Le colonialisme et la falsification de l’histoire… Suite

« -Passager du train: Vous verrez, la même chose arrivera à ceux qui ont violé la sépulture de cet Inca…
-Tintin: Vous croyez ?
-Passager: J’en suis sûr… Aussi, pourquoi ne laisse t’on pas ces gens tranquilles ? Que dirions-nous si demain les Egyptiens ou les Péruviens venaient chez nous, ouvrir les tombes de nos rois ?… Hein que dirions-nous ? »
-Tintin: en effet… »
~ Dialogue du train de la toute première page de « Tintin et les 7 Boules de Cristal », Hergé, 1948 ~

 

Colonialisme et la falsification de l’histoire

Colonialisme et la falsification de l’histoire, suite 2

 

Exemples de falsifications historiques et anthropoligiques

 

Résistance 71 (avec l’aide posthume de Russell Means)

 

4 Septembre 2015

 

L’euro-centrisme et la volonté pour la “civilisation occidentale dominante” de maintenir l’ignorance et le barbarisme chez “l’autre” afin de fallacieusement pouvoir continuer d’affirmer sa suprématie aussi futile que criminelle, a amené bon nombre d’historiens et de scientifiques à faussement analyser et rendre compte des cultures “primitives”, parfois justement vues comme cultures “premières, originelles” (du latin, primus, primere), mais souvent avec cette condescendance et cette pointe péjorative rarement dissimulée.

Nous allons ici introduire trois textes de l’activiste Lakota (Sioux) Russell Means montrant à quel point des scientifiques peuvent, à la commande, dénaturer et falsifier des données historiques ou anthropologiques à des fins essentiellement propagandistes.

Le premier texte “Un langage commun” adresse le vaste système de communication existant entre les différentes nations amérindiennes du Nord sur un territoire allant du nord de ce qui est aujourd’hui la province d’Alberta au Canada, jusqu’au nord de la partie centrale de ce qui est aujourd’hui le Mexique.

Le second texte parle du “Mythe de la guerre” chez les nations originelles d’Amérique du Nord.

Le troisième texte nous informe sur “La véritable façon de chasser le bison des Indiens Lakota”.

Ces trois textes courts sont suffisamment explicites pour laisser transparaître la raison de la falsification de l’information par nos “scientifiques” si dévoués au système colonial.

Le fait est, qu’un bon nombre de ces “têtes pensantes élitistes”, ont procédé à des “recherches de commande” financées par l’oligarchie. Jugez-en par vous même…

1ère partie: “Un langage commun”, Russell Means, 2011, Traduit de l’anglais par Résistance 71

Tous les Indiens des plaines et tous ceux qui vivaient en bordure des grandes plaines de la bande centrale du sous-continent nord-américain s’étendant du nord de la partie centrale du Canada jusqu’à la partie nord de la partie centrale du Mexique, partageaient un système très sophistiqué de communication basé sur un langage de signes. Cela prend longtemps pour élaborer et apprendre un système de langage par signes. Ce fut un langage universel allant dans cette région du bas Missouri au nord du Mexique en passant par le Texas et l’Oklahoma, dans ces contrées où vivaient également les Comanches et les Kiowas et ce jusqu’aux plaines du Canada, à la confédération des Pieds Noirs d’Alberta, du Saskatchewan et de grandes parties du Manitoba et vers l’Ouest, au travers des montagnes rocheuses, incluant les vastes territoires de la nation Shoshone qui s’étendaient au travers du Nevada jusqu’à la Californie du Sud et l’Océan Pacifique.

Les anthropologues ont consciencieusement ignoré le fait que toutes ces sociétés partageaient un langage universel. Les gens avec qui vous partagez le même langage sont tous vos parents. Nous avions des parents jusqu’au-delà de l’Oklahoma et du Texas, jusqu’au Mexique. Nous communiquions, nous commercions les uns avec les autres, sans faire la guerre. Si vous prenez bien le temps de communiquer, vous ne faites pas la guerre. Si vous ne prenez pas le temps de communiquer, alors vous faites la guerre.

