Colonisation de la Nouvelle-France… Des arquebuses de Champlain à Oka 1990 et aujourd’hui, le viol de la nation Mohawk…

“Il n’est pas nécessaire du lutter contre le tyran, il n’est pas non plus nécessaire de se défendre contre lui. Le tyran se vaincra lui-même éventuellement. Les gens doivent arrêter d’ accepter la servitude. Ils n’ont pas besoin de prendre quoique ce soit au tyran, ils doivent simplement arrêter de lui donner…. Lorsque le tyran ne reçoit plus et n’est plus obéi, il finit nu, sans force et sans pouvoir. Il finit par n’être plus rien. Il partage la destinée d’une racine laissée sans eau, sans nourriture, il devient un morceau de bois sec, mort…”

~ Etienne de la Boétie ~

“Les Hommes ne seront pas unis par la domination, mais comme frères, sans domination: a-narchie. Aujourd’hui, quoi qu’il en soit, nous n’avons pas la conscience pour un tel slogan positif, alors dorénavant, le slogan doit demeurer: sans domination…”

~ Gustav Landauer ~

 

Petit précis d’histoire coloniale française: La Nouvelle-France et les terres mohawks

De Samuel de Champlain à la province du Québec: violence coloniale et vol de terres

 

Résistance 71

 

13 Février 2016

 

Si l’invasion française du “nouveau monde” commença en 1524 avec l’Italien Verrazano qui explora quelques contrées pour l’armateur Jean Ango au service du roi de France François 1er, c’est Jacques Cartier qui fut crédité de la “découverte du Canada”, bien que cette contrée fut en premier lieu baptisée “Nouvelle-France”. Jacques Cartier remonta le fleuve St Laurent lors de son second voyage en Août 1535 pour s’arrêter là où est aujourd’hui la ville de Québec.

Peu nombreux, les Français établiront des comptoirs et se consacreront essentiellement au commerce de la fourrure.

Les choses coloniales plus sérieuses vont commencer avec l’explorateur Samuel de Champlain au tout début du XVIIème siècle (sous Henri IV), lorsque celui-ci, flanqués d’alliés natifs algonquins, confronte (avec succès) un groupe de Mohawks en 1609 sur la rive ouest du lac Ticonderoga, que Champlain plus tard rebaptisera très modestement.. Lac Champlain.

Attardons nous ici un peu sur les territoires de la Confédération Iroquoise à l’époque et de ceux de la nation Mohawk (Kanienkehaka). Au tout début du XVIIème siècle, la confédération iroquoise comporte cinq nations membres: Sénéca (gardienne de la porte Ouest), Oneida, Onondaga, Cayuga et Mohawk (gardienne de la porte Est de la confédération).

Les territoires iroquois au XVIIème siècle s’étendent dans leur limite Est et du Nord au Sud de Trois-Rivière jusqu’au sud d’Albany, puis vers l’Ouest, tout le long de la rive droite du fleuve Kaniatarowanenneh en Mohawk (plus tard… le St Laurent), toute la partie sud du Lac Ontario, jusqu’au lac Erie. Ils couvraient une superficies d’un peu plus de 10 millions d’hectares. En 1995, il ne restait à la confédération qu’environ 90 000 hectares. !

Les territoires Mohawk (Kanienke) quant à eux s’étendent du sud du lac Trois-Rivière (Sorel), jusqu’en amont de la rive droite du St Laurent à mi-chemin du lac Ontario, puis au sud en ligne droite jusqu’à la rivière Mohawk. Ce territoire inclus toutes les côtes occidentales des lacs “Champlain” et “George”. Aujourd’hui, les Mohawks sont en droit de réclamer plus de 4 millions d’hectares qui leur ont été frauduleusement détournés essentiellement par le biais de “traités” bidons, alors qu’historiquement, la nation Mohawk n’a JAMAIS cédé ni abandonné AUCUNE TERRE.

