Résistance au colonialisme: Doctrine chrétienne de la découverte et « extinction » de la souveraineté des nations…

“Raviver les braises de la souveraineté qui se sont éteintes il y a longtemps”

 

Steven Newcomb

 

31 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/31/rekindling-embers-sovereignty-long-ago-grew-cold

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Quand Cristobal Colón (NdT: la nom hispanisé de Christophe Colomb dans le texte original, qui veut dire “le colonisateur porteur de la croix”) posa le pied sur une plage sablonneuse des Caraïbes, il y planta les étendards royaux de Castille et d’Aragon et y fit un rituel cérémonieux de “découverte et de prise de possession”. Les “Standards” qu’il planta dans le sable furent des étendards certes physiques, mais ils symbolisaient également les idées de la chrétienté et les standards de jugement que Colón et les autres envahisseurs avaient l’intention d’imposer sur la nouvellement “découverte” terre et sur les nations non-chrétiennes libres et indépendantes qui existaient déjà en la place.

En 2005, la cour suprême des Etats-Unis a étendu l’idée de ces “standards” de la chrétienté dans l’affaire City of Shemill contre la nation indienne Oneida (iroquoise) de l’état de New York, lorsqu’elle cita: “Nous tenons pour acquis que ‘les standards de la loi fédérale indienne et la pratique d’équité fédérale’ rendent impossible pour la tribu [la nation indienne Oneida] de raviver les braises de la souveraineté qui s’éteignirent il y a longtemps.” Un conseil du feu traditionnel était le cadre de référence pour l’expression utilisée par la cour suprême “raviver les braises de la souveraineté” et un “feu déclinant” est le cadre de référence pour le terme “braises” et son allusion à l’idée d’un “feu déclinant, mourant” ; ceci rappelle à l’esprit qu’un “feu mourant” est en train de “s’éteindre”. Les deux sens du mot “éteindre ou extinction” sont reliés parce qu’il y a longtemps, le titre foncier, le titre de la terre des nations originelles fut dit “éteint” (par la découverte chrétienne) ; il s’en suit de ce fait que généralement, le feu du conseil des nations autochtones ne pouvait plus être trouvé sur leur terre parce que les gens avaient été déportés de leurs territoires traditionnels ancestraux.

L’utilisation par la cour suprême des mots “raviver” et “braises” évoque une image mentale idéalisée du conseil du feu d’une nation originelle. Ceci implique une toile de fond, qui par implication, vît la cour suprême écrire le faire-part de décès de la nation Oneida et, par extension, celui de chacune de nos nations originelles. La cour semble vouloir dire ceci:

Il était une fois un peuple qui avait un feu de souveraineté vif et ardent en tant que nation libre et indépendante, mais nos ancêtres ont réussi à éteindre ce feu. Ils le firent de telles manière que ne restait plus que quelques braises de votre feu de conseil mourant. Puis, le temps passant, ces braises sont devenues froides alors que la chaleur restante de votre feu de conseil graduellement disparaissait. Nos ancêtres ont éteint avec succès votre feu de souveraineté nationale et ils ont construit un système idéaliste appelé la loi fédérale indienne, qui fut créée de telle façon que cela rende impossible pour votre nation de jamais pouvoir raviver votre feu de conseil pour la souveraineté en tant que nation et peuple indépendants. Nous avons hérité de nos prédécesseurs de cette loi fédérale indienne et de ce système de pensée ainsi que leurs standards de pratique et nous avons parfaitement l’intention de continuer à l’utiliser contre vous.

D’une génération à l’autre, les nations colonisatrices de la chrétienté passèrent les idées dominantes, les valeurs et les standards de jugement qu’ils avaient pour intenton de “planter” dans le sol de vos territoire originaux libres. Aujourd’hui, les Etats-Unis (NdT: et le Canada et en Océanie, l’Australie et la Nouvelle-Zélande…) continuent d’imposer ces idées dominatrices, ces valeurs et ces standards de pratique et de jugement sur vos nations. Derrière l’utilisation par la cour demeure cette présomption clef: Nos nations et peuples originels et initialement libres et indépendants sont maintenant vus comme étant sous le coup du processus mental (idée et standards de jugement) du gouvernement des Etats-Unis de manière générale et de la cour suprême des Etats-Unis en particulier. C’est par le moyen de ces processus mentaux (prenant la forme à la fois d’idées et de décisions de “justice”), que les Etats-Unis prétendent maintenir nos peuples et nations originels captifs et de maintenir le jugement, la vue de l’esprit, que ces mêmes Etats-Unis ont “éteint” avec succès les conseils des feux de notre indépendance nationale.

