Résistance au colonialisme: Le chemin de la décolonisation du continent américain

« Impliquer que les Indiens reçurent de la terre est un renversement totale des faits historiques. Jamais les Etats-Unis et leur gouvernement fédéral ne donnèrent un quelconque morceau de terrain à une quelconque nation indienne. Ce sont plutôt les Indiens qui donnèrent de la terre aux Etats-Unis en considération du fait de recevoir un titre indien sur le reste des terres et que celui-ci soit confirmé. […]  La culture telle qu’elle est comprise par le peuple indien est essentiellement un style de vie, c’est une expression de soi, mais pas consciemment, c’est plutôt l’expression de l’essence d’un peuple. Tout ce que l’homme blanc a réussi à créer sur ce continent (des Amériques) est un conglomérat violent d’individus et non pas un peuple. »
~ Vine Deloria Jr, 1969 ~

 

Décoloniser le passé et le présent du continent américain

 

Peter d’Errico

 

6 novembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/11/06/decolonizing-past-and-present-western-hemisphere

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

J’ai emprunté le titre de cette article à un article de Paulette Steeves paru en 2015 dans « Archaeologies: Journal of the World Archaeological Congress,« :Paulette F. Steeves (Cree-Métis), presenting an overview of her research overthrowing the Bering Strait theory.

La plupart des gens ne pensent sans doute pas à l’archéologie quand ils observent et analysent la loi fédérale indienne et inversement. Mais les deux secteurs interagissent en tant que composants de la domination continue qui s’exerce sur les peuples indigènes du continent.

La théorie du Détroit de Béring, que Vine Deloria Jr avait appelé « la théorie de la connerie », a longtemps dominé le point de vue officiel en archéologie. Cette théorie dit que l’Île de la Grande Tortue, que les archéologues appellent le continent américain, était vide de gens jusqu’à il y a environ 13 000 ans.

La théorie postule que des communautés humaines migrèrent de la Sibérie vers l’Île de la Grande Tortue au travers d’un “pont terrestre” s’étant établi depuis le continent asiatique et qu’ainsi elles poursuivaient du grand gibier et taillaient des pointes de flèches et de lances d’une forme très distinctive pour tuer leur gibier. Les archéologues appellent ces pointes les “pointes Clovis”, nommées d’après une ville du Nouveau-Mexique où elles furent pour la première fois découvertes. Avant cela, la théorie affirme qu’aucun humain ne vivait sur le continent des Amériques.

Steeves dit: “Cette bataille académique [au sujet de la théorie du Détroit de Béring] n’est pas seulement au sujet des sites archéologiques ou des restes de matériel retrouvés. L’argument reflète une pratique continue coloniale d’effacement et de déni aux peuples indigènes de ce continent, d’une place dans l’histoire de l’ancien monde.” Elle ajoute: “Permettre aux peuples indigènes d’avoir été présents sur le continent des Amériques pour un bien plus grand nombre d’années est de fait solidifier leurs liens aux patries et aux restes de matériel retrouvés.”

La théorie de la connerie joue un rôle très important dans le maintien de la domination des colonisateurs sur les peuples et nations indigènes du continent et offrant une preuve prétendument “scientifique” de ce que cette terre était Terra Nullius, “n’appartenait à personne”, ou était un “no man’s land”, jusqu’à relativement récemment dans l’histoire de la Terre. La théorie dit que le Nouveau Monde n’était pas aussi vieux que l’ancien monde: ses peuples n’y avaient aucune présence ancienne.

Terra nullius va comme un gant à la doctrine chrétienne de la découverte ; lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis a adopté cette doctrine comme base pour affirmer la propriété de l’état fédéral sur les terres indiennes, le concept de “no man’s land” résidait en toile de fond. (NdT: c’est du reste sur cette base de la théorie de “terra nullius” que la couronne britannique s’est emparée des terres australiennes et volée les terres ancestrales aborigènes…) La Cour a observé les Indiens et décidé que ceux-ci n’étaient pas totalement humains, n’étaient pas capables de posséder la terre. D’après la CS, les “propriétaires” légaux étaient les “découvreurs” chrétiens.

La découverte chrétienne et terra nullius, de manière supposée, des concepts légaux et scientifiques, sont à l’œuvre aujourd’hui aux Etats-Unis et dans bien d’autres endroits (NdT: Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, tous les pays du commonwealth sous domination de la couronne / City de Londres et sa Banque d’Angleterre/Vatican). Elles sont la racine du vol des terres apaches au bénéfice de la grande entreprise transnationale minière Rio Tinto et de l’invasion du territoire de Standing Rock au bénéfice de l’Energy Transfer Partners Corporation. Dans chacun de ces endroits, les peuples indigènes sont vus comme se trouvant “en travers du chemin” de l’extraction coloniale des ressources naturelles.

La doctrine chrétienne de la découverte prescrit que les Indiens ne peuvent pas détenir de titre de propriété, mais ne peuvent “qu’occuper les sols” avec la “permission” du gouvernement. Le fait que les peuples originels ont été sur Oak flat et Standing Rock “depuis des temps immémoriaux” ne compte absolument pas dans les esprits des extracteurs coloniaux.

