraniennes ne seraient pas autorisées à s’approcher d’Israël. De la sorte, le Golan, occupé illégalement par Israël depuis quarante ans, serait considéré de facto comme annexé même si le mot ne serait pas prononcé. Des conseils locaux des villages seraient élus en octobre 2018 conformément à la loi israélienne. La Russie ne dirait rien et les États-Unis oublieraient quant à eux leur obsession criméenne.

La paix pourrait être conclue dans le reste de la Syrie à l’exception de la zone prise par des Kurdes à Daesh et de celle contrôlée par les Turcs. Washington et Moscou laisseraient ces derniers régler leurs compte avec ces Kurdes, c’est-à-dire les massacrer. Exactement comme Henry Kissinger soutint les Kurdes irakiens contre Saddam Hussein avant de les abandonner du jour au lendemain avec leur rêve de Kurdistan. En définitive, l’armée turque resterait occuper Al-Bab, comme elle occupe déjà Chypre-Nord et Baachiqa en Irak.

Les Palestiniens et les Kurdes payeraient leur erreur d’avoir combattu pour un pays en dehors de leur territoire (en Jordanie et au Liban au lieu de la Palestine pour les premiers, en Irak et en Syrie au lieu du Kurdistan pour les seconds [3]).

Israël et la Turquie seraient les deux seuls États à profiter de six ans de guerre contre le Peuple syrien.

[1] « Des agents du Mossad dans l’unité d’Al-Qaida qui a attaqué le camp de Yarmouk », Réseau Voltaire, 31 décembre 2012.

[2] « Les circonstances politiques de la mort de Yasser Arafat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 novembre 2010.

[3] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

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20 Réponses to “Guerre impérialiste au MO: Israël et la Turquie vont profiter de la partition de la Syrie…”

  1. Un passant Says:

    « Les oligarques s’arrangent entre eux derrière le rideau. »
    Après combien de millions de morts déjà?
    Les crapules…

  2. j’en pleure !! ça me dégoûte – et à quoi ça leur sert, ils finiront tous dans la tombe un jour

  3. Je reste dubitatif face à cette info. Il oublie de signaler que les Russes surveilleront aussi la zone de désescalade du Sud-Ouest. Seraient-ils leur aval aux Yankees et Sionistes? Pour récolter quoi? Un désamour définitif avec le Hezbollah et les Palestiniens? En échange de la Crimée « russe » à jouir de son indépendance dans la fédération russe? C’est une gratification qui n’en est plus une puisque de facto elle est déjà reconnue par un nombre toujours croissant d’Etats et de fractions de la société mondiale. Ce serait saper à jamais la résurrection de son influence dans la région; et cette partition de la Syrie contredirait totalement l’engagement souverainiste que Poutine prône depuis tant d’années à l’étranger mais aussi en Russie-même, car si ce stratagème s’avère authentique et réalisé sur le terrain on pourra s’attendre à un futur démembrement de la Fédération de Russie. J’ai l’impression que Meyssan s’est évaporé dans l’alcool ou opiacées pour une aussi énorme sortie.

  4. Pastèque Says:

    ce qui est bien avec vous R71, c’est que vous avez un référentiel idéologique, avec pour origine la Commune de Paris, mais que vous n’oubliez pas de prendre en considération la réalité et d’autres points de vue sur la situation.
    déjà, sur le 11 septembre, combien de media internet expliquent les dessous de la guerre anglo-américaine en Syrie, mais ne peuvent aller jusqu’au 11 septembre, soit qu’ils en sont incapables, soit qu’ils n’en ont pas le courage.. de chercher la vérité et de la dire, Jean Jaurès.

    donc, deux points de vue sur la situation kurde:
    – l’extrême gauche idiote utile des anglo-américains, plus que moins à l’insu de leur plein gré 🙂
    http://tendanceclaire.org/article.php?id=1231#sdfootnote9anc

    – un journaliste qui a bourlingué 30 ans dans la région, mais qui fait des erreurs factuelles.
    https://elijahjm.wordpress.com/2017/07/09/les-kurdes-dirak-et-de-syrie-cheval-de-troie-pour-diviser-le-moyen-orient/

    mieux vaut une bonne équation avec des erreurs de calculs qu’une équation fausse mais simpliste 🙂

  5. Pastèque Says:

    on trouve de ces perles dans les sites d’extreme gauche idiots utiles, islamo-gauchistes..

    tada! je vous présente la *commune* de la ghouta de l’est, made in al-qaeda..

    http://aveclarevolutionsyrienne.blogspot.fr/2017/07/vivre-assiege-lest-de-damas.html

    • on a arrêté de lire après cette phrase (au début…):
      « throughout the southeast of the country in territory taken by the Syria Democratic Forces, a brigade of fighters made up of Kurdish extremists and Islamic terrorists. »

      • Pastèque Says:

        dommage..

        maintenant c’est trop tard pour la Syrie pour récupérer les territoires accaparés par les proxy-kurdes.

        le proxy-rojava des proxy-kurdes protégé par les nord-américains.

        je parie que les Iroquois, Sioux et autres Indiens natifs auraient été très contents, plutôt que d’être massacrés et déportés dans le désert..