Le peuple Mohawk est un descendant direct des gens qui sont arrivés dans ce que sont aujourd’hui l’état de New-York aux Etats-Unis et la vallée du St Laurent (Canada) aux environs de 1700 avant notre ère selon les trouvailles archéologiques. Ces ancêtres des Mohawks provenaient de la vallée de la rivière Ohio et étaient liés aux sociétés constructrices de “buttes” ou de “monts”.

Nation Mohawk et Nouvelle France

Mohawks et Français furent ennemis dès leur première rencontre en 1609 à Ticonderoga, sur la rive sud-ouest du lac éponyme qui deviendra plus tard le lac Champlain. Samuel de Champlain, sans savoir que les Mohawks faisaient partie d’une confédération bien plus vaste de nations, décida d’assister des groupes d’Algonquins contre les Mohawks. Les arquebuses françaises firent des dégâts et tuèrent un chef de guerre Mohawk lors de cette première confrontation. La guerre fut donc déclarée d’emblée par les Français aux Mohawks, qui dès lors furent mûs par le désir de revanche. Les hostilités durèrent plus de 60 ans et jamais les Mohawks ne firent plus confiance au Français. D’après des données historiques (Richter, 1983), durant ces 60 ans de guerre franco-mohawk, 191 Français furent tués, dont 38 en captivité et 143 autres furent faits prisonniers par les Mohawks et autres Iroquois durant cette période ; ces chiffres sont bien inférieurs à ceux des pertes subies par les Mohawks tant au combat qu’à cause des maladies transmises par les envahisseurs coloniaux. Durant cette période, les Hollandais et les Anglais, rivaux des Français dans le commerce de la fourrure, profitèrent de la rivalité entre Mohawks et Français pour faire avancer leur propre cause et agenda coloniaux. Les Hollandais vendirent des arquebuses et mousquets aux Mohawks dans les années 1640, ce qui compliqua la vie des colons français. Pas à pas, les Mohawks émergèrent néanmoins comme de puissants médiateurs et intermédiaires dans le commerce de la fourrure. Rien ne put se faire sans l’aval de ceux-ci.

L’hostilité des Mohawks envers les Français s’exacerba après que les prêtres missionnaires français eurent développé un réseau d’alliance militaire avec les ennemis traditionnels des Mohawks, ceci combiné au fait que les Français avaient négocié une autre fenêtre commerciale pour la fourrure avec des nations plus an Nord, décida les Mohawks à lancer des opérations de raids de plus grandes envergures sur les forts et position françaises de Nouvelle France jusque chez les alliés Huron de la France et des autres nations des grands lacs.

L’alliance des Mohawks avec les Anglais (qui avaient récupéré l’empire colonial hollandais dans la région) fut une alliance de raison et non pas une alliance d’affinité. Les autres nations iroquoises étaient soit neutres, soit avec les Français. Néanmoins, en total respect avec la Grande Loi de la Paix (Kaianerekowa) de la Confédération Iroquoise (Haudenosaunee), les nations iroquoises, même alliées à des parties européenne ennemies, ne se combattirent jamais ! Ni les Français, ni les Anglais ne purent se faire dresser les Iroquois les uns contre les autres, ce ne fut pas faute d’avoir essayé bien évidemment. La préservation de la paix endogène fut la priorité des 5 puis 6 nations iroquoises. Il y eu certes une relative détérioration des relations internes à la confédération, mais les nations ne se combattirent jamais. Il y eut même des cas répertoriés d’embuscades menées par des parties iroquoises qui s’épargnaient non seulement les unes les autres, mais qui épargnaient également les personnes blanches (non militaires) qui étaient sous leur protection.

Le 13 décembre 1665, les nations Seneca, Oneida, Onondaga et Cayuga invitèrent les Français dans leur “longue maison” (lieu de conseil tout autant que d’habitation, le terme “Haudenosaunee” pour la confédération iroquoise veut dire “Peuples de la Longue Maison”) et firent la paix avec ceux-ci malgré les protestations et objections des chefs Mohawks présents. Ceci fut fait pour essayer de ramener les Mohawks dans le consensus des autres nations iroquoises. Comme le permet parfaitement la constitution iroquoise (Kaianerekowa), lors d’un désaccord, si un consensus d’unanimité ne peut pas être trouvé, alors chaque nation peut procéder selon son choix, pourvu que cela n’entrave pas ni ne mette en danger la Confédération. Ceci força donc les Mohawks à s’occuper des Français seuls.

