Nuit Debout: Bonnes idées de fin de programme…

On aime beaucoup cette analyse depuis l’intérieur du mouvement « Nuit Debout »… Certaines idées rejoignent les nôtres, quoi qu’il en soit créer est le plus difficile…

— Résistance 71 —

 

Fin de programme

Autographie

9 mai 2016

url de l’article:

http://www.lavoiedujaguar.net/Fin-de-programme

http://autographie.org/blog/2016/05/06/fin-de-programme/

 

Le mouvement contre la loi travail a débordé sur les places, on a passé des « nuits debout », de toutes sortes de manières les places débordent sur la rue, et vice-versa. Par tous les moyens, on tente de sortir du programme, non sans peine.

Éternel mais dispensable retour des programmes

C’est dur de parler, de penser, a fortiori ensemble, quand ça fait si longtemps qu’on ne l’a plus fait. On hésite d’abord, puis on y va, on se lâche, puis on se contrôle, on nous contrôle, ça ne peut pas durer éternellement…

Ce drôle de mouvement nous a extraits de nos bulles quotidiennes (aussi « alternatives » soient-elles), et il nous gifle rudement en nous révélant l’ampleur sous-estimée du programme qui s’était installé en nous. L’air de rien, sous la couche superficielle des croyances révolutionnaires, nous avons laissé des formes pourtant classiques de pouvoir nous animer, en se convainquant du progrès — tout relatif — qu’elles apportaient. L’« État social » fait partie de ces oxymores qui nous aident à composer avec une réalité pourtant abjecte.

Et quand nous nous entendons parler ce langage magique, nous mesurons amèrement l’écart abyssal entre les mots que nous échappons au micro et la sensation d’écœurement qui nous a fait sortir dans la rue en premier lieu.

Faute de pouvoir décrire pleinement ce qui se passe ces jours-ci, on reproduit ce que l’on peut, on prend comme un sésame quelques solutions toute faites portées à notre connaissance par des mouvements récents… Puis il ne manque jamais d’animateurs « bien intentionnés », pour nous souffler la suite, quand les mots ou les formes nous manquent. C’est ainsi que l’on voit ressurgir, comme sous l’effet de la « spontanéité » des agrégations nocturnes, des notions qui ont la peau dure et qui n’ont que l’air de la nouveauté.

Nous voilà à peine rassemblés à quelques-uns au beau milieu d’une place que certains se piquent, avant toute autre chose, de « ré-écrire la constitution ». Dix, vingt, mille, deux mille, dix mille personnes, un peu partout, retrouvent tout juste le chemin de la parole publique, et voilà qu’il faudrait qu’elles s’asseyent déjà pour ré-écrire la constitution, revendiquer un revenu garanti pour tous, fonder un nouveau parti, reconstruire la gauche…

Au fil des dernières années, certains d’entre nous se sont égayés dans divers maquis à bricoler dans leur coin des manières de s’en sortir à quelques-uns, de s’extirper de l’économie, de l’emploi, de la course à la reconnaissance. Et ces histoires de « Constitution » là, ça nous coupe un peu la chique. On goûte à peine à la joie de reprendre la rue, de parler aux inconnus, de festoyer au milieu des places, de rendre les coups, d’interrompre le programme, qu’une force obscure nous en prépare déjà un autre, de programme.

L’histoire récente est pourtant jonchée de cadavres constitutionnels, partisans et programmatiques. Il n’a pas fallu deux ans à Podemos pour avoir raison de la vitalité du mouvement des places en Espagne en se posant, avec force communication, comme son débouché politique naturel. Il en avait fallu un peu plus à Syriza pour capter l’essentiel de l’énergie du mouvement révolutionnaire grec et la diriger vers une nouvelle déception électorale. Combien de semaines d’autres apprentis bureaucrates mettront-ils, ici, pour serrer le collet à la vitalité en marche ? Combien de temps sommes-nous capables de résister à cette volonté enracinée dans nos imaginaires de tout programmer ?

Partout, sous des gestes parfois semblables, la manifestation, l’occupation de places, l’occupation de lieux administratifs, il y a des idées du bonheur aux antipodes les unes des autres qui cherchent leur chemin. Nous nous attachons à la vitalité propre des places, à leur brouhaha, à l’énergie nouvelle des manifestations qui sortent partout du cadre admis, qui se trouvent de nouvelles cibles. Nous ne cherchons donc pas à marquer les désaccords, juste à ce qu’ils trouvent le moyen de s’éclairer mutuellement, de se penser.

