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Combat politique: Albert Camus et les anarchistes ~ 2ème partie ~

Posted in actualité, documentaire, France et colonialisme, militantisme alternatif, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société libertaire, terrorisme d'état with tags , , , , , , , , , , , , , , , , on 4 mars 2017 by Résistance 71

“Mais l’ennemi perpétuel, c’est la terreur perpétuelle, au niveau de l’État cette fois. L’État s’identifie avec “l’appareil”, c’est à dire l’ensemble des mécanismes de conquête et de répression. La conquête dirigée vers l’intérieur du pays s’appelle propagande (“premier pas vers l’enfer” selon Frank) ou répression. Dirigée vers l’extérieur elle crée l’armée. Tous les problèmes sont ainsi militarisés, posés en termes de puissance et d’efficacité.”

~ Albert Camus, “L’homme révolté”, 1951 ~

“Le thème de la révolution permanente se transporte ainsi dans l’expérience individuelle. Vivre, c’est faire vivre l’absurde. Le faire vivre, c’est avant tout le regarder. Au contraire d’Eurydice, l’absurde ne meurt que lorsqu’on s’en détourne. L’une des seules positions philosophiques cohérentes c’est ainsi la révolte. Elle est un confrontement perpétuel de l’homme et de sa propre obscurité. Elle est exigence d’une impossible transparence. Elle remet le monde en question à chacune de ses secondes.”
~ Albert Camus, “Le mythe de Sisyphe”, 1942 ~

 

camus

 

Albert Camus et les libertaires

 

Lou Marin

 

Novembre 2009

 

Source: http://anarchismenonviolence2.org/spip.php?article89

 

1ère partie

2ème partie

 

Le discours que Camus a tenu à la Bourse du travail de Saint-Etienne en mai 1953, donc devant un public majoritairement de syndicalistes, est certainement l’une de ses contributions politiques les plus belles et les plus engagées pour le mouvement libertaire. Dans son allocution, Camus s’oppose au matérialisme social pour défendre une option plus idéale de la liberté obtenue par la lutte des opprimés, celle défendue par les gouvernements n’en étant pas une.

« La société de l’argent et de l’exploitation n’a jamais été chargée, que je sache, de faire régner la liberté et la justice. Les Etats policiers n’ont jamais été suspectés d’ouvrir des écoles de droit dans les sous-sols où ils interrogent leurs patients. Alors, quand ils oppriment et qu’ils exploitent, ils font leur métier et quiconque leur remet sans contrôle la disposition de la liberté n’a pas le droit de s’étonner qu’elle soit immédiatement déshonorée [25]. »

Puis Camus reproche à Marx d’avoir commis une erreur fondamentale en sacrifiant le mythe des libertés civiques sur l’autel du concept de la liberté en soi :

« Il fallait dire justement que la liberté bourgeoise n’était pas la liberté, ou dans le meilleur des cas, qu’elle ne l’était pas encore. Mais qu’il y avait des libertés à conquérir et à ne jamais plus abandonner. […] D’une juste et saine méfiance à l’égard des prostitutions que cette société bourgeoise infligeait à la liberté, on en est venu à se défier de la liberté même. Au mieux, on l’a renvoyée à la fin des temps, en priant que d’ici là on veuille bien ne plus en parler. […] La liberté bourgeoise, elle, peut procéder en même temps à toutes ses mystifications [26]. »
Camus critique ensuite la dialectique cynique de la guerre froide : « A celui qui présente l’esclave des colonies en criant justice, on montre le concentrationnaire russe, et inversement [27]. »
Mais Camus ne veut pas échanger la justice contre la vraie liberté : « Les opprimés ne veulent pas seulement être libérés de leur faim, ils veulent l’être aussi de leurs maîtres. Ils savent bien qu’ils ne seront effectivement affranchis de la faim que lorsqu’ils tiendront leurs maîtres, tous leurs maîtres, en respect [28]. »

La séparation de la liberté et de la justice équivaudrait à la séparation du travail et de la culture.

Le vrai travail devrait être aussi créatif que le travail d’un artiste. Puisque les gouvernements ne maintiennent pas les libertés démocratiques, mais que celles-ci sont conquises par les mouvements sociaux, les libertés restantes doivent toujours être défendues et même continuellement élargies par les travailleurs. Selon Camus, les libertés acquises ne sont pas de pures illusions, mais le résultat des luttes sociales contre le pouvoir.

« Hommage à un journaliste », pour la défense de la liberté de la presse, prend pour exemple l’exil forcé de l’ancien président colombien Eduardo Santos qui fut un président plutôt libéral (1938-1942) de la Colombie. Après lui, il y eut plusieurs régimes militaires en Colombie. Eduardo Santos les a critiqués, spécialement pour la suppression de la liberté de la presse. Début des années 1950, le régime militaire voulut se débarrasser de son critique en le nommant à un poste privilégié, l’ambassade de Colombie en France. Santos refusa et créa le quotidien « El Tiempo » à Bogotà qui fut considéré très vite comme le plus important d’Amérique latine. Eduardo Santos dut essuyé plusieurs tentatives d’attentat et, en août 1955, le journal fut interdit et Santos exilé. Camus utilise son cas pour réfléchir à la signification de la liberté de presse [29]. Avec ces deux textes, la rédaction avait publié un bref extrait de la préface de Camus pour le livre de l’ancien trotskiste Alfred Rosmer, « Moscou sous Lénine ». Cet ouvrage est en gros une défense du léninisme par rapport au stalinisme. Dans l’extrait de la préface, Camus ne partage pas tout à fait la défense du léninisme soutenue par Rosmer. Il critique en particulier Rosmer qui approuva l’écrasement de Kronstadt en 1921 et sous-estima les effets de la dissolution du Parlement russe – prélude aux persécutions de l’ensemble des révolutionnaires. Sur ce sujet, Camus reste hésitant et préfère laisser la question ouverte plutôt que de prendre clairement position [30].

