« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 4ème et dernière partie ~

Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

Février 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

“La ‘municipalisation de l’économie’ veut dire la ‘propriété’ et la gestion de l’économie par les citoyens de la communauté. La propriété de la terre et des usines/ateliers ne serait plus privée ou d’état, mais serait mise sous le contrôle général des citoyens dans leurs assemblées. Les citoyens deviendraient les ‘propriétaires’ collectifs des ressources économiques de leur communauté et formuleraient et approuveraient la politique économique de leur communauté. Ce sera eux et non plus les capitalistes ni les bureaucrates, qui prendront les décisions de la vie politique et économique.”

~ Janet Biehl ~

 

Chapitre 6

 

[en 1848, Proudhon] a dit: “La révolution a mis fin au féodalisme, quelque chose de nouveau doit le remplacer. Le féodalisme était un ordre du domaine économique de l’État, il était un système de dépendances militaires organisé. Pendant des siècles, il a été mnimisé par les libertés, les libertés civiques ont gagné de plus en plus de terrain. Mais il a néanmoins détruit le vieil ordre et la sécurité, les vieilles associations des ligues. Quelques personnes sont devenues très riches sous cette nouvelle liberté et mobilité, tandis que les masses étaient quant à elles exposées à l’austérité, la dureté de la vie et à l’insécurité. Comment pouvons-nous à la fois préserver, étendre et créer la liberté pour tous tout en amenant la sécurité, le grand équilibre de la propriété et des conditions de vie, le nouvel ordre ?

Les révolutionnaires ne savent pas encore que la révolution mettra fin au militarisme, donc au gouvernement, que sa fonction est de remplacer la politique par la vie sociale, le centralisme politique par une unité directe des intérêts économiques, un centre économique qui ne régit ni ne règne sur personne, mais gère les affaires.

Vous, Français, êtes des petits et moyens paysans, des petits et moyens artisans ; vous êtes actifs dans l’agriculture, l’industrie, le transport et les communications. Jusque maintenant, vous avez eu besoin de rois et de leurs fonctionnaires afin de vous rassembler et de vous protéger l’un contre l’autre. En 1793 vous avez aboli le roi et l’État, mais vous avez maintenu le roi de l’économie: l’or. Parce que vous avez ainsi laissé la mauvaise fortune, le désordre et l’insécurité dans le pays, vous avez dû laisser les rois, leurs fonctionaires et leurs armées revenir. Débarrassez-vous des intermédiaires autoritaires ; abolissez les parasites ; voyez et veillez à l’unité directe de vos intérêts. Alors vous aurez la société comme héritière du féodalisme et de l’État.

Qu’est-ce que l’or, qu’est-ce que le capital ? C’est le signe d’une relation. C’est quelque chose qui existe entre les hommes. Capital est crédit, crédit est mutualité d’intérêts. Vous êtes maintenant dans une révolution, un esprit de confiance, l’exubérance de l’égalisation, le désir de parvenir au tout, ceci s’est levé parmi vous et créé pour vous-mêmes une mutualité directe. Mettez en place une institution où vous viendriez les uns vers les autres avec la production de votre travail sans parasitage, sans intermédiaires vampires. Alors vous n’aurez plus besoin d’autorité de tutelle, ni du transfert du pouvoir absolu du gouvernement politique vers la vie économique. Le but est d’assumer et de créer la liberté dans la vie économique et publique et de veiller à ce qu’il y ait une égalisation afin d’abolir l’austérité, l’insécurité et la propriété, qui n’est pas la propriété des choses, mais la domination des hommes, l’esclavage, l’intérêt, qui est usure. Créer une banque d’échange !

Qu’est-ce qu’une banque d’échange ? Rien de moins que l’institution objective de la liberté et de l’égalité.

Quiconque est engagé dans le travail utile, le fermier, l’artisan, l’association des ouvriers, doit simplement continuer de travailler. Le travail n’a pas besoin d’organisation excessive, d’être commandé, contrôlé par une autorité ou nationalisé. L’ébéniste fait des meubles, le cordonnier des chaussures, le boulanger fait du pain etc… dans la production de toute chose dont les gens ont besoin. Ébéniste, tu n’as pas de pain ? Bien sûr tu ne peux pas aller chez le boulanger et lui échanger des meubles dont il n’a sans doute pas besoin contre du pain ; vas donc à la banque d’échange et fais changer tes commandes et tes produits en bons de commodités universellement valides. Prolétaires, vous ne voulez plus aller chez l’entrepreneur pour y travailler en échange d’un (maigre) salaire ? Vous voulez être indépendants ? Mais vous n’avez ni atelier, ni outils ni nourriture ? Vous ne puvez pas attendre et vous devez être employés de suite ? Mais n7avez-vus pas des clients ? Les autres prolétaires, vous prolétaires, ne préférez-vous pas acheter vos produits les uns des autres ? sans intermédiaires, sans l’exploitation de médiateurs ? Alors faites vos propres achats et ventes entre vous ! La clientèle est valide. La clientèle c’est de l’argent, comme ils disent aujourd’hui. La séquence doit-elle toujours être: pauvreté – esclavage – travail – produit ? La mutualité change le cours des choses. La mutualité restaure l’ordre de la nature. La mutualité abolit le règle de l’argent. La mutualité est primordiale: l’esprit entre les humains qui permettent à tous les humains qui veulent travailler de le faire et ainsi de satisfaire leurs besoins.

Le renouveau de la société ne viendra pas de l’esprit de vengeance, de la colère ou de la destruction. La destruction doit s’opérer dans un esprit constructif ; la révolution et la conservation ne s’excluent pas mutuellement.

Arrêtez de copier les anciens Romains ! La dictature jacobine a joué ce rôle dans le passé. Mais le grand théâtre des tribunes politiques et les grands effets de manches ne créent pas votre société. Elle doit émerger dans la réalité.

[…] Proudhon savait ce que nous, socialistes, ont redécouvert: que le socialisme est possible à tout moment et impossible à tout moment. Il est possible lorsque les bonnes personnes sont là et qu’elle le veulent, qui portent l’action et il est impossible lorsque les humains n’en veulent pas ou en veulent mais ne sont pas capables de le mettre en pratique. Ainsi cet homme ne fut pas entendu. Les hommes entendirent à la place une voix qui présenta la fausse science que nous a vons examinée auparavant et rejetée, qui ensignait que le socialisme est le couronnement de la grande industrie capitaliste, qu’il vient seulement quand très peu de c apitalistes ont la propriété privée des institutions qui sont déjà pratiquement devenues socialistes pour que ce soit facile aux masses prolétaires unifiées de le transférer de la propriété privée à la propriété sociale.

