Fragments de résurgence anti-coloniale autochtone dans les Amériques du XXIème siècle (Résistance 71)

“Il me semble que nous en Australie, avons beaucoup de choses honteuses à nous reprocher en ce qui concerne notre histoire et tant que nous ne ferons pas face à cette honte, nous ne pourrons jamais célébrer de manière satisfaisante les deux cents dernières années…”
~ John Dawkins, ministre fédéral de l’éducation, Australie, 1988 ~

“Le crime de colonialisme est toujours présent aujourd’hui, tout comme ses perpétrateurs.”
~ Taiaiake Alfred, Ph.D, professeur de science politique, université de Victoria, Canada ~

“Notre cri de guerre est le suivant: Le pouvoir réside dans le peuple !”
~ Kahentineta Horn, Mohawk Nation News , 2017 ~

 

Voix anti-coloniales autochtones des Amériques au XXIème siècle

Sortir de l’idéologie coloniale par l’alliance naturelle des peuples

 

Resistance 71

 

7 juin 2017

 

Considérant le fait que nous ne vivons absolument pas dans un monde “post-colonial” comme voudrait nous le faire avaler la doxa étatico-coloniale occidentale, ne cherchant qu’à valider son hégémonie culturo-religieuse et à s’exonérer des crimes génocidaires commis à travers le monde au nom d’un impérialisme masqué derrière le “doux” visage de la “civilisation” et aujourd’hui de “l’humanisme”, nous nous sommes, depuis des années, levés contre l’idéologie et la pratique coloniales toujours en action aujourd’hui.

Nous avons cité de nombreux résistants indigènes de tous les continents, mais nous voulons aujourd’hui donner la parole à la résistance et à la résurgence des peuples natifs du XXIème siècle. Nous citerons ici quelques fragments de pensées de  grands penseurs et résistants autochtones anti-coloniaux contemporains du continent des Amériques. Puisse leur pensée faire tache d’huile, nous toucher, et rassembler l’humanité dans ce véritable et seul combat pour regagner notre indépendance et nous émanciper ensemble vers la société des sociétés anti-autoritaires et non coercitives des confédérations d’associations et de communes libres, parce qu’en fin de compte, c’est parce que nous sommes tous des colonisés que nous devrons nous unir et mettre à bas le système oligarchique totalitaire étatico-capitaliste.

Nous avons traduit quelques exergues importantes de déclarations de résistants indigènes des nations Maya du Mexique (Chiapas), Shawnee, Mohawk et Lakota, toutes faites entre 2003 et 2012, au sujet de la manière de comprendre et de sortir du colonialisme et de son carcan sociétal tant pour eux que pour nous. Laissons leur la parole, puisse t’elle aider à inspirer le grand souffle de l’alliance organique dont l’humanité a tant besoin.

“Il y a place pour tout dans la loi naturelle, où est le mal ? Où est le mal dans la Nature ? En vivant de par la loi naturelle, nous recevons pleinement au travers de nos sens, nous développons une pleine et riche appréciation du monde réel autour de nous, pour ce que nous expérimentons dans nos vies quotidiennes ; pour la réalité.”

“Si les gens vivent par et obéissent à la loi naturelle, il n’y a aucun besoin de lois humaines en toute circonstance. La toute première loi humaine signe l’arrêt de mort de la loi naturelle. Une fois qu’une loi humaine a été édictée, l’humain devient uns sorte de dieu. Ainsi tout l’objectif de l’existence humaine tourne à l’échec. La loi naturelle est la loi de la vie ; la loi humaine est la loi de la mort.”

~ Russell Means, Lakota, 2012 ~

“Les villages [des peuples descendants des Mayas] ont compris que les projets que le gouvernement mexicain donnait aux communautés n’étaient jamais décidés par et pour le peuple, le gouvernement ne demandait jamais ce que les gens voulaient vraiment. Le gouvernement ne veut pas s’occuper des besoins des villages, tout ce qu’il désire c’est se maintenir en état de fonctionnement. De là naquit l’idée que nous devions être autonomes, que nous devions imposer notre volonté, que nous serions alors respectés et que nous devions faire quelque chose de façon à ce que le désir et la volonté du peuple soient pris en considération. Le gouvernement nous traite comme si nous ne pouvions pas réfléchir.”

“Nous avons déjà une façon de faire et nous développons une théorie. C’est comme cela que çà s’est passé, après la grande trahison, après que les partis politiques et le gouvernement aient refusé de reconnaître les peuples Indiens originels ; alors nous avons commencé à voir comment faire les choses par et pour nous-mêmes.

