Changement de paradigme politique: Pensée et pratique anarchiste avec Errico Malatesta part 4: La révolution anarchiste !

Errico Malatesta l’anarchisme de la théorie à la pratique (IV)

 

Compilation d’écrits 1919~1931

 

Source: “Écrits choisis”, Errico Malatesta, éditions du Monde Libertaire, 1978

 

Errico Malatesta (1853-1932), théoricien et militant anarchiste italien, créateur en 1920 de l’Union Anarchiste Italienne (UAI), qui fut à la pointe de la grève générale expropriatrice des usines du nord de l’Italie en 1920, mouvement trahi par les communistes et les socialistes au profit du patronat et de l’État qui appelèrent Mussolini au pouvoir en conséquence. La pensée et l’action directe de Malatesta ont donné au mouvement anarchiste son expression politique sans doute la plus achevée. Il élabora toute sa vie durant une praxis cohérente tant dans les moyens que dans les objectifs de la révolution sociale. Ancré profondément dans la dimension sociale et dans la volonté de réalisation du bien-être commun, Malatesta nous a laissé un riche héritage théorique et militant qui mérite d’être plus connu.

Nous avons beaucoup à apprendre d’Errico Malatesta. Sa pensée et son action sont au cœur de l’anarchisme moderne.

Nous avons compilé ces textes courts dans les rubriques suivantes, qui seront autant de parties à la publication sur le blog

 

~ Résistance 71, Octobre 2015 ~

 

La révolution anarchiste

 

La Révolution, c’est la création de nouveaux modes, de nouveaux groupements, de nouveaux rapports sociaux. La Révolution, c’est la destruction des privilèges et des monopoles ; c’est un nouvel esprit de justice, de fraternité, de liberté qui doit rénover toute la vie sociale, élever le niveau moral et les conditions matérielles des masses en les appelant à prendre en mains la détermination de leur destin, par leur propre action directe et consciente. La Révolution c’est l’organisation des services publiques par ceux-là mêmes qui y travaillent, dans leur propre intérêt et celui du public. La Révolution, c’est la derstructions de tous les liens coercitifs, c’est l’autonomie des groupes, des communes, des régions. La révolution c’est la libre fédération sous la poussée de la fraternité, des intérêts individuels et collectifs et de la nécessité de produire et de se défendre. La Révolution c’est la constitution d’innombrables groupements libres correspondant aux idées, aux désirs, aux besoins, aux goûts de toutes sortes qui existent dans la population. La révolution c’est la liberté éprouvée dans le creuset des faits. Et la Révolution dure tant que dure la liberté c’est à dire tant que d’autres ne profitent pas de la lassitude qui survient dans les masses, des inévitables déceptions qui suivent les espoirs excessifs, des erreurs et des fautes humaines toujours possibles pour arriver à constituer avec l’aide d’une armée de conscrits ou de mercenaires, un pouvoir capable de faire la loi, d’arrêter le mouvement là où il est en train de mettre en branle la réaction.

~ Pensiero e Volonta, Juin 1924 ~

Nous ne “voulons pas attendre pour faire la révolution que les masses deviennent anarchistes”. D’autant plus que nous sommes persuadés qu’elles ne le deviendront jamais si on n’abat pas d’abord par la violence, les institutions qui les maintiennent en esclavage (Note de R71: Comme Gustav Landauer et La Boétie bien avant lui, nous pensons que la révolution sociale n’est pas un acte violent pourvu que les membres de la société s’unissent dans le changement général d’attitude envers l’État et ses institutions et s’organisent pour créer la société des sociétés, conféderation des communes libres et autogérées. C’est le changement d’attitude du peuple qui changera le paradigme politico-social. L’État n’existe que parce que nous y acquiesçons, il suffit de lui retirer notre consentement en masse et il s’écroulera sans armes, ni haine, ni violence…).

Nous avons besoin du concours des masses populaires pour constituer une force matérielle suffisante et pour atteindre notre but spécifique: le changement radical de tout l’organisme social par les masses elles-mêmes, directement. Cela bien sûr, si nous voulons vraiment travailler à traduire dans la pratique nos propres idéaux et non pas nous contenter de prêcher dans le désert pour la simple satisfaction de notre orgueil intellectuel.