Comme nous le verrons, il n’y a pas une telle chose comme la guerre dans les sociétés indigènes, tout comme il n’y a pas de mal. Ce fait est si important et si sous-estimé ou mésestimé, que cela vaut parfaitement la peine de le répéter. Il n’y a pas eu d’expérience de quoi que ce soit ressemblant à la guerre, chose qui devint une caractéristique commune au sein et parmi les sociétés patriarcales. Le mot n’existait pas dans notre langage et si ce n’est pas dans la langue, vous n’en avez pas le concept. Cela n’existe tout simplement pas, comment une société peut-elle pratiquer quelque chose dont elle n’a jamais entendu parler?…

2ème partie: “Le mythe de la guerre”, Russell Means, 2011

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Ce mythe de la guerre, d’après bien des “experts” blancs, est que les nations indiennes d’Amérique du Nord, s’engageaient dans des guerres pratiquement constantes. Ces sociétés étaient des “sociétés guerrières”, à un tel degré, que les colons identifièrent l’Indien mâle comme étant un “guerrier”.

Il y a un dicton chez les Lakota qui dit ceci: “Les anciens et les mères connaissent la folie de s’engager dans une bataille”. Quand des désaccords ne pouvaient pas être résolus entre nations, les arguments étaient réglés d’une telle façon que cela était en fait mois dangereux qu’un match de football américain professionnel.

Quand commença le temps des traités, le gouvernement des Etats-Unis a dit que nous devrions avoir des lignes imaginaires autour de notre territoire. Donc nous avons dessiné des lignes sur une carte qui comprenait toute la zone que nous couvrions dans nos voyages. D’autres groupes plus petits comme les Mandan, les Arikara et les Hidatsa, vivaient au sein de cette grande zone que nous fréquentions et qui, d’après les traités avec les blancs était notre territoire. Alors les hommes blancs regardèrent cela et ne purent comprendre la situation. Comment le territoire d’une nation pouvait-il bien être au sein du territoire d’une autre nation ? Quand vous comprenez que chaque aiguille de pin, chaque pierre, chaque grain de sable, sont sacrés, excluriez-vous l’être humain de cette sacralité ? C’était donc facile pour nous de partager cette partie de terre avec les autres et de commercer entre nous.

Chez les Indiens d’Amérique du Nord, le territoire de chaque nation ou sa patrie si on veut, était entouré d’un territoire partagé où vous pouviez rencontrer bien d’autres personnes. Si les jeunes gens dans ce territoire partagé démontrait un comportement déplacé ou violent, comme peuvent le faire parfois de jeunes gens dans une démonstration ou une compétition de bravoure ou d’athléticité et si quelqu’un venait à en mourir ou être blessé en résultat, cela ne causait pas une guerre. Comme cela est parfaitement commun parmi les peuples indigènes du monde, nous avions des mécanismes pour résoudre ce type de conflits entre les gens.

Nos désaccords entre nations indiennes étaient, des mots de Vine Deloria Jr., “largement réglés sans faire couler le sang.” Par exemple, la confédération des six nations iroquoises règlaient leurs disputes par une partie du jeu de Lacrosse. Les nations indiennes du sud avaient un jeu avec deux bâtons similaire au jeu de Lacrosse. Les Indiens de la région de l’Atlantique avaient un jeu ressemblant au football européen. Bien sûr ces jeux pouvaient être violents (NdT: comme la soule médiévale, ancêtre du rugby…), mais les disputes pouvaient être réglées sans que trop de sang ne coule. Les Maoris de Nouvelle-Zélande, qui tatouent leurs visages avec des figures très compliquées, règlaient leurs disputes par une compétition de grimaces horribles, leurs expressions faciales étant rendues encore plus féroces par leurs tatouages. Le vainqueur était celui qui parvenait à faire la plus horrible des expressions. Incidemment, la pire des insultes pour les Maoris et de rester impassible devant votre ennemi.