Sur les places, la plus grande part de la joie palpable vient d’une capacité soudaine à s’organiser, à reprendre un espace public vidé de toute vie, à répondre à nos besoins propres (se retrouver, se nourrir, se parler, jouer…) avec nos propres moyens, sans, pour une fois, rien demander à personne. Beaucoup se précipitent pourtant pour traduire tout cela en « revendications », en « Constitution », en « projet de société », autant de choses qui nous éloignent de notre force présente, immédiate, prometteuse. Ces mauvais réflexes, impliquent toujours un interlocuteur plus grand que nous, un grand ensemble « social » dont nous ne serions que le petit rouage interchangeable. Et pour être interchangeables, compatibles, transparents (j’affiche mes émotions, mes accords et mes désaccords sur « mon mur » ou sur ma face, les mains en l’air ou les bras en croix), il faut bien des formes reproductibles partout, identiquement : la gestuelle altermondialiste, des slogans suffisamment vides pour être rassembleurs, un wiki coopératif constituant, des adresses IP bien identifiables, bref, des formes, des dispositifs en lieu et place de sens. Des systèmes et des économies à la place de la vie.

On nous a voulus individus jusqu’au bout des ongles, et c’est en tant que tels que nous nous retrouvons sur ces places. Notre vision d’un progrès radical se borne à demander une amélioration de notre condition d’individus isolés : un « revenu garanti » pour tous ou plutôt pour chacun. Résultat, nous passons sans détour de l’autonomie comme puissance d’agir (qui frémit sur les places) à l’autonomie réduite à un « pouvoir d’achat » garanti à chacun, octroyé par on ne sait quelle forme de grand ensemble englobant, neutre, désintéressé, automatique. Le même grand système surplombant, qui devrait garantir, mesurer et comptabiliser l’égalité parfaite de la contribution des uns et des autres à l’effort pacifié, de rédaction d’une « nouvelle Constitution ». Cette propension maladive à apaiser tous les rapports sociaux a pourtant quelque chose de profondément pourri et désarmant. Tout juste après avoir pris des bombes législatives sur la gueule de la part des dirigeants (Loi Travail, État d’Urgence, Loi sur le renseignement…), après s’être fait désarticuler les bras et crever les yeux par leurs CRS, après s’être épuisés dans des jobs absurdes et des usines esclavagistes, après s’être couchés sous la morale de la CAF et de Pôle Emploi, comment pouvons-nous souhaiter avec autant de précipitation, ré-échafauder de semblables institutions ?

Occuper les déserts

De lutte, de combat, et de communauté, il semble à l’inverse difficile de parler sur certaines places (alors même que c’est visiblement cela qui sourd dans tous les coins, en dessous des discours). L’air du temps est au réseau, à la production « collaborative » douce, à la Scop sexy et aux coopératives d’auto-entrepreneur 2.0. Autant de phantasmes technologiques qui derrière leur façade collective masquent une réalité atomisée, où chacun est tenu pour responsable de sa propre misère, de ses propres échecs. Il y a peu de chance que le revenu de base réduise cette division sociale là, puisqu’il n’abolit pas l’obligation plus ou moins implicite de « s’efforcer à réussir », seul de préférence. D’autant plus que notre époque nous a contraints à la débrouille ; version euphémisée de « marche-ou-crève ». Nous sommes acculés. Et le comble de notre aliénation est de ne plus parvenir à nous ériger en « communauté de débrouillards » ou en « communards de la débrouille », autrement dit en classe sociale. Pourtant, notre tâche est bien là, faire en sorte que nos séparations groupusculaires ne soient plus uniquement une réaction de repli face à la violence du monde, mais une force qui fasse sens collectivement, et qui produise tout ce qu’il faut pour la vie de ceux qui brûlent de faire sécession. Faire « service public » là où l’actuel est en pleine déliquescence. Là-même où il a largué la réponse aux besoins de tous pour l’obsession du contrôle de chacun. Voilà tout l’enjeu du mouvement en cours. Si nous ne franchissons pas ce cap, nous serons dilués dans un futur Podemos, franchouillard qui plus est.

