Résistance politique: militantisme contre révolution sociale

Ce texte, écrit et diffusé il y a 45 ans au lendemain dirons-nous de mai 1968, interpelle, triture, fait grincer des dents, dérange, énerve, botte le cul, mais au bout du compte remet la pendule à l’heure sur la problématique du “militantisme”. Écrit sous une forme auto-critique par d’anciens militants ouvriers, il est toujours d’actualité aujourd’hui et comme toujours, lorsqu’un texte âgé parait toujours d’actualité c’est que dans la vaste majorité des cas, rien n’a été résolu sur le sujet.

Bien au-delà d’une critique sur le réformisme socialo-communiste, il identifie le militantisme comme une imposture contre-révolutionnaire en regard de la révolution sociale toujours pas réalisée.

A l’heure de la nouvelle mascarade électorale en cours de finalisation en 2017, ce texte dérangeant parce si politiquement lucide, continue de faire réfléchir… Et c’est tant mieux car on en a tous bien besoin !

~ Résistance 71 ~

 

Le militantisme stade suprême de l’aliénation

 

Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires

 

 1972

 

Source:

https://infokiosques.net/lire.php?id_article=536

 

« Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes prêts effectivement à aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des révolutionnaires qui se trompent ou des semi révolutionnaires, mais des gens qui restent en deçà de la révolution. Mais cela ne veut nullement dire que

1° nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons à être clairs et nets, c’est d’abord à l’égard de nous-mêmes, et que

2° nous condamnons le militant en tant qu’individu et faisons de cette condamnation une affaire morale. Il ne s’agit pas de retomber dans la séparation des bons et des méchants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : « plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n’en suis pas et plus je me mets à l’abri de la critique ! » »

~ OJTR, 1972 ~

Le révolutionnaire est au militant ce que le loup est à l’agneau.

À la suite du mouvement des occupations de mai 68 on a vu se développer à la gauche du Parti Communiste et de la CGT un ensemble de petites organisations qui se réclament du trotskisme, du maoïsme et de l’anarchisme. Malgré le faible pourcentage de travailleurs qui ont rejoint leurs rangs, elles prétendent disputer aux organisations traditionnelles le contrôle de la classe ouvrière dont elles se proclament l’avant-garde.

Le ridicule de leurs prétentions peut faire rire, mais en rire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, comprendre pourquoi le monde moderne produit ces bureaucraties extrémistes, et déchirer le voile de leurs idéologies pour découvrir leur rôle historique véritable. Les révolutionnaires doivent se démarquer le plus possible des organisations gauchistes et montrer que loin de menacer l’ordre du vieux monde l’action de ces groupes ne peut entraîner au mieux que son reconditionnement. Commencer à les critiquer, c’est préparer le terrain au mouvement révolutionnaire qui devra les liquider sous peine d’être liquidé par eux.

La première tentation qui vient à l’esprit est de s’attaquer à leurs idéologies, d’en montrer l’archaïsme ou l’exotisme (de Lénine à Mao) et de mettre en lumière le mépris des masses qui se cache sous leur démagogie. Mais cela deviendrait vite fastidieux si l’on considère qu’il existe une multitude d’organisations et de tendances et qu’elles tiennent toutes à bien affirmer leur petite originalité idéologique. D’autre part cela revient à se placer sur leur terrain. Plus qu’à leurs idées il convient de s’en prendre à l’activité qu’ils déploient au « service de leurs idées » : le MILITANTISME.

Si nous nous en prenons globalement au militantisme ce n’est pas parce que nous nions les différences qui existent entre l’activité des diverses organisations. Mais nous pensons que malgré et même justement à cause de leur importante ces différences ne peuvent bien s’expliquer que si on prend le militantisme à la racine. Les diverses façons de militer ne sont que des réponses divergentes à une même contradiction fondamentale dont aucune ne détient la solution.

En prenant parti de fonder notre critique sur l’activité du militant nous ne sous-estimons pas l’importance du rôle des idées dans le militantisme. Simplement à partir du moment où ces idées sont mises en avant sans êtres reliées à l’activité il importe de savoir ce qu’elles cachent. Nous montrerons le hiatus qu’il y a entre les deux, nous relierons les idées à l’activité et dévoilerons l’impact de l’activité sur les idées : chercher derrière le mensonge la réalité du menteur pour comprendre la réalité du mensonge.

Si la critique et la condamnation du militantisme est une tâche indispensable pour la théorie révolutionnaire, elle ne peut être faite que du « point de vue » de la révolution. Les idéologues bourgeois peuvent traiter les militants de voyous dangereux, d’idéalistes manipulés, leur conseiller d’occuper leur temps à travailler ou à le passer au Club Méditerranée ; ils ne peuvent pas s’attaquer au militantisme en profondeur car cela revient à mettre en lumière la misère de toutes activités que permet la société moderne. Nous ne cachons pas notre parti pris, notre critique ne sera pas « objective et valable de tous les points de vue ».

Cette critique du militantisme est inséparable de la construction des organisations révolutionnaires, non seulement parce que les organisations de militants devront être combattues sans relâche, mais aussi parce que la lutte contre la tendance au militantisme devra être menée au sein même des organisations, révolutionnaires. Cela sans doute parce que ces organisations, tout au moins au départ, risquent d’être composées pour une part non négligeable d’anciens militants « repentis », mais aussi parce que le militantisme se base sur l’aliénation de chacun d’entre nous. L’aliénation ne s’élimine pas d’un coup de baguette magique et le militantisme est le piège particulier que le vieux monde tend aux révolutionnaires.

Ce que nous disons des militants est dur et sans appel. Nous ne sommes prêts effectivement à aucun compromis avec eux, ce ne sont pas des révolutionnaires qui se trompent ou des semi révolutionnaires, mais des gens qui restent en deçà de la révolution. Mais cela ne veut nullement dire que :

1° nous nous mettons en dehors de cette critique, si nous tenons à être clairs et nets, c’est d’abord à l’égard de nous-mêmes, et que

2° nous condamnons le militant en tant qu’individu et faisons de cette condamnation une affaire morale. Il ne s’agit pas de retomber dans la séparation des bons et des méchants. Nous ne sous estimons pas la tentation du : « plus je gueule contre les militants, plus je prouve que je n’en suis pas et plus je me mets à l’abri de la critique ! »

LE MASOCHISME

Faisons l’effort de surmonter l’ennui que secrète naturellement les militants. Ne nous contentons pas de déchiffrer la phraséologie de leurs tracts et de leurs discours. Interrogeons-les sur les raisons qui les ont poussés, eux, personnellement, à militer. Il y n’a pas de question qui puisse embarrasser plus un militant. Au pire ils vont partir dans des baratins interminables sur l’horreur du capitalisme, la misère des enfants du tiers monde, les bombes à fragmentation, la hausse des prix, la répression… Au mieux ils vont expliquer que ayant pris conscience – ils tiennent beaucoup à cette fameuse « prise de conscience » – de la véritable nature du capitalisme ils ont décidé de lutter pour un monde meilleur, pour le socialisme (le vrai pas l’autre). Enthousiasmés par ces perspectives exaltantes ils n’ont pu résister au désir de se jeter sur la manivelle de la ronéo la plus proche. Essayons d’approfondir la question et portons nos regards non plus sur ce qu’ils disent mais sur ce qu’ils vivent.

Il y a une énorme contradiction entre ce qu’ils prétendent désirer et la misère et l’inefficacité de ce qu’ils font. L’effort auquel ils s’astreignent et la dose d’ennui qu’ils sont capables de supporter ne peuvent laisser aucun doute : ces gens là sont d’abord des masochistes. Non seulement au vu de leur activité on ne peut croire qu’ils puissent désirer sincèrement une vie meilleure, mais encore leur masochisme ne manifeste aucune originalité. Si certains pervers mettent en œuvre une imagination qui ignore la pauvreté des règles du vieux monde, ce n’est pas le cas des militants ! Ils acceptent au sein de leur organisation la hiérarchie et les petits chefs dont ils prétendent vouloir débarrasser la société, et l’énergie qu’ils dépensent se moule spontanément dans la forme du travail. Car le militant fait partie de cette sorte de gens à qui 8 ou 9 heures d’abrutissement quotidien ne suffisent pas.

Lorsque les militants tentent de se justifier ils n’arrivent qu’à étaler leur manque d’imagination. Ils ne peuvent concevoir autre chose, une autre forme d’activité que ce qui existe actuellement. Pour eux, la division entre le sérieux et l’amusant, les moyens et les buts n’est pas liée a une époque déterminée. Ces catégories sont éternelles et indépassables : on ne pourra être heureux plus tard que si on se sacrifie maintenant. Le sacrifice sans récompense de millions de militants ouvriers, des générations de l’époque stalinienne ne fait rien bouger dans leurs petites têtes. Ils ne voient pas que les moyens déterminent les fins et qu’en acceptant de se sacrifier aujourd’hui ils préparent les sacrifices de demain.

On ne peut qu’être frappé par les innombrables ressemblances qui rapprochent militantisme et activité religieuse. On retrouve les mêmes attitudes psychologiques : esprit de sacrifice, mais aussi intransigeance, volonté de convertir, esprit de soumission. Ces ressemblances s’étendent au domaine des rites et des cérémonies : prêches sur le chômage, processions pour le Vietnam, références aux textes sacrés du marxisme-léninisme, culte des emblèmes (drapeaux rouges). Les églises politiques n’ont-elles pas aussi leurs prophètes, leurs grands prêtres, leurs convertis, leurs hérésies, leurs schismes, leurs pratiquants-militants et leurs non-pratiquants-sympathisants ! Mais le militantisme révolutionnaire n’est qu’une parodie de la religion. La richesse, la démence, la démesure des projets religieux lui échappent ; il aspire au sérieux, il veut être raisonnable, il croit pouvoir gagner en échange un paradis ici-bas. Cela ne lui est même pas donné. Jésus Christ ressuscite et monte au ciel, Lénine pourrit sur la Place Rouge.

Si le militant peut être assimilé au croyant en ce qui concerne la candeur de ses illusions il convient de le considérer tout autrement en ce qui concerne son attitude réelle. Le sacrifice de la carmélite qui s’emprisonne pour prier pour le salut des âmes a des répercussions très limitées sur la réalité sociale. Il en va tout autrement pour le militant. Son sacrifice risque d’avoir des conséquences fâcheuses pour l’ensemble de la société.

