Résistance politique: Pour ne pas oublier l’Espagne 1936… Une nouvelle organisation politique et sociale qui fit trembler les instances étatique en Europe

“Mais heureusement il existe aussi une façon d’imaginer le socialisme tout à fait différente. Ce qui attire le commun des humains au socialisme, ce qui fait qu’ils sont disposés à risquer leur peau pour lui, la “mystique” du socialisme, c’est l’idée même d’égalité ; pour l’immense majorité des gens, le socialisme signifie une société sans classes ou il ne signifie rien du tout. Et c’est à cet égard que les quelques mois passés dans les milices ont été pour moi d’un grand prix. Car les milices espagnoles, tant qu’elles existèrent, furent une sorte de microcosme d’une société sans classe.”

~ George Orwell ~

Souvenons-nous des compagnons espagnols (1936-39) et avant eux des makhnovistes ukrainiens (1918-1923), des révoltés de Kronstadt (1921) du mouvement ouvrier expropriateur italien (1920) tous trahis par les étatistes communistes larbins du système de marché en place et avant eux, des Communards de Paris (1871) trahis et quasi-exterminés par une république dite “modérée”. Ces évènements historiques devraient faire comprendre à tout à chacun que l’État organisé, monarchiste, républicain, fasciste brun ou fasciste rouge, est prêt à tout pour préserver le statu quo oligarchique dont il est le cerbère pour ses maîtres de la haute finance et de la grosses industrie transnationales et que l’intérêt général n’est en AUCUN CAS son objectif politique et social, mais qu’au contraire tout est mis en œuvre pour le maintien des privilèges du plus petit nombre.

¡Ya Basta!

~ Résistance 71 ~

 

Un dimanche de la vie, la révolution espagnole 1936-39

 

Olivier Pinalie

 

Extraits tirés de son livre éponyme, Editions du Monde Libertaire, 2006

 

~ Compilation de Résistance 71, Avril 2016 ~

 

1ère partie “La nouvelle organisation sociale”

2ème partie “La trahison communiste”

 

Passé sous silence

 

La guerre d’Espagne demeure une référence de l’histoire du XXème siècle. Le signe avant-coureur d’une catastrophe, la porte de l’enfer. Répétition du prochain conflit mondial, elle précipite la stratégie militaire vers la guerre totale et l’issue des armes, installe une dictature en Europe pour près de quarante ans,

La guerre civile devient ainsi un combat exemplaire et l’Histoire perpétue le souvenir du sursaut héroïque des combattants républicains refoulant obstinément les troupes fascistes devant Madrid, ¡No Pasaran! Mais cette histoire qui comble nos regrets et nos faiblesses est une fiction idéale. En nous présentant d’abord la guerre civile comme un affrontement entre le république et le fascisme, elle falsifie la réalité, en assimilant ensuite l’antifascisme au sentiment national républicain, elle dévoie le sens de la guerre. La lutte contre Franco, emmenée par les travailleurs, le fut au nom de la révolution sociale.

[…] La révolution est devenue “le détail de” la guerre d’Espagne et cette guerre elle-même, un simple prélude à notre propre histoire (la seconde guerre mondiale), perdant du même coup toute sa complexité. Les livres d’histoire ont consacré la disparition de la révolution, prouvant une fois de plus s’il en était besoin, que l’ambition de la “société du spectacle” est de nous faire oublier toute connaissance objective. Le mépris général pour “l’esprit historique” est une conséquence de ce désastre dont nous pouvons mesurer les effets chaque jour dans nos vies.

[…] Cette illusion rétrospective dissimule mal nos propres lâchetés. L’abandon par la France du Front Populaire de son alliée espagnole et la politique de non-intervention préfigure l’esprit des accords de Munich. Devant l’évidence de l’agression fasciste, l’Europe se tait, feignant de croire à un accord de paix. La guerre d’Espagne ne servit de leçon à personne, sauf pour l’Allemagne et l’Italie.

[…] Le mouvement populaire espagnol qu’inspirent et animent les anarchistes montre alors de telles ressources pour organiser en peu de temps une société nouvelle qu’il dépasse le seuil de l’anecdote pour s’imposer comme une véritable alternative révolutionnaire. Mais cette expérience extraordinaire ne se poursuivra pas au delà de 1938 et ce bref tour de magie palpite désormais comme une éternelle apologie de l’insurrection populaire.

