Spiritualité amérindienne: Ecoutez le tambour (Blackwolf Ojibway)

“Je ne peux être libre si vous ne l’êtes pas. Votre liberté est la garantie de la mienne.”
~ Michel Bakounine ~

 “Après avoir souffert au-delà de la souffrance, la nation rouge se relèvera de nouveau et ce sera alors une bénédiction pour un monde devenu bien malade. Un monde empli de promesses brisées, d’égoïsme et de séparations. Un monde se languissant de lumière. Je vois une époque de sept générations lorsque toutes les couleurs de l’humanité se rassembleront sous l’arbre sacré de la vie et la terre entière redeviendra de nouveau un cercle unique. Ce jour là, il y aura ceux parmi les Lakota qui porteront la connaissance et la compréhension de l’unité parmi tous les êtres vivants et les jeunes gens blancs viendront vers ceux de mon peuple pour leur demander de leur dispenser leur sagesse. Je salue la lumière dans tes yeux, là où réside l’univers entier. Car quand tu es au centre de toi-même et que je suis également en cet endroit en mon sein, alors nous serons un.”
~ Tasunke Witko, Crazy Horse, Cheval Fou ~

 

Écoutez le tambour (Extraits)

 

Robert “Blackwolf” Jones (Ojibway, Chippewa, Shaman & psychothérapeute), 1995

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Novembre 2015

 

“Je vous invite à arrêter… et à écouter

Je vous encourage à participer.. et à écouter

Je vous implore d’expérimenter… et d’écouter.”

 

Nous sommes tous connectés à l’Univers et on attend de nous de prendre et de donner à son délicat équilibre et à son abondance. Nous sommes capables d’y voir notre place et pourtant, nous sommes aussi uniques. Cela constitue notre faiblesse, notre handicap et tout à la fois notre force, qui nous rend unique et nous distingue des autres.

Considérez un brin d’herbe. S’il vous plaît, allez choisir un brin d’herbe parmi la multitude. Faites sa connaissance et liez-vous d’amitié avec les membres végétaux de votre famille. Réalisez que ce brin d’herbe est unique dans l’univers. Reconnaissez le fait qu’il n’y a jamais eu ni n’y aura jamais plus un autre brin d’herbe exactement comme celui-là. Commencez par comprendre votre unicité et comprenez aussi que l’univers a choisi que vous existiez, vous, parmi une multitude d’autres options possibles.

Le chef Seattle a dit: “L’Homme n’a pas tissé la toile de la vie, il n’en est qu’un fil. Quoi qu’il fasse à la toile, il le fait à lui-même.” Ainsi l’autre jour j’ai vu dans une ville un grand panneau qui était sponsorisé par une église chrétienne locale. On lisait sur le panneau: “La vie humaine est sacrée.” Je réécrirai ce panneau pour y lire: “Toute vie est sacrée ; NOUS sommes tous inter-reliés.

Mitakuye Oyasin veut dire, “nous sommes tous (inter)reliés”. Ceci possède des extensions bien au-delà de la race humaine.

Mitakuye Oyasin, Nous sommes tous (inter)reliés

La connexion au vivant porte la vie elle-même. Mitakuye Oyasin est le fil conducteur, la ligne de vie de notre existence. Je ne peux pas exister sans vous. Je ne peux pas exister sans le monde de l’Esprit. Je ne peux pas être sans le grand battement. Nous sommes tous reliés, nous sommes tous connectés.

L’inter-connectivité de toute vie vibre dans les battements du cœur.

Les cultures amérindiennes ont reconnu depuis des siècles que tous les êtres vivants ont la réflexion du TOI en eux. Ecartez la notion de supériorité.

Ecoutez les anciens qui nous disent: “Lorsque l’oiseau meurt, la chanson meurt. Puis l’homme meurt, car il n’a plus de chanson.

Mitakuye Oyasin veut dire que nous sommes tous (inter)reliés. Je suis votre frère et vous êtes le mien. Nous faisons tous partie de la famille de la Terre, la Terre-Mère aime ses enfants, du poisson à l’oiseau, de la myrtille au chêne, de la fourmi à la panthère. Nous sommes tous ses enfants. Nous sommes tous reliés.