LE DÉSIR DE LA PROMOTION

Le militant parle beaucoup des masses. Son action est centrée sur elles. Ils s’agit de les convaincre, de leur faire « prendre conscience ». Et pourtant le militant est séparé des masses et de leurs possibilités de révolte. Et cela parce qu’il est SEPARÉ DE SES PROPRES DESIRS.

Le militant ressent l’absurdité de l’existence que l’on nous impose. En « décidant » de militer, il tente d’apporter une solution à l’écart qui existe entre ses désirs et ce qu’il a réellement la possibilité de vivre. C’est une réaction contre sa prolétarisation contre la misère de sa vie. Mais il s’engage dans une voie sans issue.

Bien qu’insatisfait, le militant reste incapable de reconnaître et d’affronter ses désirs. IL EN A HONTE. Cela l’entraîne à remplacer la promotion de ses désirs par le désir de sa promotion. Mais les sentiments de culpabilité qu’il entretient sont tels qu’il ne peut envisager une promotion hiérarchique dans le cadre du système, ou plutôt il est prêt à lutter pour une bonne place si il gagne en même temps la garantie que ce n’est pas pour son propre compte. Son militantisme lui permet de s’élever, de se mettre sur un piédestal, sans que cette promotion apparaisse aux autres et à lui-même pour ce qu’elle est. (Après tout, le pape n’est lui aussi que le serviteur des serviteurs de Dieu !)

Se mettre au service de ses désirs ne revient nullement à se réfugier dans sa coquille et n’a rien à voir avec l’individualisme petit bourgeois. Tout au contraire cela ne peut passer que par la destruction de la carapace d’égoïsme dans laquelle nous enferme la société bourgeoise et le développement d’une véritable solidarité de classe. Le militant qui prétend se mettre au service du prolétariat (« Les ouvriers sont nos maîtres » Geismar) ne fait que se mettre au service de l’idée qu’il a des intérêts du prolétariat. Ainsi par un paradoxe qui n’est qu’apparent, en se mettant véritablement au service de soi-même on en revient à aider véritablement les autres et cela sur une base de classe, et en se mettent au service des autres on en vient à protéger une position hiérarchique personnelle.

Militer, ce n’est pas s’accrocher à la transformation de sa vie quotidienne, ce n’est pas se révolter directement contre ce qui opprime, c’est au contraire fuir ce terrain. Or ce terrain est le seul qui soit révolutionnaire pourvu que l’on sache que notre vie de tous les jours est colonisée par le capital et régie par les lois de la production marchande. En se politisant, le militant est à la recherche d’un rôle qui le mette au-dessus des masses. Que ce « au-dessus » prenne des allures « d’avant-gardisme » ou d’« éducationnisme » ne change rien à l’affaire. Il n’est déjà plus le prolétaire qui n’a rien d’autre à perdre que ses illusions ; il a un rôle à défendre. En période de révolution, quand tous les rôles craquent sous la poussée du désir de vivre sans entrave, le rôle de « révolutionnaire conscient » est celui qui survit le mieux.

En militant, il donne du poids à son existence, sa vie retrouve un sens. Mais ce sens, il ne le trouve pas en lui-même dans la réalité de sa subjectivité, mais dans la soumission à des nécessités extérieures. De même que dans le travail il est soumis à un but et à des règles qui lui échappent, il obéit en militant aux « nécessités de l’histoire ».

Évidemment, on ne peut pas mettre tous les militants sur le même plan. Tous ne sont pas atteints aussi gravement. On trouve parmi eux quelques naïfs qui, ne sachant comment utiliser leurs loisirs, poussés par la solitude et trompés par la phraséologie révolutionnaire se sont égarés ; ils saisiront le premier prétexte venu pour s’en aller. L’achat de la télévision, la rencontre de l’âme sœur, la nécessité de faire des heures supplémentaires pour payer la voiture déciment les rangs de l’armée des militants !

Les raisons qui poussent à militer ne datent pas d’aujourd’hui. En gros elles sont les mêmes pour les militants syndicalistes, catholiques et révolutionnaires. La réapparition d’un militantisme révolutionnaire de masse est liée à la crise actuelle des sociétés marchandes et au retour de la vieille taupe révolutionnaire. La possibilité d’une révolution sociale apparaît suffisamment sérieuse pour que les militants misent sur elle. Le tout est renforcé par l’écroulement des religions.

Le capitalisme n’a plus besoin des systèmes de compensation religieux. Parvenu à maturité, il n’a pas à offrir un supplément de bonheur dans l’au-delà mais tout le bonheur ici-bas, dans la consommation de ses marchandises matérielles, culturelles et spirituelles (l’angoisse métaphysique fait vendre !). Dépassés par l’histoire, les religions et leurs fidèles n’ont plus qu’à passer à l’action sociale ou au… maoïsme.

Le militantisme gauchiste touche essentiellement des catégories sociales en voie de prolétarisation accélérée (lycéens, étudiants, enseignants, personnels socio-éducatifs….) qui n’ont pas la possibilité de lutter concrètement pour des avantages à court terme et pour lesquels devenir véritablement révolutionnaire suppose une remise en question personnelle très profonde. L’ouvrier est beaucoup moins complice de son rôle social que l’étudiant ou l’éducateur. Militer est pour ces derniers une solution de compromis qui leur permet d’épauler leur rôle social vacillant. Ils retrouvent dans le militantisme une importance personnelle que la dégradation de leur position sociale leur refusait. Se dire révolutionnaire, s’occuper de la transformation de l’ensemble de la société, permet de faire l’économie de la transformation de sa propre condition et de ses illusions personnelles.

Dans la classe ouvrière le syndicalisme a le quasi-monopole du militantisme, il assure au militant des satisfactions immédiates et une position dont l’avantage peut se mesurer concrètement. L’ouvrier tenté par le militantisme se tournera très probablement vers le syndicalisme. Même les comités de lutte antisyndicaux ont tendance à devenir un syndicalisme nouvelle manière. L’activité politique n’est pour les militants ouvriers que le prolongement de l’action syndicale. Le militantisme tente peu les ouvriers et notamment les jeunes ouvriers parce que ce sont les prolétaires les plus lucides en ce qui concerne la misère de leur travail en particulier et de leur vie en général. Déjà peu tentés, dans leur ensemble, par le syndicalisme, ils le sont encore moins par un gauchisme aux avantages fumeux.

Ceci dit, quand dans la tourmente révolutionnaire le règne des marchandises et de la consommation s’écoulera, le syndicalisme dont le sérieux se basait sur la revendication sera prêt pour survivre à passer au militantisme révolutionnaire. Il reprendra les mots d’ordre les plus extrémistes et sera alors beaucoup plus dangereux que les groupes gauchistes. Déjà ne voit-on pas, à la suite de mai 68, la CFDT mêler le mot d’autogestion à son charabia néo-bureaucratique !

LE TRAVAIL POLITIQUE

Le temps « libre » que lui laissent ses obligations professionnelles ou scolaires, le militant va le consacrer à ce qu’il appelle lui-même le « travail politique ». Il faut tirer et distribuer des tracts, fabriquer et coller des affiches, faire des réunions, prendre des contacts, préparer des meetings… Mais ce n’est pas telle ou telle action considérée isolement qui suffit à caractériser le travail militant. Le simple fait de composer un tract dans le but de le tirer et de le distribuer ne peut être considéré en soi comme un acte militant. Si il est militant c’est parce qu’il s’insère dans une activité qui a une logique particulière.

C’est parce que l’activité du militant n’est pas le prolongement de ses désirs, c’est parce qu’elle obéit à une logique qui lui est extérieure, qu’elle se rapproche du travail. De même que le travailleur ne travaille pas pour lui, le militant ne milite pas pour lui. Le résultat de son action ne peut donc pas être mesuré au plaisir qu’il en retire. Il va donc l’être suivant le nombre d’heures dépensées, le nombre de tracts distribués. La répétition, la routine dominent l’activité du militant. La séparation entre exécution et décision renforce le côté fonctionnaire du militant.

Mais si le militantisme se rapproche du travail il ne peut pas lui être assimilé. Le travail est l’activité sur laquelle se fonde le monde dominant, il produit et reproduit le capital et les rapports de production capitalistes ; le militantisme lui n’est qu’une activité mineure. Si le résultat du travail et son efficacité, par définition, ne se mesurent pas à la satisfaction du travailleur ils ont l’avantage d’être mesurables économiquement. La production marchande, par le biais de la monnaie et du profit crée ses étalons et ses instruments de mesure. Elle a sa logique et sa rationalité qu’elle impose au producteur et au consommateur. Au contraire, l’efficacité du militantisme, « l’avancée de la révolution », n’ont pas encore trouvé leurs instruments de mesure. Leur contrôle échappe aux militants et à leurs dirigeants. Dans l’hypothèse, évidemment, où ces derniers se soucient encore de la révolution ! On en est donc réduit à comptabiliser le matériel produit et distribué, le recrutement, les actions menées ; ce qui évidemment ne mesure jamais ce que l’on prétend mesurer. Tout naturellement on en vient à considérer que ce qui est mesurable est une fin en soi. Imaginez le capitaliste qui ne trouvant pas de moyen d’évaluer la valeur de sa production déciderait de se rabattre sur la mesure des quantités d’huile consommées par des machines. Très vite, sous la pression de contre-maîtres consciencieux, les ouvriers videraient de l’huile dans le caniveau pour faire progresser… la production. Incapable de poursuivre le but proclamé, le militantisme ne fait que singer le travail.

S’appliquant consciencieusement à imiter le travail, les militants sont fort mal placés pour comprendre les perspectives ouvertes d’un côté par le mépris de plus en plus répandu à l’égard de toutes les contraintes et de l’autre par les progrès du savoir et de la technique. Les plus intelligents d’entre eux se rangent aux côtés des idéologues de la bourgeoisie moderniste, pour demander que l’on réduise les horaires ou que l’on humanise la répugnante activité. Que ce soit au nom du capital ou de la révolution, tous ces gens-là se montrent incapables de voir au-delà de la séparation entre temps de travail et temps de loisirs, entre activité consacrée à la production et activité consacrée à la consommation.

Si nous sommes obligés de travailler, la cause n’est pas naturelle, elle est sociale. Travail et société de classe vont de pair. Le maître veut voir l’esclave produire parce que seul ce qui est produit est appropriable. La joie, le plaisir que l’on trouve dans une activité quelconque, cela ne peut être capitalisé, accumulé, traduit en argent par le capitaliste, alors il s’en fout. Lorsque nous travaillons nous sommes entièrement soumis à une autorité, à une loi extérieure, notre seule raison d’être c’est ce que nous produisons. Toute usine est un racket, où l’on pompe notre sueur et notre vie pour les transformer en marchandises.

