Nice… Camion blanc et noirs desseins étatiques…

“L’État, c’est ainsi que s’appelle le plus froid des monstres froids et il ment froidement et le mensonge que voici sort de sa bouche: ‘Moi, l’État, je suis le peuple !’… Là où le peuple existe encore, il ne comprend pas l’État et il le hait comme un mauvais œil et comme un pêché contre les coutumes et les droits… L’État, lui, ment dans tous les idiomes du bien et du mal ; et quoi qu’il dise, il ment et ce qu’il possède il l’a volé. Tout est faux en lui, il mord avec des dents volées, lui qui mord si volontiers. Fausses sont même ses entrailles… ‘Sur Terre il n’est rien de plus grand que moi: je suis le doigt qui crée l’ordre, le doigt de dieu’, voilà ce que hurle ce monstre…”

~ Friedrich Nietzsche (Ainsi parlait Zarathoustra, 1883) ~

 

Le camion blanc

 

Slobodan Despot

 

17 juillet 2016

 

url de l’article original:

http://arretsurinfo.ch/le-camion-blanc/

 

 

A 3 h 52 du matin, le 15 juillet, le président de la République française publiait via son compte Twitter un message prévisible, mais à tout prendre stupéfiant :

« Nous allons intensifier nos frappes en Syrie et en Irak. Nous continuerons de frapper ceux qui nous menacent. » #Nice (15.07.16 03:52)

Que signifie cette prise de position ?

1) Que l’Elysée, quelques heures à peine après l’attentat, sait déjà tout — ou prétend déjà tout savoir — des mobiles, des soutiens et des réseaux de l’homme qui a commis l’attentat de Nice (identifié comme un Tunisien résidant en France).

2) Que l’Elysée établit un lien direct entre cette tragédie et l’Etat islamique (puisque c’est officiellement l’EI que visent les « frappes » de l’aviation française en Irak et en Syrie).

3) Que l’Elysée pense (ou semble implicitement penser) qu’en « intensifiant les frappes » contre l’EI on pourra remédier au problème des tueries de masses en France, assimilées à du terrorisme islamique lié au courant salafiste.

Ce simple tweet véhicule une telle charge de contradiction, d’ineptie et de scandale qu’on se prend à trembler pour peu qu’on réfléchisse à ses implications.

Mais où est passé Padamalgam?

Comment peut-on savoir d’emblée qu’un tueur de masse est un agent de l’Etat islamique, alors qu’il n’était même pas fiché « S » par les renseignements et qu’aucun élément connu de sa vie antérieure ne parlait en faveur d’un tel ralliement ?

Où est passée la prudence scrupuleuse que les pouvoirs politiques et médiatiques imposent à leurs opposants et à la population sous le slogan Padamalgam ? Au nom de quoi la Présidence française a-t-elle évacué a priori l’hypothèse du fait divers violent mais apolitique ? Après tout, n’a-t-on pas relevé, dans les premiers commentaires, que Mohammed Laouej Bouhlel était un voyou violent et qu’il avait des problèmes familiaux ? Après une telle prise de position du sommet de l’Etat, quel juge, quel policier, quel profiler oserait affirmer que le geste de Bouhlel n’était pas motivé par le fanatisme islamique ? Et si d’aventure il l’affirmait, comment les médias traiteraient-ils cette voix dissonante ?

Mais soit : admettons que l’Elysée ait raison, que cet homme ait effectivement agi pour le compte de l’Etat islamique. Quel rapport y aurait-il alors entre les frappes contre l’EI au Moyen-Orient et un geste comme le sien ? Les revers subis récemment par l’EI seraient plutôt de nature à favoriser un déplacement de la guerre sur le terrain de l’adversaire, autrement dit sur le territoire des pays qui le combattent.

Auquel cas, pourquoi la France est-elle la principale, pour ne pas dire la seule cible des terroristes de l’EI ? La contribution de la France aux opérations de la coalition occidentale dans la région est symbolique. D’ailleurs, cette coalition a nettement moins endommagé l’EI que l’alliance de l’aviation russe avec l’armée syrienne. Pourquoi l’EI n’a-t-il pas envoyé un camion blanc rouler sur des civils russes ?

