Résistance au colonialisme: La lutte indigène au Honduras pour la préservation des terres ancestrales…

Au Honduras semer la terreur dans les communautés indigènes en lutte pour la défense de leurs territoires

 

Alex Anfruns

 

20 octobre 2016

 

url de l’article en français:

http://www.investigaction.net/honduras-ils-veulent-semer-la-terreur-au-sein-des-communautes-indigenes-en-lutte-pour-la-defense-de-leur-territoire/

 

L’assassinat de Berta Cáceres, la leader écologiste dont la ténacité dans la lutte pour les droits de la nature et des communautés indigènes fut mondialement célébrée, vient d’avoir lieu une nouvelle tentative d’assassinat contre la personne de Tomás Membreño, l’actuel dirigeant du Conseil des Organisations Populaires Indigènes du Honduras (COPINH).

Nous nous sommes entretenus avec Bertha Zúñiga, fille de Berta Cáceres, pour éclaircir les causes de cette violence généralisée qui s’acharne contre ceux qui dénoncent la politique du gouvernement du Honduras en union avec les pouvoirs patronaux et médiatiques.

En effet, seulement un mois après l’assassinat de Berta Cáceres, le président de la Banque Mondiale, Jim Yon Kim, justifiait en ces termes la construction de la centrale hydroélectrique Agua Zarca par l’entreprise DESA : « Puisque les gens ont besoin d’une énergie provenant de sources renouvelables, les projets hydroélectriques dans des pays comme le Honduras seront menés à terme de toute façon ». Par conséquent, la défense de son territoire par le peuple Lenca et la mort de Berta Cáceres sont sans importance pour cette institution qui prétend travailler à l’avènement d’un monde libéré de la pauvreté : « On ne peut pas faire le genre de travail que nous faisons tous les jours sans être confrontés à quelques incidents de ce genre ». (1)

Il ne s’attendait certes pas à ce que 313 organisations du monde entier lui adressent une lettre qui réfute ses paroles et lui rappelle que « conformément au règlement intérieur de la Banque Mondiale, cette dernière ainsi que d’autres institutions financières sont tenues de garantir le respect des droits de l’homme dans les projets qu’elles financent. »

Le sicaire est toujours à la manœuvre en toute impunité

Tout indique qu’il ne s’agit pas d’un quelconque incident isolé, mais d’une répression méticuleusement planifiée. Fin juin, un soldat de l’armée du Honduras a permis de prendre connaissance d’une liste de militants « à éliminer ». Le 10 juillet, Lesbia Yaneth, mère de trois enfants et elle aussi membre du COPINH a été assassinée En dix ans, cela fait 114 militants écologistes qui ont connu le même tragique destin dans ce petit pays qu’est le Honduras. Avant l’assassinat de Berta Cáceres, nous avons compté pas moins de 33 menaces de mort adressées à des militants luttant contre le projet Agua Zarca sur le Rio Gualcarque. Et cinq militants opposés à ce projet ont été assassinés depuis lors.

Le 9 octobre dernier, des inconnus ont ouvert le feu, au cours de deux incidents séparés, contre les leaders du COPINH. Parmi eux se trouve l’actuel dirigeant du COPINH, Tomás Membreño. Bertha Zúñiga nous explique quel est l’état de santé de son compagnon et exprime son inquiétude face à un évènement aussi grave : « Cette tentative contre Tomás avait pour but de continuer à semer la terreur chez tous ceux qui luttent avec ardeur pour la défense de leur territoire. Il est clair qu’aussi longtemps que persistera ce climat d’impunité qui a rendu possible l’assassinat d’un très grand nombre de nos camarades ainsi que ce même niveau de harcèlement venant d’entreprises du type de DESA, tôt ou tard, des actions de cette nature vont causer d’autres morts. Le camarade Tomás Membreño est toujours aussi résolu et combattif ; il a pris quelques dispositions pour assurer sa sécurité et éviter une trop grande exposition ; mais tous les membres du COPINH sont très préoccupés ». (2)

Depuis plusieurs mois, le projet hydroélectrique de deux barrages sur le Río Negro et le Río Gualgarque a entrainé la mobilisation sociale des communautés indigènes. Le COPINH essaye de faire arrêter ces projets malgré les menaces et les intimidations. Bertha Zúñiga donne quelques indices sur l’identité des personnes qui sont derrière ces incessantes agressions : « Ce qui est derrière, c’est l’intérêt économique des groupes au pouvoir qui sont ceux qui perdent leurs investissements face à la lutte du COPINH en union avec les communautés indigènes ; ils savent que la victoire sur le projet Agua Zarca constituerait un précédent victorieux dans la lutte pour la défense des territoires. Semer la peur fait partie de leur stratégie pour permettre la réalisation de leurs installations contre la volonté des communautés ».

