D’hier à aujourd’hui… Le pouvoir de dire Non ! à l’occident colonial…

Quand on refuse on dit non ! De Lumumba à Cheikh Anta Diop

Moulzo

9 Avril 2016

url de l’article original:

http://www.afriquesenlutte.org/communiques-luttes-et-debats/livres-etudes-debats/article/quand-on-refuse-on-dit-non-de

 

Le discours du 30 juin 1960 de Patrice Lumumba devant le roi des Belges restera à jamais gravé dans les mémoires. Il déclare sans faillir et sans faire de courbettes à l’oppresseur : « Cette indépendance du Congo, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle, nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang. Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable, pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force. » Lui aussi paiera cher cet affront. Assassiné par l’impérialisme américain et belge. Lumumba avait dit non ! Parce qu’il refusait que l’oppresseur s’approprie la victoire des Congolais.

« Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », avait lancé Ahmed Sékou Touré au général De Gaulle, le 28 septembre 1958, à l’occasion du référendum sur le projet de Constitution proposé par De Gaulle, pour l’établissement d’une Communauté franco-africaine. La Guinée est ainsi le seul territoire, parmi les colonies françaises d’Afrique, à prendre le chemin de l’indépendance. Celle-ci sera prononcée le 2 octobre 1958. La Guinée avait dit non pendant que Senghor, Houphouët-Boigny et tous les autres acceptaient le piège tendu par la France. L’histoire retiendra que De Gaulle en oublia sa casquette et la vengeance de la France fut immédiate : le retrait de toute l’administration française. Ahmed Sékou Touré était certes un homme courageux, un homme d’honneur mais à cause des attaques répétées de la France et de ses valets contre le peuple guinéen, il est devenu paranoïaque enfermant les opposants politiques au tristement célèbre camp Boiro.

Frantz Fanon aussi avait dit non ! Non à la colonisation française, lui qui avait choisi le camp de ceux et celles qui combattent pour leur liberté. Fanon était-il français, martiniquais ou algérien ? Certainement les trois à la fois et même plus que ça d’ailleurs. Fanon n’avait pas de patrie ou alors sa patrie était celle de tous les damnés et les opprimés de la terre. Il avait choisi d’être algérien pour se battre contre la colonisation et les injustices qui en émanaient mais il aurait tout aussi bien été congolais s’il avait été témoin sur place de l’injustice coloniale ou encore indochinois. L’auteur de Peau noire, masque blanc (1952) », l’An V de la révolution algérienne (1959), les Damnés de la terre (1961), Pour la révolution africaine (1964) était avant tout un homme d’action, un homme de dépassement, un sans-patrie, bref un homme au sens le plus global de ce terme, un homme intégral.

L’œuvre de Cheikh Anta Diop contribua à la reconnaissance d’une Égypte pharaonique nègre, bien que les égyptologues européens de l’époque aient eu beaucoup de mal à l’admettre. Il était effectivement bien difficile d’accepter que les maîtres des pyramides, de calculs mathématiques si complexes, qui ont enseigné la géométrie à Pythagore et à Thalès puissent être de la même couleur noire que ceux-là même qu’on domine et colonise, en prétendant leur apporter la civilisation. Comment admettre en effet que Ramsès II, Toutankhamon et Akhenaton soient des nègres…

Et pourtant, les démonstrations de Cheikh Anta Diop sont claires comme l’eau de roche. « Pour nous, écrit Cheikh Anta Diop, le retour à l’Égypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. Loin d’être une délectation sur le passé, un regard vers l’Égypte antique est la meilleure façon de concevoir et de bâtir notre futur culturel. L’Égypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale ». Cheikh Anta Diop a su aller à contre-courant de la pensée coloniale dominante, redonnant à l’Afrique ses lettres de noblesse. Il a su dire non à ceux qui véhiculaient une image fausse du Nègre pour le dominer encore plus.

Oui, quand on refuse on dit non !

