« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 3ème partie ~

Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

février 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

“La perte de temps est la caractéristique primordiale de notre système éducatif présent.”

~ Pierre Kropotkine ~

 “L’économie provient du politique, les relations de producion proviennent des relations de pouvoir, l’État engendre les classes.”

~ Pierre Clastres ~

 

Chapitre 5

 

La marxisme affirme:

  1. Que la concentration capitaliste dans l’industrie, dans le commerce, dans le système monétaire et financier est un stade préliminaire, le commencement du socialisme.
  2. Que le nombre d’entrepreneurs capitalistes, ou au moins des entreprises capitalistes, est en décroissance constante ; que la taille des entreprises individuelles augmente, que la classe moyenne diminue et est vouée à l’extinction et que le nombre de prolétaires croît incommensurablement.
  3. Que la quantité de ces prolétaires est toujours si importante qu’il doit toujours y avoir des chômeurs parmi eux, cette armée de réserve industrielle diminue les circonstances de la vie ; la surproduction en résulte parce que plus est produit qui ne peut être consommé et que donc les périodes de crises sont inéluctables.
  4. Que la disproportion entre l’énorme richesse dans les mains de quelques-uns ainsi que la pauvreté et l’insécurité des masses deviendra si grande qu’une crise terrible en résultera durant laquelle le mécontentement des masses deviendra si intense qu’une catastrophe, une révolution devra venir au cours de laquelle la propriété capitaliste pourra et devra être transformée en propriété sociale.

Ces point principaux ont souvent été critiqués par les érudits anarchistes, bourgeois et récemment par les révionnistes (du marxisme). Content ou pas, nous devons admettre en toute honnêteté la justesse des résultats suivants de la critique.

On ne doit pas parler des entrepreneurs capitalistes en supposant que l’existence de la société capitaliste dépend particulièrement de leur nombre ; on doit plutôt en parler sur le plan du combien ont un intérêt dans le capitalisme et de ceux qui, en regard de leur mode de vie, jouissent d’une bonne prospérité et sécurité sous le régime capitaliste. Qui dépend du capitalisme pour leurs opinions, leurs succès et humeurs et ce indépendemment du fait qu’ils soient entrepreneurs indépendants, agents en bonne position dans le système, hauts-fonctionnaires ou employés, actionnaires, retraités ou quoi que ce soit d’autre. En se fiant aux données fiscales et autres observations incontroversibles, on ne peut dire que le nombre de ces personnes n’a pas dimunué mais augmenté à la fois dans l’absolu et le relatif.

[…] La queston de la classe-moyenne a souvent été adressée. Son existence ne peut pas être niée. Personne n’a jamais dit ou écrit que la classe-moyenne ne peut vouloir dire que des artisans indépendants, des marchants, des petits fermiers ou des retraités.

Nous pourrions y acoler la question: Qui appartient à la classe-moyenne ? et une autre son corollaire: Qu’est-ce que le prolétariat ?

[…] J’ai dit qu’un prolétaire est quiconque gagne un standard de vie prolétaire, il y a donc bien sûr bien des degrés, de la misère la plus noire à l’ouvrier vivant avec sa famille, qui peut survivre à des périodes de chômage, en passant par la personne qui n’a que le strict minimum, même si ces derniers raccourcissent leur vie au travers de malnutrition (NdT: et de nos jours par la “malbouffe” bon marché et industrielle qui nous empoisonne à petit feu…) et dont la descendance n’arrive jamais à obtenir ce petit surplus leur permettant de participer aux arts par exemple.

De fait, seuls ces prolétaires n’ont rien à perdre sauf leurs chaînes et ont intérêts à changer le système (quand ils comprennent vraiment où réside leur intérêt, à savoir celui de la société entière). Même dans les strates supérieures des forces de travail, il y a des professions qui n’appartiennent plus entièrement au prolétariat.