~ Pensiero e Volonta, Juin 1924 ~

Toute l’histoire nous montre que les progrès dûs aux révolutions ont été obtenus dans la période d’effervescence populaire, quand il n’existait pas encore de gouvernement reconnu ou que le gouvernement était trop faible pour se mettre ouvertement contre la révolution ; la réaction a toujours commencé dès lors qu’un gouvernement s’est constitué. Elle a toujours servi les intérêts des anciens et des nouveaux privilégiés et elle a toujours enlevé aux masses ce qui lui a été possible de leur enlever (Note de R71: à commencer en général par leurs armes, car le peuple en arme est la hantise de toute oligarchie étatiste…).

Notre tâche est donc de faire ou d’aider à faire le révolution en mettant à profit toutes les occasions et toutes les forces disponibles. Il faut pousser la révolution le plus loin possible, non seulement sur le plan de la destruction des institutions mais encore et surtout sur celui de la reconstruction de la société nouvelle ; il faut rester hostile à tout gouvernement qui se constituerait en l’ignorant ou en le combattant le plus possible. (Note de R71: Nous pensons à l’instar de Landauer qu’il faut commencer par cela et que le changement d’attitude et le refus des citoyens d’acquiescer aux désidératas de l’État le feront s’écrouler, imploser en grande partie sur lui-même, limitant ainsi la violence à employer voire même à la supprimer totalement.)

Nous ne reconnaîtrons pas plus la Constituante républicaine que nous ne reconnaîssons le parlement monarchique. Nous la laisserons faire si le peuple le veut, mais nous exigerons la liberté totale pour ceux qui, comme nous, entendent vivre en dehors de la tutelle et de l’oppression étatiques et propager leurs idées par la parole et par l’exemple.

Révolutionnaires, oui, mais surtout anarchistes.

~ Pensiero e volonta, Juin 1924 ~

  • Le premier devoir du prolétariat est la destruction de tout pouvoir politique (de partis étatiques).
  • Toute organisation d’un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour atteindre cette destruction des institutions ne peut être qu’un leurre de plus et serait aussi dangereux pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd’hui.
  • Les prolétaires de tous les pays rejettent tout compromis pour arriver à réaliser la Révolution Sociale et ils doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l’action révolutionnaire.

Ceux qui ont tenté d’agir en les contredisant se sont égarés parce que, de quelque façon qu’on les comprenne, l’État, la dictature et le parlement ne peuvent que conduire les masses à l’esclavage. Toutes les expériences faites jusqu’à maintenant l’ont démontré.

Il est bien sûr inutile d’ajouter que pour les congressistes de Saint-Imier (Note de R71: L’Internationale Anarchiste lancée par Bakounine en 1872 après l’éviction des anarchistes de la première Internationale par Marx, Engels et leurs suiveurs…) comme pour nous et tous les anarchistes, l’abolition du pouvoir politique n’est pas possible sans la destruction simultanée du privilège économique.

~ Pensiero e Volonta, Juillet 1926 ~

Ma conclusion est pécisément celle-ci: ou nous pensons à la réorganisation sociale, les travailleurs, y pensant par eux-mêmes et dès maintenant à mesure qu’ils détruisent l’ancien ordre et alors on aura une société plus humaine, plus juste, plus ouverte aux progrès furturs ; ou ce sont les “dirigeants” qui y penseront et nous aurons un nouveau gouvernement qui fera ce qu’ont toujours fait les gouvernements : faire payer à la masse des gens les rares (et mauvais) services qu’il lui fourrnit en lui enlevant la liberté et en laisant les parasites et les privilégiés en tous genres l’exploiter.

