« Nuit Debout »… Paroles (essentielles) d’un prolétaire

Vos nuits debouts sont aussi celles des prolétaires

Kevin Amara

18 Avril 2016

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http://www.cercledesvolontaires.fr/2016/04/18/nuits-debout-aussi-celles-des-proletaires/

Je fais partie de ces millions de Français qui ne se rendent pas aux Nuits Debout de leurs villes. Qui ne les suivent pas plus sur Périscope, mais qui — parfois par choix, parfois bien malgré eux — ont un œil scruté dessus depuis plusieurs semaines par le truchement des réseaux sociaux. Des réseaux sociaux, voire des médias, pour ceux qui ne sont pas encore débranchés de ces outils de propagande que sont la télévision et la radio, publiques ou non, investis par de tristes sires qui se font le relais d’une oligarchie désormais clairement identifiée.

Non pas que nous ne nous y rendions pas par désintérêt, non, simplement, nous sommes le prolétariat. Le prolétariat en bleu de travail, qui se retrouve contraint à se soumettre à un système salarial devenu de plus en plus déshumanisé et que nous combattons par l’esprit au quotidien. Celui qui se lève à 6 heures du matin pour aller vendre sa force de travail et son temps au Capital. Capital qui ne nous considère pas plus que nous ne considérons nous-mêmes nos machines, de plus en plus présentes et qui nous font craindre de plus en plus ce que d’aucuns appellent progrès mais que nous appelons nous autres robotisation et mise à l’écart de l’Homme. Celui qui regarde tous les espaces de liberté et de contestation de ce système morbide qu’est le capitalisme d’un air envieux, fiévreux, et dont nous accompagnons les volontés et les aspirations de nos pensées les plus sincères.

Nous ne sommes pas debout la nuit parce que nous sommes debout la journée, et nos nuits, quand elles ne sont pas blanches, sont remplies d’idées noires.

Rappelons-nous de ce qui fit de Mai 68 un moment si particulier de l’histoire de France, et de l’histoire des luttes sociales plus généralement. Enfin, les ouvriers (appelés les « non-étudiants » par les médias aux ordres, tant ils craignaient la convergence des luttes) échangeaient avec les étudiants. Enfin, les étudiants avaient l’occasion de se rendre aux conseils ouvriers. Enfin, les ouvriers pouvaient aller dans les AG étudiantes. La lutte sociale se débarrassait de ses divergences, faisait fi de ses clivages, pour ne plus faire qu’une, et chacun trouvait sa place dans ce chaos ordonné, dans lequel chacun aspirait enfin à un monde plus humain, plus égalitaire (et non pas égalitariste).
Réunion de deux forces vives de la nation. Il est des moments où l’émergence de tels mouvements est inéluctable, comme le disait si bien l’ami Hugo : Rien n’est plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue.

Si j’écris ce texte aujourd’hui, c’est pour assurer les participants — qu’ils soient chômeurs ou marginaux, étudiants précaires ou artistes ruinés (etc.) simples citoyens enfin — de notre sympathie.

Sachez créer cet espace de convergence dans lequel nous saurons être présents lorsque l’idée de la grève générale verra son heure arriver.
Soyez acteurs de la création de cet espace d’autonomie, auquel se grefferont tôt ou tard les classes laborieuses, lorsque la masse critique enfin atteinte, permettra une mise en danger personnelle qui ne laissera pas entrevoir en fin de compte que licenciements et drames familiaux.
Soyez les farouches défenseurs d’idées qui ne vous appartiennent pas, qui ne sont la propriété de personne, mais partagées par le plus grand nombre.
Sachez être dignes de notre confiance, confiance qui ne peut pour le moment être suivie d’actes, mais qui peut être un moteur utile lorsque les attaques venues de l’extérieur et de l’intérieur même de votre mouvement commenceront à vous faire douter, voire, vaciller.
Ne soyez pas passifs lorsque la discussion est confisquée par quelques gaillards dont la mauvaise volonté est manifeste : il n’est pas nécessaire de répondre à la violence par plus de violence, mais il faut savoir répondre à la violence par la fermeté et la solidarité.
S’agit-il là de la cristallisation d’un ras le bol général et généralisé, ou bel et bien d’un soudain besoin de changer de monde ?

J’ai beaucoup lu qu’il ne s’agissait là que d’un rassemblement de jeunes bobos désœuvrés, tels que la capitale sait en produire toujours davantage. Je ne sais si cela est vrai ou non, n’ayant pu me rendre sur place. J’ai également beaucoup lu que les ouvriers, qui ne se rendent pas à ce rassemblement, regardaient d’un œil méprisant ces initiatives citoyennes. Il n’en est rien. C’est même précisément le contraire. Les discussions qui vous animent, sont les mêmes que celles que nous tenons le matin dans les vestiaires, et le midi, lorsque nous disposons du temps nécessaire pour avoir un échange un tant soit peu concret.