Au lieu de Pierre Joseph Proudhon, l’homme de la synthèse, Karl Marx, l’homme de l’analyse, fut entendu et donc la dissolution, la décomposition et le déclin furent permis de continuer.

Marx, l’homme de l’analyse, travaillait avec des concepts rigides, fixes, emprisonnés dans le carcan des mots. Avec ces concepts, il voulut exprimer et presque dicter les lois du développement.

Proudhon, l’homme de la synthèse, nous enseigna que les mots conceptuels fermés ne sont que des symboles d’un mouvement incessant. Il dissolva des concepts avec une fluidité continuelle.

Marx, l’homme apparemment de la science stricte, fut le législateur et le dictateur du développement. Il se prononça sur celui-ci. Les évènements devaient se comporter comme une réalité achevée, fermée, morte. C’est pourquoi le marxisme existe comme une doctrine, pratiquement un dogme.

Proudhon, qui transforma l’économie sociale en psychologie tout en transformant la psychologie d’une psychologie individuelle rigide, qui fait une chose isolée d’un individu, en psychologie sociale, qui conçoit un humain en tant que membre d’un flot de devenir infini, inséparable et inexpressible. Il n’y a pas de “proudhonisme”, il n’y a que Proudhon. Ce qu’a dit Proudhon et qui fut vrai à un moment donné ne peut parfois plus s’appliquer aujourd’hui, tandis que les choses ont été permises de décliner pendant des décennies. Ainsi, nulle tentative de revenir servilement à lui ou à aucun moment du passé ne doit être tentée.

Ce que les marxistes ont dit de Proudhon, que son socialisme était un socialisme de petit-bourgeois et de petits paysans est, répétons-le, complètement vrai et son plus haut titre de célébrité. Le socialisme de Proudhon dans les années 1848-51 était le socialisme du peuple français des années 1848-51. C’était le socialisme qui était possible et nécessaire à ce moment de l’histoire. Proudhon n’était pas un utopiste, ni un prophète ; pas un Fourier ou un Marx. C’était un homme d’action et de réalisation.

[…] Voilà la raison de notre lutte incessante contre le marxisme ; voilà pourquoi on ne peut pas laisser filer et que nous devons le ressentir de tout notre cœur. Ce n’est pas une description et une scince, chose qu’il prétend être, mais un appel négatif, destructeur et handicappant à l’inefficacité, au manque de volonté, à la rédition et à l’indifférence.

[…] Et les soi-disants révisionnistes, qui sont très zélés au sujet des détails et dont la critique du marxisme souvent coïncide avec la notre, pas étonnant puisqu’ils en ont pris une grande part des anarchistes, d’Eugen Dühring aux autres socialistes indépendants. Ils sont dans le processus de fonder un parti politique qui promeut la classe ouvrière dans la société capitaliste par des moyens économiques et parlementaires. Les marxistes croient en un progrès à la Hegel, tandis que les révisionnistes adhèrent à une évolution à la Darwin. Ils ne croient plus à la catastrophe et à la soudaineté ; le capitalisme ne deviendra pas socialisme par une révolution soudaine, ils croient qu’il va graduellement assumer une forme plus tolérable.

[…] La véritable relation entre les marxistes et les révisionnistes est comme suit: Marx et les meilleurs de ses disciples ont eu à l’esprit l’entièreté de nos conditions dans leur contexte historique et essayèrent d’arranger les détails de notre vie sociale sous des concepts généraux. Les révisionnistes sont des sceptiques qui voient clairement que les généralités établies ne coïncident pas avec les nouvelles réalités qui surgissent, mais qui ont toujours un besoin pour une compréhension nouvelle et essentiellement différente de notre temps.

[…] L’humanité, dans le sens de relations vraiment complexes, une société mondiale cimentée par des liens extérieurs et une attraction intérieure et un désir profond de surpasser les frontières et leins nationaux, n’existe bien sûr pas encore. Mais il y a beaucoup de substituts. […] Nous arriverons à une véritable humanité dans son sens externe seulement lorsque la réciprocité comme communauté identique sera venue pour l’humanité concentrée dans l’individu et l’humanité grandissante entre les individus. La plante existe dans la graine, tout comme la graine n’est que la quintessence de la chaîne infinie des plantes ancestrales. L’humanité obtient sa véritable existence de la partie humaine de l’individu, tout comme cette partie humaine n’est que l’héritière des générations infinies du passé et de toutes leurs relations mutuelles. Ce qui advint et ce qui devient, le microcosme est le macrocosme. L’individu est le peuple, l’esprit est la communauté, l’idée est le lien de l’unité.

Ce dont nous avons besoin maintenant est un renouveau tel qu’il n’a jamais existé auparavant dans le monde humain que nous connaissons. […] Une société compréhensible doit être construite et la construction doit comemncer à petite échelle ; nous devons nous étendre sous toutes les latitudes et nous ne pouvons le faire que si nous creusons profond, car aucune aide ne pourra venir de l’extérieur. Nous ne pouvons le laisser émerger que du lien volontaire des individus et de las communauté des hommes originellement indépendants qui sont naturellement enclins à s’unir les uns aux autres.

[…] L’esprit a besoin de liberté et la renferme. Là où l’esprit crée de telles unions comme la famille, la coopérative, le groupe professionnel, la communauté et la nation, il y a liberté et l’humanité peut s’accomplir. Mais pouvons-nous endurer ce qui fait maintenant rage au lieu de cet esprit manquant à l’appel dans les institutions coercitives de domination qui l’ont remplacé: la liberté sans l’esprit, la liberté sensuelle, la liberté des plaisirs irresponsables ?

[…]

Chapitre 7

Les temps sont bien différents de ce que Proudhon avait décrit en 1848. La dépossession a augmenté à tous les niveaux. Nous sommes bien plus éloignés du socialisme qu’il y 60 ans.

Aujourd’hui, ce qui est appelé le proléariat ne sera jamais en lui-même la personnalisation du peuple, tandis que les nations sont de plus en plus dépendantes les unes des autres pour la production et le commerce, faisant qu’un peuple n’est plus un peuple. Mais l’humanité est bien loin d’être unifiée et ne le sera jamais tant que de petites unités, des communautés, des peuples n’existent de nouveau. Proudhon avait raison dans sa vision de l’époque, de regarder la circulation et l’abolition de l’enrichissement par intérêts comme la pierre angulaire de toute réforme et le point de départ ayant le plus de chance d’être précis et rapide tout en étant le moins douloureux.