Dans le numéro 424, 1/1958, hormis l’hommage à Santos, on peut lire un appel de Camus critiquant vertement les attentats commis par le FLN, dirigés contre des syndicalistes. Camus se demande ici si ces attentats ne révèlent pas une tendance totalitaire dans le mouvement indépendantiste. Des syndicalistes étaient tués les uns après les autres et avec chaque mort l’aventure algérienne devenait un peu plus ténébreuse. Les libertaires se devaient de pousser un cri d’alarme afin de retirer aux anticolonialistes leur bonne conscience qui justifiait tout, en premier lieu les meurtres. En fait, ces attentats visaient des syndicalistes algériens partisans de Messali Hadj, ancien ami de Camus. Ils avaient lutté ensemble contre le colonialisme pendant les années trente [31].

Le dernier texte de Camus pour « la Révolution prolétarienne » fut publié après son accident de voiture et suivi d’un article nécrologique amical de Raymond Guilloré. C’est une lettre dans laquelle il s’exprime sur la littérature prolétarienne. Camus ne croit pas à une littérature spécifiquement prolétarienne. Comparant André Gide et Léon Tolstoï, il qualifie le premier d’élitiste bourgeois et il admire la capacité du second à pouvoir écrire de façon si simple et si agréable que sa littérature touche le cœur des hommes de toutes les couches de la société. Il s’agit ici d’un talent que Gorki, Istrati et d’autres écrivains possèdent aussi. L’objectif des gens au pouvoir, que ce soit des dictatures ou des démocraties régies par l’argent, est toujours de séparer la culture et le travail. En revanche, la littérature de Tolstoï transcende cette ligne de démarcation [32].

Il faut tenir compte des fréquentations et des amitiés de Camus à « la Révolution prolétarienne » pour bien comprendre le travail qu’il y a effectué. Le journal de Monatte est d’abord aussi le journal dans lequel Simone Weil, dont Camus était un grand admirateur, publia des articles dans les années 1930 [33].

À l’époque où Camus commença d’écrire pour « la Révolution prolétarienne », il travaillait sur une édition des œuvres de Simone Weil qui devait paraître chez Gallimard. Dans les années 1950, « la Révolution prolétarienne » publiait régulièrement des souvenirs et des discussions sur les œuvres de Simone Weil – sur « l’Enracinement » [34] par exemple –, Camus a donc dû s’y sentir à l’aise. D’autant que le journal faisait paraître des commentaires élogieux sur ses propres livres : ainsi le compte rendu de Jacques Muglioni [35] sur « l’Homme révolté », ou bien celui relatant une rencontre de typographes et de correcteurs, arrangée par Nicolas Lazarevitch, chez Camus après que celui-ci eut reçu le prix Nobel. A cette occasion, Camus souligna l’importance d’une notion de créativité du travail – la vraie culture du travail – opposé à la séparation de la culture et du travail. Un travailleur libre doit être créatif comme un artiste, selon Camus. Dans la comparaison connue entre Gide et Tolstoï, Camus s’engage de nouveau en faveur d’une littérature touchant tous les hommes et refuse finalement d’avoir un rôle de dirigeant pour les travailleurs [36].

En lisant les numéros de « la Révolution prolétarienne » des années 1950, j’ai fait une découverte qui m’a surpris moi-même. En décembre 1951, un « cercle Zimmerwald » avait été créé sous l’impulsion de Monatte. Le nom de ce cercle était une allusion aux opposants socialistes et pacifistes de la Première Guerre mondiale qui s’étaient retrouvés lors d’une conférence à Zimmerwald. Contrairement à eux, le cercle, qui craignait une troisième guerre mondiale, cherchait à s’y opposer en propageant l’idée d’une nouvelle internationalisation et en affirmant son indépendance afin d’éviter toute nouvelle léninisation comme cela s’était produit la première fois.

