Renouveau politique: La société (la vie) contre l’État (la mort)… Choisissez !!…

Petit condensé de l’histoire de l’État: la tradition romaine contre la tradition populaire ou l’État contre le peuple

 

Extrait de “L’État, son rôle historique” (1906)

 

Pierre Kropotkine

 

A travers toute l’histoire de notre civilisation, deux traditions, deux tendances opposées, se sont trouvées en présence : la tradition romaine et la tradition populaire ; la tradition impériale et la tradition fédéraliste ; la tradition autoritaire et la tradition libertaire.

Et de nouveau, à la veille de la révolution sociale, ces deux traditions se trouvent face à face.

Entre ces deux courants, toujours vivants, toujours en lutte dans l’humanité, — le courant par le peuple et le courant des minorités assoiffées de domination politique et religieuse — notre choix est fait.

Nous reprenons celui qui poussa les hommes, au XIIè siècle, à s’organiser sur les bases de la libre entente, de la libre initiative de l’individu, de la libre fédération des intéressés. Et nous laissons les autres se cramponner à la tradition impériale, romaine et canonique.

L’histoire n’a pas été une tradition ininterrompue. A plusieurs reprises, l’évolution s’est arrêtée dans telle région pour recommencer ailleurs. L’Egypte, l’Asie antérieure, les bords de la Méditerranée, l’Europe centrale ont été tour à tour le théâtre du développement historique. Mais chaque fois cette évolution a commencé, d’abord par la phase de la tribu primitive, pour passer ensuite par la commune de village, puis par la cité libre, et mourir ensuite dans la phase État.

En Egypte, la civilisation débute par la tribu primitive. Elle arrive à la commune de village, plus tard à la période des cités libres ; plus tard encore, à l’État, lequel, après une période florissante, amène — la mort.

L’évolution recommence en Assyrie, en Perse, en Palestine. Elle y traverse de nouveau les mêmes phases : la tribu, la commune de village, la cité libre, l’État tout-puissant — la mort !

Une nouvelle civilisation débute alors en Grèce. Toujours par la tribu. Lentement elle arrive à la commune de village, puis aux cités républicaines. Dans ces cités, la civilisation atteint ses plus hauts sommets. Mais l’Orient lui apporte son haleine empestée, ses traditions de despotisme. Les guerres et les conquêtes créent l’empire d’Alexandre de Macédoine. L’État s’intronise, la pieuvre grandit, elle tue toute civilisation, et alors survient — la mort !

Rome recommence la civilisation à son tour. C’est encore la tribu primitive que nous retrouvons à ses origines ; puis la commune de village ; puis la cité. A cette phase elle arrive à l’apogée de sa civilisation. Mais viennent l’État, l’empire, et alors — la mort !

Sur les ruines de l’empire romain les tribus celtes, germaniques, slaves, scandinaves recommencent à nouveau la civilisation. Lentement la tribu primitive élabore ses institutions pour arriver à la commune de village. Elle s’attarde dans cette phase jusqu’au XIIè siècle. Alors surgit la cité républicaine, et celle-ci amène l’éclosion de l’esprit humain, dont nous parlent les monuments de l’architecture, le développement grandiose des arts, les découvertes qui posent les bases des sciences naturelles… Mais ensuite vient l’État…

— La mort ?

Oui, la mort, — ou bien le renouveau ! Les États mis en pièces, et une nouvelle vie recommençant dans mille et mille centres, sur le principe de l’initiative vivace de l’individu et des groupes, sur la libre entente. Ou bien, toujours l’État écrasant la vie individuelle et locale, s’emparant de tous les domaines de l’activité humaine, amenant ses guerres et les luttes intestines pour la possession du pouvoir, ses révolutions de surface qui ne font que changer de tyrans et, inévitablement, au bout de cette évolution — la mort !

Choisissez !

= = =

Source:

https://fr.wikisource.org/wiki/L’État,_son_rôle_historique

2 Réponses to “Renouveau politique: La société (la vie) contre l’État (la mort)… Choisissez !!…”

  1. Ce texte fait simplement ressortir que l’homme est totalement incapable de retenir les leçons de l’histoire;pourtant,toutes les « civilisations »ont payé leur incurie de leur vie.

    • Oui, mais la question est de savoir « pourquoi il ne les retient pas? » La raison en est que le système ne lui donne jamais les moyens réels d’une bonne analyse, tant l’info, le narratif, qui devient la trame de l’histoire racontée, l’historiographie, sont tronqués, falsifiés.
      Une fois de plus la faute en revient au système qui bâtit à l’avenant sa propre protection pour sa survie, ainsi ce n’est pas l’Homme qui n’apprends pas de l’Histoire, c’est l’État qui falsifie l’histoire pour que les gens ne puissent pas réfléchir et en tirer les conclusions qui s’imposent.
      A ce titre, nous posons souvent la question: pourquoi les auteurs philosophes anarchistes ne sont JAMAIS étudiés dans le curriculum scolaire des bahuts aux universités ? Pourquoi étudie t’on Aristote, Platon, Kant, Hegel, Marx et jamais Zénon (Stoïcisme classique), Spinoza et son panthéisme « moderne » par exemple, si La Boétie est encore au programme on n’étudie jamais son « traité de la servitude volontaire », mais ses autres œuvres, ni n’étudie t’on Proudhon, Bakounine, Kropotkine ; qui prend la peine de faire une étude de texte sur « L’homme révolté » d’Albert Camus, pourtant un des livres les plus essentiels de la littérature occidentale moderne ?
      Si on étudiait ces penseurs, les gens développeraient un véritable esprit critique, capable d’articuler une pensée critique et d’analyser l’histoire et le monde. Ceci n’est bien évidemment pas dans l’intérêt des pouvoirs en place.
      Au lieu de cela, on ne fait que formater les gens dans le moule du consensus du statu quo oligarchique et les conforter dans l’idée de ne pas questionner ce qui est.
      Le travail intellectuel est pré-mâché, pré-digéré pour garantir que rien ne change vraiment à part quelques ritournelles cosmétiques.
      « L’histoire est racontée par les vainqueurs » disait Napoléon et les vainqueurs des guerres de domination sont toujours es mêmes oligarques. L’histoire est sous contrôle, sous « influence », la méthode de pensée également.
      Être libre, c’est détruire l’influence…

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