~ Pensiero e Volonta, Juin 1926 ~

Je dis que pour abolir le gendarme et toutes les institutions sociales pernicieuses à l’avenant, il faut savoir ce que nous voulons mettre à la place et cela immédiatement, le jour même où nous détruirons le système et non pas dans des lendemains plus ou moins lointains. On ne détruit de façon réelle et définitive que ce qu’on peut remplacer. Renvoyer à plus tard la solution de problèmes qu’il s’avère nécessaire de résoudre rapidement, ce serait donner aux institutions qu’on veut abolir le temps de se remettre de la secousse reçue et de s’imposer de nouveau (réaction), sous d’autres noms peut-être, mais à coup sûr substantiellement identiques.

Ou bien nos solutions pourront être acceptées par une partie suffisante de la population et alors nous aurons réalisé l’anarchie ou fait un grand pas vers celle-ci ; ou bien elles ne pourront pas être comprises et acceptées et dans ce cas, notre travail servira pour la promotion de l’Idée et exposera au grand public le programme du proche avenir. Mais dans tous les cas nous devons avoir des solutions, provisoires toujours susceptibles d’être revues et corrigées à la lumière de l’expérience. Mais solutions nécessaires si nous ne voulons pas subir passivement les solutions des autres et nous limiter au rôle peu utile de râleurs incapables et impuissants.

~ Pensiero e Volonta, Août 1926 ~

Nous devons agir dans le mouvement ouvrier pour l’empêcher de se corrompre (Note de R71: C’est chose faire depuis l’avènement de la société de consommation, nous devons donc ramener la conscience populaire sur les rails de la raison, le mercantilisme et le consummérisme nous ayant sciemment mis sur une voie de garage…) en se limitant à ne rechercher que les petites améliorations compatibles avec le système capitaliste (réformisme) et pour faire en sorte qu’il soit utile pour préparer la transformation sociale totale. Nous devons travailler au sein des masses inorganisées et peut-être inorganisables, pour éveiller en elles l’esprit de révolte, le désir et l’espoir d’une vie heureuse et libre. Nous devons lancer et appuyer tous les mouvements possibles tendant à affaiblir les forces de l’État et des capitalistes et à élever le niveau moral et les conditions matérielles des travailleurs. Nous devons en somme, nous préparer moralement et matériellement pour l’acte révolutionnaire qui doit ouvrir la voie de l’avenir.

Si nous ne trouvions pas assez d’écho dans le peuple et que nous ne puissions pas empêcher que ne se reconstitue un État avec ses institutions autoritaires et ses organes inhérents de coercition, alors nous aurions à refuser d’y participer et de le reconnaître, à nous révolter contre ce qu’ils voudraient nous imposer et à réclamer, pour nous et pour les minorités dissidentes, pleine et entière autonomie. Nous devrons en somme, rester en état de révolte effective et potentielle et si nous ne pouvons vaincre dans le présent, préparer au moins l’avenir…

~ Il Risveglio, décembre 1929 ~

Mais il ne faut pas non plus exagérer. Il ne faut pas s’imaginer devoir et pouvoir dès maintenant trouver une solution idéale à tous les problèmes possibles. Il ne faut pas vouloir trop prévoir ni trop déterminer par avance sinon, au lieu de préparer l’anarchie, nous rêverions de choses irréalisables ; ou nous tomberions dans l’autoritarisme et nous nous proposerions, consciemment ou non, d’agir comme un gouvernement qui soumet le peuple à sa propre domination, au nom de la liberté et de la volonté du peuple (Note de R71: Cela fait-il résonner quelque choses, comme 1789, 1792, 1917 par exemple ?..)…

Ce qui est certain est que la masse des gens ne s’éduque pas si elle n’a pas la possibilité et ne se trouve pas dans l’obligation d’agir elle-même et que l’organisation révolutionnaire des travailleurs, si utile et nécessaire soit-elle, ne peut pas s’étendre et durer indéfiniment. Si elle ne débouche pas sur l’action révolutionnaire, passé un certain stade, ou elle est détruite par le gouvernement, ou elle se corrompt et de défait d’elle-même et il faut alors tout recommencer.

