Résistance politique: Un anarchisme global est en marche, les sociétés se liguent et fonctionnent contre les États…

Cet article de l’historien canadien anarchiste Robert Graham que nous avons traduit ci-dessous correspond grandement à notre façon de voir les choses et la façon dont nous avons traité sur ce blog de l’entraide et une certaine vision politique englobant le savoir-faire politico-social des peuples et nations indigènes, dites sociétés traditionnelles de tous les continents. Les nombreux liens que vous trouverez dans l’article sont de notre cru et vous renverront vers des informations spécifiques que nous avons couvertes ici sur Résistance 71 et que nous vous invitons à (re)lire et a diffuser sans aucune modération. Cet article est fondateur et résume notre démarche depuis plusieurs années maintenant. Il y a un grand espoir pour l’humanité, et cet espoir a un nom: c’est l’humanité elle-même !

~ Résistance 71 ~

A lire: Trois textes fondateurs pour un changement politique

 

Anarchisme vers une justice mondiale

 

Robert Graham

 

23 juillet 2016

 

url de l’article original:

 

https://robertgraham.wordpress.com/2016/07/23/anarchism-toward-global-justice-movements/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

David Graeber, parmi d’autres, a noté que beaucoup de groupes impliqués dans le mouvement pour une justice globale utilisent “une panoplie riche et croissante d’instruments organisationnels comme les assemblées générales, les groupes d’affinité, les outils de facilitation, visant tous à créer des formes de processus démocratique qui permettent à des initiatives de s’élever depuis la base et d’atteindre une efficacité maximun dans la solidarité, le tout sans étouffer les voix dissidentes, sans créer des positions de leadership ou forcer quiconque à faire quelque chose non choisi librement”, ce qui est une approche anarchiste essentielle. De fait, “la notion même d’action directe avec son rejet politique en appelant au gouvernement pour modifier leur comportement, en faveur d’une intervention physique contre le pouvoir d’État dans une forme qui préfigure une alternative, tout ceci émerge directement d’une tradition libertaire.” Des approches similaires ont été adoptées par le mouvement Occupy Wall Street et Occupy qui s’est étendu à travers le monde en 2011.

A la lumière de ces développements, quelques anarchistes ont commencé à développer, à articuler une conception moins sectaire et plus inclusive de l’anarchisme qui se concentre sur le processus et l’action permettant une diversité de points de vue en regard d’objectifs ultimes, reconnaissant que ce que les anarchistes recherchent est la libération sociale et non pas le triomphe de leur idéologie. Des anarchistes ont participé dans des réseaux de résistance internationale comme celui de People’s Global Action, qui inclut également beaucoup de non-anarchistes, mais qui rejette aussi des structures organisationnelles plus conventionnelles. Comme le dit la seconde déclaration zapatiste si inspirée de la Realidad : “Nous sommes le réseau, tous ceux qui résistent.”

Cette vision a été embrassée par une certaine variété de groupes anarchistes. Dans la déclaration des groupes libertaires révolutionnaires de Madrid en 2001 regroupant l’Europe, l’Amérique Latine et le Moyen-Orient, ils argumentent que les anarchistes “devraient encourager à la convergence et à l’interactions des mouvements sociaux, incluant le mouvemement ouvrier dans un solide mouvement social global antagoniste au capital et à son visage actuel réel: la globalisation et toute autre forme de domination. Ce mouvement social antagoniste n’a pas et ne devrait pas avoir d’expression organisationnelle unique. Il est pluraliste dans sa réalité, agissant de concert sur le même territoire, recréant une identité territoriale commune composée de nombreuses identités, comme le mouvement ouvrier, des chômeurs, les exclus, les mouvements indigènes, les groupes discriminés, écologistes, féministes, prouvant une action directe comme manière de réappropriation sociale de la richesse et une forme de promotion par l’exemple, comme un exercice de démocratie directe, participatrice ou fédéraliste sans délégations ni intermédiaires, se construisant sur une base de communautté (NdT: et non pas de communautarisme) dans chaque territoire et comme alternative aux institutions autoritaires.

Un des signataires de la déclaration de Madrid le Consejo Indigena Popular de Oaxaca ‘Ricardo Flores Magón’ (‘Ricardo Flores Magón’ Native People’s Council of Oaxaca) ou CIPO-RFM est un mouvement de libération de la région/province d’Oaxaca au sud du Mexique (NdT: limitrophe à la province du Chiapas où résident les zapatistes), qui tire consciencieusement sur le patrimoine “anarchiste” naturel des traditions indigènes. Tout comme argumente le groupe anarchiste colombien Colectivo Alas de Xue, il existe bien des points communs entre l’anarchie et les groupes indigènes “indiens” sur le continent des Amériques, tout comme l’oppostion à la conformité et l’homogénéisation imposées par les états-nations au sein de leurs propres frontières, avec leurs structures de pouvoir centralisées, lewur culture “nationale” et leur langue officielle imposée (espagnol, anglais ou portugais sur ce continent…) et la séparation des peuples par ces même frontières (fictives et imposées par le colonialisme), divisant les familles et inhibant les mouvements populaires (NdT: leur fonction essentielle..).