Il est intéressant de constater que le fondateur et président du premier cercle de Zimmerwald, en dehors de Paris, était un vieil ami de Camus quand celui-ci vivait en Algérie : il s’agissait de Messali Hadj (Camus et Hadj militèrent ensemble au sein du PCF/PCA dans les années 1935-1937). Le socialiste algérien Hadj, exilé pour des raisons politiques, vivait à Niort avec une liberté de mouvement restreinte. Il avait non seulement entretenu des contacts avec des mouvements libertaires mais était lui-même engagé dans le mouvement syndicaliste. Les syndicalistes du cercle de Zimmerwald voyaient toujours un « camarade » en Messali Hadj. Celui-ci avait envoyé un hommage émouvant à l’assemblée plénière du cercle parisien de Zimmerwald de 1954. Il y promettait de poursuivre son engagement en faveur des travailleurs français « malgré les énormes difficultés qui surgissent parfois et malgré l’incompréhension du peuple français » [37] en faveur du mouvement indépendantiste algérien. Il cherchait le contact avec le mouvement libertaire des travailleurs français afin de nouer une alliance avec les travailleurs immigrés algériens, à l’époque tout de même au nombre de 500 000, dont 150 000 vivaient à Paris et aux alentours et dont la plupart appartenaient au Mouvement national algérien (MNA), son mouvement. Il voulait réduire le risque d’une fracture au sein tant de son organisation que du mouvement syndicaliste français – il s’agissait ici d’une conception de mouvement totalement différente de celle du FLN. Hadj, en désaccord avec un Ferhat Abbas modéré et représentant de la bourgeoisie algérienne, se posait plutôt en rival prolétaire et socialiste du FLN, et indépendant de Nasser au Caire et de l’Union soviétique [38].
Même si le nationalisme algérien de Messali Hadj ne concordait pas avec la pensée de certains camarades du cercle de Zimmerwald et de « la Révolution prolétarienne », en particulier, la critique du nationalisme de Roger Hagnauer [39], le dirigeant du MNA maintint son soutien à l’internationalisme et continua à coopérer avec eux. Rien qu’en France, 4000 Algériens furent tués dans les luttes fratricides entre FLN et MNA. En Algérie même, il y eut des massacres, comme celui de Mélouza, en 1957, dans lequel le FLN extermina 374 sympathisants messalistes [40]. Ce fut en particulier à cette époque que « la Révolution prolétarienne » s’engagea, comme Camus, pour que les autorités coloniales françaises cessent de persécuter Messali Hadj : en octobre 1954 contre l’expulsion de Hadj de France, ensuite contre son arrestation en Algérie [41].

L’avocat de Messali Hadj, Yves Dechezelles, proche de l’entourage de « la Révolution prolétarienne », a, en plus, été très clair lors de sa critique de « l’Algérie hors la loi » de Francis et Colette Jeanson (amis de Sartre), désapprouvant le soutien sans condition de la gauche au FLN. Il importe de rappeler que Francis Jeanson était l’auteur de la critique de « l’Homme révolté » dans « les Temps modernes ». Celle-ci avait conduit à la rupture avec Sartre. C’est avec une grande lucidité que Dechezelles démontre, grâce à de longues citations, que Francis et Colette Jeanson avaient pour seul objectif de discréditer Messali Hadj auquel ils reprochaient contre toute réalité de n’avoir aucune influence, de coopérer avec la police coloniale française et finalement d’être trotskiste. En tenant ces propos diffamants, Jeanson et Sartre suivaient une ligne clairement orthodoxe et stalinienne [42].
La critique de Camus à l’égard du FLN, qui se voulait le seul représentant du mouvement indépendantiste, se perçoit d’autant mieux si l’on prend en compte le combat contre les messalistes. Camus les préférait au FLN, jugé trop autoritaire et centraliste, Messali Hadj entretenant des contacts avec les groupes libertaires en France.
Quand le collaborateur de Camus, Jean de Maisonseul, fut interpellé après l’allocution de Camus en faveur d’une trêve en Algérie, Monatte avait annoncé qu’il pourrait organiser une campagne pour le faire libérer [43].
C’est seulement en tenant compte de ce cadre que la position libertaire de Camus s’offre en alternative à l’Occident capitaliste et à l’Est étatique.

  1. Mettre Camus en pratique

Pour conclure, j’aimerais faire une remarque sur l’anarchisme, si on l’oppose au capitalisme et au marxisme. Je ne me considère ni comme un universitaire ni comme un homme de lettres, même si je cherche à écrire avec la plus grande clarté et en collant le plus possible à la réalité : je n’arrive pas à garder l’objectivité qui devrait satisfaire aux exigences scientifiques et d’esthétique littéraire.

Je m’intéresse à Camus sur un plan passionnel et pratique – lire les œuvres du théoricien de la révolte est une inspiration pour la mise en pratique de cette révolte. Le « non » de Camus à l’oppression est un modèle pour mon propre « non » anarchiste et une critique de la violence utilisée contre l’organisation sociale de la RFA : système du chômage, séparation du travail et de la culture, danger croissant du nationalisme et du racisme, xénophobie et expulsion institutionnalisée, État nucléaire toujours présent et armée fédérale sur le pied de guerre. J’interprète le « non » de Camus comme une incitation à s’engager pour la liberté et la révolte contre ce système.

Camus a été un écrivain politique, non, dans le sens de Sartre, comme quelqu’un qui a sacrifié ses propres positions aux nécessités d’un parti ou d’une idéologie, mais dans un sens libertaire en faveur d’une critique de l’idéologie, d’une critique de la violence, d’une critique du nationalisme. Il est difficile de comprendre le fond libertaire de Camus si l’on s’en tient à l’esthétique de son œuvre littéraire.
Les personnages des drames de Camus traduisent bien cet engagement politique : « les Justes », « le Malentendu », « les Possédés », « l’État de siège » ne peuvent pas être compris si l’on ne tient pas compte de son option politique qu’il entend soumettre à débat.

L’expert littéraire de la « Frankfurter Allgemeine Zeitung », Jürg Altweg, a écrit dans « Die langen Schatten von Vichy », paru en pleine phase de renouveau de Camus dans la France intellectuelle des années 1990, au chapitre le concernant : « La critique du totalitarisme par les nouveaux philosophes a provoqué un choc qui a suscité le renouveau de l’intérêt pour Camus, qui s’est maintenu puis amplifié lors de la publication du « Dernier Homme » [44]. »

Nous pouvons nous réjouir en France du renouveau de la pensée de Camus, et en Algérie à cause de la guerre civile, de la réhabilitation de sa position critique sur la violence et le nationalisme du FLN. Cependant, nous devons aussi veiller à éviter que les nouveaux philosophes, apologistes du système, et les conservateurs ne l’instrumentalisent. Présenter Camus seulement comme un des premiers critiques du totalitarisme limiterait sa place au cadre de la guerre froide, ce qu’il a toujours voulu fuir, et négligerait la sensibilité libertaire profonde qui sous-tend son œuvre.

