« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~2ème partie~

“Bakounine est ennemi de l’État. Marx aussi, théoriquement du moins, mais Marx considère que l’État prolétarien, ou socialiste, peut agir au service du peuple, tandis que son adversaire ne différencie pas l’État, dit prolétarien, de l’État monarchique ou républicain. Pour lui, essentiellement, l’État ne peut avoir d’autre but ou donner d’autres résultats que l’oppression et l’exploitation des masses populaires, soit en défendant les propriétaires, les patrons, les capitalistes, soit en devenant lui-même propriétaire, patron, capitaliste.”

~ Gaston Leval ~

 

Appel au socialisme

 

Gustav Landauer (1911)

 

Larges extraits du texte de la seconde édition de 1919

 

Traduit de l’anglais par Résistance 71

 

Janvier 2016

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

 

Chapitre 4

Le socialisme est la tendance de la volonté d’Hommes unifiés de créer quelque chose de nouveau pour la réalisation d’un idéal.

Nous voyons maintenant pourquoi cette nouvelle entité doit être créée. Nous avons vu l’ancienne. Une fois de plus nous avons laissé passer le système existant devant nos yeux tremblants.

Je n’offre aucune imagerie d’un idéal, aucune description d’une utopie. J’ai juste donné une idée de ce qui peut être dit maintenant et je lui ai donné un nom: la justice.

Le socialisme est un mouvement culturel, une lutte pour la beauté, la grandeur, l’abondance. Personne ne peut le comprendre, personne ne peut y mener, à moins de voir que le socialisme vient des siècles et des millénaires précédents, en cela, aucun politicien du quotidien ne peut être un socialiste. Le socialiste englobe toute la société et son passé, sent et sait d’où nous venons et ensuite détermine où nous allons.

Ceci distingue le socialiste du politicien. Il est intéressé dans la totalité et il saisit nos conditions dans leur totalité, dans leur contexte historique ; il pense de manière holistique. De cela s’en suit qu’il rejette la totalité de nos formes de vie, il n’a d’autre intention, d’autre objectif que le principe entier, universel.

[…] Que le grand amour prédomine en lui, ou l’imagination, ou l’observation clairvoyante, ou la nausée, ou une agressivité sauvage, ou une forte pensée rationnelle, ou quoi que ce soit d’autre pouvant être sa motivation, qu’il soit un penseur ou un poète, un combattant ou un prophète: le vrai socialiste aura toujours un élément vital de l’universel en lui. Mais il ne sera jamais (je parle ici de mentalité et non pas de professions externes), un professeur, un avocat, un comptable, un dilettante crâneur, une personne typique.

Il convient ici de dire une fois pour toute: ceux qui s’appellent eux-mêmes ou se font appeler socialistes aujourd’hui ne sont pas socialistes. Ce qui se fait appeler de nos jour “socialisme” n’est absolument pas le socialisme.

[…] Ce substitut est une caricature, une imitation, un travesti de l’esprit. L’esprit est une compréhension de l’entièreté dans un universel vivant. L’esprit est une unité de choses séparées, de concepts et d’humains. L’esprit est une activité constructive.

[…] L’esprit a été remplacé par une superstition scientifique excentrique et ridicule. Pas étonnant que cette doctrine bizarre ne soit qu’un travesti de l’esprit, car son origne, la philosophie hégélienne, était déjà un travesti du véritable esprit. L’homme qui a concocté cette potion dans son laboratoire était Karl Marx ; le professeur Karl Marx. Il nous a amené la superstition scientifique en lieu et place de la connaissance spirituelle, la politique et le parti en lieu et place de la volonté culturelle.

Une falsification de l’universel comme cette science ne peut jamais sur le long terme, se maintenir contre les réalités quotidiennes tangibles du phénomène individuel ; la révolte des activistes du parti sans esprit a été montée contre le travesti de la science. Nous verrons ici que ni l’un ni l’autre ne sont socialistes. Il sera dit ici que ni le marxisme ni la mosaïque révisionniste sont du socialisme. Il sera montré ici même ce que le socialisme n’est pas et ce qu’il est. Voyons donc cela.

Le marxisme

Note de Résistance 71: Ici Landauer se lance dans une analyse critique du marxisme de plus de 20 pages. Nous ne traduirons ici que ce qui nous paraît essentiel et nous encourageons nos lecteurs à lire de toute façon l’ouvrage en entier (en allemand ou en anglais). Nous pensons malgré tout garder l’esprit de Landauer et de sa critique en tronquant la traduction du texte original.

Nous avons déjà traduit la critique du marxisme par Landauer que nos lecteurs peuvent trouver ici, nous la recopions ici pour maintenir la cohérence du propos:
https://resistance71.wordpress.com/2015/10/21/societe-contre-letat-le-marxisme-modele-du-nouvel-ordre-mondial-gustav-landauer/

 Karl Marx a artificiellement relié les deux composants du marxisme, la science et le parti politique, créant apparemment quelque chose de complètement nouveau, que le monde n’avait jamais vu auparavant, à savoir la science politique et un parti ayant une base et un programme scientifiques.