Le temps passé à travailler est un temps où nous devons non pas satisfaire directement nos désirs mais sacrifier en attendant cette réparation ultérieure qu’est le salaire. C’est exactement le contraire du jeu, où le déroulement et le rythme de ce qu’on fait a pour maître le plaisir que l’on y prend. Le prolétariat en s’émancipant abolira le travail. La production des denrées nécessaires à notre survie biologique ne sera plus alors que le prétexte à la libération de nos passions.

LA RÉUNIONITE

Une caractéristique significative du militantisme est le temps passée en réunions. Laissons de côté les débats consacrés à la grande stratégie : où en sont nos camarades de Bolivie, à quand la prochaine crise économique mondiale, la construction du parti révolutionnaire avance-t-elle… Contentons nous de nous pencher sur les réunions concernant le « travail quotidien ». C’est peut-être là que s’étale le mieux la misère du militantisme. À part quelques cas désespérés, les militants eux-mêmes se plaignent du nombre de ces « réunions qui n’avancent pas ». Même si les militants aiment se réchauffer entre eux ils ne peuvent pas ne pas souffrir de la contradiction évidente entre d’une part leur volonté d’agir et d’autre part le temps perdu en de vaines discussions, en des débats sans issue. Ils sont condamnés à rester dans une impasse car ils s’en prennent à la « réunionite » sans voir que c’est tout le militantisme qui est en cause. La seule façon d’éliminer la réunionite revient à fuir dans un activisme de moins en moins en prise sur la réalité.

QUE FAIRE ? COMMENT S’ORGANISER ? Voilà les questions qui sous-tendent et provoquent les réunions. Or ces questions ne peuvent jamais, être réglées, leur solution n’avance jamais, parce que lorsque les militants se les posent, ils se les posent comme séparées de leur vie. La réponse n’est pas au rendez-vous parce que la question n’est pas posée par celui qui possède la solution concrète. On peut se réunir pendant des heures, se triturer le cerveau, cela ne fera pas surgir le support pratique qui manque aux idées. Alors que ces questions sont des bagatelles pour le prolétariat révolutionnaire, parce que pour lui les problèmes de l’action et de l’organisation se posent concrètement, font partie de sa lutte, ils deviennent le PROBLÈME pour les militants. La réunionite est le complément nécessaire de l’activisme. En fait, le problème posé est toujours celui-là : comment fusionner avec le mouvement des masses tout en restant séparé de lui. La solution de ce dilemme est soit de fusionner réellement avec les masses en retrouvant la réalité de ses désirs et les possibilités de leur réalisation, soit de renforcer leur pouvoir en tant que militants, en se rangeant au côté du vieux monde contre le prolétariat. Les grèves sauvages montrent qu’il y a des risques !

Dans ses rapports avec les masses, le militantisme reproduit ses tares internes, notamment ses tendances à la réunionite. On rassemble des gens et on les compte. Pour certains du genre AJS, se montrer et se compter devient même le summum de l’action !

Ces questions de l’action et de l’organisation, séparées déjà du mouvement réel, se trouvent mécaniquement séparées entre elles. Les diverses orientations du gauchisme concrétisent cette séparation. On trouve d’un côté avec les maos et l’ex-GP [Gauche prolétarienne] le pôle de l’action, et de l’autre avec les trotskistes et la Ligue Communiste [ancêtre de la LCR] le pôle de l’organisation. On fétichise soit l’action, soit l’organisation pour sortir de l’impasse où en se séparant des masses le militantisme s’est plongé. Chacun protège sa crétinerie particulière en se gaussant de l’orientation des groupes concurrents.

LA BUREAUCRATIE

Les organisations de militants sont toutes hiérarchisées. Certaines organisations non seulement ne s’en cachent pas mais auraient même plutôt tendance à s’en vanter. D’autres se contentent d’en parler le moins possible. Enfin certains petits groupes essaient de le nier.

De même qu’elles reproduisent ou plutôt singent le travail les organisations militantes ont besoins de « patrons ». Ne pouvant bâtir leur union à partir de leurs problèmes concrets, les militants sont naturellement portés à considérer que l’unification des décisions ne peut découler que de l’existence d’une direction. Ils n’imaginent pas que la vérité commune puisse jaillir des volontés particulières de sortir de la merde, elle doit être balancée et imposée du haut. Ils se représentent donc nécessairement la révolution comme un choc entre deux appareils d’état hiérarchisés, l’un étant bourgeois, l’autre prolétarien.

Ils ne savent rien de la bureaucratie, de son autonomie et de la façon dont elle résout ses contradictions internes. Le militant de base croit naïvement que les conflits entre dirigeants se réduisent à des conflits d’idées et que là, où on lui dit qu’il y a unité il y a effectivement unité. Sa grande fierté est d’avoir su discerner l’organisation ou la tendance pourvu de LA bonne direction. En adhérant à telle ou telle chapelle il adopte un système d’idées comme on enfile un costume. N’en ayant vérifié aucune base il sera prêt à en défendre toutes les conséquences et à répondre à toutes les objections avec un dogmatisme incroyable. À une époque où les curés sont déchirés par les crises spirituelles, le militant conserve la foi.

Forcé de tenir compte du mépris de plus en plus répandu à l’égard de toute forme d’autorité le militantisme a produit des rejetons d’un type nouveau. Certaines organisations prétendent qu’elles n’en sont pas et surtout dissimulent leur direction. Les bureaucrates se cachent pour mieux pouvoir tirer les ficelles.

Certaines organisations traditionnelles essaient de mettre en place des formes d’organisation parallèles permanentes ou pas. Elles espèrent, au nom de « l’autonomie prolétarienne », récupérer ou tout au moins influencer des gens qui leur auraient autrement échappé.

On peut citer le Secours Rouge, I’OJTR et les Assemblées Ouvriers Paysans du PSU… De même, certains journaux indépendants ou satellites d’organisations prétendent n’exprimer que le point de vue des masses révolutionnaires ou de groupes autonomes de la base. Mentionnons les Cahiers de Mai, Le technique en Lutte, L’outil des travailleurs… Là où on refuse de poser clairement et les questions d’organisation et les questions de théorie sous le prétexte que l’heure de la construction du parti révolutionnaire n’est pas encore venue ou au nom d’un spontanéisme de pacotille (« nous ne sommes pas une organisation, mais un rassemblement de braves mecs, une communauté », etc.) , on peut être sûr qu’il y a de la bureaucratie et même souvent du maoïsme. L’avantage du trotskisme, c’est que son fétichisme de l’organisation le contraint à afficher la couleur ; il récupère en le disant. L’avantage du maoïsme (nous ne parlons pas de maoïsme pur et archéo-stalinien du genre Humanité Rouge) c’est qu’il crée les conditions de son propre débordement ; à force de jouer les équilibristes de la récupération il va se casser la gueule.

OBJECTIVITÉ ET SUBJECTIVITÉ

Les systèmes d’idées adoptés par les militants varient suivant les organisations, mais ils sont tous minés par la nécessité de masquer la nature de l’activité qu’ils cachent et la séparation des masses. Aussi retrouve-t-on toujours au cœur des idéologies militantes la séparation entre objectivité et subjectivité conçue de façon mécanique et ahistorique.

Le militant qui se dévoue au service du peuple, même si il ne nie pas que son activité a des motivations subjectives, refuse de leur accorder de l’importance. De toute façon ce qui est subjectif doit être éliminé au profit de ce qui est objectif. Le militant refusant d’être mu par ses désirs en est réduit à invoquer les nécessités historiques considérées comme extérieures au monde des désirs. Grâce au « socialisme scientifique », forme figée d’un marxisme dégénéré, il croit pouvoir découvrir le sens de l’histoire et s’y adapter. Il se grise avec des concepts dont la signification lui échappe : forces productives, rapports de production, loi de la valeur, dictature du prolétariat etc. Tout cela lui permet de se rassurer sur le sérieux de son agitation. Se mettant en dehors de « sa critique » du monde, il se condamne à ne rien comprendre à la marche de celui-ci.

La passion qu’il n’arrive pas à mettre dans sa vie quotidienne, il la reporte dans sa participation imaginaire au « spectacle révolutionnaire mondial ». La terre est ravalée au rang d’un théâtre de polichinelle où s’affrontent bons et méchants, impérialistes et anti-impérialistes. Il compense la médiocrité de son existence en s’identifiant aux stars de ce cirque planétaire. Le comble du ridicule a certainement été atteint avec le culte du « CHE ». Économiste délirant, piteux stratège, mais beau gosse, Guevara aura eu au moins la consolation de voir ses talents hollywoodiens récompensés. Un record dans la vente des posters !

Qu’est-ce que la subjectivité, sinon le résidu de l’objectivité, ce qu’une société fondée sur la reproduction marchande ne peut intégrer ? La subjectivité de l’artiste s’objective dans l’œuvre d’art. Pour le travailleur séparé des moyens de production et de l’organisation de sa propre production, la subjectivité reste à l’état de manies, de fantasmes… Ce qui s’objective le fait par la grâce du capital, et devient lui même capital. L’activité révolutionnaire comme le monde qu’elle préfigure dépasse la séparation entre objectivité et subjectivité. Elle objective la subjectivité et investit subjectivement le monde objectif. La révolution prolétarienne c’est l’irruption de la subjectivité !

Il ne s’agit pas de retomber dans le mythe d’une « vraie nature humaine », de l’« essence éternelle » de l’homme qui, réprimé par la Société, chercherait à revenir au grand jour. Mais si la forme et le but de nos désirs varient, ils ne se réduisent nullement au besoin de consommer tel ou tel produit. Déterminée historiquement par l’évolution et les nécessités de la production marchande, la subjectivité ne se plie nullement aux besoins de la consommation et de la production. Pour récupérer les désirs des consommateurs la marchandise doit s’adapter sans cesse. Mais elle reste incapable de satisfaire la volonté de vivre en réalisant totalement et directement nos désirs. À l’avant-garde de la provocation marchande, les vitrines subissent de plus en plus souvent la critique du pavé !

Ceux qui refusent de tenir compte de la réalité de LEURS désirs au nom de la « Pensée matérialiste » risquent de ne pas voir le poids de NOS désirs leur retomber sur la gueule.

