Résistance au colonialisme: Toile de fond historique de Standing Rock avant l’assaut militaire prévu du 5 décembre… (Russell Means)

La toile de fond historique de Standing Rock: les traités de Fort Laramie de 1851 et de 1868

 

Depuis l’autobiographie du grand activiste Lakota Oglala Russell Means et le chapitre 43 de son livre “Where White Men Fear to Tread” (éditions St Martin’s Griffin, 1995)

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

4 décembre 2016

 

“Après plus d’un siècle de colonisation, nous peuple indien, avons appris à exceller à nous battre entre nous. Nous avons, de manière bien regrettable, appris à refléter la société blanche.”
~ Russell Means ~

 

“Notre présence au camp de Yellow Thunder [en 1981] ramena le traité de Fort Laramie de 1868 au goût du jour. Ce traité fut signé par le Lieutenant Général William Tecumseh Sherman représentant les Etats-Unis d’Amérique et par les leaders des nations Lakota et Cheyenne représentant leurs peuples respectifs. Ce traité reconfirma que le territoire de mes ancêtres s’étendait de la branche nord de la rivière Platte dans ce qui est aujourd’hui l’état du Nébraska, vers l’Est au travers de l’Iowa et jusqu’à la rivière Missouri et au Nord au travers des deux états du Dakota, du Wyoming et du Montana jusqu’au Canada. En son centre se situait les Collines Noires (Paha Sapa). Nos droits sur Paha Sapa furent reconfirmés dans un document écrit en anglais qui stipulait très clairement que le traité ne pouvait être amendé que par le vote des ¾ des Lakota mâles adultes.

Les Etats-Unis avaient désespérément recherché ce traité après avoir été battus bataille après bataille. Il est bien triste de constater que tous ces combats auraient été totalement inutiles si les Etats-Unis n’avaient pas trahi les termes du traité de Fort Laramie de 1851, traité qui garantissait aux Etats-Unis un droit de passage au travers des territoires indiens jusqu’à la côte Ouest. Lorsque des garnisons commencèrent à s’installer le long de la piste Bozeman vers les mines d’or du Montana, mes ancêtres leur demandèrent de les retirer. Notre peuple a attendu jusqu’en 1866, alors que la guerre de sécession (1861-65) avait épuisé l’homme blanc militairement, économiquement et spirituellement. C’est alors que les Lakota défendirent leurs terres, attaquant les armées de l’envahisseur et les chassant.

Tout comme nous avons cru Nixon et ses porte-flingues dans les années 1970, nos ancêtres avaient signé le traité de Fort Laramie en 1868 croyant les mots du président Andrew Johnson et de ses généraux, Sherman, John B. Sanborn, William S. Harney, et Philip Sheridan, connu pour sa déclaration tristement célèbre: “Le seul bon Indien est l’Indien mort.” Quatre ans plus tard, sans aucune permission des Lakota, Sheridan envoie George Armstrong Custer rechercher de l’or dans les Collines Noires. Mes aïeux le laissèrent faire ses tribulations sur nos terres sacrées sans le toucher ni lui ni sa force expéditionnaire. Quand Custer trouva ce qu’il cherchait, le gouvernement du président Ulysse Grant fuita l’information et en quelques mois, notre terre sacrée fut envahit par une armée de prospecteurs. Notre peuple voyageait régulièrement dans ce territoire sacré de Khe Sapa, visite faite pour renouer avec la force spirituelle, mais nous n’avions aucun campement permanent sur ces terres. A l’encontre des mines d’or de Californie où les mineurs massacrèrent tout ce qu’ils trouvaient comme Indiens, il n’y eut aucun massacre, aucune confrontation. Néanmoins, mon peuple avertit alors les chefs militaires US et les agents civils du gouvernement fédéral, que si les mineurs restaient, alors ce serait un retour à la guerre, mais ils laissèrent les premiers chercheurs de fortune tranquilles. Mes aïeux pensaient que lorsque les leaders blancs à Washington apprendraient ce qui se passait, ils se comporteraient en êtres humains, honoreraient leur parole et forceraient les mineurs à partir.

Au lieu de cela, en juin 1876, Sheridan envoya Custer et le 7ème de cavalerie résoudre le “problème indien”, dans ce qui allait devenir une des plus célèbres confrontations entre les blancs et les Indiens du XIXème siècle. Au lieu de rencontrer des femmes, enfants et vieillards sans défense comme ils en avaient l’habitude et qui constituaient la vaste majorité de leurs victimes, les maraudeurs tombèrent sur des groupes d’hommes indigènes armés sur les berges de la rivière Greasy Grass. Ils payèrent un très lourd tribut pour cette erreur. Embarrassés et humiliés, les Etats-Unis commencèrent à chercher d’autres moyens pour pouvoir répudier le traité. Les colons ne pouvaient pas obtenir ces fameux ¾ de la population mâle adulte à signer un nouveau traité et enterrer celui de Fort Laramie, alors ils saoûlèrent des “Indiens de forts” (NdT: des groupes d’Indiens qui restaient près des forts blancs et vivaient aux crochets des colons et de l’armée), mis tous ensemble, ils représentèrent moins d’un neuvième de la population adulte mâle Lakota et après bien des chantages et des menaces, les firent aposer leur marque sur un accord qu’ils ne pouvaient pas lire. Ces nouveaux documents cédaient les Collines Noires au gouvernement fédéral américain. Ce vol en bande organisée fut nommé “l’accord de 1876”.

