Résistance politique: L’État et son obsolescence…

« L’État n’est que l’ombre de l’Homme, l’ombre de son obscurantisme, de son ignorance et de sa peur. »
~ Emma Goldman ~

« L’État est une institution qui a été développée dans le but d’établir des monopoles en faveur des propriétaires d’esclaves, puis de serfs, les propriétaires terriens canoniques et laïcs, les guildes de marchands, les prêteurs d’argent, les rois, les commandants militaires, les « nobles », et finalement au XIXème siècle, les capitalistes industriels, auxquels l’État supplée les mains laborieuses enlevées de la terre. »
~ Pierre Kropotkine, 1912 ~

 

Une critique de la théorie sociale libérale ou le mythe de l’État libéral

 

Brian Morris (1993)

 

7 Août 2016

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/08/06/brian-morris-the-myth-of-the-liberal-state/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le livre très utile de David Miller sur “L’anarchisme” (1984) fut une tentative, nous assurait-il, de sauver l’anarchisme de la poubelle de l’histoire. Il pensait que l’anarchisme était une tradition politique importante et qu’il avait une valeur. Il pouvait nous enseigner au sujet des abus du pouvoir, et sur les possibilités de relations sociales libres. Miller, en tant que socialiste de marché, se faisait l’avocat de trois valeurs spécifiques: l’efficacité économique, la justice de distribution et le contrôle des attitudes “anti-sociales”. En ces termes, l’anarchisme était vu comme une option politique viable. Il argumentait pour dire que sans un système de marché et l’état-nation, ces valeurs étaient tout simplement inatteignables. C’est pourquoi Miller faisait la promotion d’un socialisme de marché, autrement connu sous le vocable plus familier du capitalisme de l’état providence.

Pourtant, lorsque nous observons le monde réel, au-delà des cloîtres de Nuffield College, que pouvons-nous constater ? Aucune des valeurs tant estimées de Miller ne sont mises en évidence.

Prenons l’efficacité économique. Que trouvons-nous la concernant ? Pauvreté, malnutrition et famine à travers le continent africain et en Amérique Latine. Dégradation écologique, augmentation de la désertification, destruction des forêts et des habitats naturels, déplétion à tous les niveaux. Tout ceci étant dû au soi-disant “développement”, à l’intensification de l’agriculture et au maraudage économique du capital multinational toujours à la recherche de profits. Jugé en termes d’efficacité économique, le capitalisme, l’économie de marché, est un échec total et une sérieuse menace à la survie de l’espèce humaine.

Quant à la “justice de distribution”, que trouvons-nous ? Corruption, injustice, inégalités sociales offusquantes et obscènes partout et toujours. La possession de la terre et du capital productif, ainsi que l’accès aux médias sont partout au plus mal distribués. Ainsi par exemple nous observons qu’au Pérou, 10% des propriétaires terriens possèdent 93% de la surface arable des sols. On trouve qu’au Soudan entre 1982 et 1985, furent exportées des milions de tonnes de sorgho afin de nourrir les animaux des pays riches, tandis que des milliers de paysans du sud du pays mouraient de faim. Des gens d’une pauvreté extrême, sans accès à la terre, sans moyen de survie et souvent sans toit au dessus de leurs têtes, vivent aux côtés d’une minorité se vautrant dans le luxe et l’abondance. Il y a toujours eu une relation perverse et obtuse de l’idée de “justice de distribution” et le capitalisme. Là où la production de commodités prévaut ou s’introduit, invariablement augmentent les disparités sociales et économiques. La soi-disante “révolution verte” en Inde a non seulement été le terreau d’émeutes sociales et de la violence, mais aussi comme l’a si bien décrit Vandana Shiva, a mené à une AUGMENTATION des inégalités sociales.

Quant à l’État-Nation gardien de la paix ou contrôlant les attitudes “anti-sociales”, que trouvons là encore en réalité ? exactement le contraire. L’État est LA SOURCE de la répression violente, du harcèlement politique et social et du rognement des libertés civiles partout et en tout. Le militarisme est rampant de par le monde et la répression des peuples par les bureaucrates des administrations souvent au profit d’intérêts commerciaux est devenu la norme. Comme l’a dit Vithal Rajan en se référant à l’Inde: si on braconne un tigre, la communauté internationale en fait une affaire mondiale, mais si la police flingue 10 personnes d’un clan défendant leur droit coutumier d’accès à la forêt, ceci n’est souvent même pas considéré comme un crime et cela n’est certainement pas rapporté dans les médias internationaux.