La révolution subit bientôt ce sort singulier d’être anéantie par l’effort de guerre du Front Populaire, c’est à dire par ses propres alliés, plutôt que par l’armée franquiste.

[…] En France, alors que les ouvriers apportent un soutien enthousiaste à la révolution espagnole, voilà comment Maurice Thorez, SG du PCF, juge les évènements : “Les anarchistes ne cherchent pas à lutter contre les fascistes, mais à manifester leur animosité contre les communistes et l’URSS. Ils prêchent la collectivisation, ce qui est un crime.” Cette version est mot pour mot conforme à la propagande de l’époque. Le gouvernement républicain et la presse communiste espagnole ont dissimulé une réalité trop exaltante en réduisant la vérité à des informations sommaires, dénonçant la révolution comme un foyer d’idéalistes qui promettent la victoire, ou la discréditant en la présentant comme une série de crimes sordides. Ils ont entrepris dès le début de la guerre de dissimuler puis de réprimer la révolution avant de la faire échouer en se servant de l’organisation militaire comme un prétexte. Ces luttes intestines entre ceux que l’on appelle pudiquement “les républicains” pour ne pas avoir à rappeler la grosse participation anarchiste, vont peser lourdement sur le sort de la guerre.

[…]

L’Espagne libertaire

La transition révolutionnaire n’a pas eu de modèle univoque et si certains villages se sont imposés un système ingénu, les collectivités n’ont jamais tenté de restaurer un passé communautaire ancestral, rétrograde et anti-moderniste.

[…] Les anarchistes espagnols ne sont pas des cadres doctrinaires mais des intellectuels, des paysans et des travailleurs syndiqués, tous impliqués dans la vie sociale. Leurs idées libertaires s’accommodent de la réalité pour développer souvent une réelle efficacité productive. Les structures collectives autogestionnaires varient d’un village à l’autre et si les nouveaux comités recourent à l’expropriation des grands domaines, ils tolèrent néanmoins la co-existence de la petite propriété.

[…]

Le modèle espagnol

A la veille de la guerre civile, la situation en Espagne est difficilement compréhensible pour le reste de l’Europe. C’est un pays souvent mal connu, qu’on considère souvent comme “arriéré”, vivant replié sur ses traditions féodales (la constitution de 1931 étant pourtant une des plus progressistes de son temps, qui donne le droit de vote aux femmes…). L’Espagne est un pays très différent du reste de l’Europe.

[…] L’Espagne vit, de plus, une sorte de bipolarisation sociale qui excite la crise. La classe dirigeante qui représente 1% (ou moins) de la population gère les affaires du pays sans aucune concessions aux travailleurs. La bourgeoisie se trouvant incapable de jouer son rôle historique de lien social, les classes populaires se sont repliées sur leurs propres structures.

[…] Cette opposition radicale aux classes dirigeantes crée une culture propre à la classe ouvrière et détermine le caractère affectif de l’engagement politique des Espagnols. Ils n’ont pas le choix. L’agriculture représente en tant qu’activité économique principale du pays, plus de 50% du revenu national et presque les deux tiers des exportations, avec 70% de la population vivant de la terre (Note de R71: la situation n’est pas si différente en France qui est demeuré un pays essentiellement rural jusqu’aux années 1950-60). La division de la terre est le premier facteur d’inégalité sociale et déséquilibre toute l’économie espagnole.

[…] Le monde rural est totalement soumis aux caciques qui exercent pour le compte des grands propriétaires, une autorité directe sur les paysans. De leur côté, l’administration et la garde civile signalent et répriment toute occupation illégale des terres. Lors des élections, ces hommes de main dissuadent toute opposition ou bien assassinent simplement les récalcitrants. Le système d’inégalité se reproduit, intact.

L’église, recours traditionnel des classes populaires, qui maintenait la cohésion sociale sinon une véritable identité nationale, a perdu peu à peu son ascendant. Alors qu’au début du XIXème siècle, des prêtres conduisaient la guérilla contre l’armée française, moins d’un siècle plus tard, une grande majorité de la bourgeoisie libérale et des classes populaires a perdu la foi. Le courant rationaliste qui marque le reflux du catholicisme dans toute l’Europe et la rigueur du clergé espagnol qui met à l’amende les passants qui ne s’agenouillent pas lors des processions solennelles, ne sont pas les raisons principales de l’athéisme espagnol.