 

 

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[1]

Lothar Baier, Sankt Albert. « Der Mythos von Camus’Größe vom Entstehen einer modernen Heiligenlegende », dans « SZ am Wochenende », n° 130, « Süddeutsche Zeitung », 8/9, juin 1996

[2]

Assia Djebar, « Weißes Algerien », Zürich, 1996

[3]

Abdel Wahab Meddeb, « Le partage » dans « Dédale », « Literaturzeitschrift », printemps 1996.

[4]

Voir Wolfram Beyer, « Albert Camus – ein Libertärer », dans « Albert Camus, Weder Opfer noch Henker », Schriften des Libertären Forums Berlin, n° 1, édité par Internationale der Kriegsgegner/innen (IDK Berlin), Berlin, 1991 ; Wolfram Beyer, « Albert Camus. Weder Opfer noch Henker », dans « Grasswurzelrevolution Kalender 1991 », Berlin, paru auparavant comme traduction allemande dans « Tintenfaß, Magazin für den überforderten Intellektuellen », édité par Franz Sutter, n° 11, Zürich, 1984, écourté un peu par la rédaction ; Wolfram Beyer/Normann Stock, « Albert Camus. Stichwort für das Lexikon der Anarchie », Berlin/Heidelberg, 1997.

[5]

Voir Lou Marin, « Ursprung der Revolte. Albert Camus und der Anarchismus », Heidelberg 1998.8

[6]

Voir par exemple le recueil d’articles assemblés par Heinz Robert Schlette, « Wege der deutschen Camus-Rezeption », Darmstadt

[7]

Voir Horst Wernicke, « Albert Camus. Aufklärer – Skeptiker – Sozialist, Hildesheim/Zürich/New York, 1984 ; Horst Wernicke, « Albert Camus Novelle, Die Stummen » (1957). « Camus’ politische Positionen in den fünfziger Jahren », dans : Franz Josef Klehr/Heinz Robert Schlette, « Der Camus der fünfziger Jahre », Stuttgart, 1997, pp. 39-52 ; Horst Wernicke, « Geist und Mut. Albert Camus, René Char : Haltungen und Handeln im Widerstand », dans Heinz Robert Schlette, « Erkenntnis und Erinnerung. Albert Camus », Pest-Chronik, Bonn, 1998, pp. 35-36.

[8]

Voir Heinz Robert Schlette, « Der Sinn der Geschichte von morgen » « Albert Camus’ Hoffnung », Frankfurt a. M., 1995, p. 27.

[9]

Voir « Maurice Laisant condamné » et « Le pacifiste » dans « Albert Camus et les Libertaires », « Volonté anarchiste », 26, Paris, 1984, p. 19 et p. 37

[10]

Lire la reproduction électronique de cette revue sur le site de la Presse anarchiste], Pierre Monatte et André Rosmer de « la Révolution prolétarienne », Louis Lecoin de « Défense de l’homme » et de « Liberté », Gaston Leval et Georges Fontenis du « Libertaire », Giovanna Berneri de « Volontà » (en Italie) et José Ester Borràs de « Solidaridad Obrera (en Espagne). Camus avait en outre des contacts avec des journaux anarcho-syndicalistes suédois (« Arbetaren »), allemand (« Die freie Gesellschaft ») et latino-américain (« Reconstruir » en Argentine) [[Voir Lou Marin (note 5), p. 65

[11]

Voir Helmut Rüdiger, « Albert Camus als politischer Denker », dans « Arbetaren », Stockholm, n° 2, 1960, en version allemande dans Helmut Rüdiger, « Sozialismus und Freiheit », Münster/Wetzlar, 1978, pp. 146-150, ici p. 148

[13]

Ibid, pp. 101-122.

[14]

Herbert R. Lottman, « Camus. Eine Biographie », Hamburg 1986, p. 184.

[15]

Marin (note 5), p. 36

[16]

Ibid, p. 111

[17]

Robert Proix, « À Albert Camus, ses amis du Livre », Paris, 1962.

[18]

Monatte, cité d’après Lou Marin (note 5), p. 56

[19]

Helmut Rüdiger en tant qu’« Observateur » : « Französische Diskussionen über Zimmerwald », dans « Die freie Gesellschaft », n° 29, 3/1952, p. 145.

[20]

Charles Jacquier, « Avant-propos », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et le travail de la pensée », Arles, 1998, p. 10

[21]

Chiffre trouvé dans les mentions légales de « la Révolution prolétarienne » à l’IISG, Amsterdam, juin 1999

[22]

Albert Camus, « L’Europe de la fidélité », dans « la Révolution prolétarienne » n° 351, 5/1951, p. 159

[23]

Albert Camus, « Franco, défenseur de la culture ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 364, 7/1952

[24]

Albert Camus, « Fragen der Zeit », Reinbeck ,1960, 223.

[25]

Ibid. p. 76 ou Albert Camus, « Restaurer la valeur de la liberté », dans « la Révolution prolétarienne », n° 376, 1953, p. 242.

[26]

Ibid., p. 77.