[…] Il y a aussi une autre catégorie de personnes qui vit dans une amère pauvreté qui ne doivent pas être appelés prolétaires. Parmi eux, les artistes et écrivains pauvres, les médecins, les officiers de l’armée et les gens de cette sorte. Sous un régime parfois de privations, ils ou leurs parents se sont souvent assurés une culture qui ne les protège pas de la faim ou du pain rassis ou d’un repas pris à la soupe populaire. Ces personnes constituent une classe en eux-mêmes.

[…] Nous avons aussi un grand nombre croissant de gens qui, sans aucun doute, font partie d’un nouveau groupe de la classe-moyenne comme par exemple, les employés de grand magasin, les gérants de succursales ou de sections d’entreprises, les directeurs, les ingénieurs, les agents, les représentants de commerce etc.

Qu’en est-il de l’insécurité ? Il dit ici être noté que l’insécurité existe pour tous les membres de la société capitaliste, mais il y a là encore des degrés marqués. Nous devons donc faire des différences car nous n’avons pas à faire à des structures abstraites mais à des réalités historiques données. Pour le grand nombre qui se classe dans la catégorie de la classe-moyenne parmi la strate des gens ayant accès à la propriété, bien qu’ils ne disposent pas de leur propre moyens de travail ou de leur propre clientèle, l’insécurité n’est pour ces gens qu’une possibilité théorique. Et est une exception dans la pratique quotidienne. Les marxistes eux, ne coupent pas les cheveux en quatre et inscrivent les gens dans des paquets de généralité.

[…] Partout, le capitalisme préserve sa vitalité et au lieu de ses formes menant au socialisme, au contraire, il utilise la véritable forme socialiste que sont les coopératives ou la coopération mutuelle, pour ses objectifs d’exploitation des consommateurs de de monopolisation du marché.

L’État, de par sa législation, s’est aussi assuré que le capitalisme demeure en bonne santé et fort dans de très nombreux pays.

[…] Nous devons bien comprendre cette idée fondamentale que nous devons à Proudhon: “Ce qui est considéré comme vrai en matière économique pour la personne privée ordinaire, devient faux au moment où on cherche à l’appliquer à la société entière.”

Les ouvriers, dans leurs luttes pour les salaires, agissent juste en participants de la société capitaliste: en égoïstes luttant becs et ongles et comme ils ne peuvent rien faire seuls, ils luttent de manière organisée en tant qu’égoïstes unifiés. Organisé et unifiés, ils sont les camarades d’une branche de l’économie. Toutes ces associations branchiformes comprennent ensemble la totalité des ouvriers dans leur rôle de producteurs pour le marché des commodités capitaliste. Dans ce rôle, ils continuent une lutte, ou du moins le pensent-ils, contre les entrepreneurs capitalistes, mais en réalité contre eux-mêmes dans leur capacité de consommateurs.

Le soi-disant capitaliste n’est pas un caractère figé, tangible. C’est un intermédiaire, sur lequel bien sûr l’essentiel du blâme peut être mis, mais les coups que les ouvriers cherchent à lui infliger de manière militante loupent leur cible. L’ouvrier frappe et frappe, mais ils frappe sur un mirage intangible et les coups se retournent contre lui.

[…] Ainsi, les ouvriers dans leur lutte de producteurs produisent toujours plus de produits. Cette inflation, bien qu’elle affecte en partie les produits de luxe, a pour résultat essentiellement une augmentation du prix des articles de nécessité de base. En fait, pas mIeme une augmentation proportionnée, mais bel et bien disproportionnée. Lorsque les salaires augmentent, les prix montent de manière disproportionnée ; lorsque les salaires baisses par contre, les prix chutent légèrement et lentement de manière disproportionnée.

Le résultat en est que sur une période de temps, la lutte de l’ouvrier dans son rôle de producteur endommage les ouvriers dans leur réalité de consommateur.