~ Vogliano, Juin 1930 ~

Personnellement je ne saurais admettre que toutes les révolutions passés ont été inutiles parce que non anarchistes et que les révolutions futures qui ne seront pas anarchistes seront également inutiles. Au contraire, j’ai plutôt tendance à croire que le triomphe total de l’anarchie viendra moins d’une révolution violente que d’une révolution graduelle, après qu’une ou plusieurs révolutions auront détruits les plus grands obstacles militaires et économiques qui s’opposent au développement moral des populations. À ce que la production augmente jusqu’à atteindre le niveau des besoins et des désirs, à l’harmonisation des intérêts contraires. (Note de R71: ceci correspond à notre point de vue également. A noter que ceci fut écrit par Malatesta en 1930. Il a mis de l’eau dans son vin et son concept de gradualisme est la conséquence logique de sa maturité politique, patinée au gré de ses expériences militantes de premier plan…)

De toute façon, si nous tenons compte de nos faibles forces et de l’état d’esprit qui prévaut dans les masses populaires et si nous ne voulons pas prendre nos désirs pour des réalités, il faut nous attendre à ce que la prochaine révolution, imminente peut-être, ne soit pas anarchiste. C’est pourquoi ce qu’il y a de plus urgent, c’est de penser à ce que nous pouvons et à ce que nous devons faire dans une révolution où nous ne seront qu’une minorité relativement petite et mal armée…

Si les gens veulent un gouvernement (c’est à dire conserver l’État), nous ne pourrons propbablement pas empêcher que ne se constitue encore un de ces gouvernements. Mais nous n’en devons pas moins faire tout notre possible pour convaincre les gens que le gouvernement est inutile et nocif et pour empêcher que ce nouveau gouvernement ne s’impose aussi à nous et à ceux qui n’en veulent pas. Nous devrons tout mettre en œuvre pour que la vie sociale, particulièrement la vie économique, continuent et progressent sans l’intervention du gouvernement.

N’oublions par ailleurs pas que ceux qui sont les plus aptes à organiser le travail sont ceux-là mêmes qui font le travail en question, chacun son métier.

Si nous ne pouvons pas empêcher que ne se constitue un nouveau gouvernement, si nous ne pouvons pas l’abattre immédiatement, nous devrons en tous les cas, lui refuser tout concours, ainsi refuser le service militiare, refuser de payer des impôts. Ne pas obéir par principe, résister jusqu’au bout à tout ce que les autorités voudraient imposer et refuser catégoriquement tout poste de commandement quel qu’il soit.

Si nous ne pouvons pas abattre le capitlaisme, nous pouvons et devrons exiger pour nous et pour tous ceux qui le veulent, le droit d’user gratuitement des moyens de production nécessaires à une vie indépendante. (Note de R71: C’est le principe de refuser de consentir, de désobéissance civile et de construction de la société parallèle dans une confédération de communes libres autogérées. Cela a fonctionné longtemps historiquement, toutes les sociétés traditionnelles ancestrales sont fondées sur ce principe de communisme autogestionnaire confédéré où les leaders sont des porte-parole, des “chefs” sans pouvoir)

~ Vogliano, Juin 1930 ~

[Lors de l’insurrection] nous devrons pousser les ouvriers à se rendre maîtres des usines, à se fédérer entre eux et à travailler pour le compte de la collectivité ; tout comme les paysans à se rendre maîtres des terres et des produits usurpés par les riches et à s’entendre avec les ouvriers pour les échanges nécessaires.

~ Vogliano, juin 1930 ~

Le gouvernement est tombé, que faire ?

La méthode anarchiste serait la suivante: Une fois les autorités monarchiques vaincues (Note: Malatesta vivait dans une Italie monarchiste à l’époque, ceci s’applique à toute forme de gouvernement étatique centralisé…), les corps de police et l’armée dissous, nous ne reconnaîtrons aucun gouvernement et encore moins s’il s’agissait d’un gouvernement central ayant la prétention de diriger et de contrôler le mouvement (Note: les regards se tournent bien évidemment vers les marxistes à ce point…).

Nous pousserions les travailleurs à prendre totalement possession de la terre, des usines, des chemins de fer, des bateaux, bref de tous les moyens de production (de distribution et de service). Nous les pousserions à organiser IMMEDIATEMENT la nouvelle production en abandonnant pour toujours les travaux inutiles et nocifs et provisoirement ceux de luxe et en concentrant la majeure partie des forces à produire les biens alimentaires et autres biens de toute première nécessité.