Si vous voulez gagner les masses, flattez-les. Si vous voulez les incapaciter d’action et de pensée sérieuses et rendre leurs représentants des archétypes de creuse prétention, des déversoirs d’une rhétorique qu’ils ne comprennent eux-mêmes au mieux qu’à moitié, puis de les convaincre qu’ils représentent un parti politique scientifique, si vous voulez les remplir d’une stupidité malsaine, alors entraînez-les dans des écoles de parti. Ainsi, le parti politique scientifique fut la demande des Hommes les plus avancés de tous les temps ! Quels parfaits amateurs furent donc tous les politiciens précédents, qui n’agirent que par instinct ou par génie, comme on marche, pense, écrit ou peint. Bien que ceci demande en plus d’un talent naturel, une bonne technique et une bonne habileté, ceci n’est en aucun cas une science.

[…] Qu’enseigne donc cette science du marxisme ? Qu’affirme t’elle ? Elle affirme connaître le futur. Elle présume avoir une telle vision profonde dans les lois éternelles du développement et les facteurs déterminants de l’histoire humaine, qu’elle sait ce qui va arriver, comment l’histoire va continuer et ce qu’il adviendra de notre condition et de nos formes de production et d’organisation.
Jamais la valeur et le sens de la science n’ont été si ridiculeusement mal compris. Jamais l’humanité n’a, surtout les plus opprimés, les plus intellectuellement démunis et les parties les plus sous-développées de l’humanité, été moquée de la sorte avec une réflexion de miroir si déformée.

[…] L’endroit du chemin où nous nous trouvons n’est pas du tout analogue à un problème mathématique ou un rapport factuel ou même une loi du développement ; ceci ne serait que se moquer de la loi de la conservation de l’énergie. Ce chemin correspond à une audacité de trompe-la-mort. La connaissance veut dire d’avoir vécu, de posséder ce qui a été. La vie veut dire: vivre, créer et souffrir de ce qui est à venir.

Non seulement ceci veut dire qu’il n’y a pas de science du futur, mais cela implique également qu’il n’y a qu’une connaissance vivante d’un passé toujours vivant, mais pas de science inerte de quelque chose de mort gisant là.

[…] Donc, l’histoire et l’économie politique ne sont pas des sciences. Les forces au travail dans l’histoire ne peuvent pas être formuléee scientifiquement: leur jugement sera toujours une estimation qu’on pourra décrire par un nom plus ou moins important, selon la nature humaine qu’il contient ou irradie.

[…] D’où donc les marxistes tirent-ils leur superstition scientifique ?

Ils concoctent leur contre-façon illusoire, le produit de substitution de leur patchwork historique et de leurs lois scientifiques: ils ne reconnaissent qu’un seul principe général convaincant qui forme, coordonne les détails et connecte des faits éparses, à savoir: la science. En fait, la science est esprit, ordre, unité et solidarité… lorsqu’elle est science. Mais lorsqu’elle n’est qu’une nébuleuse de stupidités, lorsque le supposé homme de science n’est qu’un journaliste déguisé, lorsque une tonne de faits statistiquement formulés et des platitudes dialectiquement masquées affirment être une sorte de mathématique supérieure de l’histoire et un manuel d’instruction infaillible de la vie future, alors cette soi-disante science n’a aucun esprit, elle est un frein à l’intellect. Elle est un obstacle qui se doit d’être éliminé avec arguments et rires, avec une colère dévastatrice.

[…] Nous [anarchistes] sommes des poètes et nous voulons idéologiquement éliminer les falsificateurs scientifiques, les marxistes froids, creux et dénués de spiritualité, de façon à ce qu’une vision poétique, une créativité artistiquement concentrée, l’enthousiasme et la clairvoyance trouvent leur place pour agir, travailler et se construire à partir de maintenant ; dans la vie, dans des corps humains, pour la vie harmonieuse, le travail et la solidarité des groupes humains, des communautés et des nations.

[…] L’esprit qui nous anime est la quintessence de la vie et il crée une réalité effective. Cet esprit est aussi appelé autrement: solidarité [Bund] ; et ce que nous cherchons à optimiser dans une belle présentation est: la pratique, le socialisme, une ligue de personnes au travail [Bund].

Nous pouvons ici clairement voir et toucher du doigt pourquoi les marxistes ont exclus l’esprit de leur fameuse conception de l’histoire, qu’ils appellent le matérialisme historique.

Les marxistes, dans leurs déclarations et leurs points de vue, ont exclus l’esprit pour une raison simple et logiquement presque excellente raison matérielle: ils n’ont tout simplement pas d’esprit. Pour des raisons déjà cités, ceci ne peut pas être et ce en aucun cas une science fondée sur des lois, mais ne peut devenir qu’un brouillon préliminaire imaginatif, presque fantastique, pour une telle science.

[…] Il est en fait seulement nécessaire de dire que ce que les marxistes appelent une conception matérialiste de l’histoire n’a rien à voir avec un matérialisme rationnellement conçu : en fin de compte, eux-mêmes ont considéré que c’était une contradiction que de considérer rationnellement le matérialisme et ils n’auraient pas même eu tort. En fait, la conception historique qu’ils enseignent devrait être appelée “économie”. Son véritable nom néanmoins, comme je l’ai dit ci-dessus, est la conception non spirituelle de l’histoire.