[27]

Ibid., p. 78

[28]

Ibid., p. 80

[29]

Albert Camus, « Ehrung eines Verbannten », dans « Fragen der Zeit » (note 24), pp. 83-89, en français : Albert Camus, « Hommage à un journaliste exilé », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 218

[30]

Albert Camus, « Ceux qui ont refusé le déshonneur et la désertion », dans « la Révolution prolétarienne », n° 420, 9/1957, p. 170

[31]

Albert Camus, « Post Scriptum », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 220.

[32]

« Albert Camus et la littérature prolétarienne », dans « la Révolution prolétarienne », n° 447, 2/1960, p. 26

[33]

Patrice Rolland, « Simone Weil et le syndicalisme révolutionnaire », dans Charles Jacquier, « Simone Weil, l’expérience de la vie et du travail de la pensée, Arles, 1998, pp. 69-106.

[34]

Voir A. Sousbie dans « la Révolution prolétarienne », n° 335, 1/1950, p. 24, voir aussi les analyses théoriques et les explications d’Albertine Thévenon, « Simone Weil que nous avons aimée, quand il était temps », dans « la Révolution prolétarienne », n° 357, 12/1951, p. 379, et la série d’articles d’Andrieux/Lignon : « Simone Weil et la condition ouvrière, dans « la Révolution prolétarienne », n° 367, 11/1952, 317-324 ; n° 368, 12/1952, 355-360 ; n° 370, 2/1953, pp. 33-36.

[35]

Jacques Muglioni : « La Révolte contre l’histoire », dans « la Révolution prolétarienne », n° 358, 1/1952, p. 40.

[36]

« Albert Camus chez les travailleurs du Livre », dans « la Révolution prolétarienne », n° 424, 1/1958, p. 23.<

[37]

Messali Hadj, « Message de sympathie à l’assemblée générale du cercle Zimmerwald à Paris », dans « la Révolution prolétarienne », n° 381, 2/1954, pp. 62 et 64 : « La Vie des cercles ».

[38]

Voir Lou Marin (note 5), pp. 141 et 158.

[39]

  1. Rüdiger, « Französische Diskussion über Zimmerwald » (note 19), p. 147.

[40]

Voir Lou Marin (note 5), p. 141 et p. 158.

[41]

Déclaration du cercle Zimmerwald sur la déportation de Messali Hadj, dans « la Révolution prolétarienne », n° 401, 12/1955, p. 287 et « Libérez Messali Hadj ! », dans « la Révolution prolétarienne », n° 404, 3/1956, p. 22

[42]

Yves Dechezelles, « À propos d’un livre sur l’Algérie : lettre ouverte à Francis et Colette Jeanson », dans « la Révolution prolétarienne », n° 403, 2/1956, p. 45.

[43]

Voir Lou Marin (note 5), p. 139

[44]

Jürg Altweg, « Die langen Schatten von Vichy », Wien, 1998, p. 193.

Résistance à l’empire: Trump et l’oligarchie… « cours après moi que j’t’attrape… »

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Précisons qu’en ce qui nous concerne toutes tergiversations pour savoir si le système peut-être préservé, doit-être préservé, si des réformes peuvent-être entreprises pour le changer, le rendre plus “vertueux”, ne sont que futilités ineptes et perte de temps essentiel, tant il est évident qu’il est bien au-delà de toute rédemption possible et qu’il n’y a pas, n’y a jamais eu et n’y aura jamais de solutions au sein du système.
Ceci dit, les propos de Roberts sont ici à prendre en considération dans le cadre de la critique, sa critique interne du système étatico-capitaliste. Si les vues et analyses de Roberts sont souvent pertinentes, elles ne peuvent pas non plus mener à des solutions viables tant que lui et quiconque d’autre continuent de penser “dans la boîte”.
S’il est inéressant de lire un “reaganien”, économiste fondateur et applicateur des “reaganomics”, mentionner le “Que faire ?” de Lénine, on est aussi en droit de se poser la question de savoir pourquoi quelqu’un comme Roberts, qui a vu de très près et du plus “haut niveau” tous les systèmes politiques modernes, y compris l’URSS créée par Lénine et Trotski pour leurs maîtres de la City de Londres et de Wall Street, continue de penser qu’il suffit de mettre des “hommes vertueux” en tête de gondole pour que l’état et le “marché” deviennent vertueux comme par magie. Quand Roberts et consorts se rendront-ils compte que la solution à la question pertinente du “Que faire ?” ne réside EN AUCUN CAS dans le système de fonctionnement proposé mais bien en dehors: dans l’émergence de la société des sociétés résultant de la confédération des associations libres de producteurs et de consommateurs autogérées où le pouvoir serait de nouveau dissous dans le peuple et où toute inégalité redeviendrait impossible.
Roberts est mûr pour franchir ce pas, mais reste prisonnier de sa peur, de sa peur du “lâcher-prise” de ce qu’il connaît et le conforte, nous sommes des centaines de millions qui devrions dès aujourd’hui cesser d’avoir peur, car c’est par la peur que l’oligarchie nous mème à l’abattoir.
Le temps est venu de dire NON ! Unis et décidés.
Boycott du vote, boycott des institutions, union des citoyens en associations libres. Arrêtons de laisser les criminels en col blanc décider pour nous de notre destinée. Il suffit de dire NON ! Ensemble, haut et fort pour que toute cette vaste supercherie de société du spectacle, que nous cautionnons, qui ne peut exister que par notre consentement, s’arrête et que nous la remplacions par la société des sociétés, ce confédéralisme démocratique amenant ses solutions collectives concernées à nos problèmes collectifs, fondé sur la loi naturelle, l’égalité, l’entraide et donc la liberté.