Les peuples indigènes s’amusent très souvent de ce que les anthropologues écrivent sur eux. Le plus souvent quoi qu’il en soit, ce qu’ils écrivent est tout simplement particulièrement énervant.

Je me suis rendu à une comvention de l’Association Américaine d’Archéologie, une convention de pilleurs de tombes somme toute, afin de défier leurs conclusions disant que les Indiens d’Amérique du Nord étaient des “sociétés guerrières”. Ainsi demandais-je à cette assemblée d’archéologues:

Dans toutes les tombes pré-colombiennes que vous avez pillées, avez-vous jamais trouvé une seule arme de guerre ? Si vous pouvez produire une arme de guerre provenant de quelque tombe que ce soit, je me suiciderai là maintenant devant vous sur cette estrade !

Ne pensez-vous pas que quelques uns de ces archéos auraient bien voulu me voir me buter moi-même là sur la scène ou auraient essayé de m’en décourager ? Quoi qu’il en soit, en tant qu’experts à piller les tombes, ils savaient parfaitement la différence entre l’alignement des plumes d’empennage par rapport à la pointe de la flèche de chasse qui servait à percer une cage thoracique ayant des côtes verticales et celui d’une flèche de guerre servant à percer une cage thoracique aux côtes horizontales, celle de l’humain. Ce type de flèche est communément trouvé dans les anciennes tombes européennes qu’ils pillent.

Quelle fut la réponse à mon défi de la part de cette assemblée de pilleurs de tombes ?

Un silence assourdissant…

3ème partie: “La véritable façon de chasser le bison des Indiens Lakota”, Russell Means, 2012

Traduit de l’anglais par Résistance 71

Il est important de casser les mythes concernant nos chasses aux bisons et de décrire la façon dont nous chassions véritablement dans les temps anciens traditionnels. Il y avait bien moins de commotion et de drame que dans la version édulcorée de la culture populaire qui s’est insinuée dans l’inconscient social.

Les peintures de Remington et les autres portraits “artistiques” rendus dans des shows télévisés de la chasse au bison, où l’on voit des “Indiens sauvages” galopant à tout rompre sur leurs poneys le long de furieux bisons de près d’une tonne lancés au galop, tirant sans discontinuer des flèches dans les flancs de l’animal enragé, se doivent d’être démythifiés. Ceci est totalement irréaliste. La poursuite des bisons de cette manière nous mettrait nous et nos chevaux à très grands risques de mort ou de graves blessures. Il faut savoir que nous passons environ 8 ans à entraîner nos chevaux dès leur naissance, que nous bâtissons une relation très intime avec eux. Pour mettre ceci en termes compréhensibles par l’homme blanc, ceci reviendrait à lancer votre toute nouvelle BMW série 6 dans une course à travers la plaine, par dessus des cailloux et des collines, des fossées et possiblement d’une falaise. Simplement de notre façon de voir les choses, notre cheval est bien plus précieux pour nous qu’une BMW, le cheval est aussi notre meilleur ami. Nous n’exposerions jamais ni nos chevaux ni nous-mêmes à un tel risque inconsidéré.

En réalité, nous avons appris comment chasser le bison en regardant la façon de faire des coyotes. Les coyotes des plaines du nord sont bien plus petits que leurs cousins du désert, ce sont de petites créatures chétives de la taille d’un renard. Comment donc un animal si petit peut-il donc mettre à bas un animal de près d’une tonne ?

Les coyotes chassent le bison en le faisant tourner en rond jusqu’à épuisement total, ainsi il est bien plus facile à tuer. Alors nous faisons pareil. De cette façon, au moment où le bison est tué, il est épuisé et son sang a été bien absorbé par tous ses muscles. Ceci le rend bien plus facile à découper pour sa viande et à écorcher pour sa peau. La viande est gorgée et naturellement attendrie. Nous avons appris cela de la loi naturelle, en observant le coyote.

