Sémantique coloniale: Dominer par la métaphore…

Imposer des métaphores sur les nations originelles

1ère partie

2ème partie

 

Steven Newcomb

 

22 janvier 2016

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2016/01/22/imposing-metaphors-original-nations-part-1

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Beaucoup de ce que nous prenons pour physiquement vrai n’est que métaphoriquement vrai. En voici une simple illustration: Supposez que j’ai une conversation avec quelqu’un et que je montre un arbre et dise: “Tu vois ce gros caillou devant cet arbre là bas ?” Et la personne me répond: “oui et alors ?” L’anecdote n’a rien à voir avec le caillou. C’est une manière d’illustrer un point de vue.

Un arbre n’a pas de devant ni de derrière sans que nous utilisions l’imagerie du devant et du derrière de nos corps physiques pour parler de cet arbre. Dans le contexte de la conversation, nous traitons l’arbre comme s’il avait un devant et un derrière de la même façon que nos corps en ont un. Donc, quelle partie est métaphore et quelle partie est réalité ? Comme le dit le philosophe du droit Steven L. Winter, la métaphore est notre façon “d’avoir une réalité”. Le devant et le derrière ne sont pas des caractéristiques naturels et physiques de l’arbre, indépendantes de la pensée humaine. En d’autres termes, beaucoup de ce que nous expérimentons comme réalité est le résultat de métaphores.

Faisons une application de notre exemple à Christophe Colomb (Cristobal Colón). Après son arrivée sur la première île Taino où il arriva de manière invasive, il utilisa une métaphore chrétienne pour l’appeler: “San Salvador” (Saint Sauveur). Le nom n’est pas devenu une partie physique de l’île. Pour Colomb et ses hommes, le nom religieux est devenu partie intégrante de la façon dont ils ont fait l’expérience de l’île, mentalement et métaphoriquement, en tant que résultat de leur interaction avec elle.

Colomb prit alors un nom religieux catholique et le projeta mentalement sur l’île en tant que partie d’un acte cérémonial (métaphorique) de “baptême” et de “prise de possession”. L’acte cérémonieux fut une utilisation de métaphores et de symboles pour faire “comme si” Colomb et ses hommes avaient physiquement pris possession de Taino Island. Une fois que ce sens de “possession” commença à interagir avec l’environnement en ayant suffisamment de force et de violence, une réalité chrétienne construite commença à “prendre pied”, pour parler figurativement.

En résultat de leur projection mentale et métaphorique, leurs actions soutenant leurs projections, Colomb et ses hommes commencèrent à réaliser que l’île était nouvelle pour eux, mais aussi familière en termes de la religion qui leur était familière et qu’ils y appliquaient. Ceci fit aussi partie d’un processus mental qui les vit commencer à incorporer linguistiquement et métaphoriquement l’île dans le système de language de la chrétienté (l’empire chrétien). Ils ne demandèrent pas l’autorisation de tout ceci bien évidemment au peuple Taino et imposèrent invasivement sur l’île et son peuple un nom étranger dérivé de la foi catholique et de la religion chrétienne. Les chrétiens commencèrent simplement à expérimenter verbalement et mentalement l’île en termes de mots et de métaphores de la chrétienté qu’ils connaissaient déjà. Bientôt, les chrétiens commencèrent à regarder et expérimenter Guanahani comme une île chrétienne baptisée “San Salvador” ou “Saint Sauveur”. Ce type de processus fut répété où que les colonisateurs espagnols envahirent.

Un point important à noter: En plus des objets physiques que Colomb et ses hommes transportaient avec eux sur leurs navires, ils portaient aussi avec eux, les mots et les métaphores qu’ils projetaient mentalement et linguistiquement sur les endroits variés où ils arrivaient et aussi sur les nations et peuples originales qui y vivaient. Les mots et les idées que les chrétiens projetèrent mentalement sur le peuple Taino ne faisaient pas partie du territoire ni de la culture des Taino, pas plus que le devant ou le derrière de notre arbre de tout à l’heure.

Discutons maintenant du contexte de la décision de la Cour Suprême (CS) des Etats-Unis dans l’affaire Johnson & Graham’s Lessee v. M’Intosh de 1823, qui fut la première fois que la CS projeta sur nos nations et nos peuples originels l’idée d’un “titre d’occupation des sols” et de la “diminution” de notre indépendance en tant que nations. Elle fit ces projections de la même manière que l’on puisse métaphoriquement projeter les notions de devant et de derrière sur un arbre. Ces idées d’”occupation des sols” et de “diminution de souveraineté” pour juste utiliser deux exemples parmi bien d’autres, sont des créations inventives de l’esprit humain et non pas des choses se produisant physiquement dans la nature. Mais la CS ne gère jamais sa propention à créer métaphoriquement la réalité sur laquelle elle prend des décisions et rend un jugement.