~ Résistance 71 ~

 

Que faire ?

 

Paul Craig Roberts

 

3 mars 2017

 

url de l’article original:

http://www.paulcraigroberts.org/2017/03/03/done-paul-craig-roberts/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

La question du titre est la fameuse question de V.I. Lénine. Sa réponse fut de créer une “avant-garde” révolutionnaire afin de disséminer les idées révolutionnaires parmi les ouvriers, la classe économique que Marx avait déclarée être la classe devant accéder au pouvoir politique. Finalement, la démocratie, frustrée par les intérêts de la classe supérieure dans sa manifestation la plus précoce, deviendrait enfin réalité. Les travailleurs gouverneraient.

Dû à la présence de la malfaisance et de l’échec humains, ceci ne s’est pas passé de la façon escomptée. Mais la question de Lénine n’en demeure pas moins valide. Les Américains, dont la vie socio-économique et les projets d’avenir pour leur progéniture ont été totalement détruit par la délocalisation du travail et de tout potentiel de travail professionnel demandant un savoir-faire, comme par exemple l’ingénierie informatique, ont répondu récemment à la question en élisant Donald Trump à la présidence.

Les Américains, dépossédés par les entreprises délocalisant tout, ont élu Trump parce que celui-ci était le seul Américain voulant se faire élire à une fonction de représentation publique et qui portait un tant soit peu d’attention à ce problème et déclarait son intention de le régler. (NdT: vraiment ?…)

En se dressant (NdT: en apparence du moins, Trump était-il, est-il sincère ?…) pour les Américains, Trump s’est aliéné les entreprises mondialistes, leurs chefs exécutifs et leurs actionnaires, qui tous profitent grandement du vol de la vie économique des Américains et produisant à l’étranger à moindre coût. Les économistes de la fange néolibérale décrivent cet arbitrage du travail, qui réduit les vrais revenus de la force laborieuse américaine, comme la fonction bienfaitrice du libre échange et du libre-marché.

Ces entreprises délocalisantes n’ont pas seulement détruit l’avenir économique de millions d’Américains, mais ont aussi détruit la base de revenus fiscaux pour une sécurité sociale et un Medicare efficaces, ainsi que la base de revenus fiscaux pour les gouvernements locaux et des états de l’union, ceci ayant pour conséquence directe la sévère mise en danger des nombreux systèmes de retraite en place. Le fond de pension New York Teamsters Road Carriers Local 707 vient juste de se planter. Cet échec, prédisent les experts, n’est que le tout début d’un tsunami qui va s’étendre aux systèmes de retraite municipaux et d’états.

Lorsque vous y ajoutez les coûts externes des délocalisations qui sont imposés aux Américains, les coûts excèdent et de loin les bénéfices que cela amène au 1%. Clairement, ceci est une situation complètement intolérable (NdT: et Trump, ou un autre pantin, va y faire quelque chose ?… On verra…)

Les Américains dépossédés se sont soulevés (NdT: en votant ?… vraiment ?… ). Ils ont ignoré les merdias pressetitués, ou peut-être même bien qu’ils furent attirés par l’hostilité sans borne des médias envers Trump. Trump a été élu par l’Amérique des dépossédés, par la classe de ceux qui travaillent.

Cette classe laborieuse est complètement hors de toute faveur de cette pseudo gauche libérale, “progressiste” qui déteste cette classe des travailleurs vue comme raciste, misogyne, homophobe, fondue des flingues et qui s’oppose à la politique des chiottes transgenres. Ainsi, la classe laborieuse et leur représentant de choix, Donald Trump sont sous les assauts continus de la pressetituée. “Trump doit dégager”, tel est leur slogan.

Et peut-être cela se passera t’il. Trump, dans un accès de stupidité, a viré son conseller à la sécurité, le Gén. Flynn, parce que Flynn a fait ce qu’il avait à faire et a parlé avec l’ambassadeur russe afin d’éviter une réponse russe à la provocation d’Obama de vouloir virer les diplomates russes à Noël.

Les Russes ont été diabolisés et dépeints comme une puissance démoniaque. Si vous parlez à un russe, vous tombez automatiquement sous la suspicion d’être un traître à votre nation. C’est comme ça pour la CIA, le parti démocrate, le complexe militaro-industriel et les médias de la pressetituée.

Une fois que Trump a répandu le sang de Flynn dans l’eau, il a mis en place une situation pour le sacrifice d’autres de ses hauts-fonctionnaires, les dominos se terminant avec lui. En ce moment, la marque de l’infâmie de la “connexion russe” est en train d’agir contre le ministre de la justice de Trump, Jeff Sessions. Si Sessions tombe, Trump sera le prochain.

Soyons bien clair. En tant que membre du comité des services armés du sénat, Sessions a rencontré l’ambassadeur russe, tout comme il a rencontré les ambassadeurs d’un bon nombre d’autres pays. Il n’y a rien d’inhabituel ou de surprenant au sujet d’un sénateur américain rencontrant des réprésentants diplomatiques étrangers. (NdT: Et des sénateurs nouveaux cons va t’en guerre comme McCain ou Graham se rendant ILLEGALEMENT en Syrie pour y rencontrer des troupes yanks, qui ne sont pas supposées être là soit dit en passant… et des leaders des factions takfiries terroristes dont le chef de Daesh: “CIA” al-Baghdadi, là personne ne trouve rien à redire !!…)

Ceux qui accusent Sessions de mentir ne font que mal représenter les faits. Sessions a rencontré des ambassadeurs en sa qualité de sénateur des Etats-Unis et non pas dans sa capacité de ministre du gouvernement Trump. En tant qu’ancien staff du sénat, je peux attester qu’il est parfaitement nornal que des sénateurs rencontrent des diplomates. John McCain et Lindsey Graham s’envolent même au Moyen-Orient pour y rencontrer des terroristes.