Les militants et leurs idéologues, même diplômés de l’université, sont de moins en moins aptes à comprendre leur époque et à coller à l’histoire. Incapables de sécréter une pensée un tant soit peu moderne, ils en sont réduits à aller fouiller dans les poubelles de l’histoire pour y récupérer des idéologies qui ont fait, déjà depuis un certains temps, la preuve de leur échec : anarchisme, léninisme, trotskisme… Pour rendre le tout plus digeste ils l’assaisonnent d’un peu de maoïsme ou de castrisme mal compris. Ils se réclament du mouvement ouvrier mais confondent son histoire avec la construction d’un capitalisme d’état en Russie ou l’épopée bureaucratique-paysanne de « la longue marche » en Chine. Ils se prétendent marxistes, mais ne comprennent pas que le projet marxiste d’abolition du salariat, de la production marchande et de l’État, est indissociable de la prise du pouvoir par le prolétariat.

Les penseurs « marxistes » sont de plus en plus incapables de reprendre l’analyse des contradictions fondamentales du capitalisme qu’avait inaugurée Marx. Ils vont s’engluer sur le terrain de l’économie politique bourgeoise, tout en rabâchant des bêtises sur la loi de la valeur travail, la baisse tendancielle du taux de profit, la réalisation de la plus-value. Malgré leurs prétentions, ils ne comprennent rien à la marche du capitalisme moderne. Se croyant obligés d’utiliser un vocabulaire marxiste, dont ils ne connaissent pas le mode d’emploi, ils se coupent des quelques possibilités d’analyse qui restent à l’économie politique. Leurs « recherches » ne valent pas celles du premier disciple de Keynes venu.

MILITANTS ET CONSEILS OUVRIERS

Les organisation militantes s’autonomisent au-dessus des masses qu’elles ont la prétention de représenter. Elles sont naturellement amenées à considérer que ce n’est pas la classe ouvrière qui fait la révolution mais « les organisations de la classe ouvrière ». Il convient donc de renforcer ces dernières. Le prolétariat devient à la limite une matière brute, du fumier sur lequel va pouvoir s’épanouir cette rose rouge qu’est le Parti Révolutionnaire. Les nécessités de la récupération exigent qu’on ne parle pas trop de ça à l’extérieur ; c’est là que commence la démagogie.

L’autonomie des buts des organisations militantes doit être dissimulée. L’idéologie sert à ça. L’on proclame bien haut que l’on est au service du peuple, que l’on n’agit pas pour son bien propre et que si jamais pendant un court moment on est obligé de prendre le pouvoir on n’en abusera pas. Une fois que la classe ouvrière aura été bien éduquée on se dépêchera de lui rendre.

L’histoire des conseils ouvriers montre que systématiquement les organisations dites ouvrières ont cherché à jouer leur propre jeu et tirer les marrons du feu ; cela pour les meilleurs motifs évidemment. Pour assurer leur pouvoir, elles ont cherché à limiter, à récupérer et à détruire les formes d’organisation que le prolétariat s’était données : soviets territoriaux, comités d’usine.

Les soviets russes ont été magouillés, puis liquidés par le parti et l’État bolchevique. En 1905 Lénine ne leur accorde pas d’importance. En 1917, au contraire, on proclame : « tout le pouvoir au soviets ». En 1921 les soviets qui ont servi de marchepied pour prendre le pouvoir deviennent gênants ; les ouvriers et les marins de Cronstadt qui réclament des soviets libres sont écrasés par l’armée rouge.

En Allemagne, le gouvernement social-démocrate des « commissaires du peuple » se charge de liquider les conseils ouvriers au nom de la révolution.

En Espagne, de nouveau les communistes s’occupent de faire disparaître les formes de pouvoir populaire. Cela devait permettre de mieux développer la lutte contre le fascisme !

Ce n’est pas la peine d’accumuler les exemples. Toutes les expériences historiques ont confirmé l’antagonisme qui oppose prolétariat révolutionnaire et organisation militante. L’idéologie la plus extrémiste peut cacher la position la plus contre-révolutionnaire. Si certaines organisations ont pu cependant se battre à coté du prolétariat jusqu’à la défaite commune comme la Ligue Spartacus et la CNT-FAI anarcho-syndicaliste, rien ne prouve que ces organisations n’aurait pas commencé à lutter pour leur propre pouvoir une fois l’adversaire vaincu.

La chine n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire capitalisme d’État. La production marchande et l’esclavage salarié n’ont pas été abolis par la prise de pouvoir « communiste ».Au contraire, en rompant avec le pillage de la Chine par les impérialistes, cette prise du pouvoir pouvait seule permettre d’accumuler le capital et d’industrialiser sur place. Le culte de la personnalité et les pressions idéologiques pour faire participer le peuple à la « lutte sur le front de la production » n’ont pas éliminé des méthodes plus classiques. Témoin cette publicité [reproduite en illustration sur une demie page de la brochure originale] pour des savonnettes.

Nos bureaucrates locaux qui s’extasient devant la « dialectique » de Mao et le renouveau de la théorie qu’apporterait le soi-disant anti-bureaucratisme de la révolution culturelle, seront déçus par la Chine rouge comme ils ont été déçus par la Russie stalinienne.

Les militants pour s’être cloîtrés en politique n’en restent pas moins des individus sociaux, soumis à l’influence de leur milieu. Lorsque ça chauffe, beaucoup peuvent passer dans le camp de la révolution. On a bien vu des délégués syndicaux prendre la tête de séquestrations ! Mais la désertion massive des militants sera d’autant plus probable que les conseils et les révolutionnaires conseillistes seront plus forts. Le mouvement peut être aidé dans ses succès par le renfort de nombreux militants, mais en cas d’erreurs ou de flottements le balancier jouera dans l’autre sens. Les organisations militantes seront renforcées par l’apport de prolétaires cherchant à se rassurer.

La liquidation des conseils ouvriers a été rendu possible par leur faiblesse, leur incapacité de faire appliquer en leur sein les règles de la démocratie directe et à prendre effectivement tout le pouvoir en écrasant tous les pouvoirs qui leur étaient extérieurs. Les organisations militantes ne sont en fait que la propre faiblesse extériorisée du prolétariat qui se retourne contre lui.

Les travailleurs feront de nouveau des erreurs. Ils ne trouveront pas immédiatement la forme adéquate de leur pouvoir.

 

Moins les masses auront d’illusions sur le militantisme, plus le pouvoir des conseils aura de chance de se développer. Discréditer et ridiculiser les militants, voilà la tâche qui revient dès maintenant aux révolutionnaires. Cette tâche sera parachevée par la critique en acte que constituera la naissance d’organisations conseillistes. Ces organisations sauront très bien se passer d’une direction et d’un appareil bureaucratique. Produit de la solidarité de travailleurs combatifs, elles seront de libres associations d’individus autonomes. Rien ne leur sera plus étranger que l’endoctrinement idéologique ou l’embrigadement organisationnel. Elles montreront par leurs idées, mais surtout par leur comportement dans les luttes, qu’elles ne risquent jamais de poursuivre des intérêts distincts de ceux de l’ensemble du prolétariat.

Le développement du capitalisme moderne qui se traduit par l’occupation de tout l’espace social par les marchandises, par la généralisation du travail salarié, mais aussi par la dégradation des valeurs morales, le mépris du travail et des idéologies, augmentera la violence du choc. Les prolétaires iront beaucoup plus vite et beaucoup plus loin que par le passé. Si des organisations de militants ont pu jadis jouer un rôle révolutionnaire pendant un certains temps, cela ne sera plus possible. Ces organisations ne pourront être rapidement que de plus en plus contre-révolutionnaires lors des prochaines grandes batailles de la lutte des classes. Coincés entre le prolétariat et le vieux monde, elles ne pourront survivre qu’en servant de rempart à ce dernier.

Si les syndicalistes et autres militants essaient de prendre en main le ravitaillement puis l’organisation de la production et du maintien de l’ordre pour répondre aux « défaillances » du capital et de l’État et se mettent au « service des ménagères », il faudra les traiter pour ce qu’ils sont : une nouvelle classe dirigeante en formation. Les conseillistes devront se battre pour que les commissions et délégués affectés à des tâches particulières soient responsables UNIQUEMENT devant les assemblées générales de la base et révocables à tout moment. Les adhérents d’une organisation quelconque, élus au sein des conseils n’auront pas à être les représentants de leur organisation mais les délégués des ouvriers. Les conseils doivent être TOUT LE POUVOIR ET NON UN SIMULACRE DE POUVOIR affaibli de l’intérieur par la division et les tentatives d’accaparement des organisations. On ne nous refera pas le coup des soviets russes transformés en foire politicarde par les Partis ou des colonnes armées communistes, socialistes, anarchistes, trotskistes s’affrontant et se disputant armes et influence pendant la guerre d’Espagne. Les conseils devront prendre en main et unifier toutes les tâches que nécessitera la destruction de l’ordre bourgeois et traiter en ennemis tous ceux qui leur contesteraient ce droit !

Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires

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20 Réponses to “Résistance politique: militantisme contre révolution sociale”

  1. Mederic le clercq Says:

    passionant anti debat ou comment oublier et faire oublier un point majeur celui de la vertu qui part de la confiance en l’autre . tout est permis ? l’amour de la libertrude pietine avec allegresse la liberte de l’autre .
    qu on adopte donc un chiot en le nourrissant en lui apprenant a mordre en premier celui qui l’ a nourri puisque son bienfaiteur l as prive de cette liberté de mourir de faim !

    la france revolutionnaire centre du monde de la destruction de la vertu , ou la pire putain qui doit devenir LE modele par la dialectique de fourbe ?

    tres bonne epouse , mere parfaite ? tant qu’elle accepte qu’on la baise mais surtout en dehors de toute promesse , de toute fidélité a sa parole donnée, pour faire le mal pour le mal presentè comme le bien puisqu’on le nomme liberté !

    l’extreme de celle ci est la mort de la justice , la mort de la vertu , la mort de l’autre le triomphe de la perfidie trahison consacrée egotique affabulatrice de la négation comme affirmation supreme avec la petite canne selfie :
    je m’aime , je m’adore tu m-aime alors meure ou plutot creve de m’ avoir vu , cru , suivi !

    l anti nature , la mere doit donc aussi tuer son enfant , ou l inverse pour leur liberte? la bourgeoise ou son petit con de fi-fisse a sa memere du ridi-cul suicidaire ?

    ce connard en 4×4 preux defenseur des paquerettes ?

    on dira que le merle en brisant sa cage qu’il detruit la « liberte » ?

