Résistance au colonialisme occidental: Décoder la sémantique colonialiste…

Au sujet de remplacer le jour de Colomb par le jour des peuples dominés

 

Steven Newcomb

 

27 Octobre 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/10/27/replacing-columbus-day-dominated-peoples-day

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Une tendance notoire a émergé ces récentes années alors que de plus en plus de villes aux Etats-Unis laissent tomber les festivités du “jour de Christophe Colomb” (Colombus Day) en faveur d’une “journée des peuples indigènes”. Ce changement de terminologie est considéré être une grande amélioration par ceux qui savent que la journée de Colomb représente une expansion brutale et sanglante de l’empire et de la colonisation. Ce jour représente de fait la décimation de nos ancêtres et la dévastation de nos nations et de nos peuples. Ce jour représente un héritage du génocide.

Une des façons de caractériser l’héritage de Colomb est ceci: Lorsque que Colomb appela cette première île “découverte” du nom de “San Salvador”, qui veut dire Saint Sauveur en espagnol, il commença à utiliser le processus d’utilisation de l’imagination humaine pour imposer des métaphores de domination de la chrétienté occidentale sur nos nations, nos ancêtres, et nos terres. Le système imposé des métaphores de la chrétienté et le bain de sang qui en résulta peuvent aussi être compris comme un système de domination et de déshumanisation mis en place par les gens de la chrétienté pour faire avancer le modèle impérialiste de domination chrétien. Maintenant on nous dit qu’une des façons de tourner le dos à ce maudit et sombre héritage est de changer le nom de ce jour férié nommé après le “saint patron” si on veut de cette histoire de mort et de colonisation, Christophe Colomb.

Avant que nous bougions plus avant dans la direction d’un “jour des peuples indigènes”, il serait peut-être bon et sage de nous rappeler de l’avertissement que nous avait donné le poète et philosophe Dakota John Trudell au sujet de ce qu’il se passe lorsque, “ils changent le nom et nous traitent de la même façon”. La fondation existante du système continue sans fléchir parce que le changement de nom n’est qu’une petite révision de surface (NdT: encore une “réforme”, une de ces inepties faites pour toujours donner l’illusion du changement et de l’amélioration alors qu’en fait ce n’est toujours que cela: une illusion…)

Question: Pourquoi encourageons-nous les villes américaines à abandonner le “jour de Colomb” et à adopter “le jour des peuples indigènes” ? Réponse possible: Parce que nous sommes contre le système de domination que Colomb et toute la chrétienté ont imposé de manière invasive et destructrice sur nos peuples et nos nations ; le système en résultant de domination est chronique et perdure jusqu’à nos jours.

Et bien, si cela est le cas, pourrait-on demander, pourquoi alors aussi utiliser la métaphore “indigène” pour nous nommer nous-mêmes ? Cette métaphore, venue de la terminologie de l’ONU, ne fait juste que renforcer, plutôt que de défier, le système métaphorique de domination imposé sur nos peuples et nations originels. Fondé sur la manière dont le mot “indigène” est défini par l’ONU, nous ne faisons qu’abandonner le “jour de Colomb” en faveur de l’idée bien camouflée du “jour des peuples dominés”.

Permettez-moi d’expliquer ceci.

Dans le contexte des Nations-Unies et de l’arène internationale, les peuples indigènes sont conçus, en accord avec une définition reconnue officiellement, comme ayant été à un moment donné des peuples (nations) distinctes. Puis, “des personnes d’une culture différente ou d’origines ethniques différentes arrivèrent sur place (en l’occurence, ici sur le continent des Amériques) d’autres endroits du monde, les subjuguèrent par conquête, développement colonial ou tout autre moyen, les réduisant à une situation non-dominante ou coloniale.” (Khan and Talal, Indigenous Peoples: A Global Quest for Justice (1987).