Nous veillerions à ce que les maisons vides ou peu habitées soient occupées afin que tous et toutes aient un toit et que chacun ait un logement selon les locaux disponibles par rapport à la population. Nous nous empresserions de détruire les banques et le système banquier, les titres de propriété (Note de R71: à prendre au sens de titre de propriété générant des revenus en exploitant autrui. Les propriétaires de maison ne seront pas expropriés pourvu que leur “propriété” représente une possession familale et non pas un moyen de profiter et d’exploiter les gens. Exemple: un rentier vivant de ses loyers, spéculant sur l’immobiler garderait un logement pour lui et sa famille mais serait exproprié des autres logements dégageant des profits par l’exploitation de l’inégalité. Ceci est un concept proudhonien entre la propriété et la possession) ainsi que tout ce qui représente et garantit la puissance de l’État et le privilège capitaliste. Et nous chercherions à créer une situation de fait qui puisse rendre impossible la reconstruction de la société bourgeoise.

Tout cela et tout ce qui serait également réalisé pour satisfaire les besoins des gens et pour assurer le développement de la révolution, ce serait l’œuvre de volontaires, de comités de toute sorte, de congrès locaux, inter-communaux, régionaux, nationaux, qui se chargeraient de coordonner la vie sociale en prenant les accords nécessaires, mais sans avoir le moindre droit ni les moyens d’imposer leur volonté par la force et en ne comptant, pour trouver un appui, que sur les services qu’ils rendraient et sur les nécessités imposées par la situation et reconnues comme telles par les intéressés.

Surtout pas de gendarmes, quel que soit le nom qu’ils prendraient, mais des milices volontaires qui n’aient absolument aucune possibilité d’ingérence en tant que milices dans la vie de l’ensemble des citoyens et qui ne seraient là que pour faire front aux possibles retours armés de la réaction et aux attaques qui viendraient de pays étrangers qi n’auraient pas encore fait leur révolution.

= Umanita Nova, Avril 1922 ~

Pour supprimer cette oppression radicalement et sans risque de retour, il faut que le peuple tout entier soit convaincu de son droit d’user des moyens de production et que ce droit primordial qui est le sien, il le traduise en acte en expropriant ceux qui détiennent le sol et toutes les richesses sociales et en mettant le tout à la disposition de tous (Note de R71: Comme dans un gigantesque potlach à l’amérindienne et à l’échelle nationale…)

~ Le programme anarchiste, Bologne 1920 ~

Au cours d’une réunion à Teramo, le secrétaire de la chambre confédérale, le président de la coopérative socialiste et les députés socialistes Leopardi et Agostione ont dit aux paysans: “Tenez-vous prêts ; quand vos chefs vous diront de faire grève, avandonnez les champs. Si au contraire ils vous disent de moissonner ce qui vous revient, obéissez et laissez perdre l’autre moitié.

Voilà bien des conseils de réformistes bon teint : quand la récolte est perdue, on a beau jeu après de dire aux gens qu’on ne peut pas faire la révolution sous peine de mourir de faim.

Mais quand donc ces mauvais bergers se décideront-ils à dire aux paysans: Rentrez toute la récolte et ne donnez rien aux patrons ! Et après avoir rentré la récolte, préparez le terrain et semez pour l’année suivante avec l’idée bien arrêtée que les patrons ne doivent plus rien avoir.

~ Umanita Nova, juin 1920 ~

Si l’on veut vraiment changer le fond même du régime et non seulement sa forme extérieure, il faudra abattre le capitalisme dans les faits, en expropriant ceux qui détiennent la richesse sociale et en organisant immédiatement la nouvelle vie sociale, localement, sans passer par un seul intermédiaire légal. Ce qui veut sire que pour faire la “république sociale”, il faut d’abord faire l’Anarchie…

L’un des point fondamentaux de l’anarchisme, c’est l’abolition du monopole de la terre, des matières premières et des instruments de production, de travail. C’est donc l’abolition de l’exploitation du travail d’autrui par ceux qui détiennent les moyens de production. Du point de vue anarchiste et socialiste, est un vol toute appropriation du travail d’autrui et tout ce qui permet de vivre sans apporter à la société sa contribution à la production.

