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Politique et pensée critique: Extraits choisis des « Commentaires sur la société du spectacle » de Guy Debord

Posted in actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, démocratie participative, guerres hégémoniques, guerres imperialistes, ingérence et etats-unis, militantisme alternatif, N.O.M, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, pédagogie libération, philosophie, politique et lobbyisme, politique et social, politique française, résistance politique, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , on 16 avril 2017 by Résistance 71

“L’être humain n’est ni une proie ni un prédateur. Assurer la primauté de la vie sur l’économie, c’est opposer un non ferme et définitif à toute forme de prédation en apprenant à vivre au lieu d’apprendre à tuer, à réprimer, à exploiter.”

“Le monde est à nous, prenons-le, multiplions les territoires libérés de l’emprise marchande !”

“Des ghettos de la misère à la misère des ghettos de luxe, la conscience mercenaire supplante la conscience humaine.”

~ Raoul Vaneigem, 2002 ~

Avec la nouvelle affaire de Londres et le terrorisme d’état à tout va, cette compilation de Guy Debord est on ne peut plus d’actualité. Nous sommes entrés de plein pied dans l’ère du Gladio 2.0 et une nouvelle phase active du terrorisme d’état dirigée contre nous, les peuples, afin de faire passer une fois de plus toutes lois liberticides idoines, pays par pays, pour nous asservir plus avant, pour nous faire mettre à genoux devant toujours plus d’état, toujours plus de coercition, toujours plus de domination, seule chose que sache faire l’État dans les grandes largeurs… Il est grand temps de dire NON ! à cette vaste escroquerie et de refuser de jouer le jeu plus avant.

Ceci commence avec le boycott du vote et des institutions ici et maintenant ! Assez de cette escroquerie qu’est l’illusion démocratique proposée… Voter, c’est abdiquer, voter c’est acquiescer à la mascarade de la pseudo-démocratie dont on nous gave depuis 1789.

~ Résistance 71 ~

 

Extraits choisis des “Commentaires sur la société du spectacle”

 

Guy Debord, 1988

Folio, #2905

 

Compilés par Résistance 71

 

Avril 2017

 

En 1988, Guy Debord, écrivain et cinéaste français, fondateur du mouvement politique de l’Internationale Situationiste en 1957 (et dissoute en 1972), publie la suite de son ouvrage phénomène et culte de 1967: “La société du spectacle”, sous une forme similaire mais plus condensée: “Commentaires sur la société du spectacle”.

Si les deux ouvrages sont des incontournables de la pensée radicale au service de la transformation ultime de la société hors du champ induit de l’État et de l’économie spectacles, le second a toujours un retentissement géopolitique important quand on considère ce que Debord nous disait au sujet de ce qu’il est devenu un cliché de nos jours d’appeler “l’état profond”. En 1988, il y a donc 29 ans de cela, Debord dressait un portrait politique lucide et implacable sur l’État, l’état profond, le terrorisme et la manipulation constante de nos vies dans la société du spectacle, devenue au fil du temps la “société du spectacle intégré”.

Au long d’extraits choisis (et donc forcément subjectifs, c’est pourquoi nous encourageons la lecture complète des deux livres) de ses “Commentaires sur la société du spectacle”, nous allons vous faire découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, l’impressionnante perspicacité d’un Debord, dont les analyses d’alors éclairent si bien le monde d’aujourd’hui et malheureusement de demain encore.

Ces deux ouvrages sont à lire de toute urgence pour ceux qui désirent comprendre en profondeur le monde dans lequel nous avons été contraints de vivre et d’entrevoir la porte de sortie hors du cercle vicieux de cette société du spectacle tout autant factice qu’inutile et criminelle, négation même de l’humanité.

Debord a mis fin à ses jours le 30 novembre 1994. Suicide qui ne peut que rappeler la célèbre phrase d’ouverture d’Albert Camus pour son essai “Le mythe de Sisyphe” (1942):

“Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.

Les deux livres de Guy Debord sont disponibles dans la collection Folio sous les # 2788 et 2905.