  2. Mederic le clercq Says:

    la france a force de baiser a gôche populiste ,en creve bien de sa maladie venerienne , de sa « libertinade » etalée comme la fierte d’une pustule d’un face-cul présenté comme la sainte crotte a repandre !

    • Donc… A bas l’État ! A bas l’économie de marché (capitalisme) ! A bas les religions (dont l’économie de marché…) ! A bas les institutions !
      Vive les associations libres et leur confédération en société des sociétés !
      Tout le reste n’est que pisser dans un violon !

  3. Hervé Hum Says:

    j’avoue que vous voir publier un tel texte m’impressionne. Est ce de l’inconscience ou de la lucidité ? car ce texte parle surtout de vous !

    En tous les cas, une bonne analyse, même s’il y a quelques erreurs, comme celle-ci

     » Ils ne peuvent concevoir autre chose, une autre forme d’activité que ce qui existe actuellement. Pour eux, la division entre le sérieux et l’amusant, les moyens et les buts n’est pas liée a une époque déterminée. Ces catégories sont éternelles et indépassables : on ne pourra être heureux plus tard que si on se sacrifie maintenant. Le sacrifice sans récompense de millions de militants ouvriers, des générations de l’époque stalinienne ne fait rien bouger dans leurs petites têtes. Ils ne voient pas que les moyens déterminent les fins et qu’en acceptant de se sacrifier aujourd’hui ils préparent les sacrifices de demain.

    Sur la remarque du sacrifice, ok, c’est bien vu.

    Par contre, pour un véritable révolutionnaire, ce sont pas les moyens qui déterminent les fins, ils peuvent (les moyens) uniquement imposer une temporisation, un compromis ou le renoncement quand le but ou la fin est hors de porté ou chimérique. Agir en rapport de ses seuls moyens et non de ses fins, c’est ce que fait le militant et est le reproche que fait le ou les auteurs du texte. Autrement dit, le militant pose le but comme une réalité virtuelle et non comme une volonté réelle, ce qui fait que pour lui, la réalité se borne aux moyens réels dont il dispose, dans la réalité du système capitaliste qu’il dénonce, mais ne veut pas changer réellement.

    Au contraire du révolutionnaire qui lui, agit pour atteindre le but fixé et de penser les moyens, ses propres moyens pour y parvenir. Ce que fait le capitaliste en permanence,. Ce que fait tout bon pilote, quel que soit l’engin, c’est à dire, ne pas regarder un mètre devant soi, mais le plus loin possible et avec toujours en ligne de mire le but à atteindre.

    Je reconnais que ce point d’analyse exige une maîtrise supérieure et qui même aujourd’hui est réservé à une toute petite minorité, essentiellement aux ordres des intérêts des capitalistes.

    Je terminerai ce commentaire en citant un passage qui vous est particulièrement dédié

    « références aux textes sacrés du marxisme-léninisme, culte des emblèmes (drapeaux rouges). Les églises politiques n’ont-elles pas aussi leurs prophètes, leurs grands prêtres, leurs convertis, leurs hérésies, leurs schismes, leurs pratiquants-militants et leurs non-pratiquants-sympathisants ! Mais le militantisme révolutionnaire n’est qu’une parodie de la religion. La richesse, la démence, la démesure des projets religieux lui échappent ; il aspire au sérieux, il veut être raisonnable, il croit pouvoir gagner en échange un paradis ici-bas. Cela ne lui est même pas donné. Jésus Christ ressuscite et monte au ciel, Lénine pourrit sur la Place Rouge. »

    Remplacez « marxisme-léninisme » par ‘Kropotkine-Landauer’ et vous voyez alors le même phénomène opérer avec vous. Culte du texte sacré, jusque dans l’absurdité la plus confondante !

    Le texte est long et je n’ai lu qu’un tiers. En tous les cas, très intéressante auto critique !

  4. FOISSAC Says:

    L’auto critique est excellente et n’évite pas les questions qui fâche, mais parfois, les auteurs confondent critique et insulte.

    Notamment en ce qui concerne Che Guevara quand ils écrivent.

    « comble du ridicule a certainement été atteint avec le culte du « CHE ». Économiste délirant, piteux stratège, mais beau gosse, Guevara aura eu au moins la consolation de voir ses talents hollywoodiens récompensés. Un record dans la vente des posters ! »

    On peut critiquer le militant qui fait dans le culte de la personnalité, je le fais sans cesse. On peut critiquer les piètres qualités d’économistes et de stratèges du Che, mais certainement pas son honnêteté intellectuelle et surtout, le fait qu’il était un véritable révolutionnaire au plus profond de son être (1). La preuve en est qu’il a renoncé au confort d’une vie de médecin en Argentine, renoncé au confort de ministre que lui offrait Castro, pour aller mourir en se faisant assassiner dans la jungle bolivienne. Si je ne cède pas au culte, je cède toujours à l’hommage.

    Pour ce qui est de la distinction entre subjectivité et objectivité, là, ils touchent à leur propres limites d’entendement. Toutefois, si on suit simplement leur raisonnement, la subjectivité est le propre de celui qui est libre de créer, soit, dans le système capitaliste, le capitaliste et n’est alors « l’irruption » pour le prolétaire que dans un système fait à sa mesure et dont la première conséquence est de détruire autant le capitalisme (mais pas son principe) que le prolétariat. Car tant que dure le prolétariat, c’est que survit la propriété économique du capitaliste. Autrement dit, la dictature du prolétariat est ce qui maintient le système capitaliste (devenu capitalisme d’état) et non ce qui le détruit !!!

    « Il ne s’agit pas de retomber dans le mythe d’une « vraie nature humaine », de l’« essence éternelle » de l’homme qui, réprimé par la Société, chercherait à revenir au grand jour. »

    Confusion classique, mais oh combien néfaste que de confondre fin et moyens. Ce n’est pas la société en tant que moyen qui réprime, mais la volonté de domination de la minorité prédatrice humaine, car le propre de l’humain est de reproduire, en sa propre espèce, toutes les natures animales existantes. Cela vous demande de dépasser vos auteurs fétiches pour le comprendre, sachant qu’ici, ce n’est pas moi qui le dit, mais la raison pure seule. La science n’est pas à l’humain, mais c’est l’humain qui est à la science sauf lorsqu’il veut y imposer sa croyance, mais il ne peut le faire que vis à vis de ses semblables, en aucune manière vis à vis de la raison pure elle même. Cette dernière est indépassable et s’impose toujours dans ses propres fins.

    En ce qui concerne l’importance du désir, c’est très bien vu, même si là aussi, leur compréhension reste très limité.

    Concernant la critique sur la compréhension biaisé de ce que Marx explique du capitalisme (qui n’est pas du marxisme !), c’est très juste et là, je vous renvoi à mes propres écrits sur le sujet où là, aucun économiste patenté ne peut venir contredire le raisonnement sans faire la démonstration de sa propre médiocrité.

    Pour ce qui est de la critique de la redondance de toute organisation à vouloir se maintenir, l’analyse bien que toujours simple en elle même, est plus subtile, car nécessite de sortir du conditionnement dans lequel le cogito humain est englué.

    L’antagonisme n’est pas tant entre le prolétariat et les organisations militantes, elle est dans le maintient de la même pensée structurale de l’économie capitaliste par les organisations militantes. Autrement dit, sur le fait que leur vision de l’économie communiste ou socialiste est fondée sur la même base structurale que l’économie capitaliste, ce qui est totalement contradictoire et incompatible. Le communisme repose sur ses propres structures, règles économiques et sociales et non pas sur celles du capitalisme.

    Par définition, le vrai prolétaire ne pense pas en terme de propriété économique, mais en terme de responsabilité économique, car il reste toujours avec l’idée que le travail est une obligation lié à la production des marchandises nécessaires à sa propre survie. Le prolétaire sait de manière naturelle qu’il n’y a personne en dessous de lui pour produire les biens nécessaires, alors que ceux qui ont la main mise sur les organisations militantes se retrouvent, de fait, en lieu et place…Des capitalistes, donc, au dessus des travailleurs. C’est mécanique !

    Encore une fois, la dictature du prolétariat, c’est le capitalisme dans le sens où elle ne peut que s’appliquer contre lui, en aucune manière émaner du prolétariat lui même, car c’est alors s’exploiter soi même. C’est donc une aberration !!!! La révolution prolétarienne ne peut que conduire, avoir pour but, la fin du prolétariat. Tout maintient signifiant le maintient du capitalisme, qu’il soit privé ou d’état, il reste toujours celui d’une minorité exploitant la majorité.

    voilà pourquoi je parle de transposition de la propriété vers la responsabilité, car pour cette dernière, c’est le prolétaire devenu responsable de l’économie et surtout, de lui même. Le prolétaire ne peut être propriétaire sans devenir capitaliste. Toutefois, le principe du capitalisme ne peut être supprimé, mais totalement maîtrisé. Là aussi, seule la raison pure explique comment.

    (1) je vous ferai part d’un commentaire spécifique au Che.

    • +1 Hervé !
      C’est pour cela que la propriété, comme l’État doivent disparaître et disparaîtront, ce n’est plus qu’une question de temps. S’ils demeurent, ce ne sera que chien qui court après sa queue, l’histoire n’en est que le constat. En cela le marxisme ne peut apporter aucune solution, il est trop occupé à courir après sa queue… La fin du prolétariat ne peut survenir qu’avec la fin de l’État, de la division. La solution est POLITIQUE: le choix conscient et collectif, responsable, comme tu le dis, de réintégrer le pouvoir dans le peuple.
      Il faut sortir de ce cercle vicieux qu’est cette perversion de la nature sociétale humaine: l’État et son acolyte économique, sources du rapport « mécanique » de l’inégalité, de l’injustice, de la coercition et de l’exploitation, imposé à la société.
      Pour ce faire, il faut remonter à l’origine: la division politique de la société, la sortie du pouvoir du corps social, tant qu’il n’y sera pas retourné, RIEN ne changera, c’est , comment dis-tu ? ah oui… « mécanique »…
      De là on repart pour un tour… 😉

    • on est d’accord pour le CHE. C’était un « pur », mais en Bolivie, il n’a pas compris la nature différente de l’affaire. Il aurait sans doute dû approcher le truc à la manière zapatiste, avec plus de flexibilité ; mais il aura fallu l’erreur du Che en Bolivie sans doute pour que les stratèges du Chiapas apprennent et changent leur fusil d’épaule, c’est le cas de le dire. comme quoi…
      L’erreur stratégique du Che en Bolivie a certainement des années plus tard fourni la solution aux Zapatistes du Chiapas.
      ¡Hasta la victoria siempre! 😉

  5. FOISSAC Says:

    En Amérique du Sud, il y a deux icônes quasiment incontournable, c’est le Che et le Christ. Pour la très large majorité des gens, le culte du Che ne porte pas sur ses écrits que ce soit politique, économique ou philosophique, non, le culte du Che repose uniquement sur la pureté de son engagement politique et révolutionnaire. tout comme le Christ, il incarne la pureté de l’être face à l’hypocrisie et à la souillure de la société humaine. Et sur ce point, personne ne peut contester la pureté de son engagement et seule cette pureté justifie le culte faites autour de sa personne. Autrement dit, le Che est l’exception à la règle, qui ne porte pas sur sa médiocrité d’économiste et/ou de stratège, mais sur la pureté de l’engagement jusqu’au sacrifice suprême, mais dans l’action réelle et non virtuelle. Le Che, qui refusa d’être une personne de pouvoir que lui proposait Castro pour rester propre, pur et préféra aller mourir dans la jungle bolivienne aux conditions de vies éprouvantes (le parle en connaisseur) , plutôt que de vivre facilement, de sa propre gloire et y perdre son âme.

