Résistance politique: Les anarchistes dans la révolution russe… La répression bolchévique des organisations anarchistes (Voline)

Les organisations anarchistes dans la révolution russe

 

Voline

 

Extrait de “La révolution inconnue 1917-1921”(livre II, chapitre 3)

 

Note de Résistance 71 : Cet ouvrage, trilogie de plus de 700 pages, a été publié originellement en français par “Les Amis de Voline” en 1947. Voline, de son vrai nom Vsevolod Mikhaïlovitch Eichenbaum (1882-1945) est un poète, écrivain, journaliste et activiste anarchiste qui a participé non seulement à la révolution russe de 1917, mais avant à celle de 1905, 1907 et fut compagnon en tant qu’Ukrainien de naissance, de l’armée révolutionnaire insurrectionnelle et anarchiste ukrainienne de Nestor Makhno, condamné à mort par Trotski, il en réchappe miraculeusement et est banni d’URSS et viendra en Suisse puis en France où il mourra. Il est le père fondateur avec Sébastien Faure du concept de la “synthèse anarchiste” visant à rassembler tous les courants du mouvement libertaire. Voline est injustement peu connu du grand public et même dans le mouvement anarchiste, mais il fut un grand penseur, qui donna à l’anarchisme une dimension parfois “taoïste” de très bonne facture, Excellent narrateur et écrivain, ses écrits sont un régal tant sur le fond que sur la forme. Nous ne pouvons qu’encourager nos lecteurs à le lire. Son historiographie de la révolution russe est unique et essentielle, le premier soviet était anarchiste, il nous raconte la révolution russe de cet angle.

* * *

La participation des anarchistes à la Révolution ne se borna pas à une activité de combattants. Ils s’efforcèrent aussi de propager dans les masses laborieuses leurs idées sur la construction immédiate et progressive d’une société non-autoritaire, comme condition indispensable pour aboutir au résultat voulu. Pour remplir cette tâche, ils créaient leurs organisations libertaires, ils exposaient en détail leurs principes, ils les mettaient autant que possible en pratique, ils publiaient et diffusaient leurs journaux et leur littérature.

Citons quelques organisations anarchistes d’alors, parmi les plus actives.

1°  » L’Union de propagande anarcho-syndicaliste Goloss-Trouda  » (déjà citée). Elle avait pour but la diffusion des idées anarcho-syndicalistes dans les masses laborieuses. Elle déploya son activité, d’abord à Pétrograd (été 1917 – printemps 1918) et par la suite, pendant quelque temps, à Moscou. Son journal (Goloss Trouda, La Voix du Travail) fut d’abord hebdomadaire et plus tard quotidien. Elle fonda une maison d’éditions anarcho-syndicalistes.

Aussitôt arrivés au pouvoir, les bolcheviques s’appliquèrent à gêner, par tous les moyens, cette activité en général et la parution du journal en particulier. Finalement en 1918-1919, le gouvernement  » communiste  » liquida définitivement l’organisation et, plus tard également la maison d’éditions. Tous les adhérents furent soit emprisonnés, soit exilés.

2°  » La Fédération des Groupes Anarchistes de Moscou « . Ce fut, relativement, une grande organisation qui, en 1917-1918, mena une propagande intense à Moscou et en province. Elle publiait un journal quotidien (l’Anarchie), de tendance anarcho-communiste (8) et fonda, elle aussi, une maison d’éditions libertaires. Elle fut mise à sac par le gouvernement  » soviétique  » en avril 1918. Quelques débris de cette organisation subsistèrent encore jusqu’en 1921. A cette date, les dernières traces de l’ancienne Fédération furent  » liquidées  » et les derniers militants  » supprimés « .

3° La  » Confédération des Organisations Anarchistes de l’Ukraine Nabate « . Cette importante organisation fut créée fin 1918 en Ukraine où, à cette époque, les bolcheviks n’étaient pas encore parvenus à imposer leur dictature. Elle se distingua surtout par une activité positive, concrète. Elle proclama la nécessité d’une lutte immédiate et directe pour les formes non-autoritaires de l’édification sociale et s’efforça d’en élaborer les éléments pratiques. Elle joua un rôle important par son agitation et sa propagande extrêmement énergique, et contribua pour beaucoup à la diffusion des idées libertaires en Ukraine. Elle publia, dans différentes villes, des journaux et des brochures. Son journal principal fut Nabate (Le Tocsin). Elle tenta de créer un mouvement anarchiste unifié (basé, théoriquement, sur une sorte de  » synthèse  » anarchiste) et de rallier toutes les forces actives de l’anarchisme en Russie, sans différence de tendances, au sein d’une organisation générale. Elle unifia presque tous les groupes anarchistes de l’Ukraine et engloba aussi quelques groupes de la Grande Russie. Elle tenta de fonder une  » Confédération Anarchiste Panrusse « .

Développant son activité dans le Midi houleux, la Confédération y entra en relations étroites avec le mouvement des partisans révolutionnaires, paysans et ouvriers, et avec le noyau de ce mouvement : la  » Makhnovtchina « . (Voir chapitre Ier au troisième livre). Elle prit une part active aux luttes contre toutes les formes de la réaction : contre l’hetman (9) Skoropadsky, contre Pétlioura, Dénikine, Grigorieff, Wrangel et autres. Elle perdit dans ces luttes et dans des combats armés presque tous ses meilleurs militants. En dernier lieu, elle attira sur elle, naturellement, les foudres du pouvoir  » communiste « , mais étant données les conditions ukrainiennes, elle ne put résister, pendant quelque temps, à des attaques répétées.

Sa dernière et définitive liquidation par les autorités bolchevistes remonte à fin 1920. Vers cette époque, plusieurs de ses militants furent fusillés par les bolcheviks, sans l’ombre d’une procédure quelconque.

A part ces trois organisations d’assez grande envergure et d’action plus ou moins vaste, il en existait d’autres, de moindre importance. Un peu partout, en 1917 et 1918, surgissaient des groupes, des courants et des mouvements anarchistes, généralement peu importants et éphémères, mais, par endroits, assez actifs : les uns indépendants, les autres en relation avec l’une des organisations citées.

Malgré quelques divergences de principe ou de tactique, tous ces mouvements étaient d’accord sur le fond des choses remplissaient chacun dans la mesure de ses forces et de ses possibilités, leur devoir vis-à-vis de la Révolution et de l’anarchisme, en semant dans les masses laborieuses les germes d’une organisation sociale véritablement nouvelle : anti-autoritaire et fédéraliste.

Tous subirent finalement le même sort : la suppression brutale par l’autorité  » soviétique « . 

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