Histoire, science, mensonge et falsification… Tradition orale contre tradition écrite…

La tradition orale contre la tradition écrite… Vérité contre mensonge ?

 

Résistance 71

 

14 Octobre 2016

 

Nos récentes traductions couvrant le travail de recherche du Dr. Ashraf Ezzat sur l’histoire biblique menant à la falsification sans doute primordiale de l’histoire, ainsi que notre travail de traduction et de (re)lecture d’historiens comme Howard Zinn, Roxanne Dunbar-Ortiz, Barbara Tuchman, David Stannard, Alain GuillermAnnie Lacroix-Riz (pour la France bien peu représentée il est vrai dans le domaine historique), des anthropologues Pierre Clastres, Marshall Sahlins, Robert Jaulin, Jacques Lizot, la paléonthologue Marylène Patou-Mathis et des jusristes-historiens tels Peter D’Errico et Steven Newcomb, nous ont fait comprendre et réévaluer le concept même de vérité, de réalité historique.

Les auteurs sus-nommés ont tous œuvré pour rétablir un angle d’approche d’évènements historiques ou d’étude de l’humain mettant à mal ce qu’il est convenu d’appeler , à la lumière de leurs travaux de recherche, la partialité des théories officielles, édictées par les fluctuations des nécessités géopolitiques du moment et la difficulté de briser les dogmes établis et protégés par des instances qui ont commandité le plus souvent ces falsifications.

“L’histoire est écrite par les vainqueurs” disait fort justement Napoléon Bonaparte et c’est un fait que la doxa historique occidentale ne s’établit qu’au travers du filtre oligarchique des pouvoirs en place, à plus forte raison ceux des vainqueurs des guerres et des conflits.

Ainsi, l’histoire, érigée en dogme officielle, ne se perpétue dans notre société que par la langue écrite, véritable outil de centralisation et de contrôle cognitif, outil essentiel du maintien des institutions étatiques. Il n’y a pas d’État sans écriture. De même on peut dire que toutes les sociétés sans État (contre l’État dirait l’anthropologue Pierre Clastres) sont des sociétés à tradition orale.

Dans son ouvrage “Tristes tropiques”, Plon, 1955, Claude Lévi-Strauss nous dit que “Les premiers usages de l’écriture ont d’abord été ceux du pouvoir: inventaires, catalogues, recensements, lois et amandements, dans tous les cas qu’il s’agisse du contrôle des biens matériels ou des humains… L’écriture ne nous paraît associée de façon permanente, dans ses origines, qu’à des sociétés qui sont fondées sur l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

L’écriture serait au service du contrôle et de la falsification potentielle de tout narratif impliquant le pouvoir de près ou de loin ; attention, nous ne disons pas que tout ce qui est écrit est faux, nous disons qu’il est plus facile de falsifier et de mentir par l’écriture sur le long terme que par la parole, et la tradition orale serait ainsi au service de la liberté et de la vérité ? Pensons-y deux minutes…

Prenons le cas de deux sociétés: d’un côté une société sans/contre l’État, de tradition orale comme il y en eut tant dans le passé et en existe toujours aujourd’hui, de la civilisation celtique en Europe, aux Amérindiens des Amériques en passant par les sociétés traditionnelles africaines et de l’autre une société politiquement divisée qui mena invariablement à la formation d’un État ou d’une structure centralisée de tradition écrite où que ce soit dans le monde.

Ces deux sociétés sont aux antipodes l’une de l’autre: l’une parle, communique et se souvient, l’autre écrit, transcrit et oublie en figeant la réalité ou sa vision de la réalité. La première victime de l’écriture, paradoxalement, est la mémoire. Pourquoi ? Parce que l’écriture est le domaine “d’experts”, de spécialistes comme l’a dit Lévi-Strauss, de bureaucrates, dont le travail est de figer le temps, de retranscrire une certaine vision d’un fait et de la faire valider par tout un système. Lorsqu’une histoire, la narration d’un fait, est écrite, une fois validée par les “autorités compétentes”, elle devient histoire officielle, nonobstant la myriade d’erreurs qui a pu être enregistrée dans le narratif, ou quelques soient les sources biaisées ayant influencé la conservation du narratif et sa transcription. Soudainement, une histoire par une validation bureaucratique devient un dogme, une chose établie qu’on ne peut plus changer, les livres d’histoire orthodoxe au consensus du statu quo oligarchique, en sont remplis, sans que cela ne choque personne, ni même ne suscite souvent la moindre remarque.

Dans le cas d’une société de tradition orale, les gens doivent se souvenir de ce qu’ils ont dit. Plus on raconte de salades et plus il est difficile de se rappeler de ce qu’on a dit surtout quand plusieurs dizaines, centaines de personnes s’y mettent. Ainsi la seule façon de préserver la vérité et de la transmettre et de ne pas mentir. Les menteurs sont confondus à cause des inconsistances au sein de leur narratif. Dans un système de tradition orale en face à face, le mensonge ne fonctionne pas ; en revanche dès que la possibilité d’écrire se produit, la probabilité du mensonge croît exponentiellement surtout lorsque l’anonymat ou l’utilisation de pseudonyme peut affecter grandement la façon dont une histoire est racontée et transmise.

De plus, les sociétés de tradition orale ont le plus souvent comme “témoins” les ancêtres. Mentir, c’est trahir ses ancêtres. Il n’y a aucune raison de surcroit à le faire. Il n’en va pas de même dans une société divisée politiquement puis économiquement. Le mensonge dès lors sert des intérêts particuliers et enretient les arcanes du pouvoir, la perpétuation du système dont l’information doit être contrôlée afin de contrôler les gens. Le contrôle de l’information, du narratif et donc de la retranscription de l’histoire, devient primordial et d’intérêt vital, la probabilité de falsification et de mensonge augmente ainsi dramatiquement.

L’écriture doit retrouver un équilibre, celui-ci ne pourra être retrouvé que lorsqu’il n’y aura plus d’incentif à mentir pour garder les choses en contrôle, c’est à dire lorsque la société sera redevenue égalitaire, politiquement indivisée, l’organe du pouvoir ayant réintégré sa place originelle et seule valide: au sein du peuple et ne sera plus une entité artificiellement séparée. Alors et alors seulement, l’écriture se fera parole libérée du mensonge et de la falsification. Pour l’heure, nous devons tous rechercher la perle de la vérité en tout domaine dans le fatras de l’amoncellement des déceptions, mensonges et falsifications inhérents à la guerre de contrôle psychologique à laquelle se livre les perpétuateurs du plus froid des monstres froids.

 

4 Réponses to “Histoire, science, mensonge et falsification… Tradition orale contre tradition écrite…”

  1. Ah oui ! Excellent ! Je l’intègrerai dans un billet ce soir.
    Pour le livre du Dr Ezzat, on peut un condensé ça se fait et le mettre en PDF en précisant bien. Qu’est-ce que vous en pensez ?

  2. Je serai curieuse de connaitre la position du Dr Ezzat face à ces travaux de recherche sur la Pyramide de Khéops, même si j’ai une petite idée à la lecture des traductions que vous en avez faites :
    https://fr.sputniknews.com/culture/201610161028212960-pyramide-kheops-cavite/
    Vu qu’il nous a révélé et documenté que cette Égypte antique n’a connu ni pharaons, ni israélites.
    C’est là qu’on peut réellement se poser la question de savoir si le pari fait par les Zélites n’est pas notre renoncement à la connaitre la vérité, plus que notre résistance au mensonge, non ? JBL

  3. […] Résistance 71 |  14 Octobre 2016 […]

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