    La différence entre le Che et le Christ, est que l’image du premier est extériorisé, tandis que l’image du second est intériorisé. Autrement dit, le premier s’affiche dans l’espace public, que ce soit sur la façade d’un immeuble, d’un camion ou sur son tee shirt. Le second dans l’intimité de sa personne et l’espace intérieur de sa maison ou véhicule. C’est très frappant !

  6. FOISSAC Says:

    La fin de l’article est excellente !

    Mais encore une fois, notez qu’ils n’ignorent pas le fait que la mise en place de conseils n’évite pas la centralisation de la décision politique pour toute société dépassant le stade local et économique dans une société industrialisé. Simplement, ils récusent la séparation entre le représentant et le conseil, le premier étant seulement le porte voix de la décision du conseil.

    C’est ici qu’il y a un hiatus que les auteurs et vous mêmes ne voulez pas voir, le fait que des conseils peuvent avoir des objectifs et des intérêts pas forcément convergents et qu’en l’état, le risque est de voir des conseils d’oppositions et la conséquence sera très vite la paralysie du système économique et la survenue de crise politique.

    Pour éviter cet écueil, il existe une solution et elle passe par le principe de la responsabilité telle que j’ai commencé à l’expliquer.

    Le premier objet de la politique, débarrassé des leurres religieux et culturels, c’est l’économie, car c’est la préoccupation principale de toute personne, qu’il soit capitaliste ou prolétaire. Ce n’est qu’une fois assuré de sa subsistance, que l’humain pose comme sujet principal de ses préoccupation la spiritualité et la culture où là, les frontières n’ont pas de raisons de disparaître. Pour permettre les particularisme culturels (la religion est celle de la raison pure, que l’on confond avec le particularisme culturel), il faut d’abord harmoniser les politiques économiques de manière où plus personne ne soit obligé de quitter son lieu de prédilection en raison d’un environnement hostile.

    Ici, les conseils sont la réponse évidente, mais en raison du nombre de conseils, et d’une économie industrialisé, la centralisation est incontournable. Donc, le maintient d’une structure d’état dépourvu de tout pouvoir et de bourses de gestion, dépourvu de tout profiteurs. l’Etat, c’est la grande loi de la paix des iroquois, ce sont les conseils seuls qui le dirigent et peuvent le modifier. Il n’existe aucun représentant de l’etat, aucun fonctionnaire d’Etat, c’est antinomique, car une structure est par définition au dessus de tout ce qu’elle contient. Personne ne peut donc se placer au dessus d’elle ou même l’incarner.

    Je le répète, il ne peut exister en aucune manière de représentant d’Etat ni de fonctionnaire d’Etat, sauf pour permettre l’exploitation de la majorité par une minorité. C’est là, la division dont vous parlez. En tant qu’outil, machine, elle obéit à sa seule fonction et impose uniquement ce qui lui est nécessaire à son bon fonctionnement et entretien. Etant un outil collégial, seule la collectivité peut, au travers de ses conseils, décider de ses réglages et rendement, en fonction de ses propres valeurs collectives. C’est ainsi que fonctionnait la grande loi de la paix des iroquois.

    Une machine ne peut en aucune manière avoir les attributs d’une être vivant, à savoir, la personnalité juridique. Une machine, en tant qu’objet, ne peut être condamné, c’est aussi stupide que de taper un meuble pour le punir parce que l’enfant s’y est fait mal en s’y cognant dessus. Un outil n’est responsable de rien, seuls ceux qui en ont le contrôle sont responsables, que ce soit des représentants, des fonctionnaires ou toute la collectivité avec ses conseils.

    C’est du simple bon sens, de la raison pure qui veut qu’on ne doit pas confondre l’objet de son manipulateur, s’en prendre au marteau et non à la main qui le tient.

    Je répète une dernière fois, l’Etat, en tant qu’outil, machine, objet, ne divise pas la société, son rôle est exactement l’inverse, de permettre son unité, ce sont seulement les êtres humains qui se divisent entre eux. Mais, placé au dessus de tous, la division n’est plus possible. Toute société au delà de la communauté locale ne peut faire l’impasse sur une structure permettant sa cohésion, son harmonisation, sinon, il faut rester au niveau local et interdire un niveau supérieur et on retombe, mécaniquement, sur la division de la société et où le prédateur excelle à se poser en nécessité et imposer sa domination. C’est mécanique !!!

    • c’est pas « qu’on veut pas le voir », c’est comme çà que çà se passe dans la pratique (de la politique des conseils).
      Le premier objet de la politique… c’est la politique, l’économie n’est qu’un aspect (comment on veut arranger la trilogie production/distribution/consommation), c’est une décision politique collective, de là l’économie, en ce qui nous concerne la non-économie est organisée.
      Oui l’état est un outil, on l’a déjà dit aussi. Il est postérieur à la division de la société, il est l’outil du maintien de la division par la coercition pour maintenir le rapport créé de dominant/dominé. Il n’y a aucun état égalitaire, juste ou non coercitif, çà n’existe pas parce que c’est mécaniquement (tu as raison) impossible. Certains le sont, ont été faits si tu veux, plus coercitifs que d’autres, ce n’est qu’une question de degré selon les besoins du moment de l’oligarchie en place.
      Nous n’avons jamais dit que l’État divisait la société, on a dit que l’État est le résultat de la division politique préalable de la société. Il ne fait que maintenir la division par nécessité. Quand on dit « il », on parle bien entendu des rouages créés que les humains font fonctionner. Avec le temps, la machine étatique s’est substituée à la société qu’il écrase et domine pour le profit du plus petit nombre. Changer ce rapport de force ne peut intervenir que dans l’abolition de l’État. On le dit aussi pour la dernière fois: Il faut revenir à la cause de la division de la société: l’émergence du pouvoir hors du corps social. Il faut rediluer le pouvoir dans le peuple, de là l’égalité politique nivellera l’économique pour le rendre inopérant comme facteur de division additionnelle. Là aussi, c’est un effet « mécanique ».
      L’état n’a aucune fonction « unificatrice », il ne fait, en tant qu’outil nous sommes d’accord, que perpétuer le rapport coercitif de domination.
      la confédération des associations libres permet d’étendre et d’harmoniser.
      On comprend ton raisonnement, similaire à celui de Hobbes, Adam Smith, etc, on ne peut pas y adhérer parce qu’il se fonde sur des préjugés, une sorte d' »axiomatique » bancale.
      On revient sur ce que nous avons dit il y a peu. Tu vas continuer à camper sur tes positions et nous sur les nôtres, çà aussi c’est mécanique. 😉
      L’avenir nous en dira sûrement plus long…
      Fraternellement

  7. FOISSAC Says:

    Maintenant, je vais me servir de vos réponses pour démonter la mécanique de votre raisonnement. Mais je commencerai pas redire que ce n’est ni moi, ni vous, ni Adam Smith, ni Hobbe, Marx ou quiconque qui a raison, c’est la raison elle même, car c’est elle qui fait les lois physiques de la réalité qui fait que la Terre est sphérique et tourne autour de son étoile.

    Vous commencez par écrire,

    « Le premier objet de la politique… c’est la politique, l’économie n’est qu’un aspect (comment on veut arranger la trilogie production/distribution/consommation), c’est une décision politique collective, de là l’économie, en ce qui nous concerne la non-économie est organisée. »

    Alors, si le premier objet de la politique, c’est la politique, qu’est ce que la politique ? Car on peut écrire l’objet de la médecine, c’est la médecine, l’objet de la menuiserie, c’est la menuiserie, bref, cela mène nulle part. C’est de la forme 1=1. L’objet de la politique, c’est d’établir des règles communes pour permettre la cohésion sociale ou le vivre ensemble. Donc, il n’y a de politique de la politique que d’instituer les règles de discussions et de prise de décisions, mais une fois cela fait, l’objet de la politique est tout, sauf la politique elle même. Et son premier objet est alors de traiter de l’économie.

    Ensuite, par définition, la « non-économie » ne peut être organisé, car l’économie étant l’organisation de la « trilogie », la non-économie ne peut vouloir dire que la non organisation de la trilogie. Autrement dit, vous écrivez textuellement « la non organisation de la trilogie organisé; Vous faites dans le raisonnement shadokien du grand shadoko !

    vous poursuivez en inversant le processus d’évolution pour pouvoir soutenir votre position.

    Vous écrivez

    « on a dit que l’État est le résultat de la division politique préalable de la société. »

    C’est une inversion du processus de socialisation , car ce processus que vous appelez « la société des sociétés » mais qui est le cas de la majorité des pays, telle la France, implique qu’à l’origine, les sociétés sont distinctes les unes des autres, c’est à dire, des communautés disperses et autonomes qui vont s’agréger les unes aux autres. De gré ou de force.

    Qui veut que votre postulat est faux.

    Cela implique que l’apparition de l’Etat en tant que superstructure, nait de cette agrégation et permet la cohésion de l’ensemble. L’Etat n’est en rien ce qui divise la société, elle est inhérente, conséquence directe à cette agrégation de sociétés ou communautés disperses pour former une communauté supérieure mais où chaque communauté conserves certaines de ses caractéristiques. Ainsi, pour unifier les cinq nations, les iroquois ont dû mettre en place cet Etat qu’ils ont appelé la grande loi de la paix.