Pensez à la dévastation morale à laquelle durent faire face nos ancêtres et nos nations après avoir été forcés d’une existence pré-indigène (pré-domination) à une existence de dominés, de colonisés. Pendant très longtemps, nos peuples et nations ont vécu de manière indépendante, libre et non contraints à une domination étrangère. Puis, soudainement, nos ancêtres et nos nations furent envahis et graduellement “subjugués”, “réduits” par les puissances dominatrices “à une situation non-dominante ou coloniale”. Les colonisateurs ont alors commencé à considérer nos nations et nos ancêtres comme étant des peuples et nations dominés, ce qui veut dire voués à vivre “sous la botte” des colonisateurs et pour utiliser une expression tout aussi métaphorique. “ils nous ont marché dessus.”

Eventuellement, les colonisateurs commencèrent à utiliser les “peuples colonisés” et les “peuples indigènes” comme des expressions synonymes.
Parce qu’aucune de ces deux expressions n’ont amené le concept de “domination” en point de focalisation, le mot “dominés” ne fut pas détecté et fut utilisé par nous comme un moyen de défier le système de la société dominante et ses métaphores de domination.

Se faire nommer “indigènes” c’est se faire nommer en termes de l’opposé de l’existence originelle libre de nos nations et de nos ancêtres. Se faire nommer “indigène” dans le contexte de l’ONU c’est se faire nommer en termes de ce qui est considéré être venu après que notre droit à une existence libre et indépendante fut supposément terminé par le “processus de civilisation”, à savoir d’avoir été violemment et sémantiquement soumis aux métaphores de la chrétienté (de l’empire colonial chrétien). La mission de la chrétienté fut d’utiliser des processus de domination afin d’œuvrer en vue de la dissolution complète, c’est à dire de l’élimination, de nos nations libres et indépendantes.

L’utilisation de l’expression “non-dominant(e)” par Khan et Talal attire notre attention sur une supposition qui a guidé les “États”. D’après cette supposition, le système métaphorique de domination de la chrétienté est maintenant dominant et nos peuples et nations sont maintenant métaphoriquememt voués à exister “sous” ou “en dessous” ce système bien au point de métaphores. La définition de “non-dominant” est appliquée à nos nations et nos peuples parce que nous sommes voués à l’assujettissement de manière permanente par un système de domination bien fait et effectif.

Si nous sommes véritablement sérieux au sujet de notre libération en décolonisant (en défaisant la domination sur) nos esprits, alors nous devons regarder bien plus profondément ce système de langage utilisé par les colonisateurs et son système métaphorique. Car c’est au moyen de ce système de langage que le colonisateur tisse la toile linguistique et métaphorique de son empire de domination. Nous ne pouvons pas prendre la terminologie colonialiste pour argent comptant. L’approche la plus confortable et la plus immédiate n’est pas la meilleure approche pour notre libération.

Nous devons nous engager dans la tâche mentale difficile d’interpréter les mots, les textes, les métaphores des colonisateurs afin de mettre en évidence les vérités profondes cachées. Voici un point de conclusion que je désirerais faire: le “jour des peuples et des nations originels” est en tout point préférable à l’expression “jour des peuples indigènes”. Mais quoi qu’il en soit, si vous vous sentez complètement en adéquation avec “le jour des peuples indigènes”, alors utilisons l’expression “jours des peuples dominés” de façon à ce que l’image du système de domination dont nous avons besoin de nous libérer soit claire et absolument sans ambiguité aucune.

Si nous utilisons des mots et expressions qui ne servent qu’à renforcer le cadre déjà existant de domination, qu’avons-nous donc fait ? A quoi sommes-nous parvenus ? Nous devons commencer à utiliser un langage qui identifie le cadre de référence et amène au bon niveau de conscience tout en même temps défiant sa fausse affirmation de légitimité. Nous pourrions utiliser l’expression “jour des peuples dominés” de manière ironique afin de montrer au monde que le système de domination est toujours utilisé contre nous, tout en argumentant sur le fait qu’il n’y a pas de “droit à la domination”. En d’autres termes, nos nations ont toujours le droit inhérent d’exister librement et indépendamment de toute domination et de toute déshumanisation.

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