Nos conditions ont véritablement trois points vitaux:

  • L’enrichissement injustifié
  • L’exploitation
  • Les hommes ne travaillant pas pour eux-mêmes mais pour d’autres hommes

Tout comme le mouvement en physique, chimie ou astronomie, cette cause permanente est ce qui compte le plus dans le mouvement des processus sociaux.

Ainsi les trois points cardinaux de l’esclavage économique sont:

  • La propriété privée de la terre: elle implique l’attitude dépendante de ceux qui ne sont pas propriétaires. De la propriété privée de la terre et de son corollaire de la non-propriété surgissent ces fléaux que sont: l’esclavage, la servitude, le tribut, le loyer, l’intérêt et le prolétariat.
  • La circulation des biens dans une économie d’échange par le moyen d’un véhicule d’échange qui serve tous les besoins de manière non-expirable et permanente…
    L’idée que l’argent serait rendu inoffensif s’il devait juste un bon de travail et non plus une commodité est complèteement fausse et ne pourrait avoir de sens que dans le cadre d’un esclavage d’état où le libre-échange serait remplacé par le dépendance envers une autorité bureaucratique déterminant la quantité que chacun doit travailler et consommer.
  • La valeur ajoutée

[…] Aujourd’hui, l’appel au socialisme est adressé à tous, pas dans la croyance que tout le monde pourrait ou voudrait y répondre, mais avec le souhait d’aider certains à réaliser qu’ils appartiennent ensemble dans la ligue des débutants.

Les gens qui ne peuvent et veulent plus supporter les faits sociaux, ceux-là sont appelés ici. Aux masses, aux peuples du monde, aux dirigeants et leurs sujets, héritiers et déshérités, privilégiés et escroqués, il doit être dit: C’est un Titanic, une honte sans fin des temps qui voit l’économie gérée pour le profit au lieu de remplir les besoins des humains unifiés en communautés. Tout votre militarisme, votre système étatique, toute votre répression de la liberté, toute votre haine de classe, viennent de la brutale stupidité qui vous domine.

[…] Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient pour dire aux gens d’une nation: votre sol produit ce dont vous avez besoin en nourriture, en matières prenières pour votre industrie ; travaillez et échangez ! Unissez-vous, vous pauvres hommes, donnez-vous du crédit les uns aux autres ; le crédit, la mutualité est le capital ; vous n’avez aucunement besoin de capitalistes monneyeurs ni de maîtres entrepreneuriaux. Travaillez dans les villes et les campagnes ! Travaillez et échangez !

[…] Jamais les Hommes ne furent plus dépendants et plus faibles que maintenant lorsque le capitalisme a atteint son summum ! Le marché mondial du profit et le prolétariat.

Aucune statistique mondiale, aucune république mondiale ne peuvent nous aider. Le salut ne peut venir que de la renaissance des peuples de l’esprit de la communauté !

La forme de base de la culture socialiste est la ligue des communautés ayant des économies indépendantes et un système d’échange.

Notre prospérité humaine, notre existence maintenant, dépendent du fait que l’unité de l’individu et l’unité de la famille, qui sont les seuls groupes naturels qui ont suvécu, soient encore intensifiées dans l’unité des communautés, la forme de base de toute société.

Si nous voulons une société, alors nous devons la construire, nous devons la pratiquer.

=> La société est la société des sociétés; une ligue des ligues des ligues, un monde commun des mondes communs des mondes communs ; une république des républiques des républiques. Seulement là y a t’il liberté et ordre, seulement là y a t’il un esprit, un esprit qui est auto-sufffisance et communauté, unité et indépendance?

La personne indépendante, qui ne laisse personne interférer dans ses affaires ; pour qui la communauté domestique de la famille, avec sa maison et son lieu de travail, est son monde ; la communauté autonome locale ; le canton ou le groupe de communautés etc voilà à quoi ressemble une société, ceci simplement est le socialisme, et cela vaut la peine de travailler pour, car il peut nous sauver de notre misère. Toutes les tentatives de s’étendre toujours plus en états et en groupes d’états sont futiles et mauvaises, le système coercitif de gouvernement est aujourd’hui un pauvre substitut pour l’unité de libre-esprit absente. Il est tout aussi futile d’étendre leur sphère toujours plus avant dans le domaine économique. Ce socialisme policier qui suffoque toute qualité et activité originales, scèlerait la ruine complèrte des peuples. Nous pouvons atteindre une unité naturelle seulement lorsque nous sommes en proximité locale, en contact réel. En famille, l’esprit unificateur, l’union de plusieurs personnes pour une tâche commune et pour un but et intérêt communs, a une forme trop étroite pour la vie communale. La famille n’est concernée que par des intérêts privés. Nous avons besoin d’un centre naturel de l’esprit commun pour la vie publique de façon à ce qu7elle ne soit plus remplie et menée exclusivement par l’État et la froide indifférence comme c’est le cas actuellement, mais par un sentiment de chaleur affective familial. Ce cœur de toute véritable vie communale est la communauté locale, la communauté économique, dont l’essence n’est jugée par personne.

[…] Laissons les humains échanger de communauté à communauté ce qui ne peut ou ne devrait pas être produit localement de la même maniere qu’ils commercent d’individu à individu au sein d’une même communauté. Laissons les échanger un produit pour un autre produit équivalent et dans chaque communauté chacun pourra consommer autant qu’il / elle le désire.

La faim, les bras et la terre sont là, tous les trois sont là par nature. Les bras procurent industrieusement de la terre les biens nécessaires contre la faim. Voilà la tâche du socialisme: d’arranger l’économie d’échange de façon à ce que chacun, même sous un système de commerce ne travaille que pour lui/elle-même, de façon à ce que cette personne se retrouve dans un millier d’associations l’un avec l’autre et que rien dans cette union ne soit retiré à personne, mais que chacun reçoive. Ce ne sera pas donner sous forme de cadeau d’une personne à une autre, le socialisme n’a pas l’intention de la renonciation ni du vol, chacun reçoit les dividendes de son travail et jouit du renforcement de tous par la division du travail, l’échange et une communalité fonctionnelle en tirant les produits de la nature.

La faim, les bras et la terre sont là ; tous trois le sont par nature.