13 Réponses to “D’hier à aujourd’hui… Le pouvoir de dire Non ! à l’occident colonial…”

  1. Oh pétard, ça fait mal… Souvent vous affirmez que nous sommes tous colonisés, et nous le sommes assurément.

    Cette lecture m’a remis en mémoire, votre traduction de MNN du 24/02/2016 qui appelait les colons zuniens et canadiens à s’émanciper de l’esclavage mental et sur laquelle je m’étais appuyée pour en appeler aux colons de la terre à faire de même ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/04/aux-colons-de-la-terre/

    L’affirmation d’un membre du conseil de la Nation Déné en 1960 m’a fait penser à cette traduc :

    « Vous, les hommes blancs, êtes extrêmement arrogants. Vous pensez être responsables de l’extinction de différentes formes de vie sur Terre. Avez-vous jamais considéré le fait que peut-être ces formes de vie ne voulaient simplement pas vivre avec vous ?.. »

    Je suis un peu hors sol actuellement, et je trouve l’ambiance générale trop bizarre. Perso, je maitrise plus rien, je me laisse porter, ou trainer plutôt. Envie de m’allonger par terre et d’attendre la fin… JBL

    • Oulala, calme toi, çà va bien se passer. C’est pas le moment de mollir…😉

      • Confrontée au réel, n’étant qu’une invisible, le sachant, l’assumant, je me fais piétiner la tronche sans pouvoir rien dire, rien faire. Je connais le sentiment de se faire mépriser par les gens qui se croient supérieur à vous juste parce qu’ils sont « propriétaires » comme je l’avais expliquée dans le billet la maison qui pue… J’étais bien en-deçà de la réalité, dans les faits, on se fait piétiner par tout le monde. Et y z’y prennent un plaisir visible. Même si pas envie de mollir ; Le lattage est difficile à encaisser et à surmonter.

        • Imagine l’eau sur les plumes d’un canard… ce ne devrait pas être différent, l’âge aidant…

        • Un passant Says:

          Mais l’Humain lui a besoin de plumes… et d’un toit pour dormir!

        • on utilisait cela comme métaphore… l’eau glisse sur les plumes du canard et ne l’affecte pas.😉

        • Un passant Says:

          J’avais bien compris votre métaphore, elle est applicable à l’humain si celui-ci a atteint un certain niveau de sagesse. Mais il y a parfois des contingences matérielles qui renvoient au second plan ces considérations hautement philosophiques, hélas. Courage à tous, aplus…

        • oui, on comprend bien.

        • Un passant Says:

          L’ambiance à Bruxelles, le titre suffit, j’ai même pas lu le reste (anxiogène… et y’en a marre), et je vs laisse apprécier la photo des « vigiles » ou des cerbères pr reprendre un terme mythologique!
          http://www.lesoir.be/1185371/article/economie/2016-04-19/l-ocam-craint-l-arrivee-nouveaux-combattants-daesh-en-belgique

        • Gouverner par la peur = tyranniser, c’est tout ce que l’État peut faire à des degrés différents selon ses besoins. Il est plus que temps de dire NON ! et de se départir de cette fumisterie à n’en plus finir !

        • Parfois, même avec l’expérience, et un cerveau en état de marche (enfin, je crois) le rapport de force évidemment inégal, puisque dans ce système là, c’est le possédant qui vous regarde de haut et qui pèse de tout son poids sur vous et vous fait boire la tasse. D’autant qu’il ne fait pas que vous vous regardez de haut. En fait, je l’ai déjà dit, mais on est au 19ème siècle pour le moins dans la tête des propriétaires. Y nous considère comme des gueux. Et l’on ne peut rien faire, rien dire, juste ce faire insulter. Ce qui n’est pas grave en soit ; Sauf, que l’on sent l’utilisation du pouvoir du possédant et que pour nous, dans les 2 cas ici, on a senti le vent du boulet passer très près de nos têtes. Et c’est pas fini… Souvent, dans mes billets je signe l’invisible JBL et bien cela n’a jamais été plus vrai, dans cette société-là. Se le faire imprimer sur la gueule en live, croyez-moi, ça prend une autre dimension.

        • Nous te comprenons bien. En société organique égalitaire vient le temps de l’expropriation et du juste retour des ressources à l’ensemble des populations. C’est pour cela qu’il faut mener la lutte, un peu pour nous, surtout pour les générations à venir…

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