Les autorités ecclésiastiques ont choisi leur camp. L’église est l’un des plus gros propriétaires terriens de l’Espagne (Note de R71: pas qu’en Espagne du reste…). Ses biens représentent une fortune jalousement gardée et discrètement administrée. Elle exerce le monopole sur l’enseignement et ses positions réactionnaires la portent à défendre systématiquement propriétaires, aristocrates et députés conservateurs. Les principaux ordres négligent les œuvres sociales pour investir dans l’industrie et la banque, tandis que dans les paroissses, les prêtres condamnent violemment les mouvements sociaux autant que le réformisme le plus timide.

Lorsque Franco déclenche l’insurrection, l’église prend massivement son parti, jusqu’à soutenir activement les militaires. Des couvents et des monastères sont transformés en arsenaux, on tire même depuis les églises. En fait l’épiscopat espagnol tout entier s’engage dans la guerre, invoquant une véritable condamnation théologique de la République pour exhorter les soldats nationalistes à la guerre sainte et légitimer les massacres de la répression au nom de la foi catholique. (Note de R71: N’oublions pas que l’inquisisition espagnole n’a officiellement cessée que depuis 1834 c’est à dire moins de 100 ans auparavant. Quand les prêtres menaient la guérilla contre les armées napoléoniennes, l’Espagne était toujours sous le pouvoir inquisitorial…). A Palma de Mojorque, l’évêque local bénit les mitrailleuses et les bombardiers italiens avant l’attaque.

[…] Seul le clergé basque, traditionnellement attaché à ses paroisses populaires, reste fidèle à la République. Les prêtres basques enverront même une requête officielle au Saint Siège pour que celui-ci évite de prendre part au conflit. Requête inutile puisqu’en Mars 1939, le pape enverra un télégramme de félicitations à Franco. En Espagne, l’église est bien un appareil d’état et cet État, le peuple espagnol ne le reconnaît plus comme sien.

L’industrie n’échappe pas au monopole des classes dirigeantes. Elle s’est ouverte au capital international. Le roi Alphonse XIII par exemple, sans aucune concertation, mais contre une très large commission et un téléphone en or, octroie la concession d’exploitation des téléphones madrilènes à la International Telefon and Telegraph Company (Note: l’IT&T américaine).

Ce sont en majorité des trusts anglo-saxons qui gèrent l’industrie espagnole. Ce lobby industriel prend fait et cause pour Franco et défendra la politique de non-intervention qui isolera la république durant la guerre. (Note de R71: ce même lobby industrio-financier anglo-saxon finance également Hitler et Mussolini et avait financé Lénine et Trotsky auparavant…)

Le mouvement ouvrier et l’anarcho-syndicalisme

En Octobre 1868, lorsque Fanelli, l’émissaire de Bakounine arrive en Espagne, le peuple espagnol a déjà pris conscience de ce violent antagonisme de classe… Ses propos frappent par leur inovation: “Tout exercice de l’autorité corrompt et toute soumission avilit” dit-il. La pensée de Bakounine trouve un écho familier chez les Espagnols qui subissent une domination sans partage et entretiennent un idéal de liberté absolue. Ils se découvrent une affinité évidente avec les thèses de l’Anarchie et dès l’année suivante, ils créent une section espagnole de l’Internationale dont le tout premier congrès réunit plus de 40 000 personnes. Le mouvement prend un essor rapide et en 1891, les anarchistes espagnols reçoivent l’anarchiste italien Errico Malatesta à Madrid. […] Les mouvements gagnent les campagnes aussi bien que les grands centres industriels Les réactions populaires sont parfois violentes, désordonnées, mais aucune répression ne vient à bout de l’agitation qui traverse le pays.