[…] Quelqu’un dira bien que les syndicats, avec leurs grèves, luttent non seulement pour l’augmentation des salaires, mais aussi pour le raccourcissement des heures de travail, la solidarité avec les autres travailleurs et leurs doléances, les crédits de traail etc… Les syndicats sont des organisations reconnues complètement nécessaires au sein du capitalisme. Assurons nous de la bonne compréhension de ce qui est vraiment dit ici. Nous reconnaissons ici que les ouvriers ne sont pas une classe révolutionnaire, mais un groupe de pauvres damnés qui doivent vivre et mourir sous la règle capitaliste. Il est admis ici que la “politique sociale” de l’État, des municipalités, les politiques prolétariennes du parti des travailleurs, la lutte prolétarienne des syndicats du travail et le fond syndical sont tous des nécessités pour les travailleurs. Nous concédons aussi que les travailleurs pauvres ne sont pas toujours capables de respecter les intérêts de l’ensemble de la force laborieuse. Les secteurs économiques variés doivent mener leur lutte égoïste pour les salaires, car chaque secteur est une minorité en regard des autres et doit se défendre de l’inflation des coûts de la vie.

Tout ce qui est reconnu, admis et concédé ici est un coup porté contre le marxisme, qui ne cherche qu’à comprendre les travailleurs que dans leur rôle de producteurs et non pas comme le plus bas et pauvre étage du capitalisme, mais comme les porteurs choisis par le destin de la révolution et du socialisme.

Je dis ici: Non ! Toutes ces choses sont nécessaires sous le capitalisme aussi loin que les travailleurs ne comprennent pas comment sortir du capitalisme. Tout ceci ne fait que faire tourner en rond au sein du cercle vicieux établi par le capitalisme. Quoi qu’il arrive au sein de la production capitaliste, celle-ci ne peut mener que toujours plus profondément au capitalisme, mais jamais en sortir.

[…] Sous le système de salaire, il n’y a pas de relation déclarée du travail à la quantité et à la qualité de son produit, il n’y a pas de quid pro quo d’échange. Il n’y a que besoin qui désire une subsistance. Ainsi, nous trouvons une fois de plus que le travailleur du monde capitaliste doit défendre une institution capitaliste anti-culturelle pour préserver son existence. Ses besoins et son rôle de producteur font de lui un serviteur, un vassal du capitalisme.

[…] Récemment, dans une grande ville allemande, j’ai donné dix cours de littérature allemande, qui furent commandités par une association sociale-démocrate et dont l’audience fut pour l’essentiel des membres des syndicats ouvriers. J’ai alors fait l’expérience d’ouvriers anarchistes venant à ma rencontre après le cours dans le hall, endroit qu’ils avaient auparavant évité, pour me demander si je voulais bien leur donner un cours quelque temps plus tard ! A ce moment je décidais de leur donner cette réponse: J’ai donné un cours dans lequel j’ai parlé de Goethe, de Hölderin, de Novalis, de Stifter, de Hebbel, de Dehmel, de Liliencron, de Heinrich van Reder et de Christian Wagner et de bien d’autres, mais vous ne vouliez pas en entendre parler parce que vous ne saviez pas que la voix de la beauté humaine qui nous vient, le rythme fort et calme ainsi que l’harmonie de la vie ne peuvent pas être trouvés dans le bruit et la fureur de la tempête, pas plus que dans le mouvement léger des brises ni le calme sacré de l’immobilité…