Nous avons faim tous les jours et nous faisons nos poches pour y prendre de l’argent, le moyen d’acheter et le moyen de satisfaire un besoin. Ce qui est ici appelé “la faim” est en fait tout besoin réel, pour les satisfaire, nous mettons la main à la poche pour de l’argent.

Pour obtenir de l’argent, nous nous vendons (notre force de travail). Nous bougeons nos bras, c’est à dire nos muscles, nos nerfs, notre système nerveux, notre cerveau, corps et esprit, tout cela est le travail. Travailler la terre, ou pour tirer les produits de la terre, travailler en échange de transport, travailler pour enrichir les riches, travailler pour le plaisir et l’instruction, la connaissance, travailler pour éduquer les jeunes, travailler pour produire des choses inutiles, dangereuses et sans aucune valeur, travailler pour ne rien produire. Bien des choses aujourd’hui sont appeler “travail”, en fait aujourd’hui, tout ce qui rapporte de l’argent est appelé “travail”.

La faim, les bras et la terre sont là par nature.

Où est la terre ? Cette terre que nos bras ont besoin pour calmer notre faim ?

Quelques humains possèdent la terre, il y en a de moins en moins.

Nous avons vu que le capital n’est pas une chose mais une relation, un esprit entre les humains. Nous avons les moyens pour l’industrie et le commerce, si seulement nous nous étions redécouverts nous-même et notre nature humaine. La terre quoi qu’il en soit, est une partie externe de la nature. Elle fait partie de la nature comme l’air, l’eau et la lumière ; la terre appartient à tous les humains et ce de manière inaliénable et pourtant, la terre est devenue propriété privée, possédée seulement par quelques-uns !

Toute propriété de chose, toute propriété de terre est en réalité une propriété de l’humain, le propriétaire possède l’humain. Quiconque tient la terre et en prive les autres, les masses, force les autres personnes à travailler pour lui. La propriété privée est le vol et la détention d’esclave.

Au travers de l’économie monétaire, telle est devenue la propriété foncière. Dans une économie d’échange juste, j’ai de fait, une part du sol, même si je ne possède aucune terre ; dans l’économie monétaire, dans la pays du profit, de l’usure, de l’intérêt, de la dette, voue êtes en réalité un voleur de terre, même si vous ne possédez pas de terre mais seulement de l’argent et des actions en bourse. Dans une économie d’échange juste, où un produit est échangr pour un produit équivalent, je travaille chaque jour pour moi-même même si rien de ce que je fais n’est utilisé par moi. Dans l’économie monétaire, dans le pays du profit, vous êtes un maître d’esclave même si vous n’employez personne, aussi longtemps que vous vivez de quoi que ce soit d’autre que votre propre travail (plus value, valeur ajoutée…) et même si quelqu’un vit exclusivement de son propre travail, il participe à l’exploitation des humains si son travail est monopolisé et privilégié et a un prix plus élevé que ce qu’il vaut vraiment.

La faim, les bras et la terre sont là, tous les trois par nature.

Nous devons avoir la terre de nouveau. Les communautés du socialisme doivent redistribuer la terre. Celle-ci n’est la propriété privée de personne. Que la terre n’ait pas de maître, alors les Hommes seront libres.

NdT: Ceci est exactement la philosophie et la pratique des peuples et nations originels du continent des Amériques et de bien des sociétés traditionnelles africaines…

[…] C’est pourquoi il sera bon maintenant et à n’importe quel moment pour la communauté locale de posséder la propriété en commun : une partie serait commune et une autre part répartie dans la propriété familiale pour la maison, le jardin et le champ.

L’abolition de la propriété privée sera essentiellement une transformation de notre esprit. De cette renaissance suivra une puissante redistribution de la propriété et liée à cette redistribution, il y aura l’intention permanente de redistribuer la terre dans des temps futurs, à intervalles définis ou indéfinis, encore et encore.

La justice dépendra de l’esprit qui prévaut entre les humains. L’esprit est toujours en mouvement et crée en permanence et ce qu’il crée sera toujours inadéquat et jamais la perfection ne deviendra un évènement sauf en tant qu’image ou idée. Ce serait un effort vain et futile que de vouloir créer des institutions standards une fois pour toute, qui exclueraient automatiquement toute possibilité pour l’exploitation et l’usure. Nos temps ont déjà bien montré les résultats lorsque des institutions fonctionnelles remplacent l’esprit vivant. Laissons chaque génération fournir bravement et radicalement ce qui correspond à leur esprit.

[…] La propriété privée n’est pas la même chose que la possession et je vois dans le futur une possession privée, une possession coopérative, une possession de communauté dans toute sa resplendissance. Il ne s’agit pas seulement de la possession d’objets ou de l’utilisation directe de certains outils, mais aussi cette possession emprunte d’une peur superstitieuse, celle de la possession des moyens de production de toute sorte, des logements et de la terre.

L’injustice cherchera toujours à se perpétuer et toujours aussi longtemps que les Hommes vivront véritablement, la révolte contree elle éclatera.

La révolte comme constitution ; la transformation met la révolution comme règle établie une fois pour toute, l’ordre par l’esprit comme intention ; c’était cela le grand cœur sacré de la mosaïque de l’ordre social.

La révolution doit être part intégrante de notre ordre social, doit devenir la règle de base de la constitution. L’esprit va créer des formes par lui-même, des formes de mouvement, pas de rigidité ; une possession qui ne devient pas propriété privée, qui ne fournit que la possibilité de travailler avec la sécurité mais pas la possibilité de l’exploitation ni de l’arrogance ; un moyen d’échange qui n’a pas de valeur en lui-même mais seulemewnt en relation avec le commerce, mais qui contient les conditions de son utilisation ; un moyen d’échange qui peut expirer et donc précisément vivifier, tandis qu’aujourd’hui celui-ci est immortel et meurtrier.

Dans le monde d’aujourd’hui, au lieu d’avoir la vie parmi nous, nous n’avons que la mort. Tout a été réduit à un objet et à une idole. La confiance et la mutualité ont dégénéré en capital. L’intérêt commun a été remplacé par l’État. Notre attitude, nos relations, sont devenues des conditions rigides… Faisons le boulot complètement maintenanten établissant dans notre économie le seul principe qui puisse être établi, le principe qui correspond à la vision socilaiste de base: qu’aucune plus grande valeur consommatrice n’entre dans les foyers que celle du travail produit par ce foyer, parce qu’aucune valeur n’a son origine dans le monde humain à part au travers du travail.