Pris dans nos boulots toujours plus insatisfaisants, au mieux, nous bredouillons quelques vieux tics de langage pour décrire la source de notre malheur (« c’est la faute du capitalisme, de la finance »), comme pour se figurer une nouvelle fois un ennemi abstrait dont nous ne reconnaissions plus le visage. Bien sûr, le capitalisme et la finance nous ont dévastés. Ces structures qui nous plient sont effectivement incarnées par des formes et des représentants identifiables ; banques, assurances, holdings, médias, actionnaires, et leurs collègues de classe (sociale et scolaire), qui assurent leur santé en « occupant les places » dans les gouvernements. Mais ils semblent tellement à l’abri derrière leur plafond de verre qu’on se demande bien comment entrer en conflit direct avec eux. Nous n’avons le plus souvent affaire qu’à leurs flics et leur mobilier urbain. À défaut, nous nous tournons vers nos chefferies locales, nos banques de village et nos élus de quartier sans pouvoir. Dans leurs lieux, nous ne rencontrons que du petit personnel politique affairé sur des questions subsidiaires, des voisins de palier employés là, les pères et mères de nos amis d’enfance dans leurs bureaux, et il arrive que nos amis eux-mêmes tiennent le guichet. En somme, des gens qui ont plus ou moins l’air aussi démunis que nous. À l’usine, dans les bureaux, nos cadres et nos contremaîtres ressemblent presque autant que nous à des pantins. Ce qui par ailleurs aurait dû les vacciner définitivement contre les coups de cravache qu’ils continuent de nous infliger. Il y a comme un grand brassage des rôles, un brouillage des lignes, qui bien loin de supprimer les violences de classe, les a rendues innommables. À l’évidence, ces collusions sensibles et humaines ne sont qu’un leurre, mais en avoir conscience n’empêche pas cet « à quoi bon ? » qui nous habite toujours un peu plus. Le capitalisme et ses structures sociales, la finance et ses actionnaires sont certainement pour partie responsables de nos plaies béantes, mais leurs déclinaisons dans le quotidien ont été rendues si peu tangibles, si brouillées, que nous en avons perdu nos cibles et nous nous rongeons nous-mêmes. Nos localités sont désormais faites de ce vide que les superstructures ont laissé derrière elles. Alors occupons d’abord ce désert qui nous est donné là. Jouissons de la liberté offerte par cet espace public abandonné. Et si le croquemitaine se dévoile, se rue sur nous, il aura enfin un visage.

Du haut de nos croyances au caractère exceptionnel de nos individualités, nous refusons de nous envisager comme les produits tous frais de ce monde, ses jouets et ses variables d’ajustement. Cette illusion de libre-arbitre nous limite dans notre capacité à nous arracher hors des programmes et risque bien ne nous faire éternellement réinventer l’eau chaude. C’est là toute la force de ce régime aux apparences libérales, qui nous a dépossédés des moyens de débusquer et de perturber les phénomènes de reproduction. Tout nous paraît moderne et providentiel. À tel point que nous ne voyons même plus comment la République ou la Constitution nous ont si parfaitement domestiqués pendant tant d’années. Si nous sommes incapables de comprendre en quoi les structures actuelles nous enfantent, il est logique que nous nous précipitions à en fabriquer de semblables plutôt que de nous rendre imprévisibles, incontrôlables. Si toute notre action perturbatrice doit se conclure par une assemblée constituante, une République sociale et un revenu garanti, c’est que l’on nous aura définitivement enlevé le sens du rêve.

Comme une vie

La question de la souveraineté du peuple ne cesse de monopoliser les assemblées spontanées. Sa redondance n’est que le signe d’une dépossession extrême du pouvoir d’organiser nos vies. Car en réalité, sa question est bien mal posée. Nous avons une fâcheuse tendance à rechercher prématurément les bonnes modalités d’organisation de la souveraineté politique des individus, comme si nos conditions de vie exécrables nous permettaient d’attendre. Preuve en est, l’inflation actuelle de propositions autour du « tirage aux sorts des représentants » ou de la « révocabilité des mandats ». Et nous laisserions, en vertu de cette logique programmatique, le soin à ces futures institutions républicaines d’organiser pour nous la satisfaction de nos besoins, aussi égalitaire qu’elle puisse être. Or ce programme-là, nous courons après depuis tant d’années et tant de régimes successifs, sans réussite. Notons d’ailleurs que les « grandes avancées sociales » du siècle dernier ont davantage été arrachées aux représentants de la République qu’elles n’en n’ont été les fruits.

Nous proposons donc d’envisager le pouvoir d’organiser nos vies comme un début inévitable. Nous sommes capables, et nous ne partons pas de zéro, d’aller vers une autonomisation dans un maximum de domaines vitaux, de la nourriture au déplacement, en passant par l’habitat ou l’éducation. Jusqu’alors, nous avons été dépossédés de ces savoir-faire par l’expertise technologique propriétaire et la division du travail. À nous d’utiliser la technique à notre avantage, en faveur d’un quotidien qui fait sens, et d’une forme de luxe vital pour tous et toutes. Pas une égalité comptable qui serait là pour nous pacifier en nous abreuvant d’un égal pouvoir d’achat, mais un partage dispendieux de nos moyens, de nos possibilités d’autonomie collective, de nos richesses diverses, qui annulerait tout besoin de calcul. Si devait persister une notion telle que la « souveraineté du peuple », elle passerait probablement moins par son enfermement dans des corps administratifs et constitutionnels que par notre autonomisation collective, et par notre capacité à élaborer nos interdépendances et la mise en pratique(s) de notre tenace passion égalitaire… là où nous sommes et avec ceux avec qui il nous est donné de nous rencontrer, de nous lier, d’où qu’ils viennent. Cela ne peut être programmé, commandé, calculé, ou même revendiqué. Mais seulement mis en route dès maintenant. Nous aurons tout loisir, au terme de quelques avancées, de décider si nous avons besoin d’une Constitution et si oui laquelle.