    Votre raisonnement de partir d’une société des sociétés pour affirmer que « l’Etat est le résultat de la division politique de la société » relève de l’aberration. Ou bien, c’est que vous soutenez que l’humanité était à l’origine uni et fut divisé par l’appareil d’Etat. Absurde ! Votre raisonnement consiste à dire que tout enfant ayant deux parents, alors à l’origine il y avait une population en milliers de milliards d’individus !

    Parler de mécanique, n’importe qui peut l’écrire, mais le démontrer c’est autre chose. La mécanique de l’évolution suit un processus qui n’est pas commutatif, parce que c’est ce qu’on appelle la flèche du temps ou encore, l’entropie (quoique cette dernière est bien mal comprise par la science).

    Vous écrivez

    « . Quand on dit « il », on parle bien entendu des rouages créés que les humains font fonctionner. Avec le temps, la machine étatique s’est substituée à la société qu’il écrase et domine pour le profit du plus petit nombre.  »

    C’est un raisonnement contradictoire et donc votre « mécanique » s’annihile elle même. Ceci, car si vous commencez par écrire que les rouages sont crées par les humains, vous poursuivez en soutenant que ces rouages, par un miracle que vous n’expliquez pas, finissent par s’animer tout seuls et donc, se doter des attributs d’un être pensant et agissant. Vous avez, subrepticement, supprimé le facteur humain comme pilote de la machine étatique. Votre « mécanique » s’appelle du sophisme ou pour moi, de la dissociation de relation de causalité.

    Aucune machine, même un robot, ne peut se substituer à la société, car en tant que machine, elle est toujours le fait de la création humaine et non l’inverse, et obéit toujours à celui qui en a le contrôle, que ce soit le clerc, le noble, le bourgeois ou enfin le prolétaire. Même si les pauvres d’esprits peuvent le croire comme de traiter leur voiture à l’égal d’une personne et leur proche à l’égal d’un objet, la réalité ne change pas. la mécanique universelle est intangible et ce n’est ni la votre, ni la mienne, elle repose sur ses propres postulats.

    La machine étatique n’écrase que la partie soumise et soutient la partie dominante, que parce que la partie soumise accepte cette domination et la soutient parce que manipulé et conditionnée dans ce sens. Elle fait alors (la partie soumise) fonctionner la machine étatique contre ses propres intérêts, mais il ne tient qu’à elle d’en prendre le contrôle et de soumettre les autres aux mêmes règles. Ce sont uniquement les humains qui se divisent entre eux et ici, pour que le dominant puisse exploiter la vie du dominé à son profit, le moyen est la propriété par laquelle il tire l’impôt aussi appelé plus-value. Avant cela, le clerc, tenait la propriété de l’esprit et se faisait passer pour le représentant de ou des Dieux et le noble, de l’espace en parlant de souveraineté.

    Vous n’échappez pas à ce conditionnement car vous ne suivez pas la raison pure, mécanique, mais la raison biaisé et fausse de cette minorité prédatrice constitué des cléricaux, des nobles et des bourgeois. Vous ne cherchez pas à faire la révolution, mais vous persistez à militer pour militer. Uniquement pour préserver vos textes sacrés, même en dépit de la raison.

    Vous écrivez

    « Changer ce rapport de force ne peut intervenir que dans l’abolition de l’État. On le dit aussi pour la dernière fois: Il faut revenir à la cause de la division de la société: l’émergence du pouvoir hors du corps social »

    Là aussi, votre raisonnement est biaisé, en effet, abolir l’Etat n’est pas changer le rapport de force, c’est interdire la société des sociétés et revenir à des sociétés distinctes réduites à des communautés locales. De plus, le but n’est pas de changer le rapport de force, le but est d’abolir le rapport de force entre les êtres humains pour sortir du rapport de lutte des classes et donc, du rapport dominant/dominé ou seul persiste le rapport de forces des projets de sociétés, mais plus celui des êtres. L’être humain est alors fort ou faible à élaborer des créations et non plus à dominer son prochain. Il est alors utile à la société et non exploiteur de la société.

    Enfin, la « confédération des associations libre » est une contradiction dans les termes, car s’associer, c’est renoncer à sa pleine liberté et accepter de se soumettre à une volonté commune. Cette liberté est d’autant plus réduite qu’elle repose sur une double associations, c’est à dire, à deux niveaux hiérarchique. Donc, une double soumission, d’abord à l’association à laquelle on appartient directement et ensuite, à la confédération à laquelle l’association à laquelle on appartient consent de se soumettre. Sans cette double soumission, votre système ne tient pas, c’est mécaniquement impossible.

    Je répète, ttoute association, quelle qu’elle soit, ne peut exister que si elle pose des lois communes auxquelles tous les membres, sans exceptions, acceptent de se soumettre, sinon, l’association est dissoute.

    • on va pas recommencer les tirades que nous avons eu auparavant pour redire la même chose. Relis ce qu’on a dit concernant l’état et la société, on n’a pas changé d’idée. Tu dois avoir une longue doc là-dessus.
      Pour ta conclusion, la seule différence avec ce qu’on dit c’est qu’on appelle pas çà des lois, qu’il y ait un accord commun est évident, il peut se présenter sous la forme d’une charte… ou pas. On avait parlé de « droit naturel » et de « droit positif » quelque part début de nos échanges.
      Si tu veux qu’on réponde point par point on le fera, mais dans quelque temps, y a des trucs sur le feu à mitonner.

      • FOISSAC Says:

        C’est vous qui voyez !

        Je met en lumière les contresens de votre raisonnement, ses aberrations et ses impasses, si votre réponse consiste à les répéter en reprenant vos « tirades » que ce commentaire invalide ou en changeant juste la forme, cela ne m’intéresse évidemment pas. Donc, démontrez que c’est vous qui suivez la logique et moi qui suit à contresens de la logique. Car on n’oppose pas des opinions différentes, mais on oppose nos arguments face à la logique qui seule est l’arbitre. Par exemple, démontrez moi que le sens de l’évolution part d’une société unifié et non de sociétés ou plutôt communautés restreintes et dispersés qui vont s’unifier et se concentrer jusqu’à former la société telle qu’elle est aujourd’hui. Bon courage !

        aussi, je ne vais pas relire ce que mon commentaire ici même invalide. Si vous aimez raisonner par l’absurde, moi je l’aime qu’avec les shadoks ou Devos ou ignorer ce que me dit l’autre avec le sketch des croissants de Fernand Raynaud.

        La division est le fait de la propriété, car c’est elle et elle seule qui signifie, « c’est à moi et pas à toi. » C’est sa définition, son sens profond, sa raison d’être. l’Etat, au contraire signifie, c’est à nous tous, à commencer par la loi (toujours la preuve par la constitution iroquoise), c’est sa fonction, sa raison d’être, son sens profond.

        Enfin, une loi, n’a de raison d’être, de fonction, que d’accorder la vie communautaire, sans cela, c’est le chaos et le seul rapport de force dans l’instant présent où les associations ne sont que des coalitions pouvant changer à tout moment, selon les seuls intérêts du moment de chacun, où chacun est libre et ne se soumet (généralement) qu’à plus fort que lui et peut soumettre (mais ce n’est pas systématique) le plus faible. Où il ne peut exister aucune politique à long terme, aucune paix sociale. Où votre anarchisme, c’est le chaos et l’absence de toute société. Où donc c’est seulement la propriété qui divise, qui fera une société dominé par la collectivité ou par une minorité sur la majorité (la relation n’est pas commutative !).

        • malheureusement tu ne mets rien en lumière du tout, tu restes enfermé dans tes axiomes.
          On y reviendra… réponses quand on aura un peu de temps.
          Juste un truc au hasard des lignes, quand tu dis: « l’Etat, au contraire signifie, c’est à nous tous, à commencer par la loi .. » tu plaisantes ? tu crois vraiment ce que tu écris ou tu nous fais marcher ?…
          Ton dernier paragraphe est emblématique de ta pensée: tu manies le bon sens sur la propriété et le dogme avec le chaos sans la loi (du droit positif puisque tu parles de l’état).
          En plus en bien des endroits tu procèdes par amalgame. On y reviendra, on y répondra, patience.

  8. FOISSAC Says:

    Juste un truc au hasard des lignes, quand tu dis: « l’Etat, au contraire signifie, c’est à nous tous, à commencer par la loi .. » tu plaisantes ? tu crois vraiment ce que tu écris ou tu nous fais marcher ?…

    Je ne crois rien, je vous l’ai dit depuis le début, c’est la définition du mot. Quand on dit des Etats, c’est pour marquer la division entre sociétés indépendantes les unes des autres. Un Etat parle d’une société.

    « Ton dernier paragraphe est emblématique de ta pensée: tu manies le bon sens sur la propriété et le dogme avec le chaos sans la loi (du droit positif puisque tu parles de l’état).
    En plus en bien des endroits tu procèdes par amalgame. On y reviendra, on y répondra, patience. »

    Non, je reste toujours avec le bon sens, c’est vous qui restez avec votre dogme de penser qu’il puisse y avoir un ordre sans loi ou une économie sans organisation. Que ce soit une loi naturelle ou positive, que ce soit une loi physique ou humaine, le principe de la loi pour sortir du chaos ne change pas. La physique est régie par des lois qui si elles n’étaient pas telles qu’elle sont, la matière et donc l’Univers n’aurait pu advenir dans l’ordre, l’équilibre qu’il est.

    C’est Kropotkine qui fait systématiquement dans la confusion. Mais la difficulté de la voir, c’est qu’il commence toujours par faire une bonne analyse, mais comme elle est partielle, il se retrouve obligé de la biaiser pour la faire coller à sa volonté ou alors, la raison fait place à la croyance. Mon analyse complète la sienne et cela me permet de ne pas être obligé de biaiser celle ci pour la faire coller à mon désir.

    Et si la lumière ne vous apparaît pas, c’est que comme dit le proverbe, il n’y a pire aveugle que celui qui veut pas voir. Autrement dit, qui se met volontairement un bandeau devant les yeux.