        *the United States forces are being strategically placed so as to prevent the SAA from retaking territory in its north and southeastern regions. The U.S. knows that the Syrian military cannot withstand a direct confrontation with the U.S. military and it is becoming abundantly clear that Russia is not willing to risk a direct confrontation with the U.S. over the questions of Syrian border integrity, particularly in the southeastern desert regions. It seem as long as Syria retains a government friendly to Russia and Russian interests, Moscow will be content to see a smaller Syria where a larger one previously existed.*

        • le pb est le suivant: le Rojava a existé dans sa phase de confédéralisme démocratique bien avant toute intervention yankee sur place. La révolution sociale kurde de Syrie n’est en rien un proxy yankee. Le dire est faire preuve de mauvaise foi (provocatrice?..). Maintenant, depuis quelques mois, qu’il y ait eu trahison, récupération, c’est possible, probable ? Le fait est qu’on ne peut pas parler de « leaders » et de personnes prenant des décisions dans le confédéralisme démocratique. C’est pour cela que nous répéterons toujours la même question jusqu’à ce que nous ayons une réponse tangible et fiable: qui prend les décisions sur le terrain ? qui décide pour la révolution sociale ? Les conseils populaires ? Des gugusses mis en avant par les Yanks comme d’habitude, soudoyés et à qui on a promis de pouvoir faire les « chefs mafieux » comme Barzani de l’autre côté ?…
          Il est sans doute plus que probable que la partition de la Syrie ait été décidée par les Yanks et les Russes. Tout ce qui intéresse les Russes de toute façon est un accès à la Méditerranée pour leurs navires. Tartous restera en « zone bachar » et le reste sera largué aux chiens.
          Tout cela, tout comme du reste les frontières syriennes jusqu’en 2011, n’est qu’arbitraire étatico-colonial. Une fois de plus on en revient toujours à la même problématique de quelque côté que l’on prenne ces affaires de « souveraineté »: le problème est l’État et bien sûr sa combinaison mortifère avec le capitalisme. Virons les états et de suite on y verra plus clair dans le fonctionnement des sociétés. C’est ce que fait (dans son originalité) la révolution sociale du Rojava. Comment cela va t’il se terminer ?… 😉

  6. David Graeber sur le Rojava et la structure décisionnaire politique:

  7. Pastèque Says:

    bonjour,

    localisation des bases nord-américaines dans le territoire des kurdes marxistes-léninistes.

    ils sont beaux les anarchistes (sic) avec le pentagone comme copains..

    et oui, je dis cela depuis mon écran d’ordinateur, via la cybernétique, joli non?

    les faits, rien que les faits!

    http://www.informationclearinghouse.info/47484.htm#.WXAM7EL7Pd0.facebook

    • pas ML, plus ML depuis plus de 15 ans… Ceci dit, on a mis une vidéo de l’anthropologue politique David Graeber en commentaire de notre dernier article publié où il parle de sa visite du Rojava et du fonctionnement politique. Il nous apprend une chose très intéressante, que nous voyons à terme comme incompatibles:
      Le système politique des Kurdes syriens du Rojava est scindé en 2:
      1-Des représentants et des ministères et des leaders en charge des relations avec « l’extérieur ».
      2- les conseils populaires et la méthode consensuelle pour les affaires internes.
      Le système hiérarchique devant rendre des comptes au système du CD qui théoriquement l’empêcherait de devenir despotique. C’est là où le vers est dans le fruit…
      Ainsi, toute cette affaire avec les Yanks seraient le contrôle « d’en haut » donc extérieur, les assemblées populaires sont-elles débordées et court-circuitées dans la « relation internationale » ? possible… probable… Ceci dit ce sont les milices populaires qui agissent sur le terrain et celles là n’obéissent pas aux « ministres » ou autres…
      visionne la vidéo, c’est instructif. On a été surpris et cela répond à quelques questions qui se posaient…

    • Entretien avec David Graber (anthropologue politique) sur le Rojava syrien:

      • Pastèque Says:

        cela date de plus longtemps, mais david graeber est venu répondre à ce dénommé phil greaves.

        l’éternel débat entre un marxiste-léniniste et un anarchiste?

        sauf que le marxiste-léniniste ne sait pas forcément que lénine était possiblement (hypothèse non élucidée!) un agent de la City de Londres 🙂

        https://notthemsmdotcom.wordpress.com/2015/01/21/david-graebers-homage-to-rojava/

        • oui, concernant Lénine (et Trotski) l’hypothèse a été confirmée par les travaux de recherche de l’historien Antony Sutton (cf notre traduction: « Wall Street et la révolution bolchévique »)

          • Pastèque Says:

            si lénine et trotsky sont des agents anglais et américains, pourquoi les pays occidentaux ont financé l’armée blanche contre l’Armée Rouge?

        • un des pb de Graeber est que nonobstant la valeur de son travail, il a une tendance à un certain opportunisme. Comme Chomsky il a été pour une ZEA au dessus de la Libye en 2011 et a soutenu la demande d’appui aérien des YPG en Syrie en 2014. Le pb est qu’il ne peut pas y avoir de compromis avec l’empire. Son père s’est battu en Espagne (1936-39), une des raisons majeures de l’échec de la révolution sociale espagnole fut son abandon pour soi-disant « vaincre d’abord le fascisme » au lieu de consolider la RS, qui d’elle-même balaiera tous les fascismes (brun et rouge). Dans un contexte différent, il peut se produire la même chose au Rojava: en compromettant la RS pour une alliance chimérique avec l’empire, à terme l’annihilation est au bout du chemin. L’histoire a prouvé que toute compromission avec l’empire est marquée du sceau de la trahison.
          Leur 1ère priorité doit être leur RS, la consolidation du confédéralisme démocratique. Graeber ne se facilite pas la tâche, ni sa crédibilité politique en étant parfois « naïf », dommage…

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