Bien des anarchistes sont impliqués dans des groupes comme “No Borders” (Sans Frontières) et “personne n’est illégal” , qui cherchent, des mots mêmes de Harsha Walia, “à atteindre la victoire pour les migrants et les réfugiés et de développer la capacité propre des communautés de parvenir à la dignité pour les individus et leurs familles. La véritable justice viendra alors que les immigrants, les réfugiés et les gens sans statuts construisent une meilleure vision pour un monde alternatif et qu’ils s’éduquent, s’organisent et agissent pour leur propre auto-détermination.

Cette quête d’auto-détermination amène souvent les peuples indigènes et les immigrants en conflit avec les gouvernements nationaux, les entreprises multinationales et les organisations paramilitaires sur lesquelles ces entreprises souvent se reposent, mais c’est une quête qui se situe au cœur même de l’anarchisme conçu comme un mouvement qui chercher à créer un monde dans lequel les gens pourraient des mots de Bakounineprendre entre leurs mains la directions de leurs destinées.

De cette perspective, il n’y a pas de conflit nécessair entre l’anti-étatisme anarchiste et l’auto-détermination communale, ils peuvent en fait être vus comme des parties de la même vieille lutte pour la liberté, souvent incorporant des procédures de prise de décision similaires et des formes d’organisation qui emploient les mêmes tactiques, comme par exemple l’action directe. Comme argumente Uri Gordon dans le contexte de la lutte pour l’indépendance palestinienne: “les anarchistes peuvent agir en solidarité avec les Palestiniens (tout aussi bien qu’avec les Tibétains, les Papous occidentaux et les Saharaouis en l’occurence), sans référence à la question de l’état. Les actes de résistance quotidiens auxquels se joignent et défendent les anarchistes en Palestine et en Israël sont des mesures immédiates pour préserver la dignité et les modes de vie des peuples, ce qui n’est connecté en rien à un projet d’état.

Le Colectivo Alas de Xu note que beaucoup de sociétés indigènes utilisent des formes collectives de prise de décisions similaires en bien des points à ceux utilisés en démocratie directe que les “libertaires ont appelé de leurs bons vœux depuis des siècles.” Comme l’argumente David Graeber, beaucoup de communautés indigènes ont développé des formes de prises de décisions basées sur le consensus qui fournissent un modèle en adéquation avec les conceptions anarchistes de la démocratie directe précisément parce que dans ces sociétés “il n’y a aucun moyen de forcer une minorité à être d’accord avec une avis ou une décision majoritaire, soit parce qu’il n’y a pas d’état ayant le monopole de la force coercitive, ou parce que l’état n’a rien à voir avec la prise de décision locale.

Ceci ne veut pas dire que les groupes libertaires tirant sur ces traditions communales endorsent de manière non critique tous leurs aspects. Sharif Gernie fait remarquer que “beaucoup de modes de vie tribales sont explicitement patriarcaux: ils refusent les femmes dans toute forme de prise de décision. Beaucoup de tribus affirment également la prévalence d’être dirigé par les anciens, rejetant ainsi le potentiel politique des jeunes.” Au Mexique, le CIPO-RFM a consciencieusement essayé de gérer des problèmes, par exemple en faisant la promotion active d’une “culture du respect pour les femmes et pour les droits des femmes, assurant en pratique qu’au sein de notre organisation, les femmes entreprennent une juste part des positions et des représentations de responsabilité dans nos rangs.

En Afrique, des anarchistes ont recherché à construire sur l’histoire pré-coloniale de peuples vivant sans états dans des communautés égalitaires, particulièrement à la lumière des conséquences désastreuses du colonialisme et de la division de l’Afrique en états-nations dont les frontières ont été arbitrairement établies par les anciennes puissances coloniales. Les anarchistes kurdes (NdT du PKK ex-marxiste..) ont similairement argumentés que les traditions tribales de décentralisation et d’hostilité envers les états-nations variés qui ont cherché à prendre contrôle d’eux, prédisposent les Kurdes vers un anarchisme naturel, menant au développement d’un mouvement d’assemblées de communautés fondés sur les idées de l’ex-marxiste devenu anarchiste Murray Bookchin. Vas Umala a aussi suggéré que les idées de Murray Bookchin pouvaient également être adaptées aux conditions de l’archipel des Philippines, construisant sur des formes de communautaires traditionnelles comme les “baranguay”, qui sont de petites communautés comprenant de 50 à 100 familles.