David Miller, comme tous les autres libéraux, a une idée plutôt rétrograde, pensant que les gouvernements sont essentiuellement neutres avec des institutions bénignes, faits pour nous protéger des actions “anti-sociales” de certaines personnes. La réalité est néanmoins bien différente: de telles institutions sont là pour protéger et défendre la propriété privée et les intérêts capitalistes. Ceci a été clairement établi dans la toute dernière étude de David Powell sur l’industrie du charbon en Grande-Bretagne, dans son ouvrage intitulé à juste titre “The Power Game” ou “Le jeu du pouvoir”. Le livre montre très clairement de quel côté était l’État dans la lutte entre le travail et le capital durant les années du développement industriel. A la périphérie du système capitaliste, l’État ne protège en rien le peuple, il est en fait l’institution contre laquelle le peuple doit être protégé ! L’État représente la violence organisée (NdT: dont il en a le monopole…) et il est la raison du pourquoi le pouvoir possède cet effet capillaire sur la société moderne, comme l’argumentait Foucault, non pas par manque d’intitutions centralisées, mais parce que l’État est devenu trop puissant. Il est infrastructurel, pénétrant les institutions sociales, tout en étant ouvertement coercitif et despotique. L’État est incompatible avec la liberté au même titre que le capitalisme est incompatible avec un système économique. De nos jours on ne peut plus faire le distingo et une forme de capitalisme d’état prévaut. (NdT: Ce que Mussolini considérait être la parfaite définition du fascisme: la fusion de l’État et de la grosse industrie et du capital, aujourd’hui plus que jamais, transnationaux…)

Il n’y a aucune preuve de la correlation supposée entre le capitalisme et la liberté, ce que des universitaires libéraux comme Milton Friedman, Hayek, Gray et Fukuyama sont si enclins à affirmer. John Hall et John Ikenberry dans leur livre “L’État”, Open University Book, 1989, nous disent que l’Europe moderne des débuts était caractérisée par un lien intrinsèque entre le commerce et la liberté. Une telle lecture déformée de l’histoire n’est possible que si on ignore totalement le fait qu’il y avait en fait tres peu de liberté en Europe pour les travailleurs durant cette époque, mais aussi que le commerce dont ils font état est un commerce rapace, fondé sur le génocide et l’esclavage. Le capitalisme comme l’écrit Ngugi Wa Thiongo “vint au monde ruisselant de sang”. Il va sans dire que quelques chantres de ce libéralisme économique tels des gens comme Hulme et Locke, furent personnellement impliqués dans le commerce des esclaves. Il n’y a jamais eu de corélation entre le capitalisme et la liberté, on ne peut le dire si on voit le capitalisme pour ce qu’il est réellement: un système mondial exploitant intrinsèquement les gens et l’environnement naturel.

En tant que scientifique de la politique, Miller n’a que peu d’intérêt dans l’écologie. Même les gens qui se voient comme des écologistes radicaux, des écrivains comme Arne Naess, Paul Ekins et Robin Ekersley et qui sont au courant des problèmes actuels en relation avec la “justice sociale” et la “durabilité écologique”, embrassent tous, lorsqu’il s’agit de donner une vision d’un futur alternatif, le type de modèle de l’état providence suggéré il y a des lustres par les érudits libéraux. Leur vision n’est en rien différente de celle de Miller. Ils sont donc tous de fervents soutiens de l’économie de “marché” comme étant le meilleur moyen d’alouer les ressources en assumant que le “marché” cessera éventuellement d’être un exploiteur des gens et de la nature. L’État, selon eux, se transformera en une institution sans conséquence, qui fournira une sorte de “macro-contrôle” sur le marché, protégeant l’intégrité des écosystèmes, la justice sociale et l’égalité, ainsi que limitant les concentrations excessives de pouvoir économique (NdT: se transformant en pouvoir politique en achetant le politique…). Une vision politique qui n’est ni nouvelle, ni radicale: cela donne juste à leurs pairs une petite mise à jour sur la théorie libérale prenant en considération la crise mondiale écologique et économique. Ce n’est qu’une tentative de “mettre au vert” la théorie de la politique libérale, tout comme, à un autre niveau, les entreprises multinationales sont engagées dans la “mise au vert” du monde des affaires et du commerce. (NdT: tout ceci rapportant des milliards de dollars aux mêmes suspects habituels des escroqueries par le biais notamment de cette vaste fumisterie planétaire qu’est le dogme imposé sur fond de science tronquée et falsifiée, du “Réchauffement Climatique Anthropique”, mué depuis 2009 et le scandale du ClimateGate en un “changement climatique” à l’anthropisme maintenant sous-entendu…)

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