La France put donc saisir cette opportunité de mettre entre parenthèse une sérieuse menace à leur empire colonial de ce côté de l’Atlantique. Elle parvint à mettre sur la touche une nation iroquoise sans craindre de représailles de la part des autres nations de la confédération. Jusqu’à ce moment là, le gouverneur général de la Nouvelle France avait envisagé d’abandonner Montréal. La colonie française était au bord de la banqueroute, elle était asphyxiée par les raids constants des Mohawks qui avaient sévèrement démoralisé les colons (Source: Stanley, 1960). Les Mohawks étaient maintenant isolés et les Français lancèrent une opération militaire en territoire Mohawk (Kanienke). Ce fut une épopée bizarre, qui vit un succès français, sans que ceux-ci n’aient eu à tuer un seul Mohawk. Ce fut néanmoins une démonstration suffisante pour que les Mohawks acceptent à contre-cœur de faire la paix avec la colonie. La paix fut rendu officielle en 1667. Ce traité promit deux choses aux Mohawks:

  • Le christianisme
  • Une “protection” royale (nous sommes alors sous Louis XIV…)

Voyant les Mohawks toujours proches de leurs “alliés” anglais, les Français essayèrent de faire “migrer” tous les Mohawks vers Montréal. Ils y parvinrent en grande partie, profitant aussi du fait que les Anglais ne surent pas conserver les liens étroits avec les Mohawks.

Suite aux raids contre les Hurons, alliés des Français, ceux-ci furent mis à mal et quasiment annihilés par les Mohawks, qui adoptèrent des clans entiers de Hurons dans leurs clans comme le veut la tradition et en accord avec Kaianerekowa. Un des problèmes majeurs fut que beaucoup de Hurons, contrairement aux Iroquois, étaient devenus chrétiens. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire mohawk et iroquoise, la religion devint une affaire politique avec le christianisme. En tant que chrétiens, les nouveaux arrivants, adoptés, introduisirent des lignes de clivage dans la société Mohawk qui étaient en dehors du cadre traditionnel, ce qui rendit aussi la méthode politique du consensus (unanimité) impossible sur les questions de religions ou impliquant la religion ou le mode de vie lié à celle-ci, prouvant une fois de plus l’intolérance intrinsèque liée au christianisme et à son empire: la chrétienté. Les Hurons intégrés avaient été convertis et étaient suivis par les jésuites. Le ver était définitivement dans le fruit.

A travers la période s’étalant de 1667 aux années 1730, les catholiques ont continué à attirer de nombreux Mohawks de la vallée sud vers Montréal. Combiné avec l’émigration d’autres groupes indiens, la communauté commença à changer et mélangea des pratiques religieuses strictes avec la culture traditionnelle Mohawk, la dévotion chrétienne et l’atmosphère d’un centre diplomatique et de commerce. A partir de 1677, l’interdiction de l’alcool dans la communauté Mohawk devint un élément du passé. Il fut importé un armurier et des tavernes.

En 1679, cette communauté fut forcée de se relocaliser sur l’île de Montréal lorsque des hostilités éruptèrent entre d’autres nations de la confédération iroquoise et les Français, principalement l’hostilité entre les Seneca et les Français. Notons au passage que les fameuses chutes du Niagara sont en territoire Seneca.

En 1680, une ordonnance royale donna le territoire de la Seigneurie du Sault St Louis aux jésuites avec pour simple objectif d’encourager l’établissement d’une communauté iroquoise chrétienne, donc séparée du reste (toujours le diviser pour mieux régner…), dans la zone.