En admettant même que la France soit un sérieux adversaire pour l’EI (ce qu’elle n’est évidemment pas), comment pourrait-elle à la fois combattre l’EI sur le terrain et poursuivre une idylle ostentatoire avec les créateurs et les sponsors de cette créature monstrueuse, à savoir les pétromonarchies du Golfe, les néocons américains et les stratèges de l’Etat d’Israël, qui admettent explicitement (Voir Antipresse 30) favoriser l’EI, lequel en contrepartie ne s’en est jamais pris aux intérêts israéliens ? La France n’a-t-elle pas été ces dernières années l’adversaire le plus acharné de Bashar el-Assad, allant jusqu’à souhaiter sa mort, et le protecteur explicite des islamistes (prétendument « modérés ») en Syrie ?

Voici donc réunis en 140 caractères le scandale (via l’amalgame établi dans les premières heures suivant l’attentat entre l’origine arabe du tueur et le terrorisme islamique), la contradiction (entre les gesticulations et la réalité du terrain) et l’ineptie (consistant à penser que des bombardiers envoyés au Moyen-Orient pourraient empêcher les camions blancs d’écraser le public du Quatorze-Juillet à Nice).

Une démence délibérée?

De fait, Ineptie, Contradiction et Scandale sont les trois muses de toute la politique islamique de la France, que ce soit sur le plan intérieur ou à l’étranger.

A l’étranger, elle participe à des opérations coloniales qui rendent inhabitables des régions entières et transforment des Etats peu démocratiques mais paisibles en chaudrons de la souffrance, de la haine et du fanatisme. Ces ingérences criminelles sont à la fois l’alibi et la cause réelle du flux de réfugiés qui envahit l’Europe.

A l’intérieur, elle interdit tout débat de fond sur la cohabitation entre la population de souche chrétienne-laïque et le modèle de société islamique et protège la prédication d’un islam littéral, régressif et violent soutenu par les intouchables monarchies du Golfe.

Si le terrorisme islamique était vraiment, aux yeux du pouvoir français, l’ennemi prioritaire qu’il fait semblant de combattre, il ferait fermer les mosquées salafistes, enfermerait ou expulserait sans merci les imams prônant la haine, la violence ou des mœurs contraires aux lois françaises. Il l’a promis au lendemain de Charlie et du Bataclan, il n’en a rien fait. Une mesure évidente consisterait aussi à interdire au titre d’incitation au meurtre les ouvrages religieux qui incitent au meurtre. Cela dégarnirait sérieusement certaines bibliothèques de « centres culturels islamiques ». Cela ne suffirait pas à éradiquer le problème, mais ce serait un signe bien plus clair qu’on s’en occupe que l’envoi de bombes abstraites dans les déserts de Mésopotamie. Plus claire encore serait une action diplomatique, voire militaire, contre le « Daech qui a réussi », autrement dit l’Arabie Séoudite. Bref, comme le dit un chef d’Etat très populaire dans le reste du monde, il s’agirait de « traquer les terroristes au fond des chiottes ». Ce n’est peut-être pas une bonne méthode pour éradiquer le phénomène, mais c’est la seule connue à ce jour.

Mais le pouvoir français ne fait rien de tout cela. Il fait tout le contraire. Il laisse champ libre aux fanatiques et combat ceux qui les combattent tant à l’étranger qu’à domicile. Les circonstances des grands attentats terroristes relèvent à chaque fois des si criantes de sécurité ou d’information — comme la passivité des militaires de la force Sentinelle présents devant Bataclan, la censure des sévices horribles subies par les victimes, ou simplement la non-démission des ministres responsables qui contemplent ces tragédies en observateurs passifs et pleurnichants — qu’on en vient à soupçonner une vile alliance, en France, entre le pouvoir et le chaos.

