Humain toujours humain… Un avocat en terre Navajo (Peter d’Errico)

Pratiques traditionnelles de clan Navajo

Discussion et References

Peter d’Errico

Source:
http://people.umass.edu/derrico/navajo_childhood.html

Un souvenir personnel:

J’en savais très peu au sujet des liens de parenté quand je suis devenu un avocat pour la Navajo Legal Services. Nous grandissons avec ces images de cow-boys et d’Indiens, mais nous n’avons pas la plus simple idée de ce que cela veut dire (Ah au fait, j’ai aussi découvert que les enfants Navajo jouent aussi aux cow-boys et aux Indiens. Le petit garçon du voisin annonça à son père un jour que c’était à cela qu’il jouait. Le père a souri, m’a regardé un moment, puis a dit: “et lequel es-tu?” comme s’il y avait un choix…)

Je me suis très vite rendu compte qu’il y avait de très grandes différences entre une société fondée sur le lien parental de communauté et une société fondée sur ce que j’ai appelé plus tard “l’individualisme de marché”. D’abord, les relations de parenté fournissent un contexte toujours présent pour l’action et la réflexion: Est-ce que ce que je vais faire va affecter les autres ? Qui suis-je en regard de cette personne ? Ce contexte n’est en aucun cas théorique ou abstrait, mais pragmatique et pratique. Il existe en tant que perception et conscience dans le moment, d’une manière qui est tout à fait préhensible et palpable. Je l’ai moi-même ressenti en tant que préoccupation que d’autres avaient pour moi.

Un exemple pourrait bien illuminer cette relation de parenté comme je l’ai expérimenté. Je venais juste de terminer une présenttion pour un groupe d’une communauté à Teec Nos Pas, au sujet d’une affaire impliquant leur contrôle sur une école locale. C’était probablememt la toute première fois qu’un avocat avait travaillé dans cette communauté, et certainement la toute première fois que la perspective d’un contrôle local sur l’éducation institutionnelle des enfants avait été présenté à ces parents. Plus d’un siècle de contrôle fédéral sur leurs enfants était sur le point de prendre fin.

Lorsque j’eus fini de parler, mes dires étant traduits en langue Navajo par l’avocat au tribunal tribal Navajo, plusieurs personnes commencèrent à parler. L’interprète se tourna vers moi et me dit: “Ils veulent en savoir plus.” Pensant que j’avais sans doute été trop complexe en parlant de la loi et que la nouveauté d’un avocat travaillant ici demandait plus d’explications, je commençais donc à expliquer le plan général pour les services et conseils légaux aux Navajos. L’interprète me stoppa tout net. “Non, non, ce n’est pas ce qu’ils demandent. Ils veulent en savoir plus sur vous. D’où venez-vous ? Avez-vous des frères et des sœurs ? Une famille, des choses comme çà…

J’étais estomaqué. Dans mon travail, jamais personne n’a demandé quoi que ce soit à mon sujet, de manière personnelle. Les palabres professionnels et la vie privée étaient dans deux catégories bien différentes de la réalité. Ceci n’était pas seulement une pratique commune américaine, mais fut emphatiquement stressé dans ma formation de juriste. Je me souviens de ce sentiment de choc et de surprise. J’étais embarrassé, mais j’étais aussi excité. Je savais que ces gens m’écoutaient et pas seulement comme leur avocat, mais comme être humain. J’adorais.

Dès ce moment, je fus attiré de travailler avec Frank, l’avocat/interprète autant que possible. Il y avait d’autres personnes dans le bureau avec qui je travaillais aussi et avec tous, non seulement je me suis entendu à merveilles mais j’ai appris avec eux à regarder le monde avec d’autres yeux. Mais peut-être parce qu’il était avec moi pour cette première expérience, parce qu’il était plus âgé, plus traditionnel, peut-être parce qu’il fut avec moi lorsque je fus traité comme une personne et non pas juste comme un avocat, j’essayais de travailler plus avec lui. Parfois nous devions voyager plus d’une heure ensemble pour aller à une réunion et il me parlait, me racontant les histoires des endroits que nous traversions, la vie des gens, me racontant ce que cela voulait dire d’être humain dans le monde Navajo.

Bien plus tard, lorsqu’une famille arriva chez moi un jour pour y avoir une dispute, j’ai compris ce qu’ils faisaient. Ils ne voulaient pas de mes services en tant qu’avocat, mais ma présence en tant que personne qui pourrait accompagner le conflit, un médiateur potentiel. Toute la journée, ils restèrent autour de la maison, parlant de ce qui avait déclenché leur dispute. Je n’ai jamais su de quoi il s’agissait, s’il s’agissait d’un problème légal ou quoi que ce soit d’autre, puis ils partirent. Leur présence fut un honneur et une bénédiction.

Quelques lectures:

[…]

Childhood in an Indian Village, par Wilfred Pelletier, est l’histoire de la vie dans le village Odawa de Wikwemikong sur l’île Manitoulin en Ontario. Bien que ce ne soit pas une histoire Navajo, c’est une histoire qui illumine parfaitement ce qui est propre aux sociétés claniques partout: un mode de vie où tout le monde est relié à tout le monde et à la nature. On pourrait dire inter-relié dans la nature et par la nature, les relations humaines sont NATURELLES et ne sont pas imposées par quelque chose appelé la “société”.

Parent and Child Relationships in Law and in Navajo Custom, par Leonard B. Jimson, originellement partie du comité directeur de l’école Ramah Navajo et son “approche biculturelle de l’éducation légale”, explique les différences entre les cultures familiales Navajo et anglo-saxonnes Ce travail devint une part importante de l’histoire législative de l’Indian Child Welfare Act fédéral. Il présente l’examen d’un témoin expert dans un procès en Arizona datant de 1969 dans lequel le bureau des affaires sociales tenta de mettre fin aux droits parentaux d’un père Navajo. Le témoin de l’expertise témoigna en faveur du père en disant ceci:

“Une des différences les plus signifiante entre la structure de la famille Navajo et celle de la classe moyenne américaine est la relation que l’enfant a avec un grand nombre de gens qui s’occupent de lui. En général, la relation de l’enfant avec ses oncles et ses tantes est bien plus importante dans la famille Navajo que dans la famille typique de la classe moyenne américaine. Beaucoup plus de responsabilités sont données aux autres membres de la famille étendue et il y a un attachement affectif considérable de l’enfant au groupe tout entier.” [p. 74]

References:

Brumble, H. David, III, American Indian Autobiography [Berkeley: University of California, 1988]

Dyk, Walter, Son of Old Man Hat [Lincoln: University of Nebraska, 1970]

Jimson, Leonard B., « Parent and Child Relationships in Law and in Navajo Custom, » in Unger, Steven, ed., The Destruction of American Indian Families [New York: Association on American Indian Affairs, 1977]

Pelletier, Wilfred, « Childhood in an Indian Village » [Somerville, MA: New England Free Press, undated; originally in This Magazine is About Schools, 1969]

2 Réponses to “Humain toujours humain… Un avocat en terre Navajo (Peter d’Errico)”

  1. Wouaouhh ! Hyper intéressant et enrichissant…😉

  2. […] dans le prolongement de cet appel grâce à Résistance71 qui traduit l’article de Peter d’Errico du 20/11/2016 source ► […]

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