Car ils affirment avoir découvert que toutes les conditions politiques, les religions, les mouvements intellectuels, sans exclure bien sûr leur propre doctrine et leur entière agitation et activité politique, ne sont qu’une superstructure idéologique, une sorte d’épiphénomène des conditions économiques et des processus des institutions sociales. Leurs esprits superficiels ne sont que peu préoccupés par la quantité d’activité mentale et spirituelle qui est inextricablement mélangée avec ce qu’ils appellent la réalité économique et sociale, par le fait que la vie économique n’est qu’une petite partie de la vie sociale et que cette vie sociale est totalement inséparable des petites et grandes stuctures spirituelles et des mouvements de la coexistence humaines.

[…] L’entière doctrine est fausse et ne tient pas la route et tout ce qui demeure de vrai et de valable est un fait que nous avons réalisé en Angleterre et ailleurs bien avant Karl Marx à savoir qu’en contemplant les évènements humains, la signification éminente des conditions économiques et sociales et des changements ne pouvait être ignorée. Ce point de vue culmina dans le grand mouvement qui dit être appelé celui de la découverrte de la société comme étant distincte de l’État, un des premiers et des plus importants pas vers la liberté, la culture, la solidarité, le peuple et le socialisme. Bien des idées bénéfiques et séminales sont contenues dans les grands écrits des économistes politiques et des journalistes brillants du XVIIIème siècle ainsi que des premiers socialistes du XIXème. Le marxisme quoi qu’il en soit, a réduit tout ceci en une caricature, une contre-façon et une corruption. La soi-disant science que les marxistes en ont fait est en réalité une tentative pathétique et désastreuse de renverser l’actuel écartement de l’État, à savoir le démarquage de la non-culturalité vers les associations volontaires unifiées par un esprit commun, le courant qui porte en lui la société des sociétés, pour revenir à l’État et à la non spiritualité de nos institutions sociales, menant ce courant à l’alimentation du mouvement de carrière de politiciens ambitieux.

Nous devons regarder de plus près encore. Nous n’avons pelé que deux couches de cet oignon marxiste acride, nous devons couper plus avant en son cœur même si cela doit amener plus de larmes aux yeux. Nous devons disséquer plus avant cette monstruosité.

Nous avons atteint l’étape où le professeur qui réduit la vie à une fausse science, les corps humains à du papier, se transforme lui-même en professeur d’un type différent, s’appelant comme bien d’autres professeurs “artistes de transformation”, magiciens, prestidigitateurs… Le chapitre le plus décisif de Karl Marx m’a toujours rappelé ce type de professeur qu’on peut résumer ainsi: “Un, deux, trois… Ne crois pas ce que tu vois !”

Par conséquent, d’après Marx, la carrière progressive de nos nations depuis le moyen-âge vers le futur en passant par aujourd’hui, est une trajectoire qui prend place “de par la nécessité d’un processus naturel”, avec en plus une rapidité croissante. Dans la première étape, celle des petits commerçants, il n’y a que des gens moyens, médiocres, petit-bourgeois et ce type de personnes et bien des gens possèdent leur toute petite propriété. Puis vient le capitalisme, la seconde étape, la poussée vers le progrès, la première étape du développement vers le socialisme et le monde apparaît bien différent. Le petit nombre possède de grandes propriétés et la masse n’a rien. La transition vers cette étape fut difficile et cela ne put être fait sans violence et mauvaises actions. Mais à ce stade, le progrès vers la terre promise s’accélère de plus en plus et bien plus facilement sur les rails bien huilés du développement. De plus en plus des masses sont prolétarisées et il y a de moins en moins de capitalistes. Ils s’approprient les uns les autres jusqu’à ce que des masses de prolétaires, comme le sable sur une plage côtière, fassent face à de gigantestques entrepreneurs isolés et sautent à la troisième étape, le second processus du développement, la dernière étape vers le socialisme qui est un jeu d’enfant: “le glas de la propriété privée capitaliste sonne”. “La centralisation des moyens de production” et “la socialisation du travail”, dit Marx, furent achevées sous le capitalisme. Il appelle cela un mode de production qui a “fleuri sous le monopole du capital”, en tombant toujours dans un tel délire poétique quand il fait l’éloge des dernières beautés du capitalisme juste avant qu’il ne tourne en socialisme. Maintenant le temps est venu: “la production capitaliste, avec la nécessité d’un processus naturel, génère sa propre négation.”: le socialisme. Car la “coopération” et la “propriété commune de la terre”, nous dit Marx, sont déjà un “accomplissement de l’ère capitaliste”. La grande, l’énorme, la presqu’infinie masse de prolétaires ne peut pratiquement rien contribuer au socialisme. Elle doit simplement attendre que son heure arrive.

[…] Pour moi, la coopération veut dire action commune et travail commun… Ce que Karl Marx a appelé coopération, supposée être un élément du socialisme, est la forme de travail qu’il a vu dans l’entreprise capitaliste de son temps, le système industriel, celui de l’usine, où des milliers de personnes travaillent dans une énorme pièce, l’adaptation de l’ouvrier à la machinerie et en résultat, la division pervasive du travail dans la production de commodités pour le marché mondial capitaliste. Marx dit sans équivoque que le capitalisme est “déjà fondé sur l’entreprise de production sociale” !