“… Nous voulons essayer de voir la douce loi qui guide la race humaine… La loi de la justice, la loi de la morale, la loi qui veut que chaque humain vive de manière respectée, honoré et sécure, ensemble avec les autres, de façon, ainsi il pourra suivre sa plus haute destinée humaine, acquérir l’amour et l’admiration de ses compagnons, de façon à être protégé comme un bijou, car tout humain est un bijou pour un autre être humain, la loi réside partout où des humains vivent avec d’autres humains et cela se voit dans l’attitude d’un humain envers les autres. Elle réside dans l’amour entre époux, dans l’amour des parents pour leurs enfants, dans l’amour des enfants pour leurs parents, dans l’amour des frères et des sœurs, des amis les uns pour les autres, dans la douce inclinaison d’un sexe pour l’autre, dans l’effort par lequel nous subsistons, dans notre activité pour notre petit cercle, les endroits distants et le monde entier.” Nous disait Adalbert Stifter. Ainsi le socialisme que nous appelons bruyamment ici et duquel nous parlons si gentiment, est aussi la douce réalité de la beauté permanente de la vie des humains ensemble.

[…] C’est pourquoi détruisons par la gentillesse, permanente et liante réalité que nous construisons. Notre ligue [Bund] est une ligue pour la vie visant les pouvoirs éternels qui nous lient entre nous et avec le monde de la réalité. Laissons l’idée qui nous mène être de fait une idée, c’est à dire un lien qui nous unit au-delà du phénomène temporel transitoire, fragmentaire et superficiel, avec la calme communauté de l’esprit. Ceci est notre socialisme, une création du futur, comme s’il avait existé depuis toute l’éternité. Faisons en sorte qu’il ne vienne pas des réactions violentes, excitantes et colériques du moment, mais de la présence de l’esprit, de la tradition et de l’héritage de notre humanité.

[…] L’humain peut en vérité non seulement travailler pour vivre, mais il veut aussi sentir sa vie dans son travail, et durant son temps de travail, se réjouir de ce qu’il fait. Il a besoin non seulement de récréation, de repos et de joie le soir, il a aussi besoin et par-dessus tout, de plaisir dans son activité elle-même, une forte présence de son âme dans ses fonctions corporelles. Notre époque a créé le sport, l’activité ludique improductive des muscles et du système nerveux comme une sorte de travail ou de profession. Dans une véritable culture, le travail lui-même devient une soupapae ludique de toutes nos énergies.

[…] Ainsi, les ouvriers ont souvent été appelés des “esclaves” sur un ton indigné, mais on doit commprendre ce que l’on dit lorsqu’on emploie un tel mot comme “esclave” dans son sobre sens littéral. Un esclave était un “protégé”, qui devait être psychologiquement guidé, car sa mort coûtait de l’argent: un nouvel esclave devait être acheté. La terrible chose au sujet de la relation de l’ouvrier moderne et de son maître est justement qu’il n’est pas un esclave, que dans la très vaste majorité des cas, l’entrepreneur peut être complètement indifférent au fait de la vie ou de la mort de l’ouvrier. Celui-ci vit pour le capitaliste, mais il meurt pour lui-même. Il peut être remplacé. Les machines et les chevaux doivent être achetés, ce qui implique à la fois un coût d’achat et de maintenance. Il en était de même avec l’esclave qui devait d’abord être acheté, puis entraîné, même en tant qu’enfant puis on devait lui fournir sa subsistance. L’entrepreneur moderne obtient l’ouvrier gratuitement, qu’il paie un salaire de subsistance à l’un ou à l’autre n’a pas d’importance.

Ici une fois de plus, la dépersonalisation, la déshumanisation de la relation entre l’entrepreneur et le travailleur, le système capitaliste, la technologie moderne et l’État centralisé, vont la main dans la main. Le système capitaliste lui-même réduit l’ouvrier à un numéro. La technologie, alliée du capitalisme, en fait un pignon dans les rouages de la machine bien huilée. Finalement, l’État pourvoit à ce que le capitaliste n’ait non seulement pas besoin de pleurer la mort de l’ouvrier, mais que même en cas de mort ou d’accident, il n’ait même pas à être personnellement impliqué avec l’ouvrier de quelque façon que ce soit, Les institutions d’assurance d’état (ou privée) peuvent être observées de plusieurs angles, mais celui évoqué ici ne devrait sûrement pas être sous-estimé. Ces institutions remplacent également une humanité vivante par un mécanisme de fonctionnement aveugle et déshumanisé.