La fabrique des tueurs

La tuerie de la Promenade des Anglais condense toutes ces aberrations en une scène proprement onirique. Un rêve éveillé — un cauchemar plutôt. La Promenade des Anglais est l’un des hauts lieux de l’Europe civilisée et décadente. Elle était fermée pour accueillir, sous régime d’état d’urgence, la foule des badauds du Quatorze-Juillet. La France sortait d’un mois d’attroupements à haut risque — l’Euro — où il ne s’était absolument rien passé, comme si les terroristes avaient tous été amateurs de football. Et soudain l’on a vu débouler sur ce boulevard inondé de bermudas un camion entièrement blanc — le blanc, couleur de l’Ihrâm, de la sacralisation et de la mort — qui allait tuer au hasard, roulant parfois au pas, comme en slow motion. Sur deux kilomètres, personne n’a pu l’arrêter, aucun des policiers présents (dont un motard héroïque) ne semble avoir eu l’idée de lui tirer dans les pneus. Pas de herse non plus pour protéger efficacement cette zone sensible sous état d’urgence contre les incursions motorisées. Sur deux kilomètres, le camion blanc a roulé dans du beurre. Puis il s’est immobilisé, on ignore encore pourquoi. La cabine fut alors arrosée de balles. C’est là que le terroriste d’un seul soir, tiré du néant tel un agent dormant, le présumé Mohammed Laouej Bouhlel, a trouvé la mort. Comme les frères Kouachi, les tueurs de Charlie Hebdo. Comme Abdelhamid Abaaoud et sa cousine, mitraillés de 5000 cartouches (contre 11 ripostes seulement) dans un appartement de Saint-Denis le 18 novembre 2015. Comme Amedy Coulibaly. Tous ont emporté leurs motifs et leurs carnets d’adresses dans la tombe. La terror-sphère franco-islamique est une sphère du silence.

N’est réelle et incontestable dans cette affaire que la mort. La mort des victimes et celle de leurs bourreaux, et avec elle l’épouvantable souffrance des milliers de survivants. Au-delà de cette réalité qui ne mérite que le recueillement et la compassion, tout est onirique, trouble et déroutant. Et c’est voué à le rester. Les médias de grand chemin y veillent, en commercialisant la souffrance des innocents jusqu’à l’obscénité totale, tout en évitant avec la plus grande pudeur de tourner leur regard du côté où la curiosité professionnelle, le bon sens et le besoin de justice devraient le diriger.

Le lendemain du massacre, une vidéo partie des réseaux israéliens circulait en viral sur l’internet. On y voyait les policiers, à l’arrière du camion blanc, qui terrassaient, battaient puis emmenaient un homme en t-shirt gris après la «neutralisation» du chauffeur. Pour le pouvoir et les médias français, à l’heure où j’écris (soit 26 heures après l’événement), cet homme et cette vidéo n’existent toujours pas. Peut-être n’existeront-ils jamais. Le camion blanc doit demeurer une apparition mystérieuse et intimidante à l’instar de Moby Dick, la mythique baleine blanche de Herman Melville. Le pouvoir français et ses relais médiatiques, pour justifier leurs opérations criminelles au Moyen-Orient, ont besoin de scénarios simples et de consommateurs simplets.

Ce qu’ils ne voient pas — ou qu’ils ne voient que trop bien —, c’est qu’à force de fabriquer des abrutis sans pensée et sans racines, ils fourniront toujours plus d’agents dormants à l’Etat islamique, qui pourra les activer d’un claquement du doigt et qui le fait déjà. Le « recrutement » de Bouhlel ne tient peut-être qu’à la conjonction de ses frustrations conjugales avec le visionnage d’une vidéo de l’EI sur l’emploi des camions comme armes de guerre. Quoi de plus simple que d’enrober une vindicte suicidaire de nobles alibis religieux? Contre cette démocratisation du fanatisme, ni les «frappes» dans le désert ni l’état d’urgence ne pourront rien.

14 Réponses to “Nice… Camion blanc et noirs desseins étatiques…”

  1. Belle analyse, belle plume.
    Rien ne prouve une préméditation de l’EI, je ne vois que les conséquences d’une désespèrance endémique sur laquelle « surfe » l’EI et ses intrications avec le pouvoir occidental.
    Questions :
    Le pare-brise du camion est criblé de balles côté passager, pas côté conducteur ? y avait-il 2 personnes ? Qui est le personnage maîtrisé et emmené par les policiers ? Pourquoi le camion s’est-il arrêté là ?
    Enfin, qui a autorisé la présence de ce camion (même de la veille) dans une zone aussi sécurisé ?