Dans la situation présente, nous sentons bien un manque de structuration, un flottement, des aléas, que les plus ordonnés d’entre nous voudraient réguler. Nous devrions plutôt suspecter le retour des techniques de management édulcorées, l’utilisation à outrance des savoirs universitaires, des compétences gestionnaires, des élans de planification, des représentants et des écritures de programmes. Plus généralement, nous aurions intérêt à prendre nos distances avec ces pensées toutes faites, qui rampent sur la toile et que l’on nous somme d’adopter. Elles vont si bien à cette société en plein écroulement… Cela ne veut pas dire qu’il faille abandonner tous les outils. Mais que nous aimerions d’abord — et avant tout le reste — nous laisser le temps de vivre ce moment et de nous mettre à l’épreuve.

Car nous n’avions pas vu situation si prometteuse depuis longtemps. Quand bien même nous fabriquions des organisations collectives, elles n’étaient que des outils nécessaires à notre survie. Alors que notre insatisfaction profonde nous soufflait à l’oreille les mots du désordre, du chamboulement, nous nous contentions de pis-aller. Or ce « mouvement », de manifs ensauvagées en Nuits debout agitées, a tout du débordement, de l’échappement, de la perte de contrôle et c’est bien là toute sa force.

Sur les places, quand nous prenons la parole, nous sommes comme nus, dépouillés de nos histoires, de nos bandes, et seuls nos mondes séparés semblent compter (1 plus 1, plus 1, plus 1…). Mais enfin, nous ne sommes pas « un, plus un », nous sommes plusieurs, nous avons des histoires à raconter, des tentatives, des trucs à partager, une expérience en marche qui a besoin de se confronter, de te rencontrer, de le rencontrer lui aussi, et cette bande de potes là aussi, cette famille, ces collègues, ces camarades-là… ce que nous cherchons c’est joindre nos forces, toutes diverses qu’elles sont, pour rouvrir l’espace du choix, les pages de l’histoire.

Non il n’y a pas ici que des individus éthérés, des solitudes numériques, il y a de la vie qui a besoin de prendre sa place, d’exprimer toute son hétérogénéité, de faire tomber des murs, de mettre des pieds dans la porte, de serrer quelques arrogantes cravates, de retourner contre ceux qui les produisent quotidiennement les sentiments de tristesse et d’impuissance.

L’État lui-même, cet appareil technique à qui nous présentions jadis nos revendications respectueuses comme s’il était vivant, est si éclaté dans sa fonction moribonde de gestion et de contrôle au service de l’ordre économique qu’il perd totalement sa capacité à influer sur notre quotidien. En conséquence, prenons acte que nous n’avons plus rien à lui demander.

Au-dessous du volcan

Nous avons en tête cette folle épopée en cours depuis près de vingt ans au Mexique. Cette aventure qui a commencé par le soulèvement des indigènes zapatistes du Chiapas contre la mise en place de l’espace de libre-échange des Amériques, en 1994. Cette irruption locale de ceux qu’on n’attendait plus a trouvé tout un tas de prolongements localement, à l’échelle du pays, à l’échelle du monde. De là sont nés à la fois le mouvement anti-globalisation et, au Mexique, un autre processus plus rampant, plus tenace aussi, qui s’est nommé un temps « La Otra Campaña ».

Cette « autre campagne », avait pris le prétexte d’une élection présidentielle mexicaine pour agréger, pan par pan, toutes les forces distinctes pour lesquelles il était impossible de se projeter, une nouvelle fois, dans un tel numéro d’illusionnisme électoral. Communautés indigènes en lutte, syndicats enseignants, usines occupées, comités de quartier, bandes de jeunes émeutiers, villages ruraux, écoles agraires, radios locales, journaux, centres sociaux occupés, collectifs divers se sont mis à s’inventer un plan de bascule commun. Ce qui s’est formé alors, au fil des mois puis des années, c’est un mouvement discontinu, hétérogène, illimité, de sécessions d’avec le champ irrespirable de la politique des partis et de la représentation. Une façon de déposer le cadre, sans prétendre le refaire. Ne pas laisser qui que ce soit prétendre le refaire, c’est d’emblée penser les plans de coopération, d’alliances, de stratégies communes entre tous ceux qui ne veulent plus être contenus dans quelque cadre (national) que ce soit, fût-il a priori « bienveillant ».