[…] Les marxistes et les masses de travailleurs qu’ils influencent n’ont aucune conscience du comment fondamentalement la technologie des socialistes diffère de la technologie capitaliste. Chez un peuple civilisé, la technologie devra être dirigée en accord avec la psychologie des hommes libres qui veulent l’utiliser. Quand les travailleurs eux-mêmes déterminent sous quelles conditions ils veulent travailler, ils feront un compromis entre le temps qu’ils veulent passer en dehors du temps de production et l’intensité de travail qu’ils accepteront en son sein afin de produire. Il y aura des différences considérables: certains travailleront rapidement et énergétiquement, de façon à pouvoir passer plus de temps en récréation, tandis que d’autres ne voudront pas passer à dégrader quelques heures que ce soit de la journée à un moyen et voudront que leur travail soit jouissif et procédront à une vitesse confortable pour eux. Leur slogan sera: “la vitesse casse la qualité” et leur technologie sera adaptée à leur nature.

Aujourd’hui, tout ceci ne vient même pas en considération. La technologie se tient totalement sous la subjugation du capitalisme. La machine, l’outil, le serviteur inerte de l’humain est devenu le maître. Même les capitalistes, dans une grande mesure, dépendent du mécanisme qu’ils ont produit et introduit.

[…] Le marxisme est un des facteurs non important, qui préserve la condition capitaliste, le renforce et rend son effet sur l’esprit des gens toujours plus désolant. Les peuples, la bourgeoisie et également, la classe ouvrière deviennent de plus en plus impliqués dans les conditions de production qui n’ont aucun sens, qui sont spéculatives et dénuées de culture et ce dans le seul but de faire de l’argent. Dans les classes qui souffrent le plus sous ces conditions et vivent souvent dans l’austérité complète, la privation et la pauvreté, une connaissance claire des choses, la rébellion et le désir réel d’amélioration déclinent de plus en plus.

Le capitalisme n’est en aucun cas une période de progrès, mais une période de déclin.

Le socialisme ne vient pas du développement plus avant du capitalisme et ne peut pas être la lutte des producteurs au sein du capitalisme.

Voilà les conclusions que nous avons atteintes.

Les tentatives pour retourner à la vieille superstition ou au langage symbolique qui ont perdu leur dignification, ces efforts toujours renouvelés de la réaction ; connectés avec la faiblesse et le déracinement du peuple accroché aux vieux schémas, pour qui le sentiment est plus fort que la raison, sont de dangereuses obstructions, et ultimement aussi seulement des symptomes de la fin. Cela devient encore plus répugnant même lorsque, aussi facilement, elles sont connectées avec la règle coercitive de l’État, qui est une non-spiritualité organisée.

[…] Aussi urgent que cela soit pour nous de concevoir le socialisme, la lute pour de nouvelles conditions entre les humains comme mouvement spirituel et donc de comprendre que la seule manière de parvenir à de nouvelles relations humaines est quand le peuple, mû par l’esprit les crée pour lui-même, il est très important pour nous d’être forts et de ne pas glisser en arrière vers un passé qui ne peut pas être ravivé. Bref, nous ne devons pas nous mentir à nous-mêmes. L’illusion du paradis, de la vérité, de la philosophie, de la religion, de la vision du monde ou quoi que ce soit que l’on veuille appeler les tentatives de cristaliser les sentiments au sujet du monde en mots et formes, n’existe pour nous maintenant que comme individus. Chaque tentative d’établir des communautés, des sectes, des églises, des associations ou quelque sorte de base de telles artifices spirituels, mène, sinon à la tromperie et à la réaction, du moins à un simple palabre sans incidence.

