Résistance politico-économique: Anarchie et vision économique…

L’économie de l’anarchie

Robert Graham

15 juin 2016

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2016/06/15/the-economics-of-anarchy/

~ Traduit de l’angais par Résistance 71 ~

Dans la “sphère” économique, Murray Bookchin est devenu l’avocat du “contrôle municipal” de l’économie par des assemblées de communauté, abolissant ainsi “l’économie” en tant que sphère sociale distincte en l’absorbant dans la sphère politique, une inversion de l’argument préalable de Proudhon disant que “les institutions politiques doivent se perdre dans l’organisation industrielle”. Afin d’éviter qu’un tel contrôle au niveau de la communauté ne dégénère en un système de villes-états en concurrence les unes avec les autres, il se fit l’avocat de l’anarcho-communisme au sein de chaque communauté par l’abolition de la propriété privée et la distribution en accord avec les besoins de chacun et le fédéralisme entre les communautés. Bookchin affirmait que “L’alternative syndicaliste” du contrôle ouvrier “re-privatise l’économie en des collectifs autogérés”, ouvrant ainsi la voie “de leur dégénérescence en des formes traditionnelles de propriété privée.”

A cela, la plupart des anarcho-syndicalistes répondraient que l’autogestion ouvrière ne serait pas basée sur un modèle de simple conseil ouvrier d’usine, mais inclurait également une autogestion communale, de consommateurs, de commerce (ou vocationnelle) et des organisations d’industrie et de service formant un réseau complexe de groupes imbriqués les uns dans les autres et au sein duquel les conseils d’usines seraient incapables de se reconstruire comme firmes autonomes privées opérant pour leur seul profit, particulièrement quand l’économie dans son entièreté serait organisée le longs de lignes anarcho-communistes.

Note de Résistance 71: Il est une fois de plus stupéfiant de constater qu’à la fois Bookchin, mais aussi ici l’auteur de ces lignes Robert Graham, éludent un concept fondamental: celui du monde agricole ! Ceci est en phase avec le vieux réflexe marxiste du “prolétariat, de la classe ouvrière, seule classe révolutionnaire”, cataloguant de facto les paysans sous le label de “réactionnaires”, sans comprendre que sans la terre et ceux qui la cultivent, personne ne bouffe, pas même les révolutionaires à terme… En observant la situation politico-économique actuelle, il est évident que la classe agricole occidentale, brimée et ruinée par la dette, est entrée dans un stade pré-révolutionnaire avancé. Les paysans sont les alliés naturels des ouvriers, ils sont, nous sommes tous, le peuple ! Ils sont et représentent la terre nourricière! Même si le système capitaliste et ses modes de gestion mortifères les a obligé à détruire le patrimoine nourricier, il est encore bien temps d’en sortir…

John Crump et Adam Buick ont insisté sur le fait que vendre “en tant qu’acte d’échange… ne peut se faire qu’entre deux propriétaires distincts. Pourtant des propriétaires séparés de parties du produit social sont précisément ce qui ne voudrait et ne pourrait pas exister dans une société anarchiste. Avec le remplacement de l’échange par la propriété commune ce qui se passerait est que la richesse cesserait de prendre la forme de la valeur d’échange, de façon à ce que toutes les expressions de cette relation sociale péculière à une économie d’échange, caractérisée par l’argent et le prix, disparaîtrait automatiquement.” Les anarchistes continuent de débattre quel type d’économie serait compatible avec leur vision d’une société libre.