L’idée “d’occupation indienne des sols” n’est pas plus une caractéristique physique naturelle de nos nations que le devant ou le derrière n’est une caratéristique physique d’un arbre. Des idées telles que “Indiens”, “occupation”, “diminution”, “domination ultime”, “nations civilisées”, “nations non-civilisées”, “sauvages”, “peuple chrétien” et “païens”, qui figurent tous dans le rendu écrit du verdict de la CS dans l’affaire Johnson, sont des exemples de métaphores qui sont utilisées par des hommes blancs siégeant à cette époque à la Cour Suprême des Etats-Unis. Le concept d’une “diminution” de l’indépendance originelle de nos nations, par exemple, est un résultat d’une action métaphorique de l’homme blanc, par laquelle il “conçoit mentalement” l’indépendance de nos nations comme ayant été “diminunée” ou réduite. L’acte de “réduction” n’a été créé que dans la tête des membres de la CS des Etats-Unis, rien d’autre.

La CS utilise des chartes royales variées d’Angleterre comme base de sa projection mentale sur nos nations d’un “titre d’occupation des sols” indien et d’une “diminution” de notre indépendance originelle. Ces chartes autorisaient les “peuples chrétiens” à “découvrir” et à “subjuguer” (dominer) les îles, pays, régions et provinces des “païens et infidèles”. Mais il y avait aussi une autre idée puissante derrière la CS créant mentalement l’idée que l’indépendance de nos nations avait été diminuée par la “découverte chrétienne”. Ce “quelque chose d’autre” fut ce que le juge de la CS John Marshall, rédacteur du rendu de la décision, appelait la “domination ultime”, qu’il traçait à l’idée du droit ultime chrétien “d’ascendance”. Le dictionnaire universel Webster’s de la langue anglaise définit le mot “ascendance” comme étant un “pouvoir de contrôle ou de gouverner: une domination”.

L’idée de fond d’affirmer un droit chrétien de domination est ce qui cadre de manière tacite l’idée du titre indien “d’occupation des sols”. A chaque fois que nous voyons les Etats-Unis attribuer un “titre indien d’occupation” à une nation ou peuple autochtone, l’idée de l’affirmation d’un droit des “peuples chrétiens” à la domination des peuples non-chrétiens et de leurs terres est TOUJOURS en arrière plan.

Un titre indien de “simple occupation” et une “diminution” métaphorique de l’indépendance des nations autochtones (fondée sur l’affirmation que le “peuple chrétien” a “découvert” les terres des non-chrétiens) ne sont pas des caractéristiques physiques de l’existence de quelques nations ou peuples originels que ce soit. Ce sont des caractéristiques métaphoriques d’un monde, ou d’une réalité, de domination que la CS des Etats-Unis et le reste du gouvernement ont méticuleusement inventées et construites par leurs activités mentales. La CS a construit un système de réalité dominante pour le contrôle et la retenue de nos peuples et nations originels sur ce sous-continent.

L’objectif de ce système de réalité américain est l’enrichissement qui a toujours été l’appropriation de richesses pouvant être accumulées par l’empire américain en prenant possession des terres et ressources de nos nations en submergeant nos territoires. Dans la seconde partie de cet essai, nous examinerons comment les Etats-Unis ont utilisé la projection métaphorique du “titre indien d’occupation” contre nos nations et peuples originels par le moyen de l’ Indian Claims Commission que les Etats-Unis lancèrent il y a 70 ans en 1946.

6 Réponses to “Sémantique coloniale: Dominer par la métaphore…”

  1. Oh pétard, plus on avance avec Newcomb et plus il appuie là où ça fait mal et de manière magistrale pour que la position des Zuniens de papier soit clairement intenable ! Avez-vous lu cette info : Il y aurait eut des morts à Malheur dans l’Oregon, avec les frères Bundy qui occupent illégalement des terres illégalement obtenues ?
    Je vais en faire un billet, mais noté bien ceci ;  » Les autorités d’Oregon avaient exprimé leur impatience alors que l’occupation illégale se prolongeait, appelant la police à intervenir.

    « Il est temps d’arrêter cette folie », avait écrit vendredi le juge du comté de Harney Steve Grasty dans un communiqué, la gouverneure d’Oregon Kate Brown écrivant pour sa part au président américain Barack Obama, à la ministre de la Justice Loretta Lynch et au chef du FBI.

    Elle dénonçait des « criminels armés qui intimident les résidents de Harney County » et « cherchent la confrontation », et avec qui les négociations étaient restées vaines. »

    Y zont pas honte, hein ? Nan, pas du tout…

  2. Oups ; notez bien… Et je crois qu’obtenu c’est ues, non ?

  3. Merci !
    J’ai intégré cette traduction de Newcomb à la suite de l’info sur les Fermiers de Malheurs, tenez ; https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/27/un-malheur-dans-loregon/
    J’ai pas l’intention de commenter le départ de Taubira, cependant je trouve que le choix d’Urvoas pour la remplacer est incroyable. Pour moi, cela démontre que le Maréchal veut verrouiller ad nauseum le truc et qu’il faut pas le laisser faire.
    HS ; Pourquoi, une personne comme Chouard est inaudible en ce moment ? On le voyait partout, et puis plus rien du tout. Avez-vous des infos ?

    • Non… Deux choses à notre sens:
      1- Il est ostracisé, mis au placard
      2- Il se concentre sur sa pratique et en a sûrement marre de rabâcher les mêmes choses à longueur d’entretien…
      Chouard à terme, deviendra anarchiste, il a du mal à lâcher prise de la « république » et du « constitutionnalisme » mais çà viendra…😉

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