Par la violence et par la fraude, les propriétaires ont volé le peuple de la terre et de tous les moyens de producution et, depuis ce premier vol, ils enlèvent tous les jours aux travailleurs le produit de leur travail. Ce sont des voleurs chanceux, devenus forts, ils ont fait édicter des lois pour légitimer leur situation et ils ont élaboré tout un système de répression pour se défendre contre les revendications des travailleurs et aussi contre ceux qui veulent prendre leur place pour faire ce ont fait. Maintenant le vol de ces messieurs s’appelle propriété (voir Proudhon), commerce, industrie etc… En revanche le terme de voleur est réservé en langage courant, à ceux qui voudraient suivre l’exemple des capitalistes mais qui, étant arrivés trop tard et dans des circinstances non favorables, ne peuvent le faire qu’en se révoltant contre la loi.

~ Il Pensiero, mars 1911 ~

La révolution que nous voulons consiste à enlever le pouvoir et la richesse à ceux qui les détiennent actuellement et à mettre la terre, les instruments de travail et tous les biens existants à la disposition des travailleurs, c’est à dire de tout le monde, parce que tous doivent devenir des travailleurs s’ils ne le sont déjà pas. Cette révolution, les révolutionnaires doivent la défendre en veillant à ce que personne, que ce soit un individu, un parti ou une classe, ne puisse trouver les moyens de constituer un gouvernement et de rétablir le privilège en faveur des nouveaux ou des anciens patrons.

Pour défendre et sauver la révolution il n’y a qu’un seul moyen: la faire jusqu’au bout !

Tant que quelqu’un pourra obliger quelqu’un d’autre à travailler pour lui, tant que quelqu’un pourra violer la liberté d’autrui en le prenant à la gorge ou en le tenant par le ventre, la révolution ne sera pas finie. Nous serons en état de légitime défense et contre la violence qui nous opprime, nous y opposerons la violence qui libère.

Vous craignez que les bourgeois dépossédés n’enrôlent des inconscients pour restaurer l’ordre abattu ? Dépossédez-les réellement et vous verrez que, sans argent, ils n’enrôleront personne.

Vous craignez la réaction militaire ? Armez toute la population ! Mettez-la réellement en possession de tous les biens de façon à ce que chacun ait à défendre sa propre liberté et les moyens capables de lui assurer son bien-être et vous verrez si les généraux en mal d’aventure trouveront des gens pour les suivre. Et si un peuple armé, en possession de la terre, des usines, de toutes les richesses, était incapable de se défendre et se laissait de nouveau soumettre au joug, alors cela voudrait dire que ce peuple est encore incapable de liberté. La révolution aurait échoué et il faudrait recommencer le travail d’éducation et de préparation pour en faire une autre qui, parce qu’elle tirerait profit des graines semées par la première, aurait de plus grande chance de succès.

~ Fede ! ~ novembre 1923 ~

Voilà un préjugé courant dans certains milieux révolutionnaires: il tire son origine de la rhétorique et des falsifications historiques des apologistes de la Grande Révolution Française et, ces dernières années, il a trouvé une nouvelle vigueur dans la propagande des bolchéviques en Russie. Mais la vérité est tout le contraire: la terreur a toujours été un instrument de la tyrannie. En France, elle a servi à Robespierre pour établir sa féroce tyrannie et elle a préparé le terrain à Napoléon et à la réaction qui s’ensuivit. En Russie, elle a persécuté les anarchistes et les socialistes (Note de R71: N’oublions jamais que le tout premier “soviet” ou assemblée populaire fut créé sur le modèle anarchiste, par une mixture anarcho-socialiste, à St Petersbourg en 1905… et que la clique Lénine/Trotsky agents de la City de Londres et de Wall Street, a persécuté les anarchistes et les ont massacré à Cronstadt et en Ukraine), elle a massacré les ouvriers et les paysans révoltés et elle a brisé en définitive l’élan d’une révolution qui aurait pu ouvrir réellement une ère nouvelle à la civilisation.