Les marxistes ont regardé la terre comme une sorte d’appendice, de pièce rapportée du capital et n’ont jamais vraiment su quoi en faire. En réalité, le capital est composé de deux choses bien différentes: d’abord la terre et les produits du sol, les parcelles, les bâtiments, les machines, les outils , qui de toute façon ne devraient pas être appelés “capital” parce que tout ceci fait partie de la terre. Ensuite, la relation entre les Hommes, un esprit unificateur. L’argent, ou le moyen d’échange, n’est rien d’autre qu’un signe conventionnel pour la commodité générale avec l’aide duquel toutes les commodités particulières peuvent être commercées, dans ce cas-ci, directement pour l’autre.

Ceci n’a rien à voir directement avec le capital. Le capital n’est pas un moyen d’échange et pas un signe, mais une possibilité. Le capital particulier d’un ouvrier ou d’un groupe d’ouvriers est leur possibilité de produire certains produits en un certain temps.

[…] Il n’y a qu’une seule réalité objective: la terre. Quoi que ce soit d’autre qui est habituellement appelé capital est relation, mouvement, circulation, possibilité, tension, crédit ou, comme nous l’appelons, l’esprit unificateur dans sa fonction économique, qui utilisera des organes fonctionnels dont l’un fut par exemple la banque d’échange préconisée par Proudhon.

Quand nous appelons le temps présent l’âge capitaliste, cette expression veut dire que l’esprit unificateur n’est plus présent et ne prévaut plus dans l’économie, mais que l’objet-idole règne en maître, c’est à dire quelque chose qui n’est pas quelque chose mais plutôt rien, qui est pris pour quelque chose.

Ce rien qui est considéré comme une chose amène bien des réalités concrètes à la maison des riches, parce que ce qui est considéré ainsi [Geltung] est l’argent [Geld] dans une position de pouvoir, qui ne vient pas de rien mais de la terre et du travail des pauvres. Quand le travail cherche à approcher la terre et quand un produit veut passer de l’étape du travail à un autre et avant qu’il n’entre le secteur de la consommation, le faux capital s’insère dans le processus du travail et ne prend pas seulement la paie pour ses petits services, mais en plus de cela l’intérêt, parce qu’il fut décidé de ne pas le faire stagner mais circuler.

Un autre rien qui est considéré comme quelque chose et remplace l’esprit manquant de l’unité est, comme ce fut déjà mentionné ci-dessus, l’État. Il s’immisce partout comme une obstruction, un frein, poussant, pompant et mettant la pression entre les hommes, entre les Hommes et la terre, où que ce soit où le lien réel entre les Hommes a été affaibli: attraction mutuelle et relation, un esprit libre. Ceci a également à voir avec le fait que le faux capital, qui a remplacé le véritable intérêt mutuel et la confiance, ne pouvait pas exercer son pouvoir parasite vampiriste, que la propriété foncière ne pouvait pas imposer l’impôt-tribut, s’il n’était pas soutenu par la force, par le pouvoir de l’État, ses lois, son administration, sa bureaucratie et son pouvoir exécutif. Mais nous ne devons jamais oublier que tout ceci, l’État, la loi, l’administration, les exécutants ne sont que des noms pour des hommes, qui parce qu’ils n’ont pas les possibilités de la vie, tourmentent et se violentent les uns les autres, ce ne sont que des noms de force entre les Hommes.

Nous voyons donc dans ce passage, après la juste explication de ce qu’est le capital, que celui-ci a reçu le nom de “capital” de manière peu précise, parce que cela ne désigne pas en fait le véritable capital, mais le faux.

Ainsi, lorsque les ouvriers et travailleurs découvrent qu’ils n’ont en fait aucun capital, ils ont raison dans un sens assez différent de celui qu’ils pensent. Il leur manque le capital des capitaux, le seul capital qui est une réalité, une réalité bien qu’il ne soit pas une chose: il leur manque l’esprit. Et comme tous ceux qui se sont déshabitués de cette possibilité et pré-condition de toute la vie, en plus, la condition matérielle de toute vie a été retirée de dessous leurs pieds à savoir: la terre.

La terre et l’esprit sont donc la solution du socialisme.

Les Hommes saisis par l’esprit chercheront en premier lieu la terre alentour comme étant la seule condition externe dont ils ont besoin pour établir la société.

Nous savons pertinemment que lorsque les humains échangent leurs produits dans le monde économique et dans leur économie nationale, la terre est elle aussi rendue mobile. La terre a depuis longtemps été convertie en un objet de boursicotage, en papier. Nous savons aussi que les humains échangeraient dans le marché national et mondial, un produit pour un autre équivalent, ainsi si de grands groupes se permettaient, en unifiant leur consommation et le crédit extraordinaire qui sans nul doute en résulterait, pourraient produire une quantité toujours croissante de produits industriels pour leur propre usage, depuis de nouveaux matériaux sans avoir recours au marché capitaliste. Nous savons qu’ils seraient alors capables dans le cours du temps, d’acheter non seulement des produits de la terre, mais de manière croissante, la terre elle-même. Nous savons que de telles associations de consommateurs-produceurs puissantes disposeraient de non seulement leur propre crédit mutuel, mais aussi finalement un capital monétaire assez conséquent.

Les propriétaires terriens ont le monopole de tout ce qui pousse sur la terre ou qui est obtenu depuis le sol: de la nourriture jusqu’aux matières premières indispensables à l’industrie. Les fondations de l’État et d’une plus grande partie encore du capital-argent sont affaiblis lorsque la propriété privée sur la terre est abolie et la mutualité introduite comme la forme socialiste du capital, mais avant d’atteindre ce point, plus le commerce et l’industrie capitalistes sont éliminés par les coopératives de producteurs-consommateurs et plus fort sera le soutien aux grands propriétaires de l’État et du capitalisme-argent. Le secteur foncier ne fournira pas automatiquement les coopératives travaillant pour leur propre consommation, au lieu de cela, il fera monter les prix de ses produits à des niveaux quasi prohibitifs. Si la terre est seulement en apparence fluide ou de papier, tout comme à l’inverse le capital est une véritable magnitude seulement fictive. Au moment de décision, la terre devient ce qu’elle est vraiment: un bout de nature physique qui est possédée et retenue.

Les socialistes ne peuvent en aucune manière éviter le combat contre la propriété foncière. La lutte pour le socialisme est une lutte pour la terre ; la question sociale est une question agraire !