Oui il est vrai que ce type de non-sens sans parallèle dans l’histoire va contre le courant de pensée, mais c’est l’opinion exprimée de Karl Marx que le capitalisme développe le socialisme complètement de lui-même et que le mode de production socialiste s’épanouit sous le capitalisme. Nous avons déjà la coopération, nous sommes déjà bien sur le chemin de la propriété commune de la terre et des moyens de production. Au bout du compte, il ne restera plus qu’à chasser les quelques propriétaires qui demeurent en place. Tout le reste a fleuri sous le capitalisme, car capitalisme = progrès = société = socialisme. Le véritable ennemi est la “classe moyenne, le petit industriel, le petit marchant, l’artisan, le paysan”. Car ils travaillent pour eux-mêmes et ont quelques aides et apprentis. C’est cela le boulet, la petite entreprise, tandis que le capitalisme lui est l’uniformité, le travail de milliers dans un même endroit, le travail pour le marché mondial ; çà c’est la production sociale et le socialisme.

Ceci représente la véritable doctrine de Karl Marx: quand le capitalisme a remporté une victoire complète sur les vestiges du moyen-âge, le progrès est scellé et le socialisme est pratiquement là.

N’est-il pas symboliquement signifiant que la fondation même du marxisme, la bible de ce type dd socialisme soit appelée “Das Kapital” ? Nous opposons ce socialisme avec notre socialisme propre en disant ceci: socialisme, culture et solidarité, juste échange et travail joyeux, la société des sociétés ne peut venir que lorsqu’un esprit s’est éveillé comme celui de l’ère chrétienne et pré-chrétienne des nations teutoniques et lorsque cet esprit n’existe plus et laisse la place au manque de culture, à la dissolution, au déclin, ceci en terme économique est appelé: le capitalisme.

Ainsi deux choses diamétralement opposées se font face:

Ici le marxisme et là le socialisme !

Marxisme: la non spiritualité, la floraison des fleurs de papiers sur les ronces adorées du capitalisme.

Socialisme: la nouvelle force contre la pourriture ; la culture qui s’élève contre la combinaison de la non-spiritualité, de l’austérité, de la violence, contre l’état et contre le capitalisme modernes.

Maintenant on peut comprendre ce que je veux lui dire en face, le marxisme est la peste de notre temps et la malédiction du mouvement socialiste. Maintenant nous allons expliquer encore plus clairement pourquoi c’est comme cela et pourquoi le socialisme ne peut se réaliser qu’en combattant mortellement le marxisme.

Car le marxisme est. par dessus tout, ce Philistin qui regarde de manière condescendante toute chose venant du passé, qui appelle tout ce qui l’intéresse le présent ou le futur immédiat, qui croit dans le progrès, qui préfère 1908 mieux que 1907 et qui attend quelque chose de spécial en 1909 et quasiment un miracle eschatologique pour quelque chose qui est aussi éloigné dans le futur que 1920.

Le marxisme est le Philistin et donc l’ami de toute chose massive et compréhensible. Quelque chose comme une république médiévale de villes ou de villages, une mir russe ou un Allmend suisse ou une communauté communiste, ne peuvent pas pour lui avoir la moindre similarité avec le socialisme, mais par contre un état vaste et centralisé ressemble déjà à son État du futur de manière assez proche. Montrez-lui un pays à une période donnée de l’histoire où les petits paysans prospéraient, où il y avait des métiers complémentaires artisanaux florissants, où il y avait peu de misère et il détournera le nez avec dédain.

Karl Marx et ses successeurs pensaient qu’ils ne pouvaient pas faire de pire accusation contre le plus grand de tous les socialistes, Pierre-Joseph Proudhon, qu’en l’appelant “petit-bourgeois” et “petit paysan socialiste”, ce qui n’était ni incorrect ni insultant, car Proudhon avait splendidement montré au peuple de sa nation et de son temps, de manière prédominante des petits paysans et des artisans, comment ils pourraient parvenir au socialisme immédiatement sans avoir à attendre les progrès laborieux du grand capitalisme. Mais, les croyants dans le progrès ne veulent pas nous entendre parler de la possibilité qui fut autrefois présente et qui ne devint pas une réalité et les marxistes ainsi que tous ceux qu’ils ont infecté ne peuvent pas écouter quiconque parler de socialisme qui aurait pu être possible avant le mouvement de déclin, qu’ils appellent eux, le mouvement ascendant du capitalisme sacré.

Nous [les anarchistes] en revanche, ne séparons pas un développement humain fabuleux et les processus sociaux de ce que veut, fait, aurait voulu ou aurait pu faire l’humain. Nous savons aussi quoi qu’il en soit, que la détermination et la nécessité de tout ce qui se passe, incluant bien entendu, la volonté et l’action est valide et sans exception, mais seulement après que ce soit établi en fait réel, à savoir après que la réalité soit établie, cela devient-il alors une nécessité…

De notre opinion, l’histoire humaine ne consiste pas en des processus anonymes et d’une vulgaire accumulation d’une multitude de petits évènements et d’omissions.

Mais le marxisme est inculte et il montre toujours du doigt en toute suffisance, moquerie et triomphe, les échecs et les tentatives futiles, il a de plus une telle peur infantile de la défaite. Il montre le plus de mépris pour ce qu’il appelle les expériences ou les échecs. Ceci est un signe honteux d’un déclin des plus disgracieux, spécifiquement pour le peuple allemand, à qui convient si mal une telle peur de l’idéalisme, de l’enthousiasme et de l’héroïsme, que de si piètres personnages sont les leaders de ses masses mises en esclavage. Mais les marxistes sont pour les masses appauvries et opprimées exactement ce qu’ont été les nationalistes depuis 1870 pour les classes de gens rassasiés: les adorateurs du succès.