Note de Résistance 71: Les bolchéviques ayant été des agents des banquiers, leur rôle était la facilitation de la création d’un marché captif: la Russie et de maintenir coûte que coûte les deux choses indispensables aux oligarques pour continuer à régner sur le monde: l’État et le capitalisme. Jamais Lénine, Trotsky, Marx, Engels ou quelques marxistes que ce soient ont jamais œuvré pour la disparition de l’économie de “marché”. Leur but est de faire passer le “marché”, le capitalisme, sous contrôle monopoliste d’une entité ayant fusionnée l’État et les entreprises transnationales. C’est le but de ce fascisme transnational appelé depuis “Nouvel Ordre Mondial”, des gens comme H.G. Wells ont écrit des bouquins à ce sujet comme “New World Order” en 1940, publié par une maison d’édition appartenant à la famille banquière Warburg, coïncidence ?… Gustav Landauer avait parfaitement pressenti tout cela dans sa critique du marxisme, que nous avons traduite et publiée récemment.

Ceux qui croient en l’efficacité révolutionnaire, libératrice de la répression et de la férocité ont la mentalité arriérée de ces “juristes” qui s’imaginent qu’il est possible d’éviter le délit et de moraliser le monde au moyen de peines judiciaires sévères.

Pour défende la révolution, le grand moyen reste toujours d’enlever aux bourgeois tous moyens économiques de domination, d’armer toute la population, jusqu’à ce qu’on puisse l’inciter à jeter les armes devenues jouets inutiles et dangereux et d’intéresser à la victoire la grande masse de la population.

Si pour vaincre il fallait dresser des potences dans les rues, je préférerais encore perdre.

~ Pensiero e Volonta, octobre 1924 ~

Et après la révolution, c’est à dire après la chute du pouvoir en place et le triomphe définitif des forces insurgées ?

C’est là qu’entre véritablement en jeu le caractère graduel dont nous parlons.

Il faut étudier tous les problèmes pratiques de la vie: la production, l’échange, les moyens de communication, les rapports entre groupements anarchistes et ceux qui vivent sous autorité, les rapports entre les collectivités communistes et celles qui vivent en régime individualiste, les rapports entre la ville et la campagne.

Il ne faut pas décider de tout détruire en pensant que les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. La civilisation actuelle est le fruit d’une évolution millénaire et d’une façon ou une autre, elle a apporté une solution au problème de la vie sociale en commun de millions et de millions d’êtres humains. Ces avantages sont amoindris et annulés pour la grande masse des gens par le fait que l’évolution s’est faite sous la pression de l’autorité et du privilège et dans l’intérêt des dominateurs. Mais si on enlève l’autorité et le privilège, il reste toujours les avantages acquis, les triomphes de l’Homme face à l’adversité de la Nature, l’expérience accumulée par les générations précédentes, les habitudes de sociabilité acquises dans la longue vie sociale et grâce à l’expérience des bienfaits de l’appui mutuel. Il serait bien stupide de renoncer à tout cela, ce serait du reste impossible. Nous devons combattre l’autorité et les privilèges mais nous devons tirer parti de tous les avantages de la civilisation et ne rien détruire de tout ce qui peut, même mal, satisfaire un besoin humain, avant que de n’avoir quelque chose de meilleur pour le remplacer.

Nous devons être tolérants envers toutes les conceptions sociales qui prévaudront dans les différents groupements humains, pourvu qu’elles ne lèsent pas la liberté et le droit égal des autres. Nous devons nous contenter d’avancer graduellement, à mesure que le niveau moral des Hommes s’élève et qu’augmentent les moyens matériels et intellectuels dont dispose l’humanité.

~ Pensiero e volonta, octobre 1925 ~

Et après la victoire de l’insurrection, après la chute du gouvernement (étatique autoritaire), que faut-il faire ?