[…] Le mouvement ouvrier se dessine peu à peu, le parti socialiste est fondé en 1879, suivi en 1888 par la centrale syndicale socialiste de l’U.G.T ou Union General de los Trabajadores (Union Générale des Travailleurs). Le mouvement anarchiste, le plus souvent illégal, existe sous différentes appellations avant le congrès des Beaux-Arts qui créent officiellement la CNT en 1910 (Confederacion Nacional del Trabajo ou Confédération Nationale du Travail). La CNT se définit sur le modèle du syndicalisme français de la charte d’Amiens (1906) qui propose le syndicat comme un moyen de lutte contre l’État et la bourgeoisie ainsi qu’une base structurelle pour l’organisation de la future société révolutionnaire. Mais la CNT se démarque de son modèle français. Il s’agit d’une centrale syndicale dont les structures originales et l’objectif politique, le communisme libertaire, marque la naissance de l’anarcho-syndicalisme. Le communisme libertaire se donne pour but l’organisation d’une société sans classes et le fonctionnement de cette société sur la base du fédéralisme et de la libre et nécessaire association. Ses membres sont des ouvriers et paysans dont aucun des représentants n’est appointé. La CNT vit grâce aux cotisations et aux dons de ses adhérents. En 1924, un groupe d’anarchistes parmi lesquels on reconnait Buenaventura Durutti, attaque la banque de Gijon et s’empare de 650 000 Pesetas. Quant aux fédérations locales les plus démunies, comme celle d’Andalousie, elles sont dispensées de cotisations. La fédération est organisée en groupes locaux où l’on se réunit par affinités ; ainsi nul groupe n’exerce de pression sur ses membres.

[…] Dès le début du mouvement anarchiste en Espagne, les fédédérations andalouses, malgré leur isolement et leur manque de moyens, décident de passer à l’action. Pendant près de 60 ans, ses militants vont harceler le gouvernement sans désarmer. En 1880, le fisc ordonne la saisie de lopins de terre, provoquant une réaction immédiate des paysans. Des incendies ravages les vignobles des grands propriétaires de la région de Xérès. On compte une quinzaine de soulèvement dans toute la province. Une imprimerie clandestine est découverte à Malaga. En 1882, la fédération andalouse recense 300 047 affiliés. Devant la recrudescence de l’action directe, le gouvernement invente alors le complot imaginaire d’une organisation anarchiste fictive, la “Mano Negra”, pour justifier de la répression systématique. (Note de R71: déjà une action typique sous “faux-drapeau” pour justifier de la répression et de la suppression de libertés individuelles au profit de la “sécurité”, mise en danger par l’État lui-même…) Des exécutions ont lieu dans toute l’Andalousie sans parvenir à décourager l’opposition. En 1892, à Jerez de la Frontera, les paysans prennent la ville aux cris de “¡Viva la Anarquia!” Ils sont massacrés par l’armée. Pourtant, ni la vigilance de la police, ni les renforts de troupes ne peuvent empêcher le cycle des grèves de recommencer. L’Andalousie est paralysée par une série de grèves entre 1903 et 1905 puis entre 1917 et 1919.

Les milieux anarcho-syndicalistes portent la contestation à tous les secteurs de l’économie et animent bientôt le mouvement politique le plus puissant d’Espagne. En 1918 plus de 50 villes andalouses possèdent leur propre journal libertaire et la CNT publie 6 quotidiens à Barcelone, Bilbao, Madrid, Saragosse, Valence et Séville. Dans les villes, des écoles libres sont fondées par Francisco Ferrer, qui sera exécuté en 1919.

[…] Les anarchistes deviennent ainsi l’obsession ultime du gouvernement. Sous le règne d’Alphonse XIII (1902-1923) puis sous la dictature de Primo de Rivera (1923-1930), comme sous la république, la CNT devient la cible privilégiée de la répression. La prison devient un moyen de la formation politique des militants. En 1933 il y a plus de 9000 militants anarchistes en prison, ceux-ci forment des comités de défense et d’analyse politique dans les prisons. Dans la lutte contre le gouvernement, la violence atteint son paroxysme dans les années 1920. En effet, le patronat a maintenant recours à des gangs de “pistoleros” pour terroriser les militants syndicaux. A Barcelone, entre 1917 et 1922, on compte 1472 attentats mortels, dont contre 753 ouvriers, 112 policiers, 95 patrons, 52 contre-maîtres. Plusieurs responsables importants de la CNT sont assassinés dont Salvator Segui en 1923.