Le chef Seattle nous dit que nous faisons tous partie de la toile de la vie. Ce que je vous fais, je me le fais à moi-même, ce que vous me donnez, vous le donnez à l’univers. Ce que l’univers donne, elle (NdT: dans le texte original, Blackwolf écrit “she” ou “elle” pour “the universe”…) nous le donne, ce que vous ressentez je le ressens. Ce que vous devenez, je le deviens. Vous n’êtes pas seul et moi non plus. Vous êtes avec moi pour toujours et je suis avec vous. Nous sommes tous frères et sœurs sur la grande toile de la vie.

Un dicton Navajo dis: “Ce qui est, est.” Il suffit simplement de le reconnaître.

L’univers est un arbre et nous en sommes ses branches, faites de l’ombre à votre frère, soutenez-vous les uns les autres et atteignez la lumière solaire ensemble. “Ho-Hecatu-yelo” dit le danseur du soleil: “c’est comme çà.”

L’abus appelle l’abus, la violence appelle la violence et le respect appelle le respect, dans quel sens allons-nous ?…

Nous devons écouter ces mots de Sitting Bull: “Si un homme perd quelque chose et retourne pour le chercher minutieusement, il le retrouvera.” Nous devons retourner vers les anciens chemins pour retrouver nos trésors perdus. (NdT: comme nous sommes tous inter-reliés, nous occidentaux, devons faire de même, retrouver la voie ancestrale, pas dans un passéisme nostalgique, mais dans un universalisme progressiste, celui de la société unifiée au pouvoir dilué dans le peuple…). Nous devons retourner à Mitakuye Oyasin et honorer nos relations avec respect.

Tout est inter-connecté, possède une connexion trans-personnelle et une mutualité de l’expérience.

De cette interconnexion, de cette relation, vient l’essence du but., Le but de toutes choses n’est pas isolé. Le but de toutes choses contribue à toutes les relations. Cette inter-connectivité devient une série sans fin de cycles de vie. Toutes les choses sont en progression perpétuelle. Sacré et éternel, notre but satisfait le plus grand objectif.

Naissance, mort, renaissance

Naissance, mort, renaissance

Naissance, mort, renaissance

Mettez-vous au diapason de l’univers. Regardez vers le haut !, Ne restez pas engoncés avec ce qui demeure à votre niveau. Apprenez des nuages ! Ils sont doux, mais ils ont de la force. Regardez l’aigle montant dans le ciel en planant. Donnez une attention particulière à cette création. Votre joie, ici et maintenant est quand vous trouvez la béatitude, lorsque vous pouvez entendre la musique de l’univers.

La prochaine fois que vous roulerez sur l’autoroute, mettez votre musique préférée et regardez les oiseaux danser sur la vibration. Emerveillez-vous de ce que les oiseaux voient alors qu’ils volent entre deux montagnes. Voyez avec l’œil de l’aigle, entendez avec l’oreille du loup. Sentez les branches de l’arbre, touchez avec les pieds de la chenille, sentez avec le nez de l’ours, parlez en silence …

Saisissez le moment, saisissez-le, gardez-le, embrassez-le, chérissez-le. Le but de votre existence est d’expérimenter la Vie. Sentez-la. Vivez. Sentez la vibration ! Vibrez, dansez, chantez, sautez, redevenez un enfant !…

Aujourd’hui je me tiens sous les grands pins que j’ai plantés il y a des décennies avec mon grand-père. Ils ont près de 50 ans, aujourd’hui j’entends leur chanson. Ils susurrent la chanson de Mitakuye Oyasin. Les vieilles souches pourissant vivent dans leurs branches. C’est la chanson de la naissance, de la mort et de la renaissance. C’est la chanson du grand tout. La chanson des cycles.

Namaji

Les plus hauts principes Anishinaabe (Ojibway) de la vie sont appelés Namaji:

Respect, honneur, dignité et fierté.

Ils sont les cadeaux d’une véritable connexion avec le monde de l’Esprit. Ce sont les fleurs qui fleurissent de Mitakuye Oyasin.

Comme les nénuphars sur un lac, Namaji se produit à différents niveaux.