Sacrifier quelques pions pour sauver la « reine »

Bertha Zúñiga exprime de sérieux doutes quant au rôle joué par les autorités gouvernementales pour mettre fin à cette violence dirigée contre les communautés indigènes : « Les autorités continuent d’agir avec cette même négligence et cette stupidité qui ont conduit à l’assassinat de notre camarade Berta Cáceres. Ils persistent à manquer de la moindre volonté politique de protéger les défenseurs de l’environnement. À ce jour, ils n’ont toujours pas rendu effectives les mesures préventives que préconisait la CIDH après l’assassinat de la coordinatrice générale de notre organisation ».

Début mai, quatre suspects dans l’assassinat de Berta Cáceres ont été arrêtés ; trois d’entre eux sont des salariés de l’entreprise DESA. Alors que l’un d’eux est un capitaine en retraite, le quatrième s’est avéré être un officier d’active avec le grade de major d’Infanterie. En apprenant cela, la famille de Berta Cáceres mit l’accent sur les liens qui existent entre ces individus arrêtés et l’entreprise et déclara que c’est là une « raison suffisante pour arrêter le projet hydroélectrique… immédiatement et définitivement ». (3)

Aujourd’hui, sa fille, Bertha Zúñiga, réfléchit sur l’étendue de ces liens : « Les groupes oligarchiques ont de puissants agents en train de mobiliser l’armée pour réprimer les populations. Il faut dire que, depuis le Coup d’État de 2009, beaucoup de militaires sont devenus actionnaires de projets “extractivistes” (hydroélectriques et miniers, entre autres). Mais les maffias de la corruption permettent également les agissements de groupes criminels qui travaillent en coordination avec les entreprises comme l’illustre le cas DESA-Agua Zarca ».

Le 14 octobre dernier, l’ex-vice-ministre du Secrétariat aux Ressources Naturelles et à l’Environnement, Dario Cardona Valle, a été arrêté et inculpé d’irrégularités dans l’affaire du permis environnemental accordé, en 2013, pour le projet hydroélectrique Agua Zarca. Mais Bertha Zúñiga s’interroge sur la portée de l’enquête en cours : « Les arrestations qui ont eu lieu à ce jour sont un rideau de fumée pour créer une impression de justice, mais ils n’ont toujours pas pris de mesures sérieuses contre l’entreprise DESA directement liée à l’assassinat de Berta Cáceres. Si, dans un cas aussi emblématique au niveau national, les choses se passent ainsi, que pouvons-nous attendre pour tous les autres cas que le COPINH soulève depuis des années et qui concernent d’autres militants du COPINH ? Plutôt tout le contraire puisque ce sont les propres agents de l’État qui nous persécutent, nous répriment et même nous assassinent ».

Puisse ce témoignage  aider à créer un large mouvement de solidarité internationale envers les communautés indigènes et le peuple hondurien en Résistance.

Notes:

  1. The Principle of Mercy: World Bank President Jim Yong Kim speech at the Union Theological Seminary, New York City, 6th april 2016.
  2. Interview avec l’auteur, 15 octobre 2016.

“Los hallazgos del Ministerio Público sobre el asesinato de Berta Cáceres son insuficientes”, Centro por la Justicia y el derecho internacional, 11 mai 2016.

18 Réponses to “Résistance au colonialisme: La lutte indigène au Honduras pour la préservation des terres ancestrales…”

  1. C’est dingue cette impunité, à tous les étages, et on continue et allez ! C’est là qu’on comprend qu’il faut rien lâcher, rien, nulle part… JBL

    • On ne te le fait pas dire…😉 😀

    • Bonjour;je pense qu’il ne s’agit pas d’impunité mais d’une volonté « gouvernementale ».Les défenseurs de la nature et de l’environnement vont devoir s’équiper pour se DEFENDRE eux mèmes;comme,du reste,les citoyens européens en général,et français en particulier,s’ils ne veulent pas se laisser tirer comme des lapins par ces « F D P ».

      • En cela le mouvement Zapatiste à une « vie » d’avance, sur nous. Mais rien ne nous empêche de nous mettre à jour… Jo