Le monde que vous vous proposez de radicalement transformer, celui qui a pu permettre à la loi El-Khomri d’être discutée comme s’il ne s’agissait là que d’une petite broutille sans intérêt, nous le condamnons avec la même fermeté : car il nous broie. Il nous enchaîne à une condition qui n’est pas naturelle pour l’Homme et que ce dernier se ferait bien de détruire une fois pour toutes. Nous le condamnons car il n’est pas, pour nous, qu’un concept. Nos tendinites nous le rappellent avec une régulière intensité.

Le spectre de la division entre ouvriers et « jeunes bobos » est un leurre. Créé et entretenu par les mêmes qui n’hésitent pas à agiter une fois encore le spectre du voile dans l’espace public pour camoufler les vrais problèmes qui gangrènent notre système devenu fou. La division n’existe qu’entre les quelques privilégiés d’une classe dominante toujours plus offensive et dangereuse pour le bien-être commun et ceux qui n’en font pas partie. C’est-à-dire vous, nous, et tous ceux qui craignent demain autant qu’ils le voient arriver avec espoir.

Peut-être que ce mouvement s’affaissera aussi rapidement qu’il aura surgi. Peut-être que dès la semaine prochaine, tout le monde sera rentré chez soi, laissant les places occupées être à nouveau le théâtre du ballet mondain des promeneurs solitaires.
Ce n’est pas cela qui compte. Ce qui importe vraiment, c’est qu’il aura existé, et qu’il porte en lui les germes d’une révolution à venir que tout le monde attend. C’est là son grand mérite. Cette révolution, que tout le monde attend, et surtout, que tout le monde se met dorénavant à construire, a trouvé un terreau propice, qu’il conviendra d’arroser régulièrement et de ne pas en regretter le feuillage clairsemé.

= = =

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Quelques réflexions sur « Nuit Debout » (Résistance 71)

2 Réponses to “« Nuit Debout »… Paroles (essentielles) d’un prolétaire”

  1. Qui détient réellement le pouvoir en France aujourd’hui ?
    Pour le savoir il suffit de se demander « de qui n’a-t-on pas le droit de parler ….. »
    Comme par hasard, nous sommes autorisés de dire du mal des hommes politiques ; ceci est la preuve qu’ils ne détiennent pas le pouvoir.
    Les hommes politiques servent uniquement de fusible pour donner l’illusion au peuple de la démocratie et du libre arbitre.

    Dans notre société avec notre démocratie représentative, qu’elles solutions a le peuple en cas de trahison de nos élus politiques si ceux-ci ne respectent pas leurs promesses électorales : aucune sauf patienter jusqu’aux prochaines élections.
    Si les élections devaient changer fondamentalement quelque chose, il y a longtemps qu’ils les auraient supprimées.

    La seule façon pour le peuple d’acquérir sa souveraineté est d’imposer à l’oligarchie le référendum d’initiative citoyenne sans aucune restriction ni aucune intervention des hommes politiques.

    Actuellement, tous les hommes politiques servent les intérêts des lobbys économiques qui ont financé leur campagne.
    Ces mêmes lobbys possèdent la majorité des médias de masse et orientent le vote du peuple.
    Ces grands groupes mettent toujours en liquidation les entreprises déficitaires qu’ils possèdent sauf exception bizarre : les organes de presse et les médias audio-visuels.
    En conséquence, il faut admettre que le profit n’est pas la préoccupation essentielle des possesseurs de médias.

    En conséquence, outre l’instauration du RIC, il faudra créer au minimum un média audio-visuel et un média écrit libres de toutes influences afin qu’ils soient au service de l’intérêt général et qu’ils permettent au peuple de se prononcer en toute conscience des enjeux lors d’un RIC.
    Si j’ai un conseil à donner : ne faites jamais confiance aux hommes politiques pour rédiger une constitution, ils la feront toujours dans l’intérêt de leur caste et non dans l’intérêt du peuple.

    Le libéralisme économique a triomphé du communisme car le collectivisme n’a pas tenu compte des tendances majoritaires du comportement humain.
    L’égoïsme humain avec la carotte de l’enrichissement personnel sont des moteurs plus puissants que les initiatives collectivistes de partage pour qu’une communauté vive en harmonie.

    Warren Buffet a déclaré : Nous les riches menons depuis trente ans une guerre de classe et nous avons gagné cette guerre.
    Le capitalisme pendant qu’il était confronté au communisme a dû freiner son arrogance pour conserver une influence positive dans l’opinion publique en octroyant des droits aux plus faibles de la société.

    De nos jours, le capitalisme n’ayant plus aucun ennemi à sa mesure, il peut se comporter librement tel un prédateur sans morale ni éthique envers les plus faibles de la société.
    Cette liberté d’entreprendre souvent prônée par les tenants du libéralisme économique : c’est la liberté donnée aux forts pour asservir les faibles.
    En acceptant le lobbying, les hommes politiques favorisent la corruption et les intérêts privés au détriment de l’intérêt général.