Les jésuites travaillèrent d’arrache-pied pour isoler les Mohawks convertis des autres Mohawks et des colons dépravés, ceci mena à la formation de micro-colonies peuplées d’Indiens chrétiens et de jésuites. En cela les jésuites furent instrumentaux, car le système iroquois de gouvernance induit un renouvellement constant de la politique et de ses groupes de gouvernance puisqu’il s’agit d’une société politiquement non divisée où le pouvoir réside dans le peuple et la chefferie est sans pouvoir, n’étant qu’une représentation de la décision populaire unanime. Ainsi l’église a pu diviser la société à l’avantage de la colonisation. En effet, le fait de ne plus pouvoir atteindre de consensus populaire à cause des problèmes religieux, eut pour effet de paralyser la prise de décision et sa mise en application dans la société mohawk.

La conversion d’une catégorie de Mohawks au christianisme se fit par l’attirance de certains chefs pour le prestige et les bénéfices matériels offerts. Les jésuites reconnurent très tôt les bénéfices de recruter des leaders mohawks du côté français. Ceci mena invariablement et irrémédiablement à une division politique de la société mohawk jusqu’ici sans précédent. Peu de Mohawks furent des convertis sincères, beaucoup par intérêt, mais ils constituèrent une “faction chrétienne” prenant le contre-pied du leadership traditionnel de la communauté. Ceci est toujours une réalité aujourd’hui. Au XIXène siècle, cette faction chrétienne fut un terreau fertile pour être subjuguée et enrôlée dans une autre fable mythique mêlant le christianisme et la mythologie traditionnelle iroquoise, celle dite du “Code de Handsome Lake”, qui fut inventée et inculquée avec son “prophète” vers 1815, pour contre-carrer une résurgence traditionnelle de Kaianerekowa, la loi de la terre.

Les chrétiens furent connus sous le nom de Onkwehonwe Tehatiisontha ou “véritables habitants de l’île de la Grande Tortue faisant le signe de la croix”. Un des meilleurs exemple historique de ce type de personne fut le chef Mohawk Togouiroui, plus connu sous le nom de “Chef Joseph” qui se convertit au christianisme en 1673.

C’est en 1701 que fut subséquemment signée la Grande Paix de Montréal, qui mit fin à 90 ans de guerre entre la France et la confédération iroquoise et 38 autres nations alliées. Lors de ce traité fut présenté par les 5 nations iroquoises le traité Wampum Deux Rangées, qui avait été accepté auparavant par les Hollandais au XVIIème siècle. Les Iroquois le proposèrent peu de temps après aux Anglais qui l’acceptèrent également. Ce traité stipule que les nations cohabitent et partagent la même terre sans interférer l’une avec l’autre, sans que l’une impose à l’autre ses lois, ses us et coutumes. Il va sans dire que Français et Anglais bafouèrent ce traité qu’ils avaient dûment accepté.

Un exemple d’enfumage colonial territorial: Le cas du territoire de la Seigneurie du Sault St Louis (sud de Montréal)

Les cas de pillages et d’appropriations illicites des terres sont légions dans l’histoire coloniale, mais le cas de la Seigneurie du Sault St Louis en territoire mohawk est assez exemplaire. Il convient donc de s’y attarder un peu, car il est aussi au centre des nombreuses revendications des Mohawks de l’ère moderne.

Il s’agit ici d’un grand bout de terre situé en territoire mohawk au sud de Montréal.

Le territoire initial fait environ 42km2 et va de l’île St Bernard sur le lac St Louis au nord de Chateauguay jusqu’à Mercier, puis vers l’est au sud de St Isidore et St Constant, puis en remontant sur le saint Laurent à l’Est de Ste Catherine.

La “réserve” Mohawk actuelle de Kahnawake occupe aujourd’hui moins de la moitié du territoire initial.

Cette terre connue sous son nom colonial de “Seigneurie du Sault St Louis” est une petite partie de terre sur l’ensemble des terres mohawks. La communauté y fut installée durant le XVIIème siècle, mais ces terres appartiennent aux communautés mohawks qui les utilisèrent depuis des siècles avant l’arrivée des envahisseurs chrétiens d’Europe (Hollandais, Français et Anglais). A titre de référence, la Grande Loi de la Paix, Kaianerekowa, qui régit la confédération iroquoise a été datée du XIIème siècle et nous avons vu plus haut qu’il y a des traces archéologiques d’habitations natives de ces contrées depuis au moins 1700 avant notre ère.