Malgré ces faits, le Washington Post, le New York Times, CNN et tout le reste des putes pressetituées de la CIA représentent mal continuellement et intentionnellement les faits. Les Américains n’ont pas besoin de plus de preuves pour voir que la totalité des médias américains est totalement dénuée d’intégrité et de respect pour la vérité. Les médias américains ne sont qu’un triste amalgame de putes qui mentent pour gagner leur vie. Cette pressetituée est des plus méprisable, elle est la fange de la terre.

La vraie question est comment le contact avec des officiels du gouvernement russe a été criminalisé, est devenu une base pour révoquer un conseiller à la sécurité, un ministre de la justice et utilisé pour destituer un président. Le président John F. Kennedy avait des contacts permanents avec Kroutchev et le gouvernement soviétique afin de résoudre la crise des missiles turco-cubains sans guerre nucléaire. Le président Nixon a eu des contacts avec les Russes pour mettre en place les traités SALT et anti-missiles ballistiques. Le président Reagan a travaillé avec le leader russe (Gotbatchev) afin de mettre un terme à la guerre froide. Je le sais, j’étais là, j’y ai participé.

Mais si le président Trump veut désamorcer les tensions dangereuses que les régimes irresponsables Clinton, W. Bush et Obama ont ressucité avec un puissant état à la capacité thermo-nucléaire qui ne veut que la paix avec les Etats-Unis, alors le président Trump et tout fonctionnaire qu’il a nommé parlant à un Russe ne sont pas légitimes dans les positions qu’ils occupent ! Ceci est pure folie et c’est la position de cette gauche, libérale-idiote et “progressiste”, de la CIA, du parti démocrate, des imbéciles de droite de ce parti républicain comme les tristes sires McCain et Graham ainsi que des petites putes des médias occidentaux.

Cher lecteur, demande-toi la chose suivante: comment est-ce que la communication avec des Russes dans l’intérêt de la paix et de la réduction des tensions internationales est devenu un crime ?… Des lois ont-elles été votées interdisant des hauts-fonctionnaires américains de parler avec leurs contre-parties russes ? Es-tu si stupide que des merdias pressetitués qui ne t’ont jamais dit la vérité de toute ta vie, puissent te convaincre que ceux qui recherchent à éviter un conflit entre des puissances thermo-nucléaires sont des “agents russes” ?…

Je ne me fait aucune illusion sur le fait que la vaste majorité des populations occidentales est insouciante. Mais s’il n’y a plus d’intelligence ni de conscience dans la population, et il n’y en a certainement plus du tout dans les gouvernements et médias occidentaux (NdT: tous assujettis à l’empire et ses commanditaires…) ni dans cette “politique identitaire” de la “gauche libérale et soi-disant progressiste”, alors ne vous attendez pas à vivre bien plus longtemps.

Le monde entier a été mis sur le fil du rasoir de l’existence par l’arrogance, la stupidité et l’hubris de la clique néoconservatrice à la poursuite de l’hégémonie américaine.

L’idéologie néoconservatrice est la parfaite couverture pour masquer l’intérêt matériel de l’état profond du complexe militaro-industriel qui est en train de mener le monde à sa destruction.

Guerre impérialiste en Syrie: Merdias, pressetituée, mensonges et omissions

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Les médias font l’impasse sur les révélations sur la guerre en Syrie (The Antimedia)

 

Darius Shahtahmasebi

 

3 mars 2017

 

url de l’article en français:

https://www.legrandsoir.info/les-medias-font-l-impasse-sur-les-revelations-sur-la-guerre-en-syrie-the-antimedia.html

 

Quand un magicien vous montre un tour de magie avec sa main droite, il faut toujours observer ce que fait la main gauche. Lors d’un conflit armé, il faut toujours se méfier d’un gouvernement qui bat les tambours de la guerre contre un autre gouvernement ou entité. Posez-vous la question : Pourquoi maintenant, pourquoi cette entité là, et pour quels enjeux ?

Un bon exemple est l’Afrique. Depuis 1998, près de 6 millions de personnes ont été tuées en République Démocratique du Congo en raison de la lutte pour le contrôle des ressources minérales, dont beaucoup sont utilisées dans les téléphones cellulaires à travers le monde. Les grands médias n’en parlent pratiquement pas. En revanche, on nous a dit que la Libye, le pays dont le niveau de vie était le plus élevé de toute l’Afrique, devait être bombardée dans le cadre d’une « intervention humanitaire » pour empêcher un massacre qui allait peut-être, ou peut-être pas, se produire. Bien qu’il y ait des différences de nature évidentes entre ces deux conflits, le fait est que le gouvernement des États-Unis et les médias ont priorisé l’un sur l’autre en fonction de préoccupations géopolitiques.

Par exemple, les courriels de Hillary Clinton confirment que la Libye a été détruite en 2011 non pas par un élan humanitaire, mais en partie parce que l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi avait l’intention de lier l’approvisionnement en pétrole de la Libye avec ses réserves d’or et de créer une monnaie africaine unifiée, ce qui aurait remis en cause la structure de pouvoir actuelle des marchés financiers.