Maintenant nous pouvons pleinement voir à quel point la théorie marxiste du prolétariat est une énorme erreur. Si la révolution venait aujourd’hui, aucune strate de la population aurait moins d’idée de quoi faire que nos prolétaires industriels. Ils n’ont en effet aucune idée de quelles nouvelles relations et conditions ils veulent établir.

[…] Les Hommes de notre temps ont perdu le sens de la relation et sont devenus irresponsables. La relation est une attraction qui amène les gens ensemble et leur permet de travailler ensemble pour suppléer à leurs besoins. Cette relation, sans laquelle nous ne sommes des humains vivants, a été externalisée et pragmatisée. Il importe peu au marchand de savoir qui achète ses produits ; le prolétaire se soucie peu de ce qu’il fait ou de quel travail il a, l’entreprise n’a pas pour but naturel de satisfaire des besoins, mais celui artificiel d’acheter des choses, dans la plus grande quantité possible, sans considération et si possible sans travail, c’est à dire au travers du travail des autres, au travers de l’argent accumulé, qui peut satisfaire tous les besoins. L’argent a avalé les relations et est de fait bien plus qu’une chose. La marque d’une chose utile, qui a été créée artificiellement de la nature, est qu’elle ne grandit plus, qu’elle ne peut pas attirer des matériaux ou des énergies depuis le monde qui l’entoure, mais attend calmement la consommation et périt tôt ou tard si pas utilisée. Ce qui croît comme auto-mouvement, comme auto-génération, est un organisme. Donc l’argent est un organisme artificiel ; il croît, multiplie où qu’il soit et est immortel.

Fritz Mauthner (“Le dictionnaire de la philosophie”) a montré que le mot “dieu” était originellement identique à celui d’”idole” et que tous deux veulent dire: “métal fondu”. Dieu est un produit créé par l’Homme qui prend vie, attire la vie des humains en lui et finalement devient plus puissantg que l’humanité. Le seul “métal fondu”, la seule idole, le seul dieu que les Hommes aient jamais créé physiquement est l’argent. L’argent est artificiel et “vivant”, l’argent appelle l’argent et l’argent et l’argent et l’argent a tout pouvoir en ce monde.

Qui ne voit pas cela, ne voit pas qu’aujourd’hui l’argent, ce dieu, n’est rien d’autre que l’esprit qui est sorti de l’Homme et est devenu un être vivant, une non-chose, que c’est le sens de la vie transformé en folie pure ! L’argent ne crée pas la richesse, l’argent est la richesse per se, personne n’est riche sauf l’argent lui-même. L’argent obtient sa vie et son pouvoir de quelque part: de nous…

[…] Le socialisme est le processus inverse de tout ceci. Le socialisme est un nouveau départ, un commencement. Le socialisme est un retour à la Nature, une réappropriation de l’esprit, un regain de relations.

Il n’y a pas d’autre voie vers le socialisme que pour nous d’apprendre et de pratiquer le pourquoi nous travaillons. Nous ne travaillons pas pour le dieu ou le diable auxquels les Hommes d’aujourd’hui ont vendu leurs âmes, mais pour nos besoins. La restauration du lien entre le travail et la consommation: c’est le socialisme. Le dieu est devenu si puissant qu’il ne peut plus être aboli par un simple changement technique, par une réforme du sustème d’échange, non.

Les socialistes doivent donc former de nouvelles communautés qui produisent ce que leurs membres utilisent.

Nous ne pouvons pas attendre que l’humanité soit unifiée, pour une économie commune et un système d’échange juste, tant que nous n’avons pas trouvé et recréé l’humanité en nous, en tant qu’individus.

Tout commence avec l’individu et tout dépend de l’individu. Comparé avec ce qui nous entoure et nous enchaîne aujourd’hui, le socialisme est la plus gigantesqe tache que l’humain ait jamais entrepris. Il ne peut pas être réalisé par des soins curatifs externes impliquant a coercition ou l’intelligence.

Comme point de départ, nous pouvons utiliser bien des choses qui contiennent toujours de la vie, de formes extérieures d’esprit vivant. Communautés villageoises avec les réminisecences de la vieille propriété commune (communale) et ses fermiers et ouvriers agricoles, leirs mémoires de la propriété commune qui passa en propriété privée il y a des siècles ainsi que les coutumes rappelant l’économie commune du travail dans les champs et celui de l’artisanat. Le sang paysan coule toujours das les veines de bien des citadins prolétaires: ils devraient réapprendre à écouter leurs origines. Le but, le but toujours très lointain est ce qui est appelé aujourd’hui, la grève générale, mais bien sûr bien différente de celle passive préconisée en se croisant les bras, qui n’est qu’un duel face à face de celui qui pourra tenir le plus longtemps entre les ouvriers et les capitalistes. Une grève générale oui !.. Mais active ! Ayant une activité très différente qui est parfois associée avec la grève générale révolutionnaire, qui en langage cru s’appelle du “pillage” (NdT: ou plus pour les anarcho-syndicalistes le terme plus technique d’”expropriation” => de grève générale expropriatrice). Cette grève générale active ne pourra avoir de succès et être victorieuse que si les ouvriers sont capables de refuser de céder ne serait-ce qu’un morceau de leur activité, de leur travail, aux autres, mais ne travaillent que pour leurs besoins, leurs véritables besoins. Il y a encore du chemin à faire, mais qui n’est pas au courant que nous sommes encore loin du socialisme, mais que ceci n’est que le début d’une longue route ? Voilà pourquoi nous sommes des ennemis jurés du marxisme: le marxisme a maintenu les ouvriers en dehors de la voie du commencement même du socialisme. Le mot magique qui nous mène hors du monde pétrifié de la veulerie et de l’austérité n’est pas “grève”, mais “travail”.

L’agriculture, l’industrie et l’artisanat, le travail physique et intellectuel, le système d’enseignement et d’apprentissage, doivent être réunifiés. Pierre Kropotkine a dit des choses très valides au sujet des méthodes pour y parvenir dans son livre “Champ, Usine et atelier”.

Le peuple pourra réexister de nouveau seulement lorsque les individus, progressistes et spirituels, seront de nouveau emplis de l’esprit du peuple, quand une forme préliminaire du peuple vit avec des humains créatifs et demande la réalisation d’une réalité par leurs cœurs, leurs têtes et leurs mains.

Le socialisme n’est pas une science, bien qu’il demande toute sorte de connaissances, c’est une condition nécessaire pour abandonner la superstition et la fausse vie en faveur d’emprunter la bonne voie. Quoi qu’il en soit, le socialisme est certainement un art, un nouvel art qui cherche à construire avec de la matière vivante.