Le territoire de la “réserve” fut établit par deux dons royaux émanant de Louis XIV les 29 et 31 Mai 1680 à la “société de Jésus” (jésuites) avec pour but de convertir et d’établir la conversion spirituelle des Iroquois et de les maintenir dans la sphère d’influence française. En d’autres termes, le roi de France a eu l’outrecuidance de voler des terres mohawks pour les assigner à l’église afin de convertir les Mohawks et les Iroquois à des mythes et des rites dont ils n’avaient nul besoin, par pure imposition ethnocentrique et hégémonique ainsi qu’intérét géo-politico-économique.

Survient la guerre des sept ans entre l’Angleterre et la France (et l’Espagne). La France perdra et devra céder la Nouvelle France à l’Angleterre. Le titre indien sur la Seigneurie fut établi par l’article 40 du document de la capitulation de Montréal le 8 Septembre 1760. Il y est écrit ceci:

Les sauvages ou alliés indiens de sa très chrétienne majestée Louis devront demeurer sur les terres qu’ils habitent s’ils choisissent d’y demeurer. Ils ne devront pas être molestés sous quelque prétexte que ce soit pour avoir porté les armes et servi sa plus chrétienne majestée roi de France.

C’était sans compter sur les jésuites qui eux affirmaient être les propriétaires de droits du territoire de la Seigneurie. Les Mohawks firent donc appel au gouverneur militaire de la région, Thomas Gage, pour qu’il les soutienne contre les jésuistes et leurs affirmations. Le 22 Mars 1762, le gouverneur Gage prit position en faveur des Mohawks en déclarant:

Que les terres dites “Le Sault” ne sont pas une seigneurie dont les pères jésuites peuvent se prétendre les seigneurs ; mais sont des terres accordées par sa plus chrétienne majestée [le roi de France] dans le seul but d’y établir des Indiens, qui au-delà de leur nature, ne peuvent pas être soumis aux droits du ‘lods et ventes’, à la haute, moyenne ou basse justice. Sa plus chrétienne majestée ayant fait le don à la seule condition que cette terre soit appelée “Le Sault” devra lui appartenir toute défrichée (en français dans le texte original anglais) lorsque les dits Iroquois l’auront abandonné, qu’on se dise que ce ne fut pas son intention que les pères jésuites puissent tirer un quelconque avantage de ce don.” Nous voyons une fois de plus que bien que le texte soit sans équivoque possible, en faveur des Mohawks, il affirme néanmoins la propriété finale de la terre “défrichée” à la couronne de France et donc.. volée et surtout sujette à être ultérieurement vendue… à la couronne britannique.

Le Canada ne commença à gérer officiellement les terres indiennes qu’en 1845. Entre 1762 et 1845, il fut découvert que les jésuites furent les perpétrateurs de malversations foncières sur les terres mohawks de Kanahwake et vendirent de manière tout à fait illégale de larges portions de la terre de la Seigneurie. Toute cette procédure de ventes illégales continua au XIXème siècle au gré des agents britanniques s’engraissant illégalement par le moyen de ventes frauduleuses. La province britannique du Canada décida alors de passer une législation pour limiter que les territoires mohawks ne fussent continuellement rognés. Fut voté l’Indian Land Protection Act ou la loi de protection des terres indiennes en 1850. Alors si cette loi mit alors fin au pillage privé, ceci réserva ce droit à la couronne britannique (dont le QG n’est pas Buckingham palace comme beaucoup le pensent, mais à la City de Londres et sa banque d’Angleterre/Vatican). La loi de 1850 ne redressa aucunement les torts faits aux nations natives non seulement en territoires iroquois mais sur tous les territoires des nations premières, mais cela fut en fait la toute première étape d’un processus qui vit graduellement les terres indiennes être mises sous l’autorité législative du gouvernement fédéral canadien.