Le moment étant venu d’imaginer l’étape d’après des manifestations et de l’occupation des places, nous ne pouvons plus nous contenter de reproduire de place en place les dernières trouvailles issues de la place de la République. Chaque localité pourrait trouver son propre tempo, sa propre texture, revisiter les lieux qu’elle occupe d’un regard neuf et trouver en elle les ressorts du dépassement que tout le monde appelle de ses vœux. Ce dépassement est une mise en commun et un déploiement de nos puissances d’agir propres à notre classe débrouillarde. Que nous soyons sortis de l’emploi en prenant les baffes moralisatrices de ceux qui aimeraient nous voir souffrir au travail, ou que nous y trimions encore, contraints par dépendance aux revenus qu’il nous concède et forcés par son organisation de plus en plus démente, il y a là une multitude inattendue de groupes qui commencent à se constituer et à prendre vie sur les places.

Ce débordement de vie collective n’entre pas dans les cases des prêts-à-porter militants. « La Commune », elle-même, est peut-être moins un nom emblématique pour notre désir actuel de dépassement qu’un des rendez-vous avec le passé et son inaccompli. Sortir du programme va sans doute nous amener à transcender nos localités, nos communes, avec ou sans « c » majuscule. Ainsi ces vies collectives, tout en s’autonomisant, auraient depuis leurs situations singulières, et en miroir les unes des autres, à penser de fond en comble les problèmes dont elles se saisissent et les plans sur lesquelles elles peuvent communiquer entre elles, construire des objectifs communs. Un de ces plans, en écho à cette expérience mexicaine, et dans le but d’en finir avec ce qui nous programme, ne pourrait-il pas être d’envisager que l’élection présidentielle de 2017 — à l’idée de laquelle tout le monde suffoque déjà — n’ait tout simplement pas lieu. Car la laisser advenir « normalement », c’est s’assurer qu’elle aura sur le soulèvement naissant, l’effet d’un bon vieux Tour de France bien commode, qui tous les ans trahit les promesses du printemps, mais pour bien plus longtemps.

Ne plus se contenir, ouvrir les vannes

La perspective de l’absence d’élection présidentielle comme emblème de tout ce qui nous programme ouvrirait un champ de possibles et de déclinaisons pratiques :

Comment constituer un véritable espace public sous l’espace médiatique et institutionnel ? Faire surgir notre propre agenda ?

Comment arracher un maximum de lieux à l’emprise du rouleau compresseur électoral (qu’ils ne trouvent plus nulle part où aller serrer des mains tranquillement) ? Comment perturber les canaux par lesquels il s’impose à tous ?

Et depuis là, faire ce nous avons à faire pour construire nos forces et dévier le cours du temps. Car du temps il nous en faudra bien plus que celui qu’est prêt à nous concéder l’éternel parti de l’urgence et son État. Faisons disparaître cette échéance de l’horizon et en lieu et place de ce mauvais spectacle déployons nos expérimentations, diverses, parfois même antagoniques… ouverture de lieux de convergence et d’organisation, grèves, occupations illimitées de places, enquêtes, déploiement de nos services publics libres (seuls à même d’entraîner avec nous tous ceux qui nous entourent), transversalité des expériences et des savoirs. Prendre enfin le temps de ne pas suivre la course folle de ce monde qui ne court qu’après son effondrement toujours imminent.

Arrêter les pendules, déchirer le calendrier. À chacun de décliner ce non-programme comme il lui paraîtra juste, et d’emplir ce vide de la vie qu’il mérite.

Nous sommes nombreux.


Nous sommes insatisfaits.


Nous sommes (à) la fin du programme.


On arrive.

