Résistance politique: Retour aux sources du conflit israélo-palestinien dissiper l’écran de fumée 1ère partie

Sami Al Arian

17 décembre 2015

url de l’article en français:

http://www.info-palestine.net/spip.php?article15782

 

Dans son roman 1984 George Orwell a introduit le lexique du double langage de Big Brother dans lequel « La guerre, c’est la paix ; la liberté, c’est l’esclavage ; et l’ignorance, c’est la force. » Aujourd’hui on peut enrichir ce novlangue orwellien d’une foule d’expressions en puisant dans le discours des milieux politiques occidentaux et dans la couverture que font les principaux médias de la Palestine, d’Israël et du sionisme politique. Parmi ces expressions qui refléteraient parfaitement ce discours politique et médiatique, on pourrait trouver : « le racisme, c’est la démocratie ; la résistance, c’est du terrorisme, l’occupation, c’’est la félicité. »

Si on devait se fier uniquement aux organes de presse occidentaux comme source d’information sur la situation de plus en plus explosive dans les territoires palestiniens occupés, notamment à Jérusalem, on serait déconcerté par la façon dont sont présentés les victimes et les oppresseurs, mais on en perdrait également son latin quant à l’histoire et la nature du conflit lui-même.

Par exemple, au cours des quelques dernières semaines, dans leur couverture du dernier soulèvement palestinien, la plupart des principaux médias occidentaux, comme le New York Times, CNN, FOX, et la BBC, n’ont virtuellement jamais cité les mots « occupation israélienne, » ou « colonies de peuplement israéliennes illégales. » Ils ne mentionnent que très rarement, voire pas du tout, le fait que Jérusalem est sous le contrôle illégal d’Israël depuis les 48 dernières années, ou que les derniers affrontements furent déclenchés suite aux tentatives d’Israël de modifier le statu quo et de soumettre les lieux saints islamiques situés dans l’enceinte de la vieille ville à une autorité conjointe.

Il arrive très souvent qu’Israël et ses suppôts dans les sphères politiques et médiatiques tentent d’occulter les faits essentiels sur la nature et l’histoire du conflit. Toutefois, nonobstant ces tentatives, ce conflit n’est ni compliqué, ni multi-centenaire. C’est au contraire un phénomène moderne qui remonte à un siècle, et qui a surgi comme conséquence directe du sionisme politique.

Ce mouvement, fondé par le journaliste laïc Théodore Herzl à la fin du 19ième siècle, n’a cessé d’essayer de transformer le judaïsme de l’une des grandes traditions religieuses du monde en mouvement ethnique nationaliste avec l’objectif de faire converger les juifs du monde entier vers la Palestine, la soumettant parallèlement à une purification ethnique en chassant sa population autochtone de la terre de ses ancêtres. Voilà l’essence même du conflit, et donc les politiques mises en œuvres par Israël et ses actes ne peuvent être compris qu’en reconnaissant cette réalité.

Il pourrait être compréhensible, même si c’est odieux, qu’Israël et ses défenseurs sionistes fassent circuler une version frauduleuse de l’histoire et des évènements pour promouvoir leurs objectifs politiques. Mais il n’est pas compréhensible que ceux qui disent prôner l’état de droit, croire au principe de l’autodétermination, et se prononcer pour la liberté et la justice se laissent avoir par cette propagande ou en deviennent ses complices volontaires.

En suivant une bonne partie de la couverture médiatique ou des l’analyses politiques du conflit on est frappé par l’absence de contexte historique, la non prise en compte délibérée des faits empiriques, et le mépris pour les précédents et les concepts juridiques établis.

Les territoires palestiniens sont-ils contestés ou occupés ? Les Palestiniens ont-ils le droit légitime, inscrit dans le droit international, de résister à leur occupant, y compris par la lutte armée, ou bien est-ce que toute forme de résistance est vue comme du terrorisme ? Israël a-t-il un droit quelconque sur la vieille ville de Jérusalem et ses alentours historiques et religieux ? Le prétendu « cycle de violence » qui s’éternise est-il vraiment dû en proportions égales aux deux camps qui s’affrontent ? Israël est-il une réelle démocratie ? Le sionisme politique devrait-il être traité comme un mouvement légitime de libération (et de qui ?) et ses manifestations extrêmement racistes ignorées ? Israël cherche-t-il sincèrement une solution pacifique au conflit ? Les États-Unis peuvent-ils jouer le rôle d’honnête médiateur de la paix qu’ils se sont continuellement proclamés être dans la région ?