Ainsi, depuis la loi sur la protection des terres indiennes de 1850. les terres Mohawks de Kahnawake, qui sont une partie (moins de 50% nous l’avons vu) de la terre initiale de la Seigneurie du Sault St Louis, sont sous la gestion du Canada pour la “couronne” britannique au nom des Mohawks (impressionnant non ?…). Il n’y a eu depuis aucune avance significative pour la récupération des terres volées et initialement vendues par les jésuites ou les agents de la couronne britannique. Il n’y a a pas non plus eu de changement significatif des “frontières” de la “réserve”.

Les Mohawks ont continuellement demandé une solution à cette affaire au travers des autorités coloniales et canadiennes (toujours des autorités coloniales). Celles-ci ont continuellement affirmé et réaffirmé le droit d’occupation des sols par les Mohawks ainsi que les non paiements des loyers par les colons depuis deux siècles, mais rien de plus. Ceci constitue sans aucun doute une grande partie de la méfiance généralisée des Mohawks envers toute autorité étatique constituée.

Il y a eu au moins huit actions judiciaires des Mohawks demandant une restauration de leur titre de propriété sur l’ancienne Seigneurie ou au moins des compensations pour les loyers non payés, intérêts inclus et les ventes ou locations viagères de longue durée, les concessions à perpétuité commercées sans aucun consentement de la part des Mohawks.

Mentionnons ici que d’après Kaiainerekowa, loi de la terre, le wampum (article) 44 stipule clairement que les femmes des clans sont les détentrices de la terre et que leur rôle est de la protéger pour les générations futures avec l’aide des hommes. Il n’y a aucun concept de propriété de la terre (ou de l’eau ou de l’air) dans les sociétés naturelles amérindiennes, africaines, mélanésiennes, australes etc… Dans l’hypothèse (absurde pour un amérindien) que la terre soit “cédée” ou “vendue”, dans le cas des 6 nations iroquoises, seuls les conseils des femmes peuvent le faire ! Les femmes sont les gardiennes de la terre, les gardiennes de la fertilité !…

L’argumentation coloniale donc pseudo-légale peut-être suivie et lue dans les références suivantes:

  • Prescott contre Casot, 1798
  • Pétition au secrétaire colonial de 1807
  • Pétition au gouverneur du Canada en 1820
  • Pétition au gouverneur du bas-canada en 1828 et 1830
  • Délégation au secrétaire colonial de 1830
  • Témoignage de la commission des enquietes aux affaires indiennes en 1843
  • La résolution du conseil de bande sur l’assertion du titre de propriété de la Seigneurie du Sault St Louis en 1965
  • Lettres au ministre des affaires indiennes en 1988 et 1989

Il résulte de tout cela l’évidence que le gouvernement colonial du Canada a systématiquement tourné le dos et ignoré cette réclamation territoriale parfaitement valide des Mohawks avec pour seul objectif de protéger la structure intrinsèquement malhonnête du contrôle des terres indiennes et ainsi couvrir toutes les malversations faites sans aucun consentement préalable de la véritable communauté mohawk en l’occurence, mais native autochtone dans bien d’autres occasions.

Ainsi, à la vue et analyse de ces faits, les Mohawks en ont justement conclu que l’entité commerciale coloniale de la “couronne” appelée “Canada”, ne peut en aucun cas être un havre de paix et de tranquilité où leurs droits fondamentaux de souveraineté et de détention, possession de leurs terres ancestrales puissent être décemment respectés et protégés.

A cet égard aucune entité coloniale de Commission Vérité et Réconciliation, ou autre ignorant les droits fondamentaux des premiers occupants de la terre, ignorant les principes de base de la souveraineté de tout peuple et refusant de négocier de nation à nation, ne pourra résoudre le problème fondamental, qui est celui de la terre et de la propriété. Tout ceci ne pourra être encore et toujours qu’une mascarade.

Nous, peuples occidentaux, devons réaliser ce qui a été fait et est maintenu en notre nom au fil des décennies et des siècles, nous devons retirer notre consentement à cette mascarade de liberté à laquelle on nous demande de quotidiennement participer pour garantir le statu quo oligarchique en place depuis bien trop longtemps. L’avenir de l’humanité réside dans les peuples occidentaux émancipés de l’idéologie coloniale se tenant côte à côte avec leurs frères des nations premières de tous les continents pour œuvrer ensemble à un véritable changement de paradigme politique sur la planète entière reléguant l’État et le capitalisme au musée des horreurs où ils appartiennent et nulle part ailleurs.

