Persévérance colonialiste: Dominer, subjuguer et forcer… Les credos chrétiens du colonialisme forcené (Steven Newcomb)

A lire sur Résistance 71:

“Païens en terre promise, décoder la doctrine chrétienne de la découverte”, Steven Newcomb, 2008 (Traduction de Résistance 71 )

“Le chemin de sortie de cette sombre période dans laquelle nous nous trouvons tous maintenant, doit impliquer un changement de paradigme de connaissance positive de la mentalité et attitude impérialiste et de la domination, reflets du modèle du conquérant ainsi que du modèle du peuple élu/terre promise issu de l’ancien testament, ceci incluant la doctrine chrétienne de la découverte et le modèle de domination établi par la décision de justice dans l’affaire Johnson vs M’Intosh.”

“Dans la bulle pontificale Inter Caetera de 1493, le pape Alexandre VI n’a pas utilisé le terme ‘Européens’ pour exprimer le ‘droit à la découverte’, mais il a utilisé le terme de ‘chrétiens’. D’après le décret du pape, tout roi, prince ou nations chrétiens pouvaient découvrir’ et assumer la domination sur les terres préalablement conues des non-chrétiens mais inconnues des chrétiens…”
~ Steven Newcomb, 2008 ~

 

Des chiens méchants et la coercition lâchés sur nos nations libres

 

Steven Newcomb

 

7 septembre 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/09/07/vicious-dogs-and-coercion-unleashed-original-free-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans mon article “le Dakota Access Pipeline et la loi de la chrétienté”, j’ai cité le juge Catron de la Cour Suprême du Tennessee: “Notre affirmation est fondée sur le droit de forcer l’obéissance!, qui, prétendait-il est “la loi de la terre” utilisée par les Etats-Unis contre nos nation originelles.

Le 3 septembre 2016, nous avons vu une excellente illustration d’une affirmation de droit de coercition de nos nations à l’obéissance: le personnel de l’entreprise de sécurité privée d’Energy Transfer Partners utilisant des chiens vicieux et méchants ainsi que du gaz lacrymogène contre des indigènes (femmes, enfants et hommes) et des opposants non-natifs au projet du Dakota Access Pipeline (DAPL) près de Cannonball dans l’état du Nord-Dakota.

Le contraste entre la voie pacifique et spirituelle de la pipe sacrée de l’Oceti Sakowin (conseil des sept feux de la nation Sioux), qui cherche à protéger les eaux précieuses de notre terre-mère, son sang de vie et la voie veule et malfaisante de l’oléoduc à pétrole brut, en dit suffisamment long par lui-même. Ce contraste résume parfaitement le conflit de plusieurs siècles entre l’état d’esprit de la loi des Sept Feux d’Oceti Sakowin (et les lois spirituelles des autres nations amérindiennes) et les sept lois de la domination trouvées dans la signification donnée par la chrétienté au mot latin “domo”: “subjuguer, forcer à la soumission”, “apprivoiser”, “domestiquer”, “cultiver”, et “labourer”.

Ce projet du Dakota Access Pipeline symbolise bien le chemin toxique de l’empire américain s’étendant au travers des territoires de nos nations, laissant derrière lui un sillage de destruction et d’empoisonnement: pensez au plomb dans les systèmes circulatoires et des cerveaux des enfants de Detroit, du mercure dans le poisson partout sur le continent, des radiations dans les eaux souterraines de la centrale nucléaire de Hanford, les 287 produits chimiques détectés dans les échantillons de cordons obilicaux que la Croix Rouge a collecté et analysé sur des femmes enceintes. 180 de ces produits chimiques sont connus pour être cancérigènes chez les animaux et l’Homme ; 217 sont toxiques pour les systèmes nerveux centraux et périphériques et 208 causent des malformations de naissance ou des développement anormaux chez les espèces animales étudées. Cela et une multitude d’autres exemples sont de forts indicateurs que la trajectoire impérialiste du dollar tout puissant ne révère ni ne protège la beauté de la fabrique de la vie.

Tout ceci et bien plus encore, a été fait à nos nations, nos écosystèmes et à tout le monde, et ce au nom de la “civilisation humaine” s’il vous plaît. Et pourtant, comme l’a si bien noté Stanley Diamond dans son livre “In Search of the Primitive”: “La civilisation commence avec la conquête à l’extérieur et la répression à l’intérieur.” Les mots “conquête” et “répression” sont bien sûr, deux synonymes du mot “domination”.

Le capitole de l’empire américain à Washington DC a été construit au moyen du travail d’esclaves et un impôt sur la propriété fut imposé sur les propriétaires d’esclaves. L’empire américain ainsi que ses intérêts entrepreneuriaux a affirmé avec aplomb son droit à la coercition sur les nations originellement libres et indépendantes des lieux et de les réduire à l’obéissance envers un système traumatisant que l’on peut remonter jusqu’à l’empire de la chrétienté et le soi-disant “âge de la découverte” (de l’invasion).