Les hommes et les femmes de toutes classes sont maintenant appelés à quitter les gens afin de venir au peuple.

En cela est la tache: de ne pas désespérer les gens, mais aussi de ne pas les attendre. Quiconque rend justice à la quintessence du peuple qu’ielle porte en lui, quiconque se joint aux autres comme à soi-même pour le simple objectif de cette graine non encore germée et qui presse une forme imaginaire pour transformer en réalité quoi que ce soit qui puisse réaliser l’ordre socialiste, quitte les gens pour rejoindre le peuple.

Le socialisme deviendra une réalité différente en fonction du nombre de personnes qui se rejoindront pour son avènement, de ces gens qui ressentent une profonde répugnance pour l’injustice existante et qui ont le plus grand désir et aspiration pour la formation d’une véritable société.

Ainsi donc unissons-nous pour mettre en place les foyers socialistes, les villages socialistes, les communautés socialistes.

La culture n’est pas fondée sur des formes particulières de technologie ou la satisfaction des besoins, mais sur l’esprit de justice.

Quiconque veut faire quelque chose pour le socialisme, doit se mettre à travailler d’une prémonition, d’une joie et d’un bonheur intuitifs encore inconnus. Nous avons encore tout à apprendre: la joie de travailler, celui de l’intérêt commun, de l’entr’aide mutuelle. Nous avons tout oublié, et pourtant nous sentons bien que cela est encore en nous.

[…] Le socialisme en tant que réalité ne peut qu’être appris ; le socialisme est, comme toute vie du reste, une tentative.

Nous nous rappellerons alors très sûrement de ceux qui en pensée ou en imagination ont anticipé, ont vu par avance les communautés et terres du socialisme en des formes articulées. La réalité sera différente de leurs formations individuelles, mais elle poussera de leurs images pour un socialisme.

Rappelons-nous de Proudhon et des ses visions bien définies jamais nébuleuses de la terre de liberté et de contrat. Rappelons-nous de ces bonne choses entrevues et décrites par Henry George, Michael Fürscheim, Silvio Gesell, Ernst Busch, Pierre Kropotkine, Élisée Reclus et tant d’autres.

Nous sommes les héritiers du passé, que cela nous plaise ou non, fasons donc le vœu d’avoir les prochaines générations comme nos héritères ainsi dans toute notre vie et nos actions, nous puissions influencer les générations à venir et les masses de gens autour de nous.

Ceci est un socialisme complètement nouveau, un renouveau, nouveau pour notre époque, nouveau en expression, nouveau dans sa vision du passé, nouveau également dans bien de ses humeurs.

Nous voyons maintenant le paysan sous un jour nouveau et nous voyons quelle tache nous a été laissée, leur parler, vivre parmi eux et faire revivre parmi eux ce qui a été dégénéré et atrophié: non pas une foi en un pouvoir externe ou plus haut placé, mais en elur propre force et la perfectibilité de l’individu aussi longtemps qu’il vive. Comment le paysan et son amour de la propriété de la terre ont été craints: la paysan n’a pas trop de terre, mais au contraire pas assez et la terre ne doit pas lui être retirée par lui être donnée. Mais bien sûr, ce sont ils ont le plus besoin, comme tout à chacun, est un esprit commun, communal. Quoi qu’il en soit, cet esprit n’est pas enfoui si profond en eux qu’il ne l’est chez les ouvriers et travailleurs citadins. Les établisseurs de la société socialiste n’ont qu’à aller vivre dans les villages existants et on verra qu’ils peuvent faire revivre cet esprit qui était en eux au XVème et XVIème siècles et que cet esprit peut revenir à la vie aujourd’hui, demain.

On doit parler aux gens du socialsme avec une nouvelle langue. Essayons de le faire mieux, avec les autres. Nous voulons amener au socilaisme les coopératives, qui sont des formes socialistes sans l’esprit, ainsi que les syndicats, qui sont courage sans objectif.

Que nous le voulions ou non, nous ne nous arrêterons pas aux mots, nous irons plus loin. Nous ne pouvons plus croire en un fossé entre le présent et le futur… Ce que nous ne faisons pas maintenant, nous ne le ferons pas !

Nous pouvons unifier notre consommation et éliminer ainsi bon nombre de parasites. Nous pouvons établir un grand nombre d’artisanats et d’industries pour produire les biens de notre consommation. Nous pouvons aller bien plus loin en cela que les coopératives ne l’ont jamais fait, car elles ne se sont toujours pas débarrassées de l’idée d’entrer en concurrence avec l’entreprise de gestion capitaliste. Elles sont bureaucratiques, elles sont centralisées et centralisatrices et elles ne peuvent pas s’aider elles-mêmes si ce n’est en devenant des employeurs et en établissant des contrats avec leurs employés au travers de l’intermédiaire syndical. Cela ne leur vient pas à l’esprit que la relation consommateur-producreur-coopérative, chacun travaille pour soi-même dans une véritable économie d’échange, qu7en soi, ce n’est pas la profitabilité mais la productivité du travail qui est décisive et que bien des formes d’entreprise comme par exemple la petite entreprise sont parfaitememt productives et sont les bienvenues dans le socialisme, bien qu’elles ne sont pas profitables sous le régime capitaliste.

Nous pouvons établir des communautés, bien qu’elles n’échapperont pas complètement au capitalisme du premier coup. Mais nous savons maintenant que le socialisme est une route, une route qui s’éloigne du capitalisme et que chaque route a son commencement. Le socialisme ne va pas croître, sortir du capitalisme, mais à l’écart, hors de lui.

[…] N’oublions jamais: si nous avons le bon esprit, alors nous avons tout ce dont nous avons besoin pour la société sauf ne chose: la faim de terre doit venir sur vous, vous les citadins des grandes villes !

Une fois que des communautés, communes socialistes avec leur propre culture sont éparpillées un peu partout sur la terre, nord, sud, est, ouest, dans toutes les provinces parmi la base de l’économie de profit, alors qu’elles seront vues, que leur joie, leur bonheur de vivre exprimés de manière expressive mais gentiment, que cela sera ressentit, alors l’envie, le désir se fera de plus en plus fort pour les autres de rejoindre et nous le pensons, de plus en plus de gens rejoindrons et créeront des communautés socialistes. Une seule chose manquera pour vivre harmonieusement, socialement et en toute prospérité: la terre. Alors les gens libèreront la terre et ne travaillerons plus pour le faux dieu mais pour l’humain. Alors sera le commencement: commençons sur la plus petite échelle et avec le plus petit nombre de personnes.