Dans la pratique nous avons formé des communes autonomes et après nous avons pensé à faire des associations de communes autonomes qui seraient une sorte de modèle pour des comités/conseils de bon gouvernement… Nous avons eu l’idée et nous l’avons mis en pratique. Nous avons pensé que la théorie peut donner de bonnes idées, mais qu’en pratique, nous pouvons voir s’il y a des problèmes et comment les résoudre lorsqu’ils émergent. Chaque municipalité a des problèmes différents à régler. Il y en a certaines qui progressent plus que d’autres, mais lorsqu’elles se rassemblent et commencent à se parler sur le comment résoudre les problèmes, cela mène à une nouvelle structure, les conseils de bon gouvernement…”

Nous montrons au pays [le Mexique] et au monde que nous sommes capables de développer une vie bien meilleure et qu’on peut le faire sans la participation du mauvais gouvernement [de l’État]. Le progrès dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’échange, tout cela sont des projets que nous menons avec la société civile nationale et internationale, parce qu’ensemble nous construisons ce que nous pensons être le bien pour les gens, pour le peuple. Pourquoi le peuple mexicain et les peuples du monde nous soutiennent-ils ? Nous pensons que c’est parce que nous ne pensons pas à nous. Nous disons simplement que les peuples peuvent planifier et décider le comment de leur économie et de leur politique, de leur mode de gouvernement et que nous travaillons dans la pratique et montrons cette forme de gouvernement par la base des conseils.”

~Comandante Insurgente Moisés, EZLN, Chiapas, Mexique, 2008 ~

“Le peuple doit travailler pour que les municipalités autonomes soient un succès. Diriger en obéissant, voilà comment l’autorité doit véritablement gouverner. Maintenant nous mettons tout cela en pratique, parce que c’est le rôle qui nous revient.”

~ Compañero zapatiste, Chiapas (Mexique), 2008 ~

“Un guerrier confronte le colonialisme avec la vérité afin de régénérer une authenticité et recréer une vie qui vaut la peine d’être vécue et des principes qui valent la peine de mourir… Je désirerais suggérer comme point de départ, la conceptualisation d’un anarcho-indigénisme… Il y a une connexion philosophique entre le mode de pensée indigène et quelques courants de la pensée anarchiste au sujet de l’esprit de liberté et des idéaux d’une bonne société.”

“Il est impossible à la fois de transformer la société coloniale de l’intérieur des institutions coloniales ou de parvenir à la justice et à une coexistence pacifique sans fondamentalement transformer les institutions de la société coloniale. Pour faire simple, les entreprises coloniales qui opèrent sous le déguisement d’états libéraux démocratiques sont par design et par culture, incapables de relations justes et paisibles avec Onkwehonwe (peuples autochtones). Le changement ne pourra seulement se produire que lorsque les colons seront forcés d’admettre qui ils sont, ce qu’ils ont fait et ce de quoi ils ont hérité ; alors ils seront incapables de fonctionner en tant que coloniaux et commenceront à engager leurs relations avec les autres comme des relations respectueuses des êtres humains.”

La décolonisation est un processus de découverte de la vérité dans un monde créé du mensonge… Dans une réalité colonisée, notre lutte existe contre toutes les formes existantes de pouvoir politique et dans ce combat, nous n’amenons que notre seule véritable arme: le pouvoir de la vérité.”

“Si nous pouvons œuvrer ensemble vers l’accomplissement de ces choses: libération de la domination, libération de la peur, un régime décolonisateur, une éthique de guerrier et une re-connexion avec les cultures indigènes, alors nous nous libérerons de la cage et du carcan du colonialisme et connaîtrons une fois encore ce que cela veut dire d’être Onkwehonwe sur cette terre. Nous serons indépendants, auto-suffisants, respectueux, partageurs, spirituels et flexibles. Nous serons puissants dans la coexistence pacifique avec ceux qui vivent parmi nous et à côté de nous comme nos voisins et amis. C’est tout ce que les êtres humains ont le droit de demander.”

~ Taiaiake Alfred, Mohawk, Canada, 2005 ~

“C’est toujours l’objectif des gouvernements canadien et américain de se débarrasser des Indiens ou, faute de quoi, de les empêcher de bénéficier de leurs territoires ancestraux.”

“Au moment des premiers contacts avec les Européens, chrétiens, la très vaste majorité des sociétés natives des Amériques étaient parvenues à la véritable civilisation: elles n’abusaient en rien la terre, elles promouvaient la responsabilité communale, elles pratiquaient l’égalité en tout y  compris celle des genres et elles respectaient la liberté individuelle.”

“Nulle part ailleurs ne saisit-on le contraste entre les traditions indigènes et de domination occidentale que dans leurs approches philosophiques des problèmes fondamentaux que sont le pouvoir et la nature. Dans les philosophies indigènes, le pouvoir découle du respect de la nature et de l’ordre naturel des choses. Dans la philosophie de l’occident dominant, le pouvoir dérive de la coercition et de l’artifice et par effet direct, de l’alliénation de la nature.”

“Créer une relation légitime post-coloniale veut dire abandonner les notions de la supériorité culturelle européenne et d’adopter une position de respect mutuel. L’idée qu’il n’y a qu’une seule façon de voir et de faire les choses n’est plus du tout tenable.”