Cette lutte incessante et dangereuse accuse un peu plus le différend qui oppose les deux tendances de la CNT. Si tous ont accepté d’adhérer à l’AIT anti-autoritaire (Association Internationale des Travailleurs) depuis l’exclusion de Bakounine et des anarchistes de l’Internationale et condamnent la dérive autoritaire du régime stalinien, l’activité intérieure de la Centrale syndicale ne fait plus l’unanimité.

[…] En 1927, des anarchistes espagniols et portugais créent la FAI (Federacion Anarquista Iberica), comme un pendant théorique de la CNT syndicaliste. Cette organisation va très rapidement cristalliser la haine et les fantasmes les plus noirs du gouvernement espagnol et de la bourgeoisie. Mais la CNT reste fidèle à ses principes et c’est sous le sigle combiné de CNT/AIT que les deux organisations continuent la lutte révolutionnaire. Le débat n’en est pas pour autant clos entre les anarchistes. Certains militants de la FAI comme Buenaventura Durutti et Diego Abad de Santillan, remettent en cause le syndicalisme anarchiste. Le syndicat n’est-il pas une forme de “législation de la classe ouvrière” ? Comme tel, le syndicat a donc d’une manière ou d’une autre partie liée avec le pouvoir. Son rôle de médiateur entre les ouvriers et le patronat l’oblige à une conciliation dans les conflits sociaux. Or, cette situation, même si elle peut se retourner parfois à l’avantage des ouvriers, retourne aussi le syndicat en instrument de la domination bourgeoise, car il y perd son objectif révolutionnaire. Durruti critique cet effet pervers normatif du syndicat sans pour auant quitter la CNT où sa personnalité représente pour de nombreux militants, la garantie d’un syndicalisme intransigeant et anti-autoritaire.

[…]

De la république éphémère au Front Populaire

En 1931, des élections portent enfin la république au pouvoir. Mais le nouveau gouvernement ne s’engage que timidement sur la voie des réformes. Les paysans qui espèrent la confiscation des grands domaines et une répartition plus équitable des terres sont déçus. Aucune législation du travail ne vient alléger le sort des ouvriers. Les émeutes et les grèves reprennent, réprimées avec la même brutalité.

[…] En 1934, c’est le soulèvement des mineurs des Asturies. Pendant une semaine la république des travailleurs devient une réalité, mais l’armée intervient et malgré les promesses faites aux insurgés qui se rendent, les mineurs sont exécutés en masse. Un jeune général s’illustre au cours de cette campagne, Francisco Franco Bahamonde. Le martyr de la “commune des Asturies” choquent profondément les Espagnols, renforçant la cohésion des mouvements populaires.

Sur la base du slogsan U.H.P (Unidos Hermanos Proletarios) l’opposition se regroupe en préparation des élections a venir.

[…] En rompant avec sa tradition apolitique, la CNT n’a donné aucune consigne d’abstention à ses militants. La plupart d’entre eux ont voté pour la coalition du Front Populaire sur la promesse d’une libération immédiate des prisonniers politiques. En 1936, La CNT est la première formation politique en Espagne. L’UGT compte 1 447 000 adhérents, le Parti Communiste espagnol ne compte que 133 000 adhérents et la CNT en a 1 577 000 sur une population de 23 millions d’Espagnols à l’époque. Ceci a donné la victoire électorale au Front Populaire.

[…] La démocratie bourgeoise issue des élections va pourtant reproduire les mêmes erreurs que le gouverneent républicain précédent. Elle recrute parmi les travailleurs des leaders réformistes et néglige toujours d’entreprendre des réformes en profondeur de la société espagnole. Rapidement la situation sociale lui échappe complètement et dans un effort désespéré pour enrayer les grèves générales et leur mouvement de fond, elle envoie la police arrêter les grévistes. La grève est déclarée illégale et toutes les maisons des syndicats sont fermées. De son côté la droite conclut que la démocratie est intolérable et prépare le soulèvement militaire.

[…] Le 17 Juillet 1936, le soulèvement annoncé éclate à Melilla au Maroc espagnol. L’armée et les troupes coloniales s’emparent de tous les points stratégiques de la colonie. Quelques heures plus tard alors qu’il est déjà maître du Maroc, Franco fait une déclaration solennelle (Note de R71: le tristement célèbre “Pronunciamento”) à la radio qui est retransmise sur le continent. Il proclame la loi martiale sur tout le territoire espagnol. Le mot de passe de l’insurrection passe très rapidement à travers la péninsule et les garnisons se soulèvent à leur tour.