    La liberté est un terme vide de sens si elle n’est pas soumise à des règles de justice.
    Dans notre société, les très riches ont bénéficiés de la liberté pour s’enrichir mais actuellement leur richesse et leur pouvoir sont tels qu’ils dominent la société et mettent en esclavage les plus faibles.

    Les 3 maximes « liberté, égalité, fraternité » de la révolution française dont nous sommes les héritiers, ne pourront pleinement s’accomplir sans la justice garantissant les droits des plus faibles.
    La fraternité ne peut s’exercer dans une communauté sans un minimum de règles de partage et de justice.

    Les hommes politiques ont été corrompus et ont laissé les puissants mettre en place des institutions européennes contraires à l’intérêt général de leur population.
    Les institutions européennes donnent des directives aux politiciens élus des pays membres pour planifier la destruction de toutes les institutions et économies publiques d’intérêt général.
    Exemples : Privatisation des autoroutes, des transports publics, des hôpitaux publics etc…

    Dans un système libéral, il faut un contre pouvoir pour limiter la force du fort face aux faibles et préserver l’intérêt général de la société.
    La carotte de l’enrichissement personnel est un vecteur de progrès positif à condition que cet enrichissement ne nuise pas à l’intérêt général.
    Aujourd’hui, la concentration des richesses par les 1% de la population est telle que leur pouvoir est sans limite et ne redoute plus aucune institution démocratique.
    Le mouvement « Occupy Wallstreet » avait dénoncé ce scandale planétaire concernant les 1% qui s’accaparent la majorité des richesses mondiales produites, mais a échoué pour y mettre un terme faute d’une stratégie simplifiée avec des objectifs clairs pour y remédier.

    Dans les médias «mainstream » on ne discute jamais de l’origine et du fond des problèmes de la société mais uniquement de la forme et de ses conséquences accessoires.
    Actuellement le libéralisme impose la mise en concurrence des travailleurs des pays dits développés avec les travailleurs des pays du tiers monde. Ceci a pour conséquence : la destruction de l’outil industriel des pays développés et le chômage de masse.
    Les multinationales sont les grandes bénéficiaires de cette liberté pour maximiser leurs profits au détriment de l’intérêt général de la société.
    Pour qu’une société puisse prospérer et vivre en harmonie : il faut une justice et des règles pour unifier la communauté et offrir à la majorité de ses ressortissants une vie d’espoir et de satisfactions et non un appauvrissement permanent sans espoir d’une amélioration.

    • plein de bonnes choses dans vos propos… mais il y a une certitude: pas de justice, d’égalité et donc de liberté avec la propriété privée (à ne pas confondre avec la « possession » cf. Proudhon…) des moyens de production, distribution et de services et avec son garde-chiourme qu’est l’État !
      Il faut se départir des deux SIMULTANEMENT ce que les marxistes n’ont jamais compris, en fait, le marxisme a été créé pour entretenir la confusion et la division.
      Faire des RIC dans une structure étatique n’est que pisser dans un violon… Il faut SORTIR de l’État des institutions et arrêter de penser qu’on peut « réformer » ceux-ci de l’intérieur, ce système est non seulement au delà de toute rédemption, mais il est fondé sur l’inégalité et la domination d’une caste au détriment de la quasi totalité des peuples.
      Pas de solutions au sein du système, il n’y en a jamais eu et n’y en aura jamais et tant que suffisamment de personnes ne l’auront pas compris, RIEN ne changera vraiment, ce ne sera que cataplasme sur jambe de bois et maintenance du consensus du statu quo oligarchique.
      Quand on analyse les initiatives pratiques de quelqu’un comme Etienne Chouard par exemple, on se rend vite compte que cela ne fait que tourner en rond en haut de la pyramide, réécrire une constitution, c’est (re)valider l’État, alors qu’il faut commencer par le démanteler. On ne doit pas se poser la question de savoir comment on va contrôler les élus et hommes politiques ou comment on va contrôler une « chambre d’élus » par une « chambre tirée au sort », c’est de la perte de temps ! Il faut partir non pas du « haut » mais du bas, il faut aplatir la pyramide, démanteler les institutions… toutes les institutions et les remplacer par des organes politiques LOCAUX fonctionnant en démocratie directe. Tout doit partir de la base, des communes qui se fédèrent en associations libres, celles-ci éventuellement se confédéreront en suivant une charte, qu’il faudra écrire oui, mais cela part d’abord des individus, des communes et des associations libres, autogérées et souveraines.
      Les règles émaneront de la loi naturelle, pas besoin de 50 000 lois pour réglementer une société, le « droit » (romain, pénal etc etc…) est un frein à la liberté. Une imposition de caste qui ne sert que les privilégiés d’un système…
      Beaucoup à dire sur le sujet, mais quoi qu’il en soit, penser qu’on peut réformer le système est un leurre, une illusion de plus que l’oligarchie fait passer.

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