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Voici comment dès les premières lignes Debord annonce la couleur, le reste du bouquin sera à l’avenant:

Ces commentaires sont assurés d’être promptement connus de cinquante ou soixante personnes ; autant dire beaucoup dans les jours que nous vivons et quand on traite de questions si graves. Mais aussi c’est parce que j’ai, dans certains milieux, la réputation d’être un connaisseur. Il faut également considérer que de cette élite qui va s’y intéresser, la moitié, ou un nombre qui s’en approche de très près, est composée de gens qui s’emploient à maintenir le système de domination spectaculaire, et l’autre moitié de gens qui s’obstineront à faire tout le contraire. Ayant ainsi à tenir compte de lecteurs très attentifs et diversement influents, je ne peux évidememnt parler en toute liberté. Je dois surtout prendre garde à ne pas trop instruire n’importe qui.

Debord revient sur sa “Société du spectacle” de 1967:

En 1967, j’ai montré dans un livre, La Société du Spectacle, ce que le spectacle moderne était déjà essentiellement: le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne.

Debord parle sur les trois différents types de pouvoir spectaculaire: le concentré, le diffus et l’intégré, nouveau concept introduit dans cet ouvrage.

“… la première [forme de pouvoir], concentrée, mettant en avant l’idéologie résumée autour d’une personnalité dictatoriale, avait accompagné la contre-révolution totalitaire, la nazie aussi bien que la stalinienne. L’autre [diffuse], incitant les salariés à opérer librement leur choix entre une grande variété de marchandises nouvelles qui s’affrontaient, avait représenté cette américanisation du monde, qui effrayait par quelques aspects, mais aussi bien séduisait les pays où avaient pu se maintenir plus longtemps les conditions des démocraties bourgeoises de type traditionnel. Une troisième forme s’est constituée depuis, par la combinaison raisonnée des deux précédentes, et sur la base générale d’une victoire de celle qui s’était montrée la plus forte, la forme diffuse. Il s’agit du spectaculaire intégré, qui désormais tend à s’imposer mondialement.

[…] La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont: le renouvellement technologique incessant, la fusion économico-étatique, le secret généralisé, le faux sans réplique, un présent perpétuel.

“Le mouvement d’innovation technologique dure depuis longtemps et il est constructif de la société capitaliste, dite parfois industrielle ou post-industrielle […] La fusion économico-étatique est la tendance la plus manifeste de ce siècle et elle y est pour le moins devenue le moteur du développement économique le plus récent. […] Cette union s’est aussi montrée extrêmement favorable au développement de la domination spectaculaire, qui précisément, dès sa formation n’était pas autre chose. Les trois derniers traits sont les effets directs de cette domination, à son stade intégré.

Le secret généralisé se tient derrière le spectacle. […] Le seul fait d’être désormais sans réplique a donné au faux une qualité toute nouvelle. C’est du même coup le vrai qui a cessé d’exister presque partout, ou dans le meilleur des cas s’est vu réduit à l’état d’une hypothèse qui ne peut jamais être démontrée. Le faux sans réplique a achevé de faire disparaître l’opinion publique, qui d’abord s’était retrouvée incapable de se faire entendre ; puis, très vite par la suite, de seulement se former.”

La première intention de la domination spectaculaire est de faire disparaître la connaissance historique en général.

[…] Avec la destruction de l’histoire, c’est l’évènement contemporain lui-même qui s’éloigne aussitôt dans une distance fabuleuse, parmi ses récits invérifiables, ses statistiques incontrôlables, ses explications invraisemblables et ses raisonnements intenables.

Debord passe ensuite dans le vif de son sujet des “commentaires”, celui de l’État et de sa construction coercitive, manipulatrice et terroriste. Il poursuit:

L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. […] L’emploi d’un peu de logique historique permettrait de conclure assez vite qu’il n’y a rien de contradictoire à considérer que des gens qui manquent de tout sens historique peuvent également être manipulés et même encore plus facilement que d’autres. Il est aussi plus facile d’amener à “se repentir” quelqu’un à qui l’on peut montrer que l’on savait tout, d’avance, de ce qu’il a cru faire librement. C’est un effet inévitable des formes organisationnelles clandestines de type militaire, qu’il suffit d’infiltrer peu de gens en certains points du réseau pour en faire marcher, et tomber, beaucoup.”

[…]

Les méthodes de la démocratie spectaculaire sont d’une grande souplesse, contrairement à la simple brutalité du diktat totalitaire.