[…]

La guerre et/ou la révolution

[…] La CNT lance un mot d’ordre de grève générale et contournant la censure, adresse des instructions précises aux militants de toutes les fédérations.

[…] La révolution espagnole excède le sens ordinaire des évènements, car c’est une tentative des travailleurs pour rompre justement avec le sens de l’Histoire, avec la fatalité de l’origine qui condamne le peuple à obéir toujours.

LE DIMANCHE 19 JUILLET 1936, LE PEUPLE EN ARME DECIDE QUE CE DIMANCHE SERA LE DERNIER ET QU’IL DURERA TOUJOURS…

Comme dans un roman de Raymond Queneau où les personnages se rencontrent toujours après la “fin de l’histoire”, le peuple espagnol entend désormais “vivre libre”.

[…] Les anarchistes qui sont peu habitués au jeu politique au sein des structures bureaucratiques dont ils sous-estiment l’importance, n’envisagent pas la prise du pouvoir comme l’exercice d’une domination, mais comme une nécessaire association. La prise de pouvoir ne représente rien en soi sans un consentement et une participation de masse. Il y a donc de leur part, une volonté de rompre avec le pouvoir traditionnel en ouvrant le dialogue, mais aussi un grand manque d’habitude du jeu politique dangereux. Car dans ces circonstances où l’adversaire se présente comme un allié, cette conception anti-totalitaire et fondamentalement démocratique les met à la merci de l’opposition.

Le POUM (Partido Obrero de Unificacion Marxista), né d’une scission de la dissidence communiste d’inspiration trotkiste, a été fondé en 1936 par Andrès Nin et Joaquin Maurin. C’est le seul parti à mettre en garde la classe ouvrière contre la collaboration. Dès le début du conflit, le POUM milite pour une victoire sans concession de la révolution.

[…] L’Espagne se divise en deux blocs géographiques adverses.

[…] L’armée débarque donc en Andalousie où le général Queipo de Llano est déjà maître de Séville. Elle se déploie sur la plus grande partie de la province n’y rencontrant que des paysans armés de fusils de chasse et de fourches qui ne peuvent resister à une telle offensive. Les militaires occupent villes et villages, se livrant à une répression systématique. Les combattants sont exécutés sommairement tandis que l’on traque les militants syndicaux et les sympathisants républicains. Des listes noires, savamment établies avant la guerre, servent à l’épuration.

Georges Bernanos qui séjourne alors à Palma de Majorque (aux îles Baléares) est bouleversé par l’ampleur de la répression. Catholique et monarchiste, il est plutôt favorable au début aux nationalistes, mais il est très vite écœuré par la bonne conscience avec laquelle les militaires franquistes assasinent des innocents. A Palma, des camions militaires attendent les paysans au retour des champs.

Note de R71: Tout comme durant la semaine sanglante de la Commune de Paris de 1871, ou la répression sanguinaire par les bolchéviques de la jeune URSS de l’insurrection de Kronstadt, répression à laquelle Trotski, agent prouvé de Wall Street, participa activement en tant que chef de l’Armée Rouge, les États, quels qu’ils soient, répriment sauvagement ceux qui ont “osé défier” le statu quo oligarchique. Tout comme la torture, les massacres servent autant à punir qu’à tenter de dissuader le peuple de recommencer et pourtant… il recommence et un jour, il n’aura plus à le faire parce que la victoire de la révolution sociale sera établie. Celle-ci ne viendra pas par les armes, mais par l’avènement de la “société des sociétés” organique des associations libres confédérées, qui rendra l’État et ses institutions répressives et archaïques totalement obsolètes.

Comme le disait Victor Hugo: “Rien n’arrête une idée dont l’heure est venue.Jusqu’ici, il n’y a pas eu de “révolution”, il n’y a eu que des brouillons. Il n’y en aura qu’une et ce sera la bonne !

Rien qu’à Séville, un mémoire du collège des avocats cité par Peirats déclare que 9 000 ouvriers ont été victimes de la répression. Dans son fief andalou, Queipo de Llano a radicalisé les nouvelles dispositions répressives prévues par la junte militaire. Les tribunaux d’exception qui continueront de fonctionner pendant toute l’après-guerre appliquent une justice arbitraire et expéditive qui décime l’Espagne.