= = =

A lire:

La sixième déclaration de la forêt de Lacandone (Mouvement Zapatiste du Chiapas, Mexique, 2005)

24 Réponses to “Nuit Debout: Bonnes idées de fin de programme…”

  1. ratuma Says:

    oligarchie – psychopathes !!!! bah je vous crois ;

    https://en.wikipedia.org/wiki/Piggate

    et j’ai vu la photo du pig sur un site anglais – gentil gentil

    effectivement, il faut sonner la fin des réjouissances (et ne pas tout casser -)

    • il est plus que temps. Il suffit de tourner le dos et de construire la société des sociétés hors des institutions. Il est une chose qu’il faut réaliser: leur système obsolète et pervers ne perdure que parce que nous acquiesçons constamment. Il suffit de dire NON, STOP! et tout s’arrête. Il ne suffit que d’une chose: montrer que nous n’avons absolument pas besoin d’eux et de leur système mortifère car ce sont EUX qui ont besoin de nous pour continuer le jeu et leur casino à perpétuité… Que nous pouvons parfaitement faire fonctionner la société sans l’État et la pitrerie inhérente.
      Paraphrasons joyeusement Coluche en disant: Quand on pense qu’il suffirait que les gens ne le fassent plus pour que çà s’arrête…😉

  2. Tout à fait, c’est exactement, ici et maintenant, ce que je pense. Et c’est la première fois que je lis, conceptualisé, cette idée que non seulement nous n’avons pas besoin d’eux ; Mais qu’enfin, d’autres avancent la possibilité qu’il ne faut pas permettre la prochaine présidentielle 2017 ! L’accepter comme passage obligé ; NON ! N’ayant pas d’accès Internet valide (Ouais, Orange m’a tuer !) Et insomniaque j’écoute un peu plus (Quelle torture je m’inflige…) la téloche. Et tous y sont là à nous driver comme d’hab dans les rails de la présidentielle 2017. Et j’avoue, avec plaisir, que pour la 1ère fois je me dis qu’à force de bramer sur tous les tons que nous pouvons nous créer notre propre réalité, sans attendre, et bien je ressens là, tout de suite, cette possibilité. Et puis le fait, qu’on se réfère au mouvement indigène Zapatiste que j’ai, tout comme vous, même si c’est plus récent pour moi, complètement intégré dans ma réflexion. Bah, déjà, on se sent moins parano… Merci d’avoir déniché et relayé cette analyse. D’ailleurs, tout de suite vous aviez dénoncé les « gentils organisateurs de pensée » par Taramis… Et ce texte nous prouve que cette assertion était juste et que les participants sincères à ND ne se sont pas laissés gruger.

    Continuons à affirmer, haut et fort, ceci ; Union + Organisation = Action Directe Efficace.

    Et si possible selon ce précepte ; Ni Dieu, ni Maître, sans arme, ni haine, ni violence : Autant que possible.

    Cela n’empêche pas de mordre… Parole de Sans-dent (enfin, presque, car il m’en reste qques unes très éparpillées…)