    • Que des bonnes questions auxquelles bien évidemment aucune « enquête » ne répondra.
      Officiellement, le gars menotté et éjecté fissa de la scène du crime par la flicaille n’existe même pas c’est tout dire !
      En fait, auteur du crime décédé, plus besoin d’enquête, que des justificatifs d’action pour l’État…

  2. Tcavallie Says:

    Même si tout n’est pas clair comme laissé çe camion passer, il y a quelques explications que j’ai lu hier. Le pare brise côté passager c’est parce que le conducteur s’est penché de ce côté pour éviter les balles et le personnage maîtrisé est le conducteur de la moto qu’ils ont pris pour un complice et qu’ils ont emmené au poste.

    • version officielle ? apparemment le conducteur de la fameuse moto était tombé un bon km en arrière non ? Le mec tombe de sa moto, suit le camion en courant et se fait lyncher par les flics puis embarquer au violon ?… Va t’il porter plainte ?…
      La version officielle actuelle reconnaît-elle la présence d’un type menotté et embarqué sur la scène du flinguage du camion ?… On n’a rien lu là-dessus, merci de mettre un lien si cette histoire est officiellement mentionnée.

  3. L’État, le gouvernement préfère orienter la masse pop à s’interroger sur ce genre d’info = http://www.20minutes.fr/societe/1892723-20160719-attentat-nice-tout-tourisme-francais-va-morfler
    Vous vous rendez compte Mme Michu, tout ces morts, c’est pas bon pour le commerce ça !
    Alors qu’on devra nécessairement et considérablement ce poser d’autres questions comme celle-ci ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/05/27/aux-possedants-de-la-terre/ non ? JBL

  4. Tenez, ce que je vous disais tout à l’heure, voici ce qu’on pouvait lire en Une sur le torchon 20minutes ce matin =

    Vers une prolongation de l’état d’urgence jusqu’à début 2017

    L’état d’urgence sera-t-il prolongé de six mois à la suite de l’attentat de Nice ? Le Parlement devrait l’étendre au-delà des trois mois prévus dans le projet de loi de l’exécutif, en le maintenant jusqu’à début 2017, ont indiqué lundi soir des sources parlementaires et gouvernementales. « On devrait arriver à un accord entre la gauche et la droite sur ce point », a-t-on ajouté alors que le texte, examiné mardi matin en Conseil des ministres, sera débattu mardi soir à l’Assemblée nationale puis mercredi au Sénat.

    Ah bah tu m’étonnes qui vont arriver à s’entendre sur ce point…

    Tenez, tout est là dans mon billet d’hier, y compris, l’article de S. Despot via OD = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/07/18/non-mais-dans-quel-etat-durgence-tu-nous-as-mis/ JBL

    • Donc prévoir un nouvel attentat en octobre afin de proroger l’état d’urgence. Nous marchons vers une loi martiale éternelle !
      Des témoins auraient rapporté que le chauffard du PL avait un vêtement de policier…?

      • Ou bien entre Noël et le Jour de l’An puisque le chœurs de vierges réclament une prolongation directe de 6 mois… Ah on a pas le cul sorti des ronces comme on dit par chez moi !

  5. Tenez, c’est HS (quoique) voici un extrait de l’interview de Mémère (Marie Ségolène Royal) à la BBC qui affirme sans rire qu’elle ne fera pas la même erreur que Cameron et qu’ils ne risquent pas de faire un référendum en France sur la sortie de l’Euro = https://www.youtube.com/watch?v=oc3BVi__FWo Parce qu’ils veulent une bonne réponse c’est via Olivier Demeulenaere
    Je l’intègrerai surement dans un billet sur le Brexit qui a complètement disparu du champ médiatique donc, et comme prévu, par vous comme par moi et notamment dans l’allégorie de Bernard L’ermite pour vous et Bernard de Grande Bretagne chez moi… Heu, si c’est pas une preuve de plus ça c’est quoi ?

  6. En appui de l’excellente analyse d’entrefilets.com sur Nice dans ce billet à tiroirs = https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/07/20/6-mois-de-plus/ Je développe donc le coup d’État d’Hollandouille pour nous maintenir en Dictature 2.0 sous état d’urgence permanent et donc nous passerons bien Noël 2016 et janvier 2017 au Goulag… Au plaisir de s’y croiser donc ; Ou pas… JBL

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