Les chiens de la chrétienté ont été lâchés sur des gens indigènes sans défense par les conquistadors espagnols, ceci fut utilisé pour adhérer à deux phrases clef que l’ion peut trouver dans les décrets pontificaux originaux du Saint Siège en date du 4 mai 1493. Ce document et trois autres émis cette même année, exhortaient les monarques espagnols de “mettre en œuvre la propagation de l’empire chrétien”, (”imperii Christiani propagationem prosequi”) et de “subjuguer les nations barbares” (“barbarae nationes deprimantur”).

Au travers de leurs actions, les Américains ont transformé ces phrases en “mettre en œuvre la propagation de l’empire américain” et “dominer les nations natives”. Prenez par exemple, l’utilisation des chiens et du gaz lacrymo pour déshumaniser et terroriser les indigènes et leurs supporteurs non-natifs qui étaient en colère envers le personnel d’Energy Access transfers, qui passait intentionnellement au bulldozer afin de le détruire un bout de terrain de 50m de large sur plus de 2,5km et ce directement au travers des lieux sacrés et/ou culturellement très importants. Les chiens et le gaz lacrymo symbolisent l’attitude d’un système impérialiste sans pitié qui se fout pas mal des endroits sacrés et cimetières de “païens infidèles”.

Le Dakota Access Pipeline est un projet majeur d’ingénierie. Dans leur livre Bridges, Canals & Tunnels: The Engineering Conquest of America (1968, American Heritage Publishing in Association with the Smithsonian Institution), David Jacobs et Anthony E. Neville introduisent leur sujet en reconnaissant les motivations religieuses derriere la soi-disante “expansion” des Etats-Unis en colonisant les territoires de nos nations natives. “Comme les croisés du moyen-âge, le peuple américain croyait en sa mission être d’inspiration divine et leur victoire inévitable”. (p.6)

Jacobs et Neville citent le poète Walt Whitman en disant: “C’est pour le bien de l’humanité” que les Etats-Unis et leur “pouvoir et territoire doivent être étendus, au plus loin sera le mieux” (Ibid). Ceci cadre nos nations et nos peuples comme étant en dehors de “l’humanité”. Jacobs et Neville disent que “les affirmations et l’appropriation de l’Amérique sur la terre furent justifiées” par John O’Sullivan lorsqu’il était un journaliste éditeur de 32 ans. Ce fut O’Sullivan qui dit à cette époque (1845): “Notre destinée manifeste est de nous étendre et de posséder l’ensemble du continent que la providence [dieu] nous a donné…”

Le juge de la cour suprême de la Caroline du Sud William Drayton, exprima ce même sentiment 70 ans avant O’Sullivan dans son adresse au Grand Jury en 1776. Drayton parla de la “sagesse indiscutable de la Providence” qui avait choisi la génération actuelle pour établir l’empire américain, celui qui promettait d’être le plus glorieux de toute l’histoire de l’humanité. La tradition d’utiliser des chiens méchants et autres techniques pour forcer les nations autochtones et leurs peuples à l’obéissance à son contrôle des plus arbitraires, fait aussi partie de cette “glorieuse” histoire de la construction de l’empire américain.

Franklin (Indiens + rhum = terre), Washington (“le destructeur de villes”), Jefferson, Madison, Marshall et bien d’autres ont tous envisionné l’empire américain englobant la totalité du continent et nos nations libres et indépendantes. Cette tradition générale est synthétisée sémantiquememt par les décrets pontificaux de 1452 (Dum Diversas), 1455 (Romanus Pontifex) et 1456 qui demandes “d’envahir, de capturer, de vaincre et de subjuguer” tous les non-chrétiens “de les réduire” et de “saisir toutes les possessions et propriétés”, phrasé renouvelé en 1493 et en 1514. Ce langage fut utilisé sous “autorité apostolique” et donc vu comme gratifié “par dieu”.

“In God We Trust” dit le billet de 1 dollar américain. La bulle papale dit de ce dieu: “Nous croyons en Lui, de qui provient les empires (imperia), les dominations (dominationes) et toutes les bonnes choses…” (bulles Inter Caetera des 3 et 4 mai 1493). Voilà l’état d’esprit auquel doivent faire face la nation Hunkpapa Dakota et l’Oceti Sakowin dans cette dernière saga du Dakota Access Pipeline envahisseur et colonisateur.

Grand merci à William “Pila” Laronal (Kanaka Maoli) pour son assistance dans cet article.

2 Réponses to “Persévérance colonialiste: Dominer, subjuguer et forcer… Les credos chrétiens du colonialisme forcené (Steven Newcomb)”

  1. La pseudo-écologie avec « l’économie verte » prendra le relais de la chrétienté, pour continuer à dominer la nature, via les machines, pour dominer l’homme et le contraindre à vivre parqué dans des réserves urbaines, sous surveillance électronique et chimique constante, nous y allons tout droit, nous sommes tous indigènes : wrm.org.uy/fr/les-articles-du-bulletin-wrm/section1/leconomie-verte-accorde-limmunite-a-des-criminels

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