        • Les Amérindiens ont un avantage sur nous: s’ils retournent à leur société traditionnelle, tadaaaa, ils sont en société « anarchiste » même si bien sûr ils ne l’appellent pas comme çà.
          Du reste à l’origine du mouvement zapatiste en 1984 (formation clandestine entre 1984 et le 1er janvier 1994), les quelques leaders venus les aider, dont « Marcos », étaient des marxistes. Contrairement au Che en Bolivie, ils se sont vite rendus compte que le marxisme ne marcherait pas et qu’il fallait, pour réussir, adapter le mouvement à la société indigène et à sa structure par nature organique. C’est ce qu’ils ont fait et c’est tout à leur honneur, car ces gars, dont Marcos, ont dû s’adapter, en cela peut-être même plus que les Indiens locaux d’une certaine manière. D’où le slogan zapatiste devenu célèbre: « Diriger en obéissant », c’est à dire pas de leaders qui ordonnent, mais des leaders qui gèrent en prenant leur feuille de route de la base, des conseils citoyens.
          Toutes les sociétés amérindiennes du nord et du sud, fonctionnent de la sorte dans les grandes lignes, seuls change quelques détails d’ordre culturel. En cela oui, ils quelques rames de métro d’avance sur nous… Qui sont les civilisés ?…

        • Absolument ! Et c’est d’ailleurs l’esprit de leur communiqué à chaque fois de bien préciser que les « Représentants » ne sont là que pour rédiger les communiqués et ainsi transmettre la parole de ceux d’en bas à gauche qui travaillent attestant ainsi de leur réussite commune…

        • Tenez, j’ai intégré dans le même billet l’article de K. Annett puis celui ci sur le Hondura = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/10/21/chhuutt-silence-on-tue/
          Parce que dans les deux cas, il est question de tuer l’indien pour sauver l’homme, blanc et chrétien de préférence. Je me suis permise, en vous sourçant, d’y intégrer votre complément d’info sur le mouvement Zapatiste. Je donne mon avis toujours, mais je pense que nous sommes sur la même ligne. JBL

        • Bigre ! Cela promet ! Je m’y colle, merci A+

        • Comme disait l’abbé Dubois (Jean Rochefort), âme damnée du régent de France dans le film « Que la fête commence ! »:
          « Nom de dieu de bordel de merde… »😉 😀

        • Ah oui quand même…

        • Anne Wolff Says:

          Juste une petite précision, dans le cas de la lutte Lenca pour préserver le Rio Blanco, refusant la construction du barrage qui devrait l’emprisonner, l’entreprise en cause est chinoise.
          Autre précision, en ce qui concerne le Honduras, depuis le coup d’état 2009, je n’ai pas les chiffres en tête, mais les résistants natifs ne sont pas les seules victimes d’une répression féroce : les journalistes y ont été assassinés par dizaines, de même que les défenseurs de droits humains où les militants de l’opposition et de la résistance au régime. Le coup d’état avait été préparé par Washington. Et ce fut le premier acte notable de politique étrangére du premier mandat Obama, représenté par Hilary Clinton au département d’état que de perpétuer ce premier golpe de reconquête de l’Amérique Latine Souveraine. Une volonté impérialiste que la déclaration de Kerry quelques années plus tard confirmera sans équivoque « nous allons nous occuper avec vigueur de notre arrière-cour ».
          Destitution de Lugo (Paraguay), nombreuses tentatives de coups d’état contre Morales (Bolivie) ou Correa (Equateur), assassinat de Chavez (Venezuela), destitution de Roussef (Brésil), élections confisquées du Honduras depuis le coup d’état, retour de la droite en Argentine, … alors qu’Hilary(re) met au programme le marché libre hémisphérique (termes colonialistes étasunien pour désigner les Amérique), tout cela témoigne de la volonté de reconquête d’une Amérique Latine qui prenait le chemin de la souveraineté.
          D’autre part la Chine ne cesse d’y conquérir ses propres territoires, d’y multiplier ses investissements, les gouvernements régionaux ont fait à la Chine de gros emprunts et sont endettés jusqu’au cou.
          Il y a donc dans cette région des enjeux qui dépassent le seul impérialisme blanc, le nouvel impérialisme chinois en fait aussi son terrain de chasse et d’appropriation.
          A suivre…

        • Mais je suis bien d’accord avec vous et je pense que R71 ne manquera pas de confirmer car nous avons nous-mêmes utiliser l’allégorie du Bernard l’Hermite et avancé que le cœur de l’Empire allait se transférer dans une plus grande coquille : celle offerte par l’embryon de l’empire chinois latent. Et pour ma part, dans ce billet = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/10/05/aux-zuniens-de-papier/
          j’explique que les banques française sont impliquées dans le financement de la construction de l’oléoduc. C’est une affaire de tous et c’est à suivre, vous avez raison. JBL

        • Absolument Anne, du reste, comme expliqué dans « Meurtre par décret », les corporations chinoises sont derrière (entre autres, y a pas qu’elles…) la continuité du génocide des nations traditionnelles amérindiennes au Canada avec l’aide des institutions privées, provinciales et fédérales, notamment dans le nord de la Colombie Britannique, tout ceci fonctionne en réseau tout à fait cohérent. L’oligarchie est en train de refiler le sale boulot du contrôle aux nouveaux colonisateurs chinois… Freaky stuff !

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