Arthur Koestler qui sera arrêté lors de la chute de Malaga témoignera de la terreur quotidienne qui règne dans les prisons franquistes.

En 1939, près de 100 000 prisonniers politiques ont déjà été passés par les armes. Le régime franquiste ne se débarrassera d’ailleurs jamais de cette hystérie meurtrière puisqu’en 1974, soit un an avant sa mort, Franco continuait de faire garrotter ses opposants politiques.

[…] De façon tout à fait imprévue, c’est le coup d’état qui a donné l’impulsion décisive, le signal de la révolution espagnole. L’insurection (de l’armée) provoque en effet une prise de conscience d’une partie de la classe ouvrière encore confiante dans le Front Populaire, réuinissant en même temps les conditions favorables à la prise du pouvoir.

[…] L’expérience de la lutte clandestine a permis aux anarchistes de réagir rapidement à l’insurrection en organisant une véritable guérilla urbaine. Grâce à cette structure clandestine, La CNT tenait des informateurs au sein même de l’armée qui ont pu prévenir rapidement les comités de quartiers. Les militants cénétistes ont joué un rôle décisif dans l’organisation rapide de la résistance, dont la mobilité et la détermination a surpris les militaires espagnols.

[…] En Août 1936, un responsable de la CNT, Diego Abad de Satillan échaffaude un plan pour détourner une partie de l’or de la banque d’Espagne, mais devant l’opposition catégorique de la direction, il renonce à son projet. Ce respect de l’institution bancaire nous rappelle un précédent célèbre. En 1871, les ouvriers de la Commune de Paris avaient eux aussi épargné la Banque de France.

[…] La plupart des militaires et de nombreux fonctionnaires de l’administration ont rejoint les rebelles. La police et les institutions sont paralysées. Aristocrates, propriétaires, commerçants, bourgeois se sont enfuis ou se cachent, abandonnant leurs biens. Les capitaux ont déserté l’Espagne et les chancelleries européennes submergent le gouvernement espagnol du Front Populaire de réclamations, exigeant des garanties sur leurs investissements. Le gouvernement a perdu toute autorité.

[…] Il y a bien une imposture délibérée à commémorer la guerre d’Espagne comme une lutte exemplaire contre le fascisme sans évoquer l’idéal de ces hommes et de ces femmes qui ont combattu et sont morts sans distinguer la guerre de la révolution. George Orwell qui a rejoint une colonne du POUM témoigne de cette volonté inouïe de tout changer tout de suite: “On s’était efforcé de réaliser dans les milices une sorte d’ébauche de société sans classes. Bien sûr ce n’était pas l’égalité parfaite, mais je n’avais encore rien vu qui s’en rapprochât autant et que cela fût possible en temps de guerre n’était pas le moins surprenant ; car les milices espagnoles tant qu’elles existèrent, furent une sorte de microcosme de la société sans classes.”

 A suivre…

2 Réponses to “Résistance politique: Pour ne pas oublier l’Espagne 1936… Une nouvelle organisation politique et sociale qui fit trembler les instances étatique en Europe”

  1. Pour l’anniversaire de Thomas Jefferson, voici quelques-unes de ses plus prophétiques déclarations.

    http://lesakerfrancophone.fr/pour-lanniversaire-de-thomas-jefferson-voici-quelques-unes-de-ses-plus-prophetiques-declarations

    • Thomas Jefferson était un esclavagiste comme la grande majorité des « founding fathers ». C’est sous sa présidence que s’intensifia les vols des terres natives. En 1807 il donna des instructions spécifiques à son ministère de la guerre (et oui c’était le nom… le « War Department ») d’exterminer toute nation indienne qui résisterait à la saisie de leurs terres, il déclara « Nous ne laisserons pas tomber la guerre tant que la nation ne sera pas exterminée ou repoussée au-delà du Mississippi… Dans une guerre contre les Indiens, ils tueront quelques-uns d’entre nous, nous les exterminerons tous !… »
      Marrant comme les gens ne veulent retenir que ce qui les arrange chez ces « grands » hommes.
      Jefferson n’est qu’une des ordures qui programma l’impuissance et le muselage des citoyens de son pays usurpé et bâti sur les terres indiennes volées ! Cet héritage perdure aujourd’hui.

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