Résistance politique oubliée: Le mouvement anarchiste coréen de 1910 à 1950…

L’anarchisme dans le mouvement de libération coréen

 

Robert Graham

 

28 Août 2015

 

url de l’article original:

http://robertgraham.wordpress.com/2015/08/27/anarchism-in-the-korean-liberation-movement/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Japon a annexé la Corée en 1910, environ à la même époque où les autorités japonaises firent leur première tentative de détruire le mouvement anarchiste japonais croissant en exécutant plusieurs de ses leaders, incluant Kôtoku Shûsui. L’occupation de la Corée par le Japon donna naissance à un mouvement national de libération pour libérer le peuple coréen de l’exploitation et de la domination japonaises. Quelques-uns des éléments les plus radicaux du mouvement de libération gravitaient vers l’anarchisme.

En 1923, un membre prominent du mouvement, Shin Chaeho (1880-1936) publia sa “déclaration de la révolution coréenne” dans laquelle il argumentait qu’en éliminant la domination japonaise, le peuple coréen se devait d’être très vigilant quant à ne pas “remplacer un groupe de privilégiés par un autre”. L’objectif de la révolution coréenne devant être la création d’une société où “l’exploitation d’un être humain par un autre sera rendue impossible, qu’un individu ou une société ne puisse pas opprimer les autres.” La révolution devant donc “être une révolution des masses.” Pour réussir à développer une société libre, la révolution doit détruire la gouvernance étrangère (colonialisme), la “classe de privilégiés” qui en profite, le “système d’exploitation économique”, l’inégalité sociale”, et les “pensées culturelles serviles” créées par des formes conformistes de “religion, de morale, de littérature, d’arts et d’us et coutumes publics”.

En insistant sur le rôle constructeur de la destruction, Shin Chaeho exprimait un point de vue partagé par beaucoup d’anarchistes depuis Proudhon et Bakounine. Il reconnaissait également que pour gagner les masses à cette cause révolutionnaire, elles devaient être convaincues que la révolution fournira un développement et une amélioration matériels ainsi qu’une plus grande liberté pour le peuple et ce pas simplement par l’expulsion des forces étrangères occupant le pays. Comme l’avait dit Kropotkine: “pour que la révolution soit bien plus qu’un mot… la conquête du jour lui-même doit valoir la peine de le défendre, ainsi les pauvres d’hier ne doivent pas se retrouver plus pauvre aujourd’hui.

Ce fut une des raisons pour laquelle Kropotkine intitula son meilleur argument pour un communisme anarchiste “La conquête du pain”. Lorsque les anarchistes coréens commencèrent à publier leur propre journal en 1928, ils l’appelèrent Talhwan ou “Conquête” en coréen et se firent les champions de l’anarcho-communisme, appelant pour l’abolition du capitalisme et de toute forme de gouvernement étatique. Ils rejetèrent également le système “de capitalisme d’état” marxiste qui était en train de se développer en URSS au travers des “politiques despotiques et dictatoriales du parti communiste soviétique” (les bolchéviques).

Les anarchistes coréens, incluant Shin Chaeho furent instrumentaux dans la formation de l’Eastern Anarchist Federation en 1927, qui regroupait des membres de Corée, de Chine, du Vietnam et du Japon. La plupart de ses travaux et des ses publications devaient être faits depuis l’exil et même en cela, à grand risque pour les membres de la fédération. Shin Chaeho fut arrêté par les Japonais à Taiwan en 1928 et mourut en prison en 1936. Mais après la seconde guerre mondiale, ce ne fut qu’en Corée qu’un mouvement anarchiste signifiant réémergea en Asie du Sud-Est.

En Chine, les communistes marxistes sous Mao Zedong avaient pris le pouvoir en 1949. Ils ne tolérèrent pas plus un mouvement indépendant anarchiste que ne le fit l’URSS. Au Japon, les occupants américains mirent en place une purge de tous les mouvements politiques radicaux, qu’ils soient marxiste ou anarchiste, de toute position d’influence au sein du mouvement ouvrier et syndical et la réforme de la terre en milieu rural créa “une nouvelle classe de propriétaires petits paysans” qui devint alors “un bastion de conservatisme politique” hostile plutôt que favorable envers l’anarchisme (Crump, 1996).

Pendant la guerre, quelques anarchistes coréens participèrent au gouvernement provisionnel coréen en exil. Leur désir pour une indépendance coréenne dépassait leur implication pour les idéaux anarchistes. Avant la guerre, la fédération anarchiste coréenne avait rejeté l’établissement d’un “front d’union national”. Après la guerre, Yu Lim, qui servit comme ministre dans le gouvernement provisoire, supplia les anarchistes de soutenir un gouvernemnt coréen indépendant pour empêcher la Corée de tomber “dans les mains de soit les stalinistes du nord ou des compradore capitalistes impérialistes du sud.

D’autres anarchistes coréens, tout en cherchant à “coopérer avec tous les véritables groupes révolutionnaires nationalistes de gauche”, continuèrent d’appeler à la “libération totale” par la “fédération libre des unités autonomes couvrant tout le pays”. A la fin de la guerre en 1945, des comités populaires pour la reconstruction de la Corée bourgeonnèrent à travers le pays et paysans et ouvriers commencèrent à former des syndicats indépendants. Quoi qu’il en soit, ce processus de reconstruction sociale “de la base” s’arrêta après que l’URSS et les Etats-Unis imposèrent leurs propres gouvernements “nationaux” au Nord et au Sud en 1948, menant directement à une guerre de Corée de division et sans conclusion (1950-1953).

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