[..] Rappelons-nous néanmoins que chaque mensonge, chaque dogme, chaque philosophie ou religion a sa racine non pas dans le monde externe mais dans notre vie intérieure. Tous ces symboles, par lesquels l’humain amène la nature et lui-même en harmonie, sont de fait valides pour amener beauté et justice dans la vie communale des peuples, parce qu’ils sont les réflexions de la poussée sociale en nous et parce qu’ils sont notre propre forme endormie, la poussée vers le tout, sur lesquelles reposent l’association avec les autres, la communauté, la justice.

La pulsion naturelle de l’association volontaire pour les buts de communauté est inextirpable, mais elle a été sévèrement sonnée et est devenue insensible parce que pendant bien longtemps, elle fut connectée avec les mensonges du monde qui ont grandi et ont maintenant péri ou sans dans le processus de pourrissement.

[…] Nous possédons la réalité du vivant, l’esprit communal individuel en nous et nous ne devons que le laisser émerger créativement. Le désir de créer de petits groupes et des communautés de justice et non pas une aberration paradisiaque ou une forme symbolique, mais une joie sociale terrestre et la promptitude des individus à former un peuple, amèneront le socialisme et le commencement d’une véritable société.

L’esprit agira directement et créera ses formes visibles de la chair et du sang du vivant: des symboles d’éternité deviennent communautés, des incarnations de l’esprit deviennent des incorporations de justice terrestre.

[…] Nous avons appelé cette ère une période de déclin, parce que l’essentiel a été affaibli et ruiné: l’esprit commun, le volontarisme, la beauté de la vie populaire et ses formes. Mais il ne peut pas être ignoré que ces temps contiennent aussi pas mal de progrès. Progrès dans la science, la technologie… La raison est devenue plus agile et plus claire.

[…] Ainsi, la nouvelle société que nous voulons préparer, dont nous nous préparons à poser la pierre angulaire, ne sera pas un retour à de quelques structures anciennes. Ce sera l’ancien sous une nouvelle forme, une culture ayant les moyens découverts par la civilisation des siècles récents.

Comment commencerons-nous ? Comment le socialisme viendra t’il ? Qu’est-ce qui devra être fait ? En premier ? De suite ? Répondre à ces questions sera notre tâche finale.

A suivre…

6 Réponses to “« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~ 3ème partie ~”

  1. Wouaouh ! Je me le sauvegarde sous word, celui-là… Quelle porté, quelle puissance… Et cela date de 1911… Ah ! Ça secoue les méninges. Bon, j’ai presque honte de vous poster mon dernier billet, mais bon, les cours d’eau font les grandes rivières, non ? Allez, je me lance ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/07/a-propos-de-vlad/ Vous remarquerez que je fais des efforts en ce qui concerne les ronces et les doigts dans le nez…🙂

  2. Bon, les petits cours d’eau, vous aurez compris, quoique dans mon cas je devrais plutôt parler de ruisseaux, voire de rus :-p

  3. Bon, totalement HS ; je viens de lire cet article sur fr.sott et j’apprends qu’il y a un Observatoire du conspirationnisme, déjà je suis tombée de ma chaise et que donc dans l’éducation nationale, en France, des profs avaient développer une technique pour faire la chasse aux conspi et aux théoriciens du complot… Tenez, je vous mets le lien ; http://fr.sott.net/article/27603-Une-reunion-pour-contrer-la-montee-des-theories-du-complot-a-l-ecole Et je viens d’écrire un billet sur la Najat qui a signé un accord d’exclusivité avec Microsoft. Bon Ubu a lu tout Bertold Brecht apparemment ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/07/najat-au-piquet/ Bon, on a pas le cul sorti des ronces, hein ?

  4. Bon avaient développé. S’cuzez-moi ! Bon, vu le niveau des mômes d’aujourd’hui, feraient mieux de leur apprendre les bases, non ? Observatoire du conspirationnisme… J’hallucine !

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