De ce fait, nous saisissons un sens plus précis de l’expression “conception matérialiste de l’histoire”. Oui, de fait les marxistes sont des matérialistes dans le sens ordinaire, brut et populaire du mot et tout comme les crânes d’œuf nationalistes, ils s’épanouissent à vouloir réduire et exterminer l’idéalisme. Ce que les bourgeois nationalistes ont fait des étudiants, les marxistes le font de grands segments du prolétariat, façonnant couardement de petits hommes sans jeunesse, sans esprit indomptable, sans courage, sans la joie de faire ou de tenter quelque chose, sans pensée dirigée, sans hérésie, sans originalité ni individualité. Mais nous avons besoin de tout cela. Nous avons besoin de tentatives et d’initiatives. Nous avons besoin d’envoyer des milliers d’hommes en Sicile. Nous avons besoin de ces si précieuses natures de Garibaldi et nous avons besoin d’échecs après échecs et de cette dureté naturelle se forgeant à ne plus rien craindre, qui maintient le cap, qui endure, et recommence encore et toujours jusqu’au succès, jusqu’à ce qu’on réussise et devienne impossible à conquérir. Quiconque n’endorse pas le danger de la défaite, de la solitude, des échecs, n’atteindra jamais la victoire.

Ô vous les marxistes, je sais pertinemment comme cela sonne faux à vos oreilles, vous qui n’avez peur de rien sauf ce que vous appelez un coup de couteau dans le dos. Ce mot appartient à votre vocabulaire si particulier et peut-être à juste titre, puisque vous montrez votre dos le plus souvent à vos ennemis plutôt que votre visage. Vous savez à quel point vous haïssez profondément et Ô combien repoussant vos humeurs sèches trouvent de telle natures passionnées que sont le constructif Proudhon et les destructeurs Garibaldi ou Bakounine. Tout ce qui est latin ou celtique, tout ce qui a trait à l’air libre à la nature sauvage et à l’initiative est presque un embarrassement pour vous. Vous vous êtes suffisamment handicapés pour exclure tout ce qui peut-être libre, personnel ou juvénile, traits que vous qualifiez inlassablement de stupidités, exclus donc du parti, du mouvement et des masses elles-mêmes.

Les choses seraient véritablement bien meilleures pour nous et le socialisme en général si au lieu de la stupidité systémique que vous appelez votre science, nous avions les stupidités de gens aux tempéraments de feu débordant d’enthousiasme sur les autres, ce que vous ne pouvez pas supporter. Oui, nous voulons en fait faire ce que vous appelez des “expériences” ; nous voulons tenter, nous voulons créer depuis notre cœur et nous voulons si cela doit-être, souffir de la défaite et des échecs jusqu’à la victoire, jusqu’à ce que l’objectif soit atteint. Des personnes incultes, fades, cyniques et livides mènent nos peuples, où sont les tempéraments de Colomb (NdT: de manière évidente, Landauer n’a pas réfléchit en profondeur à la question de Colomb et de la “découverte”…), ces gens qui préfèrent voguer en pleine mer sur de fragiles embarcations vers l’inconnu plutôt que d’attendre le progrès. Où sont les jeunes joyeux et victorieux Rouges qui riront à la face livide de ces leaders ? Les marxistes détestent entendre de telles paroles, de telles attaques, qu’ils appellent des rechutes, de tels défis enthousiastes non-scientifiques. Je le sais et c’est pour cela que cela est si bon de le leur avoir dit. Les arguments que j’utilise contre eux sont valides et tiennent la route, mais si au lieu de les réfuter au moyen d’arguments, je pouvais les ennuyer à mort avec la moquerie et le rire, cela m’irait tout aussi bien. (NdT: comme quoi l’humour, le sarcasme et l’ironie, lorsqu’intelligemment maniés sont des armes redoutables. Où en sont l’humour et le “politiquement correct” ajourd’hui en 2016 ?…)

Ainsi, le marxiste inculte est bien trop malin, à la page et prudent pour ne jamais penser que le capitalisme dans un état d’effondrement total, comme ce fut le cas durant la révolution de Février [1848] en France, pourrait être confronté par l’organisation socialiste alors qu’il préfère tuer les formes de communauté de vie émanant du Moyen-Age qui furent préservées, spécifiquement en Allemagne, en France, en Suisse, et en Russie, pendant des siècles de déclin et de les noyer totalement dans le capitalisme plutôt que de reconnaître qu’ils contiennent les graines et les cristaux de vie de la culture socialiste à venir.