    Merci à vous R71 – JBL1960

  3. Jean Cendent Says:

    1) Quelques réflexions sur l’actualité « Nuit Debout »… 8 Avril 2016
    2) Les dessous de « Nuit Debout » sont-ils propres ?…Thierry Meyssan 10 Avril 2016
    Bonjour,
    Trés bien et merci pour votre article beaucoup plus prés de 1 que de 2 . C’était ce qu’à ma maniére j’exprimai à l’encontre de T.Meyssan ( le 14 avril 2016 ) même si NUIT DEBOUT devait encore s’arrêter demain . Que je réedite pas pour prouver que je pisse le plus loin ( et que j’ai toujours raison le 1er ) avec les muscles de Madame soleil * ( rien a foutre en tant que RSA , je suis niveau caniveau/trottoir pour la société « normale » ) mais simplement pour dire que si T.Meyssan est peut être un bon detective il n’en reste pas moins un flic « de droite » qui dit : l’actualité c’est moi qui en vie mais c’est vous qui la subissez, vivé ( ou la faite ). Ce mec et d’avance contre tout mouvement qui éssaye de bouger: Nuit Debout passé , present ou à venir . il n’existe prof. parlant que parce que le capitaliste existe , bref sans CIA / Meyssan a peu à dire et surtout quoi : Capitaliste.US Bad et capitaliste.FR ou EU good. Nous pas !
    * votre phrase mais il y en a beaucoup d’autres, montre se sentiment…..Du haut de nos croyances au caractère exceptionnel de nos individualités, nous refusons de nous envisager comme les produits tous frais de ce monde, ses jouets et ses variables d’ajustement…..
    Donc Merci .
    ( Message pour T. Meyssan / déjà diff.)
    1′) Bon si Nuit Debout est pourrie par la CIA.
    Si cela sert soit à:
    -changer de régime ( c’est vrai que la disparition du PS serait une tragedie )
    -stériliser l’opposition ( laquelle ? )
    Et
    -si le poing levé est le « logo » emprunté aux commnismes pour mieux combattre ( Ah!, les grandeurs du bolchevisme, la belle époque en fait ? )
    -si le slogan de Nuit dans le brouillard n’a pas de revendication positive, ne propose rien, juste faire mumuse pendant que les choses sérieuses se déroulent ailleurs ( et d’habitude c’est comment ? le peuple est convier à déjeuner à l’Elysée tous les jours pour prendre sa température ?)
    -si les travailleurs ne peuvent y passer une soirée car à 22h / 23h, ils dorment .
    Alors Mr Meyssan le peuple-classe il fait quoi ?
    On reste chez soi puis on attend pour voter en 2017 ? ( en vraie démocratie pas pourrie par la CIA )
    2′)Bonjour,
    Vous avez du remarquer que les phrases se terminent avec un point d’interrogation ( je pose donc des questions ) mais surtout j’utilise un certain humour *( qui peut être est nul ) pour démontrer qu’ en fait Mr Meyssan, il veut quoi politiquement parlant ? C’est pourquoi j’en tire la conclusion *humour/interrogatif 2017 ( vote or not vote)
    Après pour votre conclusion je suis entièrement d’accord avec vous, en tant que sous-prolétaire comme m’a condamné et discriminé Marx . Et dans les faits depuis Mai 81 ou j’iai commencé ma vie « d’adolescent puis d’adulte » en me faisant « violer » et trahir par le pouvoir en place, ps/droite pour subir leurs totalitarismes capitalistiques ( notamment leur hégémonie culturelle qui à bousillé ma vie de con . Merci pour l’hommage à Lemmy , Résistant 71 pour un anarchiste c’est très rare car dans ce milieu c’est généralement punk ou rien ou presque, est ce que Joe Hill était musicalement punk ? )
    -Quand vous dite aucune action politique n’est prise , d’accord mais dite lesquelles .
    Car il me semble que l’on ne peut pas être pour et contre ( la politique) en même temps et le reprocher à Nuit Brouillard*
    -Trotsko-socialo-néoconservatrice vous pouvez rajouter , la liste et longue effectivement, Lenine , le bolchevisme qui a phagocyté tout esprit révolutionnaire sur la planète, ce communisme autoritaire qui a écrasé notre passé et compromis notre avenir pour le plus grand plaisir du capitalisme. Mais il me semble pour l’instant que Nuit Brouillard refuse toute récupération avec des partis même de chez Toto, Mimine, Coco et de droite ( pour le futur, je ne suis pas madame soleil ).D’ailleurs les critiques de la récupération, de la non politique, de ne pas voir à long terme etc … Nuit Brouillard a les mêmes chez les Coco Marx/Mimine, exemple : article/prcf/de-nouveaux-jours-debouts
    -Décentraliser, c’est se que fait Nuit Brouillard, non? ( pas 50000 places c’est sûr ) il n’y pas que Paris mais aussi des villes de province de moins de 50 000 habitants. Bon après, c’est donc la preuve qu’ils sont téléguidés par la CIA? et re-donc qu’ils ne sont pas propres . Bref il faut « travailler » comme un charbonnier et avoir la blancheur immaculée de la Mère Denis, même la CNT pendant la guerre d’Espagne n’était pas à ce point vertueuse .
    Bref il fort probable que vous ayez raison que Nuit Brouillard ne soit pas la révolution ou la grande évolution escomptée . Mais faut il ne rien faire, même si cela paraît insignifiant ?
    La solution se trouve dans l’association volontaire et les confédérations de ces associations libres formant de nouveau une société organique. Tout le reste n’est que pisser dans un violon ! Je suis d’accord, mais même dans cette phrase et comme l’affirmera sans « aucun » doute Mr Meyssan c’est la main de la CIA qui grace aux couleurs rouges et noires finance la…….
    D’ailleurs pisser sur un violon en visant bien les cordes cela peut provoquer une incertaine musicalité, essayer ?
    Les marxistes sont dogmatiques ( pas assez sceptiques ) mais attention les anarchistes aussi, parfois .
    Un anarchiste bien ordinaire, merci .
    * rien à voir avec le film Nuit et Brouillard , c’est simplement pour dire, un « mouvement » qui en autre se cherche .
    -Bon de toute façon ce commentaire date maintenant( voir peut être caduc ? ) car pour ce qui en est de la place de la république « sous entendu » donc la france entière vu par les médias dominants ( ce qui bien sûr est faut, des régions, des villes, des bourgs existent / les 50000 places, dont je partage votre avis ). L’establishment triomphant vient de trouver son martyr en Mr le philosophe finkielkraut.
    3′) Bonjour,
    ….Quoi qu’il en soit, suivons et participons du mieux possible avec le recul et l’analyse nécessaires…
    Je suis d’accord avec vous , j’aurai tendance à penser » mais bon…? » que les anarchistes de toutes scissions confondues devraient leur donner la main fraternelle ( « aider » Nuit Debout au minimun pour par exemple que des leaders ou partis politiques ne les récupérent pas, ne les fassent éclater, ne les endorment pas, etc… ) ont nom de notre valeur commune la SOLIDARITE.
    Merci pour vos commentaires .