La cour suprême a aussi utilisé la doctrine de la découverte pour le contexte de ce qu’elle a avancé au sujet des “braises de la souveraineté” dans son rendu de l’affaire City of Sherill de 2005. La note de bas de page numéro 1 dit ceci: “Sous la doctrine de la découverte… le titre de propriété des terres occupées par les Indiens lorsque les colons arrivèrent fut assigné au souverain…” La note continue en ces termes: “d’abord la nation européenne découvreuse puis ensuite les états originaux et enfin les Etats-Unis.” Le juge Ginsberg tira ce langage de la décision de 1974 dans l’affaire Oneida Indian Nation v. County of Oneida (414 US.661) dont le phrasé stipule:

“Il fut accepté très tôt cette doctrine dans cette cour stipulant que, bien que le titre des terres occupées par les Indiens lorsque les colons arrivèrent devint possession du souverain, d’abord la nation européenne découvreuse puis plus tard les états originaux pour finir avec les Etats-Unis, un droit d’occupation des sols pour les tribus indiennes fut néanmoins reconnu.”

Dans la décision de 1974 d’Oneida Nation que le juge Ginsberg utilisa pour Sherrill, la cour suprême en vint à faire remarquer que dans l’affaire Etats-Unis contre Sante Fe Railroad Company de 1941, elle avait “succintement résumé” unanimement “l’essence des affaires passées relevantes à ce sujet”. Dans son rendu de l’affaire de Santa Fe Railroad, la cour stipulait:

“Ce fut la politique du gouvernement fédéral de manière incontestable et ce depuis le début que de respecter le droit d’occupation des sols des Indiens, ce qui ne peut-étre interféré avec ou déterminé que par les Etats-Unis eux-mêmes.” Cramer v. United States, 261 U. S. 227. Cette politique fut pour la première fois reconnue dans le rendu de l’affaire Johnson v. M’Intosh, 8 Wheat. 543, en 1823 et a été réaffirmé à maintes reprises depuis.

Ainsi, le fait que le juge Ginsberg se soit appuyé sur la doctrine de la découverte dans l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York, nous mène directement au rendu de la cour suprême dans Johnson & Graham’s Lessee v. M’Intosh en 1823. Cette même décision de la cour suprême remonte à la cérémonie des étendards, de la prise de possession des terres et de l’impostion des “standards chrétiens” sur le sol de nos nations et sert de pierre angulaire aux “standards de la loi fédérale indienne”, que le juge Ginsberg, pour la majorité de la cour, a utilisé pour rendre impossible pour la nation Oneida et par implication, toute autre nation indigène, de raviver son feu de conseil de l’indépendance.

En d’autres termes, “Les standards de la loi fédérale indienne” auxquels se réfère le juge Ginsberg dans City of Sherrill, remontent à ce que le juge Marshall appelait “le droit à la découverte” dans son rendu de l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823. La Cour Suprême a dit que la proclamation du “droit à la découverte” (et de “domination ultime”) était exclusif au peuple chrétien lorsque la cour trancha que cela était un “droit” confiné aux “pays alors inconnus de tous les peuples chrétiens”. Imbriquée dans le rendu de l’affaire City of Sherrill v. Oneida Indian Nation of New York se trouve l’idée que les “standards” de la domination chrétienne (que le juge Marshall dénomma “L’ascendance”) empêchent nos nations originelles à ce continent de raviver nos feux de conseils de l’indépendance et nous empêchent d’être reconnues comme nations ayant droit de vivre et d’exister librement et indépendamment des proclamations des nations chrétiennes et de leur domination.
Les concepts, métaphores et catégories élucubrées par la cour suprême des Etats-Unis en regard des droits “d’ascendance” et de “domination ultime” doivent être rejetés, répudiés et démantelés. Au minimum en partie de notre travail pour insister sur et actualiser le droit de nos nations de vivre libres de toute forme de domination que ce soit, nous devons donc développer de puissants arguments contre toutes ces fausses proclamations.

3 Réponses to “Résistance au colonialisme: Doctrine chrétienne de la découverte et « extinction » de la souveraineté des nations…”

  1. JBL1960 Says:

    Je suis en pleine accord avec SN. Que ceux qui nous renvoient à la figure que la doctrine chrétienne de la découverte est un vieux texte qui ne prévaut plus aujourd’hui et que nous menons un combat d’arrière garde, se comptent. Si nouveau paradigme il y a, il doit se faire en dehors de toute religion. Cela n’empêche personne d’avoir une spiritualité propre privée. Mais, qu’on arrête de nous bassiner avec ce JC…

    • dans ce domaine un activiste et théologien amérindien Lakota, Vine Deloria Jr. a dit il y a plus de 30 ans:
      « la religion est pour ceux qui craignent l’enfer, la spiritualité pour ceux qui l’ont connu. »
      Très belle formule qui en dit long, qui comme toute formule lapidaire bien pensée qui se respecte.

    • ratuma Says:

      et pourquoi les cathares ont-ils été brûlés ?

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