Mais si quelqu’un lui montre les conditions économiques de disons, l’Angleterre, du milieu du XIXème siècle, avec son système industriel de désolation, avec son exode rural, son homogénéisation des masse et sa misère, avec des économies tournées vers le marché mondial au lieu des véritables besoins, il y trouve la production sociale, la coopération, les commencements de la propriété commune. Il se sent comme à la maison…

Ajoutez à cela la concentration capitaliste qui paraissait être comme si le nombre de capitalistes et de fortunes deviendraient toujours moindre et de continuer à promouvoir le modèle du gouvernement omnipotent dans l’État centralisé de notre temps, ajoutez-y finalement la toujours plus grande perfection des machines industrielles, la division toujours croissante du travail, le remplacement des ouvriers et artisants hautement qualifiés par des machinistes sans talent, tout cela vu sous une lumière exagérée et caricaturale, car cela possède un autre côté et n’est jamais un développement schématiquement non-linéaire. C’est une lutte et un équilibre de plusieurs tendances, mais tout ce que voit le marxisme est toujours grotesquement simplifié et caricaturé. Finalement, ajoutez l’espoir que les heures de travail vont diminuer de plus en plus et que le travail humain deviendra de plus en plus productif: alors l’état du futur est accompli. L’état futur des marxistes: la floraison sur l’arbre de la centralisation gouvernementale, capitaliste et technologique.

On doit cependant ajouter que le marxiste, quand il rêve à fond, ce rêve jamais plus sec et plus vide et s’il y a jamais eu de fantaisistes sans imagination, les marxistes sont les pires, le marxiste étend son centralisme et sa bureaucratie économique au-delà des états présents et se fait l’avocat d’une organisation mondiale qui régulerait et dirigerait la production et la distribution des biens de consommation et de service. C’est l’internationalisme marxiste. Comme dans l’ancienne [première] Internationale, tout devait être supposément dirigé depuis Londres et sa base du Conseil Général et aujourd’hui dans la social-démocratie (seconde internationale), toutes les décisions sont prises depuis Berlin, cette autorité de la production mondiale regardera un jour dans chaque casserole possible et aura la quantité adéquate de graisse pour les rouages des machines qu’elle aura en compte.
Une couche encore et notre description du marxisme sera terminée.

Les formes d’organisation que ces gens appellent le socialisme, fleurissent complètement dans un terreau capitaliste, mis à part que ces organisations, ces usines toujours en pleine expansion grâce à la vapeur, sont toujours entre les mains privées d’entrepreneurs et d’exploiteurs. Nous savons quoiqu’il en soit déjà qu’ils sont supposés être réduits à un nombre toujours plus petit par la concurrence. On doit visualiser clairement ce que cela signifie: d’abord cent mille, puis quelques milliers, puis quelques centaines, puis quelques 70 ou 50, puis juste quelques énormes et monstrueux entrepreneurs (NdT: regardons ce qu’il s’est passé depuis… On appelle çà le capitalisme monopoliste, celui des géants, des cartels que ce soit industriels ou financiers, ils dominent le monde depuis l’entre deux- guerre et ont tout acheté y compris les États et leurs gouvernements, mais à un moment donné, la compression n’est plus possible, les grands capitalistes s’unissent pour maintenir la convergence de leurs intérêts politiques et financiers en maintenant une sous-classe capitaliste en pare-feu et en chiens de garde du système).

Leur sont opposés travailleurs, ouvriers, prolétaires. Ils sont de plus en plus nombreux, les classes moyennes disparaissent et avec le nombre de travailleurs, l’intensité et le pouvoir des machines croissent également, de telle façon que non seulement le nombre de travailleurs mais aussi le nombre de chômeurs, la soi-disante armée de réserve du travail, augmentent. D’après cette description, le capitalisme atteint une impasse et la lutte contre lui, à savoir contre les quelques capitalistes restant, devient de plus en plus facile pour les masses incommensurables de déshérités qui ont un intérêt dans le changement. Ainsi doit-on se rappeler que tout dans la doctrine marxiste est immanent, bien que le terme provienne d’un autre domaine et y soit mal approprié. Ici, cela signifie que rien ne nécessite un effort spécial ou une vision mentale, tout coule de source du processus social. Les soi-disantes formes socialistes sont déjà immanentes au capitalisme…

Comme le dit le programme social-démocrate allemand en ces termes si jolis et si marxistes (à l’encontre d’éléments non authentiques qui se sont infiltrés pour faire que les créateurs de ce programme appellent maintenant révisionistes leur opposition): les puissances de production grossissent maintenant au-delà de la capacité de la société contemporaine. Ceci contient l’enseignement très marxiste qui dit que dans la société contemporaine les formes de production sont devenues de plus en plus socialistes et qu’il ne manque à ces formes que leur juste forme de propriété. Ils appellent cela la propriété sociale, mais quand ils appellent le système industriel capitaliste un [système de] production sociale (non seulement Marx applique ceci dans le Capital, mais les socio-démocrates actuels dans leur programme courant appelle le travail dans les formes du capitalisme contemporain, le travail social), nous connaissons les véritables implications de leurs formes socialistes de travail.

Tout comme ils considèrent les formes de production de la technologie de la vapeur dans le capitalisme être une forme socialiste de travail, ils considèrent également l’État centralisé comme l’organisation sociale de la société et la propriété d’état administrée de manière bureaucratique comme la propriété commune !… Ces gens n’ont vraiment aucun sens instinctif de la société et de sa signification. Ils n’ont pas la moindre idée du fait que la société ne peut-être qu’une société des sociétés, seulement une fédération, seulement la liberté. Ils n’ont de ce fait aucune idée que le socialisme est l’anarchie et la fédération. Ils croient que le socialisme est le gouvernement, tandis que d’autres qui ont soif de culture veulent créer le socialisme parce qu’ils veulent échapper à la désintégration et la misère issues du capitalisme et sa pauvreté concomittante, son manque total d’esprit et la coercition inhérente, qui n’est que l’autre face de l’individualisme économique. Bref, ils veulent s’échapper de l’État pour participer à une société des sociétés et à la participation des associations volontaires.