Nous terminerons avec cette courte citation d’une ancienne de la communauté mohawk de Kahnawake qui déclara très lucidement lors du siège d’Oka en 1990 devant les caméras et les Québecois présents sur place avec elle: “Arrêtez et comprenez enfin que quand ils en auront fini avec nous, ils s’en prendront à vous, vous subirez le même sort.”

Regardons le monde d’aujourd’hui, regardons où mène l’idéologie coloniale… Voyons-nous des similitudes avec ce que vivent les nations originelles depuis plus de 500 ans ?…

= = =

Sources ayant servi à écrire cet article:

– Variées depuis l’internet

“Heeding the Voices of our Ancestors”, Taiaiake Alfred (Ph.D), Oxford University Press, 1995.

Complément de lecture sur Résistance 71:

https://resistance71.wordpress.com/abolir-lempire-mouvement-pour-la-repudiation-de-la-doctrine-chretienne-de-la-decouverte/

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-doctrine-chretienne-de-la-decouverte/

https://resistance71.wordpress.com/colonialisme-luttes-indigenes/

https://resistance71.wordpress.com/communication-mohawk/

https://resistance71.wordpress.com/constitution-confederation-iroquoise-en-francais/

https://resistance71.wordpress.com/genocide-pensionnats-indiens-canada-kevin-annett/

https://resistance71.wordpress.com/mohawk-nation-news-en-francais/

https://resistance71.wordpress.com/wampum-deux-rangees/

9 Réponses to “Colonisation de la Nouvelle-France… Des arquebuses de Champlain à Oka 1990 et aujourd’hui, le viol de la nation Mohawk…”

  1. Wouaouhhh ! Et merci…

    Je le reblogue dans la journée.

    Cela démontre combien ce combat n’est nullement illusoire mais bien au contraire fondateur, à mon sens, du nouveau paradigme à enclencher.

    JBL

    • Le colonialisme, toujours actif, des états occidentaux est LE fléau à combattre pour tous les peuples, parce que finalement, nous sommes tous des colonisés…
      Éradiquer le colonialisme veut dire deux choses:
      1- Éradiquer l’État
      2- Ce qui sera grandement facilité par l’éradication de la propriété privée (à ne bien sûr pas confondre avec la possession), de façon à ce que plus personne ne puisse exploiter une tierce personne

  2. « quelques arpents de terre » – c’est beaucoup quand même –

    et je me souviens de cette histoire d’acadiens – je vais rechercher –

    • Les Acadiens ont été déportés par les Anglais de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick de 1749 à 1780. L’officier anglais en charge Robert Monckton a laissé son nom à une ville du Nouveau-Brunswick « Monckton ». Aujourd’hui, il reste une communauté acadienne dans le nord du Nouveau Brunswick (Bathust). Les Indiens Mik’maq furent les alliés inconditionnels des Acadiens.

    • P.S: Les Mik’maq sont en lutte pour empêcher que leurs terres ancestrales ne soient traversées par un oléoduc dévastateur et pollueur. Ils firent les manchettes il y a 2 ans environ avec leur blocage des chantiers de construction. Les femmes en tête et les Warriors en couverture tinrent bon. Le projet est « suspendu » jusqu’à la prochaine fois… La province du Nouveau Brunswick est sous la coupe règlée du milliardaire local: la famille Irving, qui possède compagnies pétrolière (Irving), distribution (stations essence), réseau de chemin de fer et oléoducs, ainsi que la grosse entreprise de papeterie de Saint John, qui sous-traite la coupe du bois, matière première… Bref, les « Rockefeller » locaux…😉

  3. Tenez, voici le résultat final ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/14/pour-une-decolonisation-concertee/ J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire mes ajouts que j’ai éprouvé de plaisir à rédiger ce billet… A+ JBL

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