Au cœur du colonialisme euro-chrétien: Les 10 éléments constitutifs de la doctrine chrétienne de la découverte (Professeur de droit Robert J Miller université d’Arizona)

“Cet état d’esprit de similarité de classe peut aussi être trouvé dans la position prise par les descendants des vieux colons britanniques en Amérique du Nord. Ceci correspond à la première apparition d’un nivellement de classe fondé sur une identité raciale fictive ; l’origine de la suprématie blanche, les projets idéologique et colonial essentiels et primordiaux en Amérique et en Afrique… L’idéologie de la suprématie blanche fut essentielle à la neutralisation des antagonismes de classe entre les sans-terre et les propriétaires et pour la distribution des terres et propriétés confisqués des Maures et des juifs en Espagne, des Irlandais en Ulster et des peuples et nations des Amériques et d’Afrique.”

~ Roxanne Dunbar-Ortiz ~

 

“Dans sa bulle Inter Caetera de 1493, la pape Alexandre VI n’a pas utilisé le terme ‘Européens’ pour exprimer le ‘droit de la découverte’, mais il a utilisé le mot ‘chrétien’. D’après ce décret pontifical, tout roi ou prince chrétien, ou toute nation chrétienne pouvaient ‘découvrir’ et assumer la domination et le contrôle sur des terres qui étaient au préalable connues de non-chrétiens mais inconnues des chrétiens… Ainsi le document fut écrit afin de protéger les droits fonciers de tout monarque chrétien, comme le roi du Portugal, mais pas les droits fonciers, de propriété des nation indigènes non-chrétiennes. Ce document appelait à ce que les non-chrétiens soient ‘subjugués’ pour le bien de la ‘propagation de l’empire chrétien’ “.

~ Steven Newcomb ~

 

Voir aussi notre traduction de larges extraits du livre de Steven Newcomb: « Païens en terre promise: Décoder la doctrine chrétienne de la découverte » (Ed, Fulcrum 2008)

 

La doctrine de la découverte: la loi internationale du colonialisme

Professor Robert J. Miller, Sandra Day O’Connor College of Law, Arizona State Univ. Chief Justice, Grand Ronde Tribe Court of Appeals

 

Johnson v. M’Intosh, 21 U.S. (8 Wheat.) 543 (1823).

 

Source:

http://www.doctrineofdiscovery.org/DiscoveryElementsOnondaga2014.pdf

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Novembre 2015

 

Voici les 10 éléments qui je pense constituent la Doctrine (chrétienne de la découverte) et qui sont utiles pour analyser et comparer comment les sociétés de colons / d’établisseurs ont utilisé cette loi internationale contre les peuples indigènes dans le monde.

Robert J. Miller, Native America, Discovered and Conquered: Thomas Jefferson, Lewis and Clark, and Manifest Destiny 3-5 (Praeger Publishers, 2006; paperback University of Nebraska Press, 2008).

 