    • mais on te retourne le proverbe.
      L’État est une création artificielle, un cancer de la société, tu fais l’erreur classique d’assimiler l’état et la société qui sont deux choses différentes et bien sûr qu’il y a un ordre des choses, le naturel, du reste l’anarchie c’est l’ordre moins le pouvoir (coercitif sous sa forme étatique induite).
      L’état est une mécanique 😉 humaine, n’a absolument rien d’universel, c’est une putrescence sur la fabrique de la société organique. Il n’est ni inéluctable, ni utile. Il est l’outil du maintien de la division politique initiale sur laquelle s’est greffée la division économique qui ne pouvait que suivre. Les sociétés primordiales ignoraient la division, ignorait l’économie. Les principes qui animaient et animent toujours les sociétés traditionnelles indigènes, sont des principes naturels qui peuvent être parfaitement adaptés à notre société plus technologiquement développée mais pas politiquement ou économiquement plus développées. Au passage, non, la confédération iroquoise n’est pas un « état » ne l’a jamais été et ne le sera jamais, que des instances coloniales aient été imposées de force est une chose, mais la société traditionnelle fonctionne identiquement depuis le XIIème siècle, avec une chefferie sans aucun pouvoir et le pouvoir politique totalement intégré au corps social. Cette multitude de sociétés sont non seulement sans état mais son contre l’état, contre le travail, contre la marchandisation, contre l’économie, contre l’inégalité. Les 5 (puis 6 nations) se sont unis au moyen de leur grande loi de la paix qui est une charte d’organisation politique, qui établit clairement les limites du pouvoir individuel et la puissance du pouvoir collectif (unanime) des conseils. Avant l’invasion européenne, 58 nations natives vivaient en accord avec ces principes, suivant au plus près la loi naturelle des choses.
      Dans une société unifiée localement ou étendue à une confédération d’association libre, il n’y peut pas y avoir de pouvoir séparé de la société, ni une économie de marché. Comme dit auparavant tout fonctionne selon le principe d’à chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins. La force naturelle de la société en mouvement s’auto-régule et oui des chartes pourront aider à l’organisation politique et à l’organisation de la non-économie, qui maintiendra une relation production-distribution-consommation, mais qui n’aura plus aucune valeur marchande.
      Les sociétés primordiales ne sont pas des embryons de sociétés en « voie de développement » auxquelles il manquerait quelque chose: l’État… ceci est une vision ethnocentrique totalement dénuée de sens pratique.
      Une société non divisée est unifiée, à un moment donné qui n’est pas connecté avec sa taille ni son économie inexistante, celle-ci laisse le pouvoir sortir de solution, le laisse établir une entité séparée du corps social, la division est née, le rapport dominant/dominé également, de là suivra à plus ou moins brève échéance, le renforcement de la division en faveur des dominants par le développement de rapports économiques naissant et de même nature. Le terreau est créé pour l’instauration de mécanismes coercitifs de maintien de la division au profit de la classe dominante: de là naîtra au fil de l’institutionnalisation et de la centralisation, l’État, outil du maintien de la division politico-économique de la société au profit de sa classe dominante qui se protège.
      La relation politique de pouvoir précède et fonde la relation économique d’exploitation. Pour qu’il y ait exploitation économique et lutte de classes, il faut qu’il y ait déjà au préalable une division en castes. L’aliénation est politique avant d’être économique, le pouvoir est antérieur, bien antérieur au travail dans la société organique. En cela, l’économique n’est qu’une dérive du politique, comme tu dis… c’est mécanique (par la logique, le bon sens et la recherche anthropologique politique de fond). Ainsi c’est à l’émergence de la division de la société, menant à l’État, que naissent ce que les marxistes appellent les « classes ».
      La véritable révolution que souvent archéologues et anthropologues situent au néolithique, n’est pas la révolution agraire, celle aurait très bien pu laisser inchangés les rapports politiques et sociaux dans des sociétés unifiées. Ce qui fut la grande révolution, c’est la division politique de la société et l’avènement de l’État, qui fut l’arrêt de mort des sociétés égalitaires premières qui refusaient la division, l’État (sans l’appeler ainsi bien évidemment) et qui avaient les mécanismes internes d’empêchement de la scission de la société.
      Les sociétés humaines ancestrales, premières, que bien des gens dénigrent sous le vocable méprisant de « chasseurs-cueilleurs », vivaient dans des sociétés de grande abondance, il ne survivait pas, ils étaient repus et satisfaits. En même temps, ils refusaient la surabondance, savaient-ils quelque chose que nous ignorons ?… Ces sociétés sont des sociétés sans état parce que l’état y est IMPOSSIBLE. Dans ces sociétés le chef est un porte-parole, sans aucun pouvoir. Non seulement il ne donne pas d’ordre, mais s’il en donnait non seulement on ne lui obéirait pas, mais encore il y risquerait sa vie (mécanisme très bien expliqué en détail dans kaianerekowa par exemple).
      Donc, la division de la société n’est pas inéluctable, l’état n’est pas inéluctable, ce qui l’est c’est qu’une fois créé, la dérive totalitaire est en marche. Ce que nous vivons aujourd’hui est le paroxysme de l’aberration et du crime organisé par la classe dominante qui ne fait que remettre de l’huile sur le feu de l’immanence de la malfaisance de la marchandise en mouvement… Si un nombre suffisant de personnes remontent à l’origine du mal: la division de la société et y remédient en réintégrant le pouvoir dans la société et simultanément remettent en solution dans le communisme primordial la propriété évitant ainsi l’échange marchand tout en cessant de mettre une étiquette de prix sur quoi que ce soit, alors il y aura refleurissement de la société humaine naturelle, société d’abondance, contre l’État et l’économie de marché mortifères, ce que nous appelons « société des sociétés » (au passage: non, la France n’en est pas une, ni aucun état-nation du reste…) ou qu’on peut appeler ce qu’on veut. Il n’y aura plus d’état, ni d’économie, il y aura production et consommation pour le bien commun, de manière totalement responsable, dans une société où l’indivision sera redevenue la norme naturelle.
      Comme tu as dit que tu aimais bien Camus on te le laisse en mot de la fin:
      « S’il y avait une seule fois révolution, en effet, il n’y aurait plus d’histoire. Il y aurait unité heureuse et mort rassasiée. » (L’homme révolté, 1951)

      On en a fini de parler. Ceci fait office de réponse générale et particulière à tes derniers commentaires.

      Puissent les feux de nos positions respectives briller et éclairer la nuit noire de ces temps obscurs.
      Ske:nen

      • FOISSAC Says:

        On a finit de parler, c’est un fait, car vous ne répondez jamais aux contradictions que je soulève, vous noyez le poisson en récitant votre bréviaire, comme une soeur son chapelet.

        Un exemple, un seul car ce serait sans fin vu l’endoctrinement dans lequel vous êtes enfermé.

        Vous écrivez :

        « Ainsi c’est à l’émergence de la division de la société, menant à l’État, que naissent ce que les marxistes appellent les « classes ».

        Ainsi, vous répondez pas à ma remarque que les sociétés sont initialement des sociétés disperses qui vont s’associer en sociétés des sociétés et que pour y parvenir, devront élaborer une loi organique permettant la cohésion des sociétés entre elles. La fonction première de l’Etat, est de faire appliquer la loi commune, c’est ce qu’on appelle sa mission régalienne, première et à laquelle l’Etat peut être réduit, à la condition expresse que tous les membres soient d’accord sur l’économie. C’est donc ce que les iroquois appelaient « la grande loi de la paix » où siégeait leur conseil suprème. Enfin, vous ne répondez pas au fait que ce qui divise la société, c’est la propriété et elle seule où l’Etat va servir de fusible, mais ceci, en raison même de la propriété et non de sa fonction qui est de permettre l’union des sociétés et former une société des sociétés. La révolution du néolithique, c’est la propriété économique avec en premier lieu la terre permettant la prédation humaine de se systématiser. Mais l’exemple iroquois montre que ce n’est pas l’Etat en tant qu’outil qui est cause de la division sociale, seulement la propriété économique permettant l’exploitation humaine et instaurant mécaniquement la division de la société entre exploiteur/exploité, donc, dominant/dominé.

        Enfin et j’en terminerai là, en disant que oui, la France et la plupart des Etats nations sont des sociétés de sociétés. L’histoire le prouve de manière formelle. Ceci, car avant la France, c’était les régions qui dominaient l’espace et la France passait au second plan. Chaque région était une société, qui elle même était l’agrégation de communautés formant société régionales au regard de l’Etat français, mais qui à l’époque était des sociétés propres. La preuve en est que chaque région et même communautés locales avaient leur propre langues, us et coutumes. Aujourd’hui on dit langue régionale et patois pour les communautés locales pour les distinguer du français, qui était une langue très peu parlé. C’est d’ailleurs la révolution de 1789 qui va véritablement unifier les régions et les langues. Etc…

        En tous les cas, vous avez répondu à aucun point contradictoire relevé par moi. Votre réponse générale est juste une manière dilatoire et n’est que l’aveu de votre incapacité à répondre.

        votre dogmatisme et aveuglement est donc établit.

        • Et nous pensons que le tien l’est, comme quoi tout dépend de la perspective hein ? pour toi, alors que nous répondons à tes axiomes, simplement tu ne peux pas le voir puisque tu es aveuglé par des préjugés. C’est ce que nous disons depuis un moment, tu campes tu tes positions et nos sur les nôtres. La propriété est un facteur aggravant de la division, mais pour qu’il y ait propriété, il faut que celle-ci soit décidée. Elle n’apparaît pas comme ça de nulle part, c’est d’abord une décision politique, une décision de pouvoir. Pour que cette décision soit mise en application et que l’accaparement se produise, il faut que ce soit décidé/imposé c’est à dire que la société se divise politiquement et le plus souvent coercitivement. Pourquoi cela se produit-il est toujours sujet à débat. Nous ne doutons pas un seul instant que ta science ait la réponse. Tout set de « lois », de règles fondées sur la loi naturelle, peut parfaitement se dérouler en dehors de tout état. C’est un non sens que de dire « pas de lois ou pas de règles organisationnelles sans l’état ». C’est ton discours et il est faux tout simplement.
          Tu es dans un déni total de ce qu’est l’État. Tu es un romantique de l’étatisme, qui ne fait que prendre ses désirs pour des réalités et accessoirement des vessies pour des lanternes.
          Ton erreur réside comme bien des gens qui analysent cet aspect de privilégié l’économique parce que celui-ci est devenu l’éléphant dans le salon au fil des siècles. On a fait le même type d’erreur pendant longtemps.
          Il y a toujours bien des choses à comprendre et on s’y emploie. On n’a pas pris le truc par le même bout que toi. Nos échanges passés ont montré que parfois on se rapproche, parfois on s’éloigne l’un de l’autre, mais on n’a pas la même vision de la solution.
          C’est marrant comme chacun est toujours le dogmatique d’un autre hein ? 😉
          Bonne continuation.

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