L’État, c’est à dire à ce stade, la masse toujours ignorante de la nouvelle réalité, la classe des privilégiés (du capitalisme) et les représentants de ces deux catégories, la caste exécutive et administrative, metteont de petits et grands obstacles sur le chemin des débutants. Nous en avons parfaitement conscience.

Tous ces obstacles, s’ils sont réels, seront détruits si nous sommes resserrés et unis et que nous ne laissons pas le plus petit espace entre eux et nous.

Maintenant ce ne sont que des obstacles par anticipation, imagination, peur. Nous le voyons maintenant: lorsque le temps viendra, ils barricaderont notre chemin avec toutes sortes d’obstacles et alors dans le même moment nous choisissons de ne rien faire.

Nous franchirons le pont lorsqu’on y arrivera ! Allons de l’avant, de façon à ce que nous soyons nombreux.

Personne ne peut être violent avec le peuple si ce n’est le peuple lui-même.

Une grande partie de nos gens se tiennent du côté de l’injustice et ce qui les blesse corps et âme est à cause du fait que notre esprit n’est pas assez fort, pas assez convaincant.

Notre esprit doit s’enflammer, illuminer, inciter, exciter, attirer.

Soliloquer n’accomplit jamais cela , même le plus gentil, puissant ou colérique des discours ne peut le faire.

Seul l’exemple le peut.

Nous devons donner l’exemple et éclairer la route.

L’exemple et l’esprit de sacrifice ! Dans le passé, aujourd’hui et demain, sacrifice après sacrifice a été, est et sera fait pour cette idée, toujours en révolte à cause de l’impossibilité de continuer à vivre de la sorte.

Maintenant est venu le temps de faire d’autres sacrifices, pas des sacrifices héroïques, mais des sacrifices discrets, pas impressionnants afin de donner un exemple de la bonne façon de vivre.

Alors le peu deviendra beaucoup et le beaucoup deviendra aussi le peu.

Les obstacles seront surmontés parce que quiconque construit dans le bon état d’esprit, détruit les obstacles les plus forts en construisant.

Et finalement, le socialisme, qui a miroité depuis si longtemps, allumera finalement ses feux et les Hommes et les peuples sauront avec certitude qu’ils ont le socialisme et les moyens de le réaliser, totalement et complètement par eux-mêmes, parmi eux et ils leur manquera une chose: la terre ! Alors ils libèreront la terre, car plus personne n’entrave plus le peuple, depuis que le peuple ne se fait plus barrage à lui-même.

J’en appelle à tous ceux qui veulent faire ce qui est en leur pouvoir pour construire ce socialisme. Seule le présent est réel et ce que les Hommes ne font pas maintenant, ne commencent pas maintenant, ils ne le feront pas de toute éternité.

L’objectif est le peuple, la société, la communauté, la liberté, la beauté, la joie de vivre. Nous avons besoin de gens pour entonner le cri de guerre, nous avons besoin de tous ceux emplis de ce désir créatif, nous avons besoins d’hommes et de femmes d’action. L’appel au sociaisme est adressé aux Hommes d’action qui veulent faire les preniers pas, le commencement.

[…] Au nom de l’éternité, au nom de l’esprit, au nom de l’image qui cherche à devenir ce véritable chemin, l’humanité ne périra pas. L’épaisse boue vert-de-gris qui est aujourd’hui parfois appelée prolétariat, parfois bourgeois, parfois la caste dirigeante et partout, au-dessus et en-dessous, n’est rien d’autre qu’une masse écœurante, cette horrible déformation humaine faite de veulerie, de satiété, de dégradation, elle ne gigotera plus, ne sera plus autorisé à nous salir et à nous suffoquer: Ils sont tous appelés au socialisme !

Ceci n’est qu’une première parole. Bien d’autres choses ont encore à être dites. Elles le seront. Par moi et par ceux qui sont appelés ici.

FIN

5 Réponses to “« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 4ème et dernière partie ~”

  1. Je n’ai pas de mots pour exprimer ce que je ressens à l’instant après cette lecture… Muette !
    Je vais le rebloguer en renvoyant à la lecture totale vers votre blog, et en sélectionnant les extraits que je trouve renversants, le temps de me ramasser de par terre…

    Je venais vous poster mon dernier billet ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/15/le-monstre-est-tentaculaire/
    Vous m’avez toute chamboulée !
    A bientôt donc… JBL

    • On t’avait dit que Landauer çà décoiffait !… Gustav c’est du très lourd, dans une dimension politico-spirituelle non égalée à notre sens chez la anarchistes. Kropotkine a quelques élans, mais il demeure moins… enflammé.
      La synthèse politique se trouve dans la trilogie Proudhon-Kropotkine-Landauer à notre avis avec Landauer qui est le plus proche de la vision amérindienne des choses par exemple.
      Quand on regarde la confédération iroquoise, elle est une société des sociétés telle que Landauer le voyait. Les pensées de Kropotkine et Landauer furent mises en pratique dans le mouvement des Kibhoutzim par exemple, qui a été à sa glorieuse époque, une sérieuse application des idées anarchistes, mais qui était faussée à la base dans la mesure où les communes étaient intégrés au sein d’un état, qui plus est raciste: Israël. Ils étaient faits et conçus pour la vie en autarcie en « milieu hostile » et avait pour but la colonisation de la Palestine… Dommage !…

      • Vous donnez là, la définition du Kibhoutz et ses dérives la plus aboutie qu’il m’ait été donnée de lire. Quant on pense que ce texte date de 1919, quel visionnaire ce Gustav, hein ?

        • oui oui, tout comme Kropotkine et Bakounine, tous trois ont exactement vu à chaud où allait le marxisme. Kropotkine avant de mourir en 1921 dans sa Russie natale, refusa un poste offert dans le politburo soviétique et il eut l’occasion de dire à Lénine ce qu’il pensait…
          Landauer est mort lynché par les protonazis dans une cour sordide de prison bavaroise en leur disant: « Allez-y tuez-moi, soyez des hommes ! »… Bizarrement, c’est presque ce que dira Che Guevara à son jeune exécuteur 50 ans plus tard…
          Pour les kibhoutzim, ce fut leur réalité malheureusement… Kropotkine et Landauer ont dû faire des sauts de carpe dans leurs tombes…😉

  2. Tenez, le résultat final ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/15/cest-a-nous-maintenant/ J’espère que ça vous conviendra ; À vous lire ; JBL

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