Steeves dit: “Critiquer les constructions théoriques archéologiques faites sur les peuples indigènes est central à la discussion des controverses en relation aux droits humains et à la souveraineté des nations dans le monde contemporain.” Elle cite Deloria: “A moins que et jusqu’à ce que les ‘Indiens’ soient d’une certaine manière connectés avec l’histoire du monde en tant que peuples premiers… On ne nous accordera jamais une humanité totale.

Elle dit aussi: “Le passé a un pouvoir dans le présent.” Elle cite ensuite David Meltzer, auteur du livre “First Peoples in a New World, » qui écrivit: “Les archéologues sont parfaitement au courant des implications possibles d’une occupation plus ancienne du continent des Amériques par des peuples indigènes, ceci reflète sur les problèmes contemporains d’indentité, d’ancestralité et d’appropriation du passé et du présent.

La recherche de Steeves ajoute à bien d’autres critiques de la théorie de la connerie. Tous ces chercheurs combattent des intérêts particuliers retranchés dans la discipline de l’archéologie. Un article du magazine Smithsonien en 2013 établissait que “La théorie de Clovis, au fil du temps, a acquis la force d’un dogme… Tous les artéfacts que les universitaires affirment être en en provenance d’avant Clovis (NM) ou toute théorie concurrente qui peut jeter un doute sur l’idée première émise par la théorie de Clovis, furent tournés en ridicule par l’establishment archéologique, discrédités comme étant science erronée ou simplement ignorés.

Les gardiens du temple de la profession ont attaqué tout archéologue qui présentait des preuves d’une existence humaine sur le continent des Amériques avant la soi-disants période de Clovis. Malgré cette hostilité sans relâche, des chercheurs indépendants, comme Steeves, ont continué leur travail et ont commencé à attirer l’attention dans la discipline.

Note de Résistance 71: Les gardes-chiourme de l’oligarchie et de ses dogmes scientifiques procèdent de la même manière dans bien des disciplines. En Histoire, sociologie, et de manière plus évidente dans toutes les sciences liées à l’escroquerie du Réchauffement Climatique Anthropique, appelé aujourd’hui « Changement Climatique » (le mot « anthropique » étant maintenant devenu implicite). L’archéologie n’a pas échappé à cette phagocytose par la pensée unique oligarchique. Il en va de même avec la recherche archéologique biblique, qui commence à sortir du placard grâce aux travaux et recherches de scientifiques dissidents. Ceci est confirmé ci-dessous.

En mars 2011, le fondateur de la base de données en ligne Paleoindian pour les Amériques a dit à la revue Science Magazine “beaucoup de lignes de preuve très distinctes et superbement documentées… offrent une confirmation sans équivoque que des humains, des peuples, existaient à l’intérieur de l’Amérique du Nord avant l’époque dite de Clovis…

La recherche de Steeves sera publiée sous la forme d’un livre chez Nebraska Press, il fournira à Mr Toutlemonde aussi bien qu’aux experts, un accès à la base de données qu’elle a construite montrant des centaines de sites d’habitations humaines en Amériqies du Nord et du Sud datant de bien avant la supposée époque de la migration du Détroit de Béring.

Steeves ne rejette en aucun cas les migrations possibles des peuples entre les continents ; mais elle insiste néanmoins sur le fait que les études d’une telle migration ne constitue qu’une pièce de l’histoire bien plus large des populations humaines et que la véritable science ne peut pas être limitée par des marqueurs et des clotures politico-académiques.

Elle dit que les attaques subies par les chercheurs qui étudient les sites de population antérieurs à ce qui est permis par la théorie du Détroit de Béring, montrent que l’archéologie est “un domaine universitaire et de recherche colonialement chasse gardée. Elle cite John Alsoszatai-Peteho qui dit que “même la simple mention de la possibilité d’une plus grande ancienneté revenait à commettre un suicide professionnel.

Les discours dominants de longue date en archéologie et en anthropologie ont enterré les histoires des peuples indigènes alors qu’ils étaient forcés de vivre dans des “réserves” (NdT: en réalité des camps de prisonniers, comme la réserve Lakota de Pine Ridge, camp de prisonniers #44 en ce qui concerne l’administration yankee, alors que la grande nation Sioux n’a jamais perdu une guerre contre l’armée US, que 2 traités régissent les relations, Fort Laramie 1851 et 1868, tous deux bafoués par les yanks…), refusant aux peuples indigènes la propriété de leurs terres, leur humanité et leur souveraineté au sein d’un terra nullius colonial.

La persistance de Steeves, son courage et son abnégation pour une véritable science face aux brutales guerres universitaires et académiques témoignent de son statut de guerrière, de défenseur de la connaissance du passé soulignant la très longue présence des peuples indigènes sur le continent des Amériques.