Des réponses concrètes à ces questions dissiperaient sans nul doute le brouillard et permettraient aux observateurs objectifs d’accéder non seulement à une compréhension complète du conflit, mais aussi de déterminer en toute connaissance de cause quelles politiques et actions sont nécessaires pour y mettre un terme.

Occupation, auto-détermination, et droit international

Que les territoires saisis par Israël en juin 1967, y compris Jérusalem-Est, soient occupés ne devrait faire l’objet d’aucune contestation. Des dizaines de résolutions de l’ONU ont été adoptées depuis novembre 1967, y compris des résolutions contraignantes du Conseil de Sécurité exigeant d’Israël de se retirer des territoires occupés, auxquelles l’état sioniste a obstinément refusé de se soumettre.

En fait, s’il y avait des territoires « contestés », ce devrait être ces territoires palestiniens qu’Israël a pris en 1948, au cours d’une campagne de terreur, de massacres, et de conquêtes militaires, qui se sont traduites par l’expulsion de force, tout à fait illégale, de plus de 800 000 Palestiniens de leur maison, village, et ville, afin de faire de la place pour des milliers de juifs venant d’Europe et d’autres parties du monde. En conséquence, la résolution 194 de l’ONU stipulait que ces « réfugiés palestiniens qui souhaitent rentrer chez eux …soient autorisés à le faire. » Voilà 67 ans que cette résolution reste lettre morte. Il est également incontestable en droit international qu’Israël est un occupant belligérant, ce qui doit déclencher l’application de toutes les conventions de Genève pertinentes, car le peuple palestinien est sous occupation puisque leur « territoire est effectivement placé sous l’autorité d’une armée hostile. »

En outre, le droit à l’auto-détermination du peuple palestinien et son droit de résister à l’occupant par tous les moyens sont bien établis en droit international. En 1960 ; la résolution 1514 de l’ONU a adopté la « Déclaration sur l’octroi de l’Indépendance aux pays et peuples coloniaux. »

Elle stipulait que « Tous les peuples ont le droit de libre détermination », et que « La sujétion des peuples à une subjugation, à une domination et à une exploitation étrangères constitue un déni des droits fondamentaux de l’homme, et est contraire à la Charte des Nations Unies. » Dix ans plus tard l’ONU adoptait la résolution 2625 qui appelait ses membres à soutenir les peuples colonisés ou les peuples sous occupation contre leurs colonisateurs et occupants.

En fait, la résolution 3246 de l’ONU réaffirmait en 1974 « la légitimité de la lutte des peuples pour se libérer de la domination coloniale et étrangère et de l’emprise étrangère par tous les moyens en leur pouvoir, y compris la lutte armée. » Quatre ans plus tard, la résolution 33/24 de l’ONU confirmait aussi fermement « la légitimité de la lutte des peuples pour l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité nationale et la libération de la domination coloniale et étrangère et de l’occupation étrangère par tous les moyens en leur pouvoir, en particulier la lutte armée, » et « condamne énergiquement tous les gouvernements » qui ne reconnaissent pas « le droit à l’autodétermination du peuple palestinien. »

Quant à Jérusalem occupée, le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté en 1980 deux résolutions contraignantes (476 et 478) par 14 voix contre 0 (les EU se sont abstenus et n’ont pas opposé leur véto à aucune des deux résolutions.) Les deux résolutions condamnaient la tentative d’Israël de modifier « le caractère physique, la composition démographique, la structure institutionnelle et le statut de la ville sainte de Jérusalem. »

Elles réaffirmaient également « la nécessité impérieuse de mettre fin à l’occupation prolongée des territoires arabes occupés par Israël depuis 1967, y compris Jérusalem, » et interpellaient Israël en tant que « puissance occupante. » Elles considéraient, en outre, que tout changement à la ville de Jérusalem constituait « une violation du droit international. »

* Sami Al-Arian est un militant pour les droits civiques américain, d’origine palestinienne.

 

 

 

 

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