Kevin Carson, mettant à jour les idées “mutualistes” de Proudhon et de Benjamin Tucker, argumente lui pour une transition graduelle vers une société sans État au travers de la création “d’une infrastructure sociale alternative”, comme par exemple “des coopératives de producteurs et de consommateurs, des Systèmes d’Echange et de Commerce Locaux (SECL), des banques mutualistes, des syndicats ouvriers, des associations de propriétaires/locataires, des associations de voisinages (non affiliées à toute forme de police que ce soit), des programmes de surveillance anti-crime et anti-flic, des tribunaux volontaires pour un arbitrage de litiges civils, une agriculture soutenue par la communauté (NdT: Ah! Enfin!…), etc..Pour Carson, “le mutualisme veut dire construire le genre de société que nous voulons ici et maintenant, fondée sur l’organisation depuis sa base pour la coopération et l’association volontaires par l’entre aide mutuelle, plutôt que d’attendre la révolution.”

A l’encontre de la plupart des anarchistes, Carson se fait l’avocat de la rétention des relations de marché parce que quand “des firmes et des gens s’auto-employant échangent par le moyen du marché plutôt que par des relations fédérales, il n’y a pas d’organisation qui leur soit supérieure. Plutôt que des décisions prises par des organisations permanentes, qui serviront immanquablement de bases de pouvoir pour les managers et les “experts”, des décisions seront prises par la ‘main invisible’ du marché.” (NdT: ceci correspond à l’idéologie de ce que les anglo-saxons ont appelé le “libertarianisme”, les “libertariens” ne sont pas des libertaires/anarchistes, ils croient en cette ‘main invisible du marché’, sorte de nouvelle religion économique qu’on retrouve dans l’école économique de Vienne et de Von Hayek, en fait branche ultra-libérale du capitalisme, qui n’a rien d’anarchiste, mais qui a infiltré les milieux tendance libertaires anglo-saxons depuis plusieurs années. Certains se sont affublés du sobriquet antinomique, accrochez-vous… “d’anarcho-capitaliste”… jusqu’où ira t’on ?…)

John Crump et Adam Buick argumentent ainsi contre la dépendance aux mécanismes du marché et nient qu’il puisse y avoir une transition graduelle du capitalisme à l’anarcho-communisme. Dans une société anarchiste communiste, “les ressources et le travail seraient aloués… par décisions conscientes, et non pas au travers d’opération de lois économiques agissant avec la même force coercitive que les lois, comme celle de “la main invisivle du marché’. Une évolution graduelle d’une société de classes à une société sans classes est impossible parce qu’à un moment donné il devra y avoir une rupture qui privera la classe dirigeante de l’état capitaliste, qu’elle soit ou non bien intentionnée, du contrôle exclusif sur les moyens de production.”

Luciano Lanza argumente qu’il y a des façons de tempérer la dépendance aux mécanismes de marché, par exemple en faisant partager les bénéfices entre les entreprises. Mais pour lui le point essentiel est de bouger au-delà de la “logique de marché”, de cette société où “le marché capitaliste définit chaque aspect de la coexistence sociale”, et vers une société où pour citer Cornelius Castoriadis “l’économie a été restaurée à sa place d’auxiliaire de la vie humaine plutôt que son but ultime.” Comme le dit aussi George Benello: “le but est une société organisée de telle manière que les activités de base pour vivre sont faites par des organisations dont le style et la structure sont le miroir des valeurs que l’on recherche.”

Parce que “cette vision est une vision totale plutôt que centrée sur des problèmes spécifiques, des projets différents et multiples renforceront cette vision: écoles coopératrices, crèches, unions de communautés, journaux, médias et plus tard l’entreprise.” Alors que ces projets prolifèrent, la société devient plus “densément et intensément organisée dans un mode intégrateur au sein duquel les activités de base de la vie s’imbriquent entre elles”, de façon à ce qui “se défend n’est pas simplement un set de but politiques discrets, mais un mode de vie dans sa totalité.” Ceci est un autre exemple de la “politique préfigurative” que les anarchistes ont soutenu et pratiqué deuis au moins le temps de Proudhon et qui est une fois de plus venue à l’avant dans la foulée des mouvements pour une “justice globale” contre le néo-libéralisme vers la fin du XXème siècle.

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A lire en complément: notre dossier Gustav Landauer sur la société des sociétés organique

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