    AYONS LE PLUS POSSIBLE CONFIANCE EN NOUS PAS EN CEUX QUI NOUS ECRIVE .

  4. Zénon Says:

    Grand merci à vous ainsi qu’à l’auteur de ce témoignage, dont je partage aussi bien l’analyse que le ressenti des évènements actuels.
    En effet, toute innovation politique, poétique ou philosophique implique au préalable d’oublier ce qu’on croit savoir. Et tout changement réel, de sortir du sillon de nos habitudes et schémas de pensée.
    Il est fréquent de voir au seuil d’une liberté nouvelle ressurgir de vieux instincts rampants tels notre besoin de repères. Nous sommes cependant, loin des médias et portes-parole de toutes obédiences, de plus en plus nombreux à vivre ce changement comme expérience concrète, que ce soit dans la douleur de la remise en question ou dans l’euphorie sauvage d’une improbable victoire sur les éléments.
    J’ai observé dans la rue ces dernières semaines, en réponse au durcissement des répressions policières, une remise en cause de plus en plus affirmée des systèmes dits « démocratiques » ainsi qu’un retour à une solidarité naturelle depuis longtemps oubliée entre classes d’âge et corps de métiers. Ce indépendamment de toute subjectivité idéologique.
    Il semble que l’accélération de leur plan d’asservissement des peuples favorise en définitive l’éveil des consciences.
    Persévérons donc.
    Le temps joue en notre faveur…

    • Absolument… Si le temps a longtemps joué pour l’oligarchie qui avançait cachée derrière le paravent de l’illusion démocratique fabriquée, ce n’est plus le cas. La renverse de marée a eu lieu et le temps maintenant ne joue plus en leur faveur mais en celle des peuples. Ils vont commettre de plus en plus d’erreurs, à nous d’en profiter et d’agir.. hors normes établies.

      • ratuma Says:

        un commentaire sur Midi Libre :

        La France meurt des utopies de ses bonnes âmes, s’ils veulent manifester qu’ils aillent à Bruxelles, à la City, ou à Wall Street, parce la place de la République à Paris, le Monde s’en tape royalement

        • Ah les merdias de base… Font toujours semblant de pas comprendre, sont payés pour çà du reste… Tout doit commencer localement… quand même !😉

        • ratuma Says:

          Tout péter dans la ville, au secours les impôts locaux – éventuellement aller foutre le bordel au siège social de Goldman Sachs (paris) pourquoi pas

        • organisation des associations libres locales conférées, en silence, tranquillement, un VRAI contre-pouvoir qui dit merde aux institutions en se développant de manière autonome, unie et égalitaire… Pourquoi pas ??…

          « Le 17 novembre 2003, l’EZLN célébrait les 20 ans de sa création quelque part au fin fond de la jungle de Lacandón. Le 1er Janvier 2004, elle fêtait ses 10 années de vie publique, de résistance et de créativité et les paradoxes d’un mouvement qui est là pour rester… Il y a eu 20 ans que des centaines de village rebelles que des centaines de milliers d’autochtones (Indiens) ont rendu les coups. Les 10 premières années passées en clandestinité, à tisser une toile politique, personne par personne, famille par famille, communauté par communauté. Comment ces années de formation politique furent-elles possibles sans que personne ne sache quoi que ce soit ? Comment ont-ils pu gérer un tel secret qui incluait des milliers et des milliers d’indigènes rebelles ? 20 ans plus tard, l’histoire de l’héroïsme et de la détermination de ces premiers villages n’a pas été encore totalement dévoilée… »
          ~ Gloria Muñoz Ramirez, 2007 ~

  5. Jean Cendent Says:

    Bonjour,
    -Si midi libre me paye le voyage pourquoi pas ? et encore . Mais avec ce journal nous sommes pas du même coté du mur ( enfin pour moi / qui ne suis pas « en plus » de cette région ).
    -Si c’est le monde le  » journal  » qui s’en tape , eux le tapage c’est en club mondain parisien qu’il le pratique avec qui déjà, qu’elle 1er ou 5eme fortune de France .
    – Si c’est le vrai monde, la planète terre et 99% des humains , dans mon bled on s’en tape pas du monde en évitant de leur donner des leçons avec notre vision d’homos-occidental-prétentieux .

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