Il y a d’autres raisons pour chasser le bison dans le style du coyote. Les peintures faites par les visiteurs blancs comme Remington montrent un résultat sanglant et dramatique de l’après chasse, où la plaine est littéralement jonchée des cadavres de nombreux bison pour y être écorchés et découpés.

Cette image est un mensonge patenté. Une tonne de viande, un bison, peut nourrir beaucoup de personnes. Nous n’avions aucun système de réfrigération. Toute cette viande devait être séchée pour être conservée. Ainsi nous tuions un bison à la fois. C’est tout ce dont nous avions besoin. Si nous en tuions plus d’un, quelqu’un aurait dû transporter cette tonne de viande en plus de viande séchée jusqu’à ce que nous en ayions besoin. Pourquoi ne pas laisser le bison transporter lui-même sa tonne de viande jusqu’à la prochaine fois ?…

Nous ne chassions pas non plus les bisons sur des kilomètres et des kilomètres à travers la plaine, qui va aller tout là-bas dépecer la bête et ramener viande et peau et crâne, cornes, os etc… au village ? Rappelez-vous que nous utilisons tout dans le bison, rien n’est jeté. Nous ne chassons pas un troupeau entier de bisons pour les faire tomber en masse d’une falaise ; la façon dont Remington et d’autres ont dépeint ces scènes de chasse dans leurs fausses visions de carnage et de gaspillage n’a rien à voir avec la réalité. Par contre, cela avait tout à voir avec la façon dont les chasseurs blancs de bisons l’ont fait pendant des années, quand ils ont presque tué jusqu’au dernier bison des plaines et quand tout ce qu’ils se préoccupaient de récupérer des carcasses étaient les langues des animaux, laissant une tonne de viande pourrir sur place.

En 60 ans, l’homme blanc a exterminé 60 millions de bisons, d’après les recherches anthropologiques. Ceci veut dire 83 000 bisons tués par mois, environ 116 à l’heure, près de deux bisons par minute tués sur 60 ans !… Des gens riches de l’Est payaient pour des “parties de chasse” en train, où ils passaient très lentement à travers des troupeaux de bisons, ceux-ci faisant des cibles faciles, car ils n’avaient peur ni des trains ni du bruit, ni des coups de feu et ils tuaient autant de bisons qu’ils le pouvaient sans même se préoccuper de prélever quoi que ce soit des carcasses.

Nous les Indiens “primitifs” ne faisions qu’isoler un bison du troupeau, le chassions en rond pendant un moment dans le style du coyote jusqu’à ce qu’il soit plus facile à tuer et nous faisions cela le plus près possible du village pour nous éviter trop de peine de transport.

“Primitif” est une description qu’un indigène peut porter avec fièreté. Le mot primitif dérive de la racine latine “primus”, qui veut dire premier, originel… Appelez tout Indien traditionnel un “primitif né de nouveau”… il y a de grandes chances pour qu’on vous remercie du compliment…

= = =

Source:

“If you’ve forgotten the names of the clouds, you’ve lost your way”, Russell Means, Treaty Publications, Porcupine South Dakota, 2012

 

 

2 Réponses to “Le colonialisme et la falsification de l’histoire… Suite”

  1. Voilà, c’est toute la différence entre une nation exceptionnelle, voire indispensable, comme se pense les Zunies et les Natifs ou peuples originels. C’est peu de dire qu’il y a un fossé qui les sépare. Seuls ceux qui feront l’effort de reconsidérer la question pour changer de paradigme avec les peuples premiers pourront y arriver. Toute Nation, fut elle indispensable (sic) qui présuppose que « l’homme qui n’est pas blanc est INFÉRIEUR » et qui écrit dans sa « Constitution » que le meurtre de noirs est légal ! Et bien, ça vous donne pas envie d’être intégrée dans cette société là. Et je préfère être hors de ce système ! Pas vous ?

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