  1. Première découverte. Le premier pays européen qui a découvert des terres inconnues des autres Européens clâme la propriété et les droits souverains sur ces terres et les peuples natifs qui les occupent. La première découverte était néanmoins considérée comme ayant créé seulement un titre incomplet.
  1. L’occupation et la possession physiques des terres. Pour faire passer la première découverte en titre de propriété reconnu, un pays européen devait physiquement occuper et posséder les terres nouvellement découvertes. Ceci était généralement fait en y construisant des forts militaires ou des colonies. La possession physique devait se faire dans un laps de temps raisonnable après la première découverte afin de créer un titre complet.
  2. La pré-emption du titre européen. Les pays européens découvrant les terres clâmaient aussi le pouvoir préemptif, c’est à dire le droit unique d’acheter la terre des peuples indigènes. Ceci est un droit de propriété très intéressant similaire à celui d’une option exclusive sur l’achat de la terre. Le gouvernement possédant ce droit préemptif empêchait tout autre gouvernement européen ou individu de pouvoir acheter la terre de ses occupants indigènes. Les Etats-Unis affirment et exercent toujours ce droit aujourd’hui sur les terres indiennes 25 U.S.C. section 177 (2006).
  3. Le titre de propriété indien ou autochtone. Après la première découverte, les systèmes légaux euro-américains ont affirmé que les peuples et nations indigènes avaient perdu leurs pleins drits de propriété et la totale propriété de leurs terres. Les Européens clâmèrent que seul demeurait le droit d’occupation des sols et de l’utilisation de leur terre pour les autochtones. Quoi qu’il en soit, ces droits pouvaient demeurer à tout jamais s’ils ne consentaient jamais à vendre au pays européen qui a affirmé sa préemption de pouvoir sur les autres. Si les nations autochtones décidaient de vendre, elles ne pouvaient le faire qu’en rapport avec le gouvernemet possédant le droit préemptif. Ainsi, le “titre de propriété indien” aux Etats-Unis (au Canada) et le “titre de propriété Maori” en Nouvelle-Zélande et tous les titres de propriété indigènes ailleurs sont soi-disants des titres de droit de propriété limitée.
  4. Les droits de souveraineté et de commerce tribaux limités. Après une première découverte, les Européens considéraient que les nations indigènes et les peuples avaient perdu certains aspects de leurs pouvoirs souverains inhérents ainsi que leurs droits au libre commerce international et aux relations diplomatiques. Ensuite, ils ne furent supposés communiquer et gérer leur relation qu’avec le gouvernement de la nation européenne qui les avait “découvert”.
  5. La contiguité. Sous la doctrine de la découverte, les Européens ont clâmé une grande partie de terre contigue et entourant leurs découvertes et colonies du nouveau monde.

La contiguité devint alors très importante lorsque des pays européens différents avaient des colonies assez proches les unes des autres. Dans cette situation chaque nation clâmait le droit sur les terres inoccupées entre leurs colonies/établissements jusqu’à un endroit à mi-chemin entre les colonies.

De plus, la contiguité déclarait que la découverte de l’embouchure d’un fleuve donnait au pays découvreur un droit sur les terres drainées par cette rivière, même si cela représentait des milliers de kilomètres de territoire. Par exemple, référez-vous aux limites territoriales du territoire de la Louisiane et de celui de l’Oregon comme étant définies par les Etats-Unis.

  1. Terra Nullius. Cette expression veut littéralement dire que la terre ou le territoire est vide, inoccupé, inhabité. Ceci stipulait que si des terres n’étaient pas possédées, occupées par une personne ou une nation et même si elle était occupée mais pas utilisée d’une manière compatible avec les systèmes légaux de propriété approuvés par les Européens, alors ces terres étaient considérées comme “vides” et “inhabitées” et disponibles pour saisie par la découverte. Les Européens furent très larges en ce qui concerne l’application de cet élément et considérèrent très souvent des terres occupées par des nations autochtones comme étant “vacantes” et disponibles à la saisie sous la doctrine de la découverte si elle n’étaient pas “utilisées” en accord avec les us-coutumes et lois euro-américaines.
  2. Le christianisme. La religion était (et est toujours) un aspect très important de la doctrine de la découverte, sous celle-ci, les non-chrétiens n’avaient aucun droit à la terre, ni à la souveraineté, ni à l’auto-détermination comme les chrétiens.
  3. Civilisation. Les idéaux européens de civilisation furent aussi une partie importante de la doctrine de la découverte ainsi que du concept de la supériorité. Les Européens pensaient (et pensent toujours) que dieu les a dirigé pour amener la civilisation, l’éducation et la religion chrétienne aux peuples indigènes ainsi que d’exercer un pouvoir paternaliste et de gardiennage sur ceux-ci.
  4. La conquête. Cet élément de la doctrine affirme que les Européens pouvaient acquérir le titre de propriété indien par victoires militaires dans des guerres “justes et nécessaires”. De plus, la conquête fut aussi utilisée comme terme artistique pour décrire les droits de propriété que les Européens “clâmèrent” avoir automatiquement acquis sur les peuples et nations indigènes par le simple fait de se montrer sur place et de faire la “première découverte”.