18 Réponses to “Résistance au colonialisme: Le chemin de la décolonisation du continent américain”

  1. C’est effectivement plus qu’une fissure mais un véritable gouffre qui s’ouvre sous les fondations du colonialisme. Cet article prolonge parfaitement, celui de Newcomb « La domination chrétienne à la racine de la loi fédérale indienne USA » du 25/10. Il convient aussi de rappeler que les Terres Australes sont reconnues pour avoir porté la « plus ancienne présence humaine » donc vous pensez si les Australiens de papier sont vraiment sur le même plan que les Zuniens et donc tous les Colons d’où qu’ils soient… Par ailleurs tout est contenu dans cette phrase « Le passé a un pouvoir dans le présent ». Je ne savais pas que la « Théorie de la connerie » était l’histoire de la migration par le détroit de Bering, que j’ai apprise au lycée et sur laquelle personne n’est jamais revenu… Le « Terra nullius » aussi prend tout son sens et dans toute son horreur. Cela me conforte dans l’idée que la débaptisation en récusation de la Doctrine de la découverte est vraiment une arme de destruction massive, non létale. Et il faut y inclure cette notion que la Terra nullius est parfaitement inventée et que donc nous pouvons l’effacer également… Jo

    • oui. La théorie du Détroit de Béring, y a plus que quelques ploucs qui y croient encore et insistent pour la pousser. L’archéologie sérieuse a balayé ce pas de porte depuis un moment.
      Dans son excellent bouquin de recherche « 1491 » Charles C. Mann enterre la théorie en page 17 et 18 de son livre de 420 pages + 63 pages de bibliographie !!!
      Il dit en page 18 qu’en 1997, des fouilles archéologiques au Chili ont prouvé de manière indiscutable que des peuples vivaient dans le sud de l’Amérique du sud bien avant les 13 000 ans affirmés comme limite de la théorie du D. de Béring. Les trouvailles faites sur le site remontent à plus de 30 000 ans (c’est à dire grosso modo au temps de Homo Sapiens: Cro-Magnon en Europe.
      Le but non avoué derrière la théorie bidon donc du Détroit de Béring est de pousser ce raisonnement:
      Les Indiens sont venus d’Asie il y a 13 000 ans par le détroit de Béring et ont eux-mêmes occupé, usurpé les terres en tant que « migrants ».. ne sommes-nous donc pas tous des migrants qui nous établissons quelque part au fil du temps ?… çà soigne (en apparence) la culpabilité potentielle émanant du génocide.
      La culture dominante impose son hégemonie culturelle pour faire accepter ses exactions. Ainsi, l’histoire, les sciences sont le plus souvent tronquées dans le but précis de justifier cette hégémonie culturelle.
      Il est de notre devoir de douter de tout, de rechercher et de faire sortir les vérités exposées par des chercheurs qui vont leur boulot contre vents et marées, mais qui sont étouffés sous le boisseau doctrinaire hégémonique.
      C’est pour cela que nous traduisons et/ou faisaons la promotion des Zinn, Clastres, Sahlins, Jaulin, Lizot, Newcomb, d’Errico, Mann, Dunbar-Ortiz, Deloria, Alfred, Means, Ezzat, Annett, tous ces gens dans leur domaine convergent à faire sortir la vérité et à mettre en évidence comme le nez au milieu de la figure, la supercherie dans laqualle s’est engagée l’oligarchie pour maintenir son hégémonie. Jusqu’ici elle a pu le faire parce qu’elle contrôle bien médias et maison d’édition et le système universitaire, mais une fois de plus, l’internet, la nouvelle presse de Gütenberg, fait voler en éclat le muselage.
      L’oligarchie ne peut plus tenir l’information et le bateau fait eau de toute part. Le Titanic coule et nous, les médias alternatifs, sabotons les pompes pour qu’il coule plus vite…
      Nous vivons parfois des moment jubilatoires au fil des traductions et des publications.😉 😀

      • Absolument… J’intègre cette explication dans mon reblog tant c’est exactement ce que je suis entrain d’écrire et cela donnera encore plus de poids à mon propre commentaire. En fait, cela permet à l’église catholique romaine de justifier la subjugation par ordre divin et légitimé dans le droit Zunien par Marshall dans l’affaire Johnson vs McIntosh sur laquelle s’appuie la Juge Ruth Bader Ginsburg notamment et tout le Système Zunien, auquel n’appartient pas le nouveau président Trump ! (Ahum…)

    • terra nullius est une fabrication romaine, c’est du « droit romain » que l’occident a adopté par utilité d’abord mais aussi parce que l’empire romain est passé, avec Constantin, à l’église chrétienne. Terra nullius est une invention coloniale romaine, une ineptie de plus dans le catalogue de la tyrannie occidentale chrétienne depuis le IVème siècle et avant pour les Romains.

  2. Un dogme fantasmagorique de plus que nous pouvons effacer donc = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/10/25/devenons-les-effaceurs/
    Bien entendu je l’intègre dans un billet tant ça me parle et pour relayage car ainsi on peut enfoncer le clou…

  3. […] Résistance au colonialisme : Le chemin de la décolonisation du continent américain […]

  4. Bonjour,
    Dans le prolongement de l’article, la théorie récentiste n’est pas si farfellue qu’elle n’y parait de prime abord !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s