“Toutes les actions dans cet effort [de changer les relations], non pas seulement les nôtres mais aussi celles de ceux non-natifs qui nous soutiennent, doivent être inspirées par quatre principes: (1) diminuer l’impact des supposés intellectuels du colonialisme ; (2) Agir sur l’impératif moral du changement ; (3) ne pas coopérer avec le colonialisme ; (4) finalement, résister plus avant à l’injustice.

Nous pouvons parvenir à la décolonisation par le travail intense concerté et par des sacrifices fondés sur ces quatre principes énoncés, tout cela de concert avec la restauration d’une culture politique indigène au sein de nos communautés.”

~ Taiaiake Alfred, Mohawk, Canada, 2009 ~

“Voici quelques fondamentaux trouvés dans la sagesse du grand résistant Shawnee Tecumseh, qui mèneront à un changement de paradigme transformateur:

Aimez votre vie, perfectionnez votre vie, embellissez toutes choses dans votre vie,

Recherchez la longévité et mettez son but au service de votre peuple,

Préparez un noble chant de mort

Pour le jour où vous ferez le grand saut

Donnez toujours un mot gentil lorsque vous croisez ou rencontrez un ami

Faites de même pour les étrangers dans des endroits esseulés,

Respectez tout le monde et ne querellez personne

Lorsque vous vous levez le matin,

Remerciez pour la nourriture et pour la joie de vivre,

Si vous ne voyez aucune raison de remercier, la faute vous en revient,

N’abusez rien ni personne,

Car l’abus transforme le sage en imbécile

Et vole l’esprit de ses visions.

Le moyen de sortir de cette noire période dans laquelle nous nous trouvons tous doit impliquer un changement positif de paradigme cognitif hors de la mentalité et de l’attitude de l’empire et de la domination qui ne sont que les effets du modèle de conquête et de celui du “peuple élu sur une terre promise” fournit par l’Ancien Testament biblique et ce incluant la doctrine chrétienne de la découverte et de la domination que l’on trouve dans le rendu de l’affaire Johnson c. M’Intosh (CSEU, 1823).”

“En tant que nations et peuples originels de l’Île de la Grande Tortue, nous devons inviter le monde à marcher à nos côtés sur ce beau chemin de la vie en gardant de manière centrale un des grands enseignements de la loi indigène: respecte la terre comme ta mère, et porte un regard sacré sur tout le vivant.”

~ Steven Newcomb, Shawnee, USA, 2008 ~

Puisse la sagesse de ces paroles nous inspirer tous pour sortir de l’étau colonial qui nous étouffe tous et toutes ; sans oublier que de l’autre côté du miroir, nous attend l’émancipation, l’égalité, la fraternité et donc la liberté, la seule qui se doit de guider nos pas.

Ske:nen (Paix) et fraternité

Résistance 71

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8 Réponses to “Fragments de résurgence anti-coloniale autochtone dans les Amériques du XXIème siècle (Résistance 71)”

  1. Tenez, en relayant votre analyse par ce billet ► https://jbl1960blog.wordpress.com/2017/06/08/voix-anticoloniales-autochtones-des-ameriques-au-21eme-siecle-par-r71/

    J’ai intégré les PDF correspondants que j’ai réalisés grâce à vos traductions.

    J’ai trouvé la citation de Tecumseh en illustration de ce billet.

    En mêlant nos voix, nos forces, nos pensées, gageons que nous arriverons à faire tomber l’empire.

    Donnons de la Voix ; car comme nous l’avons déjà expliquer ; Qui ne dit mot consent, non ?
    Jo

    • +1
      merci de la compil’

      • De rien, votre excellente analyse s’y prêtait.
        Elle démontre bien que nous avons raison de tenter d’initier un changement de paradigme, en lien avec les peuples autochtones de la Terre.
        Je suis frappée en ce moment par les nombreux articles que je lis, sur la volonté (contrariée au désespoir de certain) de Trump de rendre « sa grandeur à l’Amérique ».
        Car cette Amérique là est très exactement celle qui a génocidé près de 100 millions d’amérindiens. C’est cette grandeur là que les Zuniens de papier veulent retrouver. C’est pourquoi, en étudiant, rédigeant et relayant les voies anticonoloniales autochtones, et en nous joignant à elles, nous pouvons faire tomber l’empire. Et le remplacer par la société des sociétés.
        Merci à vous ; Jo

  2. Un passant Says:

    Donnez toujours un mot gentil lorsque vous croisez ou rencontrez un ami
    Faites de même pour les étrangers dans des endroits esseulés

    En tant que voyageur-marcheur j’ai eu et aurai l’honneur et la Joie d’appliquer ces 2 principes et surtout de les pratiquer. Comme toutes sagesses tout cela parait fort simple… et en même temps c’est très difficile de l’appliquer en toutes circonstances. Nos humeurs c’est à dire en fait nos poussées d’EGO en sont le principal obstacle.
    C’est donc chaque jour qu’il faut humblement reprendre son bâton (de pèlerin) ou sa plume (de blogueur) et se remettre à l’ouvrage.

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