Nous anarchistes, voudrions que dans chaque localité, les travailleurs ou plus exactement la fraction des travailleurs qui est la plus consciente et qui a le plus grand esprit d’initiative, prenne possession de tous les instruments de travail, de toute la richesse, terre, matières premières, maisons, machines, denrées alimentaires etc et qu’ils ébauchent du mieux possible la nouvelle forme de vie sociale. Nous voudrions que les travailleurs de la terre qui travaillent aujourd’hui pour des patrons (ou des banques) ne reconnaissent plus aucun droit aux propriétaires et qu’ils continuent le travail et travaillent encore plus pour leur propre compte et celui de la communauté et qu’ils se mettent en rapport direct avec les ouvriers des industries, les ingénieurs, les techniciens compris, qui auront pris possession des usines et qu’eux-mêmes continuent le travail pour eux-mêmes et la collectivité, en transformant immédiatement ces usines qui fabriquent des choses inutiles ou nuisibles en usines œuvrant pour le bien-être de tous en satisfaisant les besoins des gens. Que les cheminots continuent à faire rouler les trains mais au service de la collectivité, que des comités assujettissent les logements, tous les logments disponibles pour loger les plus nécessiteux du mieux qu’il est possible dans un premier temps. Que d’autres comités, toujours sous le contrôle populaire, s’occupent de l’approvisionnement et de la distribution des denrées. Que tous les bourgeois actuels soient mis devant le fait qu’ils doivent se fondre dans la foule du peuple et de travailler comme les autres afin de jouir des mêmes avantages que les autres. Et tout cela, immédiatement, le jour même ou dès le lendemain de la victoire de l’insurrection, sans attendre de quelconques ordres de “comités centraux” ou d’une quelconque autorité.

Voilà ce que veulent les anarchistes et c’est en définitive se qui se passerait tout naturellement si la révolution devait être une vraie révolution sociale et non pas se limiter à un simple changement politique, qui après quelques convulsions, remettrait tout comme avant.

Ainsi donc ou on enlève immédiatement son pouvoir économique à la bourgeoisie ou elle aura de nouveau sous peu le pouvoir politique que l’insurrection lui avait arraché. Pour pouvoir enlever le pouvoir économique à la bourgeoisie, il faut immédiatemet organiser l’économie sur de nouvelles bases fondées sur la justice et l’égalité. Les besoins économiques, du moins les plus essentiels, n’admettent pas d’interruption et il faut les satisfaire immédiatement. Les “comités centraux” ne font jamais rien ou agissent quand on n’a plus besoin d’eux.

~ Unita Nova, Août 1920 ~

Note de Résistance 71: Ceci correspond dans les grandes largeurs à ce que les anarchistes espagnols firent et organisèrent durant la révolution espagnole de 1936-39, qui fut trahi par les marxistes staliniens, tout comme les soviets le furent par les lénino-trotskistes et le mouvement ouvrier italien le fut en 1920.

Notre tâche est de pousser le peuple à réclamer et à prendre toutes les libertés possibles et à pourvoir lui-même à ses propres besoins, sans attendre les ordres d’une quelconque autorité (Note: concept d’autonomie et d’autogestion populaire gérées en démocratie directe via les assemblées). Notre tâche est de lui démontrer le caractère inutile et nocif de tout gouvernement en suscitant et en encourageant, par la promotion de l’Idée et l’action, toutes les bonnes initiatives individuelles et collectives.

En somme, il s’agit d’éduquer à la liberté, d’élever à la conscience de leurs propres forces et de leurs propres capacités, des hommes habitués par ailleurs à l’obéissance et à la passivité. Il faut donc faire en sorte que le peuple agisse par lui-même, suivant son instinct et sa propre inspiration, même si cela lui aura souvent été suggéré. C’est ce que fait un bon instituteur avec ses élèves, lorsqu’ils ne trouvent pas la solution, il les aide, suggère certaines solutions tout en maintenant l’indépendance des élèves, ce qui aura pour effet de leur faire acquérir courage et confiance en leurs propres facultés.

 Dans la dernière partie, nous verrons le Programme de l’Union Anarchiste Italienne (UAI) de 1920 dont Errico Malatesta fut un des fondateurs et rédacteur de la charte…

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