On peut en dire autant de la Syrie. Comme l’indique AlterNet, les médias ont ignoré un certain nombre de documents gouvernementaux américains et des audios concernant le conflit syrien qui ont été divulgués. Ian Sinclair écrit :

« En discutant des rapports occidentaux sur la guerre en Syrie, le correspondant vétéran du Moyen-Orient, Patrick Cockburn, a récemment noté [texte en français- NdT] que « dans le cas syrien, les nouvelles fabriquées et les reportages unilatéraux ont dominé les informations à un degré probablement jamais vu depuis la Première Guerre mondiale ». Le Professeur Piers Robinson, maître de conférences en politique, société et journalisme politique à l’Université de Sheffield est acquiesce : « Nous devons désormais sérieusement envisager la possibilité que la guerre en Syrie ait connu des niveaux de manipulation et de propagande semblables, sinon plus élevés, que ceux qui se sont produits lors de la Guerre en Irak en 2003. » »

Un bon exemple de fuite qui aurait dû faire la Une de tous les journaux à travers le monde (mais ne l’a pas fait) est l’enregistrement audio de l’ancien secrétaire d’Etat John Kerry lors d’une réunion avec les groupes d’opposition syriens, en Septembre de l’année dernière. Kerry a admis à ces groupes que les États-Unis savaient que Daesh gagnait du terrain en Syrie, et les États-Unis, à leur tour, espéraient que cela amènerait le président syrien Bashar al-Assad à la table de négociations. Pourtant, en 2014, l’administration Obama avait dit que les États-Unis mèneraient des opérations en Syrie avec l’intention expresse de « faire reculer et de détruire » Daesh – et non pas d’utiliser les groupes terroristes contre le dirigeant du pays qu’ils ont longtemps cherché à renverser.

Néanmoins, selon Kerry, leurs plans concernant Daesh et le gouvernement syrien ont été déjoués par la Russie qui est intervenue ouvertement dans le conflit syrien en 2015 pour soutenir Assad.

En 2012, un rapport de l’agence de renseignement de la Défense US a prédit la montée de Daesh, chose activement encouragée par l’establishment américain. Le rapport indique :

« Si la situation évolue, il existe la possibilité d’établir une principauté salafiste déclarée ou non déclarée dans l’est de la Syrie … et c’est exactement ce que cherchent les puissances qui soutiennent l’opposition, afin d’isoler le régime syrien »

En octobre 2012, le New York Times a rapporté que :

« Selon des responsables américains et des diplomates du Moyen-Orient, l’essentiel des armes expédiées à la demande de l’Arabie saoudite et du Qatar pour approvisionner les groupes rebelles syriens qui combattent le gouvernement de Bashar al-Assad atterrissent entre les mains de la ligne dure jihadiste islamiste … »

Encore une fois, les courriels de Hillary Clinton montrent qu’elle savait parfaitement que ces fournitures d’armes bénéficiaient directement à Daesh. Dans un document de l’ancien secrétaire d’Etat, on lit ceci :

« Nous devons utiliser nos moyens diplomatiques et plus traditionnels de renseignement pour faire pression sur les gouvernements du Qatar et de l’Arabie saoudite, qui fournissent un soutien financier et logistique clandestin à Daesh et à d’autres groupes sunnites radicaux de la région ».

Selon le général quatre étoiles Wesley Clark, ancien commandant de l’OTAN, il a officieusement reçu un mémo qui détaille un plan que le Pentagone a adopté peu de temps après le 11 septembre pour renverser les gouvernements de sept pays, dont la Syrie.

Selon d’autres documents publiés par Wikileaks, l’ establishment américain voulait provoquer Assad à réagir de manière exagérée devant la menace d’extrémistes traversant la frontière en Syrie, semblable à ce qui a été fait à la Russie en Afghanistan dans les années 1980. Un rapport divulgué par Wikileaks en décembre 2006, rédigé par William Roebuck, chargé d’affaires à l’ambassade des États-Unis à Damas à l’époque, dit ceci :

« Nous pensons que les faiblesses de Bashar résident dans la façon dont il choisit de réagir face à des enjeux, perçus ou réels, tels que le conflit entre les mesures de réforme économique (aussi limités soient-ils) et les forces corrompues ; la question kurde et la menace potentielle pour le régime de la présence croissante d’extrémistes islamistes. Ce rapport résume notre évaluation de ces vulnérabilités et suggère qu’il peut y avoir des actions, des déclarations et des signaux que le Gouvernement des États-Unis pourrait envoyer, ce qui augmenterait la probabilité que de telles opportunités se présentent. »

Il est également intéressant de noter qu’un rapport secret des services de renseignements a révélé qu’en 1983, les États-Unis ont exhorté Saddam Hussein à entrer en guerre avec Hafez al-Assad, le père d’Assad, pour un simple litige autour d’un oléoduc.

De toute évidence, si les médias traditionnels avaient réellement la volonté de rapporter la vérité sur le conflit syrien, ils présenteraient ces faits plus souvent, au lieu de nous asséner le récit simplifié de « Assad + Russie = mauvais ; Rebelles syriens = bons » qu’ils nous servent depuis 2011.

Cependant, ce n’est que grâce aux médias alternatifs et aux fuites que certains secteurs du public sont au courant de ces éléments, car les médias indépendants ont tendance à les mettre en avant au lieu de simplement les mentionner en passant.

Darius Shahtahmasebi

Traduction « Décodex mon c… » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.