Que ce soit en Afrique, aux Amériques, au Moyen-Orient ou dans le Pacifique-Sud, là où existent des communautés fonctionnelles, il y aura aussi des pratiques sociales et des institutions de solidarité et d’entraide mutuelle. Comme l’avait noté il y a longtemps Élisée Reclus “Là où la pratique anarchiste triomphe vraiment c’est dans le cours des évènements quotidiens parmi les gens du peuple qui ne pourraient pas supporter leur lutte âpre pour l’existence s’ils ne s’engageaient pas eux-mêmes volontairemet et spontanément dans l’entraide mutuelle.” Colin Ward dit de surcroi qu’”une société anarchiste, une société qui s’organise elle-même sans autorité, existe toujours, comme une graine sous la neige, enterrée sous le poids de l’État et de sa bureaucratie, du capitalisme et de ses déchets, des privilèges et de leurs injustices, du nationalisme et de ses loyautés suicidaires, des différences religieuses et de leur séparatisme superstitieux.

De cette perspective, l’anarchisme n’est pas la création de quelque chose de nouveau, mais comme l’écrivit Gustav Landauer: “mais l’actualisation et la reconstitution de quelque chose qui a toujours été présent, qui existe aux côtés de l’État, bien qu’enfoui et gâché…

=*=

Robert Graham est un historien anarchiste canadien, auteur d’une anthologie de l’anarchisme « Anarchism: A documentary History of Libertarian Ideas » en trois volumes de plus de 300 pages. Il est proche de l’anarcho-communisme de Pierre Kropotkine et de l’anarcho-communalisme de Colin Ward et de Murray Bookchin.

15 Réponses to “Résistance politique: Un anarchisme global est en marche, les sociétés se liguent et fonctionnent contre les États…”

  1. A lire ou relire sur Résistance 71: Trois textes fondateurs pour un changement politique global:

    https://resistance71.wordpress.com/textes-fondateurs-pour-un-changement-politique/

  2. Effectivement, c’est à méditer…

    Quelle profondeur cette Élisée Reclus ; Chacun de ses mots sonnent juste…

    JBL1960

    • Quelle tronche ce gars ! Cette photo portrait en noir et blanc et sublime et terrible à la fois non ?

      Avez-vous lu que notre Zident venait d’affirmer, suite à l’attaque à l’église, que « Tuer un prêtre, c’était profaner la République » ? Tenez, la preuve là = http://www.france24.com/fr/20160726-direct-live-attaque-eglise-saint-etienne-rouvray-otage-normandie-pretre-assassine-mort

      N’est-ce pas une preuve de plus que cet état d’urgence ne sert qu’à nous soumettre toujours plus ?

      C’est quoi la prochaine étape ; l’instauration d’un couvre-feu ?

      J’ai sauvegardé cette info en section commentaire de mon dernier billet de la traduction de Steven Newcomb car j’ai traité cette info en toute fin en y intégrant la réaction du pape et en liant vers des billets ad hoc qui rappellent qu’il fut un temps où c’était « Il faut tuer l’indien pour sauver l’homme » qui prévalait.

      Et franchement, les choses prennent une tournure gravissime et j’ai bien peur que notre Bernard L’Hermite prenne son temps pour changer de coquille… JBL

      • Un passant Says:

        Il aurait dû dire quoi l’hollandouille, alors?
        moi ce qui me gave surtout c’est que de tels crimes puissent être commis……..
        Après, il faut analyser les pourquoi des comment et c’est loin d’être clair… R71 (et Jo), j’ai lu vos critiques contres les cathos, fondées certainement, mais pourquoi jamais un mot sur les foyers de radicalistes d’une autre religion, bel et bien présents dans nos villes et campagnes? Vous me direz qu’ils sont manipulés par des services occidentaux etc (je connais tout ça, je lis pas mal de blogs), ouais… enfin moi j’ai vu de drôles de choses ici ds la ville où je vis depuis plus de 50 ans et je peux vous dire que certains n’ont pas besoin d’être manipulés par X ou Y pour devenir des voyous hyper-narcissiques à zéro de Q.I… Suffit qu’ils se branchent sur internet et suivent la mode… Je ne sais pas si lEtat et les services secrets maîtrisent tout… ce qui est sûr c que nos salopards de dirigeants ont laissé pousser ces ghettos et qu’ils peuvent soit les manipuler soit ne plus arriver à les récupérer – qu’est-ce que j’en sais vraiment?
        De la vraie vie,
        Un marcheur
        (qui aimait bien la France, ses paysages magnifiques, ses braves gens de temps en temps, et, bien que agnostique, ses petites églises pour simplement prendre 5 minutes de frais et de silence…)

  3. excellente vidéo de james Corbett sur « les mots de la fin au sujet du vote »:

    a voir et diffuser sans modération ainsi que notre dossier sur l’Illusion Démocratique:

    https://resistance71.wordpress.com/illusion-democratique/

  4. Tenez en appui des vrais chiffres du chômage fournis par Patdu49 d’Agoravox dans ce billets à tiroirs = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/07/27/patdu49-nous-dit-tout/
    Je vous ai mis en lien vers cet article car je démontre que la priorité de tout pouvoir politique comme en ce moment, ce n’est ni la lutte contre le chômage, ni la lutte pour l’emploi mais juste un combat contre le peuple, afin de le soumettre toujours plus à leur Plan… JBL

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