Lorsque la très vaste majorité de mes ancêtres refusèrent toujours de céder les terres de Paha Sapa, les blancs les menacèrent alors de les déporter en “pays indien”, ce qui est aujourd’hui l’état de l’Oklahoma. En substance les Lakota répondirent ceci à la menace: On vous a déjà botté le cul, on va le refaire, alors allez-y venez… En substance les hauts-fonctionnaires US répondirent: vendez-nous les Collines Noires ou crevez de faim !

Les agents du gouvernement refusèrent de délivrer la nourriture et les vivres que le traité nous alouait ainsi que les munitions pour la chasse. Et notre peuple refusa toujours de vendre. Les blancs prirent notre terre sacrée quoi qu’il en soit en 1876, ils assassinèrent le grand Crazy Horse en 1877 et Sitting Bull en 1890 ainsi que quiconque était une menace à leur fièvre de l’or. A cause de la famine provoquée par les agents du gouvernement et des douzaines d’autres actes de génocide, mes ancêtres devinrent trop faibles pour résister militairement.

Les mineurs blancs dépouillèrent les Collines Noires de plus d’un milliard de dollars d’or et de bien plus de minerais et ce sans aucune tentative ou velléité de compensation de la part du gouvernemnt fédéral.”

=*=

Note de R71: Toute cette zone renferme du charbon, du cobalt et surtout une grande “valeur” moderne: de l’uranium.

 =*=

“Toute la tradition européenne, marxisme inclus, a conspiré pour défier l’ordre naturel de toutes choses. La terre-mère a été abusée, les pouvoirs ont été abusés et tout ceci ne peut pas continuer indéfiniment. Aucune théorie ne peut venir changer ce simple fait. La terre-mère va riposter, l’environnement va riposter et ceux qui abusent seront éliminés. Les choses reviennent au point de départ. C’est çà la révolution. C’est aussi une prophétie faite par mon peuple, par le peuple Hopi et bien des autres peuples corrects. Les Indiens des Amériques ont essayé d’apprendre cela aux Européens depuis des siècles ; mais, comme je l’ai dit plus tôt, les Européens sont incapables d’écouter. L’ordre naturel des choses gagnera et les abuseurs, les offenseurs mourront, comme les daims meurent lorsqu’ils brisent l’harmonie en surpeuplant une zone donnée. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’une catastrophe naturelle ne se produise, une catastrophe aux proportions planétaires. C’est le rôle des Indiens et de toutes choses naturelles de survivre. Une partie de notre survie consiste à résister. Nous résistons non pas pour renverser un gouvernement ou pour saisir le pouvoir, mais simplement parce qu’il est normal et naturel de résister à l’extermination, de survivre. Nous ne voulons en aucun cas le pouvoir au-delà des institutions des blancs, ce que nous voulons c’est que les institutions des blancs disparaissent. C’est çà la révolution.

Nous, les Indiens des Amériques, sommes toujours en contact avec ces réalités, les prophéties, les traditions de nos ancêtres. Nous apprenons de nos anciens, de la nature, des pouvoirs. Et quand la catastrophe sera passée, nous les Indiens des Amériques, nous serons toujours là pour habiter ces terres et ce continent. Peu importe si ce ne sera qu’une poignée d’entre nous au fin fond des Andes. Le peuple amérindien survivra, l’harmonie sera rétablie. C’est çà la révolution.

~ Extrait du discours de Russell Means durant le Black Hills International Survival Gathering, Dakota du Sud, juillet 1980 ~

(Traduit de l’anglais par Résistance 71)

15 Réponses to “Résistance au colonialisme: Toile de fond historique de Standing Rock avant l’assaut militaire prévu du 5 décembre… (Russell Means)”

  1. Quelle sagesse, quelle profondeur. Excellent rappel avant ce lundi 5 où la cavalerie doit charger sur ordre d’Oblabla dernier empereur de l’empire déglingué… Avez-vous des news par sacredstones.org par ex ? Ou l’association de vétérans qui a appelé à rejoindre la lutte ?
    On a du mal à croire que la date du 5 ait été choisie au hasard puisque le Cluster était né un 5 décembre…

  2. J-M Aupetit Says:

    Dans la filière de cet article , lisez les deux romans de Jim Fergus « Mille femmes blanches » et la suite « La vengeance des mères »
    Extraordinaire histoire de ces femmes blanches ( 1000 femmes blanches contre 1000 chevaux) qui , en 1875, épousèrent des indiens pour vivre avec eux. Fidèles a leur choix, elles prirent leur parti et se lancèrent avec eux dans cette lutte désespérée pour leur survie. Un régal — « roman magnifique » dit Depardieu !

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