Parce que, comme disent ces marxistes, le socialisme est toujours, façon de parler, la propriété privée des entrepreneurs, qui produisent sauvagement et inconsidérément et comme ils sont en possession des pouvoirs de production socialistes (lire ici: la machine à vapeur, la production perfectionnée par la machinerie et les masses prolétariennes à profusion), donc, parce que la situation ressemble à un balais de sorcière dans les mains d’une apprentie, un déluge de biens de consommation, une surproduction et une grande confusion peuvent en résulter, à savoir, des crises peuvent survenir, qui, quelqu’en soient les détails, se produisent toujours selon les marxistes, parce que la fonction régulatrice d’un contrôle statistique et la direction d’une autorité d’État mondiale est nécessaire et va de paire avec le mode de production socialiste, qui de leur point de vue tordu et stupide, existe déjà.

Aussi longtemps que cette autorité de contrôle fait défaut, le “socialisme” demeure toujours imparfait et le désordre peut en résulter. Les formes d’organisation du capitalisme sont bonnes, mais elles manquent d’ordre, de discipline et d’une centralisation stricte. Le capitalisme et le gouvernement doivent fusionner et là où nous parlerions de capitalisme d’État, ces marxistes disent que le socialisme est là et bien là. Mais juste comme leur socialisme contient toutes les formes du capitalisme et de la régimentation et tout comme ils permettent la tendance à l’uniformité et au nivellement qui existe aujourd’hui pour progresser vers sa perfection ultime, le prolétariat est lui aussi porté vers leur socialisme.

Le prolétariat de l’entreprise capitaliste est devenu l’état prolétarien et la prolétarisation a, lorsque commence ce type de socialisme, atteint réellement et de manière prévisible des proportions gigantesques. Tout le monde sans exception est un employé de l’État.

Le capitalisme et l’État doivent fusionner, ceci est en vérité l’idéal marxiste (NdT: Pour Mussolini, le fascisme se définissait comme la fusion de l’État et des corporations industrio-financières… Simple question ici en 2016: Quel est le concept du Nouvel Ordre Mondial que l’oligarchie veut mettre en place ?… surpris ?). Bien qu’ils ne veulent pas entendre parler de leur idéal, nous voyons qu’ils cherchent à promouvoir cette tendance de développement. Ils ne voient pas que le pouvoir énorme et la désolation bureaucratique de l’état n’est nécessaire que parce que notre vie communale/commune a perdu son esprit, parce que la justice et l’amour, les associations économiques et la floraison de la multiplicité des petits organismes sociaux ont disparu. Ils ne voient rien de cette décomposition profonde de nos temps, ils hallucinent le progrès.

La technologie bien sûr progresse. Cela se produit dans les temps culturels, bien que pas toujours, il y a des cultures sans progrès technique ou technologique. Elle progresse surtout en temps de décomposition, de l’individualisation de l’esprit et de l’atomisation des masses. Ceci est justement notre point. Le véritable progrès de la technologie ainsi que celui de la véritable base temporelle est, pour une fois, marxiste pour les marxistes, la base véritable, matérielle pour la superstructure idéologique, à savoir pour les marxistes, l’utopie du socialisme progressiste…

Il n’y a aucun doute que les marxistes pensent que si l’avant et l’arrière de notre dégradation, les conditions capitalistes de la production et de l’état étaient rassemblées, alors leur progrès et leur développement attendraient leur but pour que se réalisent la justice et l’égalité. Leur état économique bien compris, qu’il soit l’héritier des états précédents ou leur état mondial est une structure républicaine et démocratique et ils pensent vraiment que les lois d’un tel état fourniraient bien-être et bonheur à son peuple. C’est ici que nous devons nous esclaffer de ces pathétiques fantasmes. Une telle réflexion de miroir ne peut être que le produit du laboratoire de développement du capitalisme. Nous ne perdrons pas plus de temps sur cet idéal accompli de l’ère du déclin et de l’inculture dépersonnalisée, de ce gouvernement de nains.

Nous allons voir que la véritable culture n’est pas vide, mais satisfaite et que la véritable société est une multiplicité de petites et véritables affinités qui grandissent des qualités de connexion des individus, de l’esprit, que c’est une structure de communautés et une union. Ce “socialisme” des marxistes est un gloitre géant qui va se développer de manière supposée. N’ayez pas peur, nous allons bientôt voir qu’il ne se développera pas. Notre socialisme en revanche, devrait pousser du cœur des Hommes. Il désire provoquer le fait que les cœurs de ceux qui s’appartiennent les uns aux autres grandiront en unité et en esprit. L’alternative n’est pas un socialisme pygmée ou socialisme de l’esprit, car nous verrons bientôt que si les masses suivent les marxistes ou même les révisionnistes (NdT: du marxisme), alors le capitalisme demeurera.