Pour un comparatif analytique légal sur l’utilisation de la Doctrine de la Découverte dans les différentes sociétés colonialistes européennes, voir de manière générale:

Robert J. Miller, The International Law of Colonialism: A Comparative Analysis, 15 Lewis & Clark L. Rev. 847 (2012); Robert J. Miller & Micheline D’Angelis, Brazil, Indigenous Peoples, and the International Law of Discovery, 37 Brooklyn J. Int’l Law 1 (2011); Robert J. Miller, Lisa Lesage & Sebastian Lopez Escarcena, The International Law of Discovery, Indigenous Peoples, and Chile, 89 Nebraska L. Rev. 819 (2011); Robert J. Miller, Jacinta Ruru, Larissa Behrendt & Tracey Lindberg, Discovering Indigenous Lands: The Doctrine of Discovery in the English Colonies (Oxford Univ. Press, 2010 and paperback 2012); Robert J. Miller & Jacinta Ruru, An Indigenous Lens into Comparative Law: The Doctrine of Discovery in the United States and New Zealand, 111 West Vir. L. Rev. 849 (2009); Robert J. Miller, Native America, Discovered and Conquered: Thomas Jefferson, Lewis and Clark, and Manifest Destiny (Praeger Publishers, 2006; paperback University of Nebraska Press, 2008).

The law review articles are available for free at http://ssrn.com/author=354803

7 Réponses to “Au cœur du colonialisme euro-chrétien: Les 10 éléments constitutifs de la doctrine chrétienne de la découverte (Professeur de droit Robert J Miller université d’Arizona)”

  1. Vous n’imaginez pas à quel point cette lecture me gratte, et me file un bourdon… Je venais juste avant de lire cet article sur sputniknews ; « Une nation d’assassins ? Un ancien ambassadeur US vide son sac » http://fr.sputniknews.com/international/20160102/1020713071/nation-assassin-ambassadeur-us-critique.html Le terme est bien choisi car oui cette nation exceptionnelle et indispensable s’est construite ipso facto par le meurtre, le vol, la « subjugation » des natifs, qui par définition ne pouvait être blanc et chrétien… Sans déconner. Cette nation d’assassins doit se remettre en cause rapidement et nous pouvons l’y aider, tout comme les descendants des natifs et peuples originels le décideront et oui il faudra que les Zuniens s’en remettent à leur décision… Ça va les changer, c’est sûr…

  2. HS : je me permets de vous coller ma dernière publication, qui n’a pas de rapport avec la doctrine chrétienne de la découverte je le précise avant de me faire massacrer. Mais l’air ambiant devenant de plus en plus irrespirable, je voudrais simplement dire qu’il est possible de sortir de ce merdier et que tout argument à claquer au museau des bovins dominants est bon à prendre, dans un premier temps. https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/01/02/par-la-bush-dhollandouille-2/

  3. Tout ceci est très intéressant et nous sert, à tous dissidents dont les anarchistes à faire péter le Système certes . Mais il y a un mais dont j’avertis les plus prudents : le timing.

    Pourquoi maintenant ? En pleine mondialisation, remodelage de la carte du monde ?

    Jamais aucune  » révolution  » n’a réussi qui n’ait été soutenue par le Pouvoir réel.
    Nous vivons une transition et je rappelle que le Gouvernement unique mondial a été décidé en 2008, celui de la finance apatride.

    Ne vous réjouissez pas trop vite de la destruction des Etats-Nations, du système de protection sociale français et de la Sécu.

    Utilisez intelligemment les documents subversifs car sinon vous ferez le jeu des mondialistes.

    Je me bats aujourd’hui pour la défense des Etats-Nations, le comble pour un anarchiste, car j’ai un ennemi plus grand encore que l’Etat français.

    A certains d’entre-vous je dis :  » reconsidérez les choses ».

    • décidé bien avant 2008..
      Il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire, que des brouillons… Il n’y en aura qu’une qui amènera la société des sociétés, sans état et égalitaire.