Namaji nous guide le long du chemin rouge de la vie. Le chemin rouge est le chemin sacré pour vivre en harmonie avec l’ordre naturel. Rouge est la couleur de notre sang, c’est aussi la couleur de la plus sacrée des pierres pour les Indiens: la pierre à pipe.

Regardez les nuages, regardez les vagues et regardez les flammes. Ils vous mènent à la maison, il vous mènent à Ain-dah-ing (la maison dans votre cœur). Ils vont mènent à votre essence primordiale. (NdT: ce concept du cœur se retrouve dans bien des sociétés traditionnelles. En Asie, le “Jaï” thaïlandais ou le “kokoro” japonais, possèdent une connotation spirituelle très semblable. La notion de “cœur” en occident a été atténuée à cause du christianisme qui y a substitué “l’âme”, lui enlevant son côté communicateur. “L’âme” ne communique pas comme le fait le “cœur”, elle n’est pas en contact avec l’univers. Le christianisme a enfermé son “âme” dans le carcan individualiste si nécessaire pour faire passer la pilule du “dominorum christianorum” ou le règne du “dominateur chrétien”…)

La rivière de la vie

Nous voguons tous sur la grande rivière de la vie. Appréciez le paysage. Regardez bien et vous y apercevrez la création… racontez votre voyage à vos compagnons et écoutez les leurs. Racontez des histoires autour du feu et sachez apprécier votre compagnie réciproque. Plaisantez, riez, amusez-vous, prenez du plaisir. Regardez l’éternel dans votre cousin le feu et vous toucherez le pouls du créateur (NdT: la notion de “créateur” chez les Amérindiens est plus proche de la notion de “Ki”, de “Tao” ou du “souffle du dragon” celtique que de la notion d’un “dieu tout puissant” et nécessairement vengeur…)

Ecoutez avec une fine oreille

Note du traducteur: Ce qui suit est l’histoire vécue par Blackwolf alors qu’il aidait à faire le feu sacré en compagnie d’un ancien de la nation Potowatomi, avant une session d’enseignement. Celui-ci avait plus de 90 ans et était aveugle.

-[]- Avant de commencer l’enseignement, un ancien familier me demanda de l’assister dans la construction du feu sacré pour la cérémonie. Je me suis empressé de participer à ce privilège.

Le cercle du feu sacré attendait et bientôt je me retrouvais occupé à couper du bois. Tout au long de cette préparation du feu, l’homme de bien des lunes priait vigoureusement dans sa langue natale Potawatomi. Je manipulais le feu de bois afin de favoriser le mariage du feu et de l’air tout en l’écoutant prier.

Il priait avec un rythme spirituel ; comme les vagues de la mer se brisant en rythme, sa prière ondula.

Dans le même temps j’écoutais, dans le même temps je m’occupais du feu sacré. Tout ce temps, il priait.

Il mit la main dans son sac à médecine et saupoudra un peu de kinnikinnick sur le feu ; libérant ses esprits, il continuait à prier, sa voix devenant de plus en plus forte.

Soudain, le vieil homme aveugle fit une pause dans sa prière et me demanda: “Regarde le ciel. Sont-ils déjà arrivés ?”

A près de 90 ans, son excitement ne pouvait presque pas attendre ma réponse et il me redemanda: “Sont-ils déjà là ?”

Mes yeux suivirent la colonne de fumée sacrée qui s’élevait vers le ciel-père. J’observais alors 4 aigles qui volaient depuis les 4 points cardinaux. Planant sur le cousin vent, ils se rapprochaient l’un de l’autre. Se rencontrant comme autant de frères, les aigles devinrent un seul grand cercle qu-dessus de nous et me connectant au rythme de l’éternel je lui répondis: “Ah ho.” (oui)

Mitakuye Oyasin

 

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4 Réponses to “Spiritualité amérindienne: Ecoutez le tambour (Blackwolf Ojibway)”

  1. C’est transcendant. Encore une fois on comprend avec le texte toute la différence entre spiritualité et religion. Perso, ça me touche et chaque mot sonne et résonne en moi. Je me l’enregistre sous word aussi celui-ci pour pouvoir le relire de temps en temps. Merci à vous R71 de nous transmettre de telles pépites…

  2. Merci, c’est très beau, je vais le relire – et faire suivre
    comme dit JBL – spiritualité et religion c’est différent –

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