De la connexion entre l’état terroriste, le capitalisme et la subjugation de la science:

“On entend dire que la science est maintenant soumise à des impératifs de rentabilité économique ; cela a toujours été vrai. Ce qui est nouveau, c’est que l’économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais aussi à celles de leur survie. C’est alors que la pensée scientifique a choisi, contre une grande part de son passé anti-esclavagiste, de servir la domination spectaculaire. La science possédait, avant d’en venir là, une autonomie relative. Elle savait donc penser sa parcelle de réalité et ainsi elle avait pu immensément contribuer à augmenter les moyens de l’économie. […] la domination spectaculaire a fait abattre l’arbre gigantesque de la connaissance scientifique à seule fin de s’y faire tailler une matraque.

[…] La science de la justification mensongère était naturellement apparue dès les premiers symptômes de la décadence de la société bourgeoise, avec la prolifération cancéreuse des pseudo-sciences dites “de l’homme” ; mais par exemple la médecine moderne avait pu, un temps, se faire passer pour utile, et ceux qui avaient vaincu la variole ou la lèpre étaient autres que ceux qui ont bassement capitulé devant les radiations nucléaires ou la chimie agro-alimentaire. On remarque très vite que la médecine aujourd’hui n’a, bien sûr, plus le droit de défendre la santé de la population contre l’environnement pathogène, car ce serait s’opposer à l’État, ou seulement à l’industrie pharmaceutique.

Sur la propagande et la désinformation

Le concept encore jeune de désinformation a été récemment importé de Russie, avec beaucoup d’autres inventions utiles à la gestion des états modernes.

Debord est d’une actualité brûlante sur le sujet, jugez-en plutôt en gardant à l’esprit qu’il écrit cela en 1988, fruit de sa réflexion et de son analyses depuis sa “société du spectacle” de 1967.

Il faut aussi replacer ce livre des “commentaires” dans son contexte historique subjectif particulier. L’édition originale de ses deux ouvrages fut publiée aux éditions Gérard Lebovici, ami de Debord. Celui-ci fut assassiné dans des circonstances toujours non éclaircies en 1984, soit 4 ans avant la publication des “commentaires”. La dédicace du livre est la suivante:

A la mémoire de Gérard Lebovici, assassiné à Paris le 5 mars 1984, dans un guet-apens resté mystérieux”.

Peut-on en déduire que ses “Commentaires sur la société du spectacle” seraient son règlement de compte avec l’État et l’état profond ? Ce qui est sûr, c’est que 13 ans avant les attentats du 11 septembre 2001 à New York, Debord nous mettait sur la piste du Gladio et du terrorisme institutionnel d’état. En fut-il également la victime ? Indirectement, sans aucun doute.

Ce qui peut s’opposer à une seule vérité officielle doit être forcément une désinformation émanant de puissances hostiles, ou au moins de rivaux et elle aurait été intentionnellement faussée par la malveillance. [..] Contrairement au pur mensonge, la désinformation, et voilà en quoi le concept est intéressant pour les défenseurs de la société dominante, doit fatalement contenir une certaine part de vérité, mais délibérément manipulée par un habile ennemi.

[…]

“La désinformation se déploie maintenant dans un monde où il n’y a plus de place pour la vérification.

Dans ce qui suit Debord fait preuve d’une analyse et d’une clairevoyance exceptionnelle considérant qu’il écrit cela dans les tristement célèbres “années de plomb” qui sévirent en Europe entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1990. Nous allons également voir que dans deux citations spécifiques que nous marqueront d’un (*), il fait une allusion directe à l’assassinat de son éditeur et ami Gérard Lebovici.

Notre société est bâtie sur le secret, depuis les sociétés-écrans qui mettent à l’abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu’au ‘secret défense’ qui couvre aujourd’hui un bien immense domaine de pleine liberté extra-judiciaire de l’État.

[…]

C’est ainsi qu’en Italie, lorsque Aldo Moro était prisonnier de Potere Due (Note de R71: ou “Loge P2” maçonnique) ; il n’a pas été détenu dans un bâtiment plus ou moins introuvable, mais simplement dans un bâtiment impénétrable. Il y a toujours un plus grand nombre d’hommes formés pour agir dans le secret ; instruits et exercés à ne faire que cela. […] Enfin, quand il s’agit de leur branche “Action”, ils peuvent également être équipés d’autres capacités de simplification des problèmes étudiés. (*).