      « On peut dire qu’il n’y a pas encore eu de révolution dans l’histoire. Il ne peut y en avoir qu’une qui sera une révolution définitive… Les anarchistes, Varlet en tête, ont bien vu que gouvernement et révolution sont incompatibles. ‘Il implique contradiction, dit Proudhon, que le gouvernement puisse être jamais révolutionnaire et cela pour la raison toute simple qu’il est gouvernement.’  »
      ~ Albert Camus, 1951 ~

      Protéger l’État est la pire des choses à faire, car il est l’outil de notre oppression. L’État ne comprend que ce qu’il administre: la force. Il faut le combattre par la société parallèle unifiée, ce qui ne nécessitera pas de violence pour le mettre à genoux, il suffit de dire NON, ensemble et de désobéir, de refuser à simplement consentir… Croire qu’on puisse le « réformer » de l’intérieur et virer l’influence des méchants banquiers est au mieux illusoire, au pire complice à notre sens.
      L’oligarchie mondiale ne veut pas la suppression des États… Elle veut intégrer tous les états au sein d’un super État mondial fasciste dont la structure est déjà en place avec l’ONU et l’OTAN. Ils veulent la fusion d’un État mondial tout puissant avec les corporations transnationales. Le souci n’est bien sûr pas le peuple et sa sauvegarde, mais son écrasement, sa mise en esclavage définitive.
      Ce que nous préconisons est l’éradication de l’État et de l’inégalité pour qu’enfin peuples du monde et bien commun ne fassent plus qu’un. Tout ce qui est sur cette planète appartient au patrimoine de l’humanité et tout le monde à le droit d’en jouir de manière égale.
      Nous avons très bien considéré la chose depuis pas mal d’années. Telle est la voie choisie.

    • En rapport avec notre traduction: Nous faisons cela parce que nous avons réalisé l’unicité de cet empire américain dans l’histoire. Ils sont uniques non pas parce qu’ils se croient « exceptionnels » et que diriger le monde est leur « destinée manifeste » par la « volonté divine », mais parce que cet empire est le seul fondé sur une terre volée, usurpée.
      Si on veut mettre un terme à l’empire, il suffit de lui retirer le tapis de dessous les pieds: il n’a pas de territoire légitime ! Forcer la restitution et c’est la fin de l’empire. Cela devrait pouvoir normalement se faire par la voie légale (tribunaux internationaux, ONU etc..) mais voilà toutes ces institutions sont des institutions coloniales elles-mêmes, il faut donc en passer par les peuples.
      Comprendre sur quoi l’empire est fondé et agir en conséquence pour l’effondrer et en même temps redonner leur liberté et souveraineté aux peuples asservis et victimes de génocide depuis plus de 500 ans dans cette partie du monde.

      • Vous ne comprenez rien à ce qu’il se passe actuellement. Ce sont les USA qui veulent détruire la France en 1er lieu. La Mondialisation c’est l’américanisation qui tente de sauver sa peau à travers les traités transatlantiques et transpacifiques. Je ne m’adresse pas à vous qui êtes des niais et pensez uniquement à vivre à travers un site anarchiste, mais aux plus intelligents des lecteurs. Vous êtes tellement cons que vous faites leur jeu. Chaque chose en son temps mais si le TAFTA est signé, avec toutes les conséquences, et que nous sommes détruits, esclaves de L’Empire, des cons dans votre genre devront répondre de leur collaboration. Comme disait Soral aux trotskystes :  » vous n’êtes que des idiots utiles au Système  »

        L’urgence actuelle est de sauver la France, puisque vous ne comprenez pas, faites vous expliquer par quelqu’un d’autre.

        Et remerciez Séralini de vous protéger des OGM de Monsanto, que Sam voulait imposer à la planète pour réduire la population mondiale; entre autres procédés.

        • Pour sauver la France, il faut descendre l’empire colonial et l’empêcher de ressurgir. Seul moyen: mise à bas de l’État. Que tu ne sois pas d’accord est ton problème d’analyse, tes insultes sont les dernières ici ma poule. Tu as deux choix:
          1- discuter sans insulter, tes arguments renforcés d’injures ne font que te décrédibiliser au mieux
          2- continuer et toi et ta chiasse verbale passez à la trappe..
          t’es prévenu(e)
          fraternellement

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