Cela ne tend pas à changer soudainement dans le “socialisme” des marxistes ni de se développer en le “socialisme” des révisionistes. Le déclin, dans ce cas précis, le capitalisme, a en notre temps juste assez de vitalité que la culture et l’expansionisme ont eu en d’autres temps. Le déclin ne veut pas du tout dire décrépitude, une tendance vers l’effondrement ou un renversement drastique des choses. Le déclin, l’époque du naufrage, de l’impopularité, de la platitude d’esprit, est capable de durer des siècles ou un millénaire. Le déclin, ici le capitalisme, possède à notre époque juste cette vitalité qu’on ne trouve ni dans la culture ni dans l’expansion contemporaine. Il a autant de force et d’énergie que nous échouons de nous rassembler pour le socialisme. Le choix auquel nous faisons face n’est pas: une forme de socialisme ou une autre, mais bien plus simplement: capitalisme ou socialisme, l’État ou la société, le non-esprit ou l’esprit. La doctrine du marxisme ne mène pas hors du capitalisme, il n’y a aucune vérité non plus dans la doctrine du marxisme que le capitalisme puisse dans le temps, émuler l’incroyable exploit du Baron de Münchhausen qui se tira d’un étrange marécage en se tirant lui-même par sa tresse, à savoir cette prophétie qui dit que le capitalisme va émerger de son propre marigaux par la simple vertu de son propre développement.

Posons donc les questions: Est-il vrai que la société est telle que les marxistes la décrivent ? Que son développement plus avant est ou doit être, ou sera probablement tel ? Est-il vrai que les capitalistes se dévorent les uns les autres jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un seul énorme capitaliste ? Est-ce vrai ? Devrait-il n’y avoir qu’un seul capitaliste ? Est-il vrai que la classe moyenne disparaît, que la prolétarisation s’accélère et qu’une fin de ce processus peut-être prédite ? Que le chômage est de pire en pire et que de telles circonstances ne peuvent plus continuer à exister ? Et y a t’il une influence spirituelle sur les déshérités de façon qu’ils doivent par nécessité naturelle, se révolter, devenir révolutionnaires ? Est-il vrai finalement que les crises deviennent de plus en plus compréhensibles et dévastatrices ? Que la capacité productive du capitalisme le dépasse et doit donc immanquablement évoluer en un soi-disant socialisme ?

Tout ceci est-il vrai ?

Voilà les questions que nous devons poser et que nous, les anarchistes, avons toujours posé depuis le début, depuis que le marxisme existe. Bien avant le marxisme, il y avait un véritable socialisme, spécifiquement le socialisme du plus grand socialiste: Pierre Joseph Proudhon, il fut après coup ombragé par le marxisme, mais nous le ramenons à la vie. Voici nos questions et elles sont les questions qui, d’une perspective différente, se posent aussi les révisionnistes [du marxisme].

[…] Le socialisme, disons le clairement que les marxistes l’entendent bien, ne dépend pas, pour la possibilité de sa réalisation, de quelque forme de technologie que ce soit ni de la satisfaction des besoins. Le socialisme est possible à tout moment, si suffisamment de personnes le désirent. Mais il sera toujours différent selon le niveau de technologie disponible, rien ne commence de rien. Ainsi donc, comme stipulé plus haut, pas de description d’un idéal ni d’une utopie n’est proposés ici. Pour les marxistes, le socialisme est possible à tout moment indépendamment de la technologie disponible, même avec une technologie primitive (NdT: de fait, l’anthropologie politique a montré que les sociétés ancestrales étaient pour l’essentiel des sociétés “anarchistes”, pratiquant le communalisme démocratique où la propriété privée n’existait pas et où la chefferie n’avait pas de pouvoir, qui demeurait dilué dans le peuple…) , tandis que dans le même temps cela est impossible pour le mauvais groupe de personnes au sein d’une société plus technologiquement avancée. Ainsi, le capitalisme ne va pas nécessairement se transformer en socialisme ; il doit périr. Le socialisme ne va pas nécessairement se produire, ni du reste le socialisme capitaliste d’état prolétaire des marxistes et ceci n’est pas plus mal. En fait, aucun socialisme peut venir, c’est ce que nous allons montrer maintenant.

Pourtant, le socialisme peut venir, doit venir, si nous le voulons, si nous le créons, cela aussi sera démontré.

A suivre…

6 Réponses to “« Appel au Socialisme » pour la société des sociétés (Gustav Landauer) ~2ème partie~”

  1. Ah oui quand même ! Ça décoiffe, grave…

    Je me permets de vous coller la page à relier au mouvement pour abolir l’Empire ; https://jbl1960blog.wordpress.com/faire-tomber-lempire/
    J’espère que cela vous plaira et que vous me ferez part de vos avis et conseils… A vous lire, donc ! JBL1960

    • commentaires par courriel…😉

      • « Un esclave est celui qui attend que quelqu’un vienne et le libère »

        pas forcément, si la force lui fait défaut – s’il n’en a pas la possibilité – l’esclave pourrait être celui qui devrait aider et ne le fait pas – par égoîsme – celui qui ne fait rien pour son frère en souffrance

        • oui, mais c’est une formule générale…

          « La cloche du maître-priseur du marché aux esclaves et celle de l’église sonnent à l’unisson et les cris amers de l’esclave dévasté sont noyés dans les cris pieux de son maître dévot. Les résurrections de la religion et les résurrections du marché des esclaves vont main dans la main. La prison de l’esclave et l’église se tiennent côte à côte. »
          ~ Frederick Douglass, 1845 ~

  2. bah le pauvre, je l’invite à rencontrer fafa, hollandouille, vals et consorts …..

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