[…]

Depuis longtemps on s’est habitué partout à voir exécuter sommairement toutes sortes de gens. Les terroristes connus ou considérés comme tels, sont combattus ouvertement d’une manière terroriste. Le Mossad va tuer au loin Abou Djihad ou les SAS anglais des Irlandais ou la police parallèle du GAL des militants basques. Ceux que l’on fait tuer par de soi-disants terroristes ne sont pas eux-mêmes choisis sans raison ; mais il est généralement impossible d’être assuré de connaître ces raisons. On peut savoir que la gare de Bologne a sauté pour que l’Italie continue d’être ‘bien gouvernée’ ; et ce que sont les ‘escadrons de la mort’ au Brésil et que la Mafia peut incendier un hôtel aux Etats-Unis pour appuyer un racket. Mais comment savoir à quoi ont pu servir en fait, les ‘tueurs fous du Brabant’ ? Il est difficile d’appliquer le principe du Cui prodest ? dans un monde où tant d’intérêts agissants sont si bien cachés. De sorte que, sous le spectaculaire intégré, on vit et on meurt au point de confluence d’un très grand nombre de mystères. (*)

[…]

“Pour tout service de renseignement, sur ce point en accord avec la juste théorie clausewitzienne de la guerre: tout savoir doit devenir un pouvoir.”

[…]

“On se trompe chaque fois que l’on veut expliquer quelque chose en opposant la Mafia à l’État: ils ne sont jamais en rivalité… La Mafia n’est pas étrangère à ce monde ; elle y est parfaitement chez elle. Au moment du spectaculaire intégré, elle règne en fait comme le modèle de toutes les entreprises commerciales avancées.”

[…]

Des réseaux de promotion-contrôle, on glisse insensiblement aux réseaux de surveillance-désinformation. Autrefois, on ne conspirait jamais que contre un ordre établi. Aujourd’hui, conspirer en sa faveur est un nouveau métier en grand développement. Sous la domination spectaculaire, on conspire pour la maintenir et pour assurer ce qu’elle seule pourra appeler sa bonne marche. Cette conspiration fait partie de son fonctionnement même.

[…]

“Depuis que l’art est mort, on sait qu’il est devenu extrêmement facile de déguiser des policiers en artistes… On ouvre des pseudo-musées vides ou des pseudo-centres de recherche sur l’œuvre complète d’un personnage inexistant, aussi vite fait que l’on fait la réputation de journalistes-policiers (Note de R71: ou journalistes-barbouzes comme en zone de guerre hégémonique impérialiste), ou d’historiens-policiers ou de romanciers-policiers. […] Les services secrets étaient appelés par toute l’histoire de la société spectaculaire à y jouer le rôle de plaque tournante centrale ; car en eux se concentrent au plus fort degré les caractéristiques et les moyens d’exécution d’une semblable société.”

[…]

La cohérence de la société du spectacle a, d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut plus y réformer le plus pauvre détail sans défaire l’ensemble. Mais en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins bien s’exprimer: du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres.

[…]

“ Il existe aussi beaucoup de compagnies privées qui s’occupent de surveillance, protection, enseignement. Les grandes firmes multinationales ont naturellement leurs propres services ; mais égalemement des entreprises nationalisées, même de dimension modeste, qui n’en mènent pas moins leur politique indépendante, sur le plan natonal et quelque fois sur le plan international. On peut voir un groupement industriel nucléaire s’opposer à un groupement pétrolier, bien qu’ils soient l’un et l’autre la propriété du même état et, ce qui est plus, qu’ils soient dialectiquement unis l’un à l’autre par leur attachement à maintenir élevé le cours du pétrole sur le marché mondial.. Chaque service de sécurité d’une industrie particulière combat le sabotage chez lui et au besoin l’organise chez le rival.”

[…]

Le destin du spectacle n’est certainement pas de finir en despotisme éclairé. Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste des cooptés qui gère la domination et notamment dirige la protection de cette domination.”

Guy Debord avait-il prévu le Nouvel Ordre Mondial que l’oligarchie s’applique à mettre en action ? Debord est mort à la fin de l’ère Reagan et au début de l’ère Bush (père), qui a dit dans un discours en 1991 qu’ils travaillaient à l’établissement d’un “nouvel ordre mondial”…

Guy Debord disait en 1967: “L’anarchisme a réellement conduit en 1936 [en Espagne], une révolution sociale et l’ébauche la plus avancée qui fut jamais d’un pouvoir prolétarien.