Géopolitique et business: La cas d’école de la United Fruit Company (Chiquita) des frères Dulles…

La United Fruit Company

 

David Macadam

 

Mai 2010

 

url de l’article original:

http://theoligarchkings.wordpress.com/2010/05/27/united-fruit-company/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Note de Résistance 71: Cette entreprise en apparence si anodine (l’import-export de fruits, quoi de plus tranquille ?…) existe toujours aujourd’hui sous le nom de “Chiquita”. Elle est un cas d’école pour bien comprendre comment fonctionne le capitalisme monopoliste impérialiste et criminel, ainsi que ses rouages au sein des hautes sphères du pouvoir. Aujourd’hui, les “United Fruit Company” sont les ténors de l’agro-alimentaire, Monsanto en tête, directement liés aux sphères du pouvoir et toutes les grosses industries directement connectées par le jeu des portes tourniquets de coulisses, aux mêmes sphères du pouvoir.
Dans les années 1950, Allen Dulles était le directeur de la CIA et son frère un des gros actionnaires de l’United Fruit Company ; la CIA mit en place un coup d’état pour retirer du pouvoir guatémaltèque un président qui avait renationalisé les terres arables… Depuis, il suffit d’analyser les liens entre les directeurs de la CIA et Wall Street pour se rendre compte que la CIA est un état dans l’état et que depuis sa création, elle travaille DIRECTEMENT pour Wall Street et le grand capital.

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Bien qu’on se rappelle au mieux de Rockefeller pour son argent du pétrole (NdT: Standard Oil devenu aujourd’hui Exxon-Mobil) et sa famille politique, son petit-fils (Nelson Rockefeller) fut le vice-président (de Gerald Ford), il eut aussi des intérêts dans bien d’autres monopoles également tels ceux du cuivre, du tabac et peut-être, ce qui est moins connu: les bananes.

Il était l’argent derrière l’United Fruit Company qui apparaissait en surface comme une bien anodine entreprise, voire même complètement ennuyeuse, engagée dans une campagne de convaincre les enfants des années 1950 aux Etats-Unis des bienfaits pour la santé du lait et des bananes. Pas exactement de quoi faire trembler le monde.

A moins que vous n’ayiez à l’époque, la grande malchance d’être né en Amérique Centrale.

L’United Fruit Company avait des plantations en Colombie, au Costa Rica, à Cuba, en Jamaïque, au Nicaragua, à Panama, à Saint Domingue et de manière plus tristemement célèbre, au Guatémala. Un bon nombre de ces états ont eu des relations troublées avec les Etats-Unis depuis. Au sommet de sa gloire, l’United Fruit Company possédait environ 42% de la totalité du Guatémala et ne payait absolument aucun impôt sur quelque revenu généré que ce soit.

L’entreprise possédait également les chemins de fer du pays, le système des télécommunications, des ports et une très grande flotte de navires construits par les meileurs chantiers navals du monde.

De manière peu surprenante, le peuple guatémaltèque se révolta contre cette domination étrangère et il se rendît aux urnes en 1951 afin de donner son avis. Il vota pour Jacobo Arbentz. Celui-ci avait émis l’idée, pas franchement révolutionnaire, d’acheter quelques terres que l’entreprise n’utilisait pas de façon à ce que les gens sans-terre puissent y faire pousser des cultures pour se nourrir. Ce n’était même pas une expropriation. Arbentz dit alors que le pays rachèterait ces terres au prix déclaré par l’entreprise sur ses déclarations de revenus et de biens. Mignon non ? Une entreprise américaine ne sous-côterait sûrement pas ses propres biens pour évasion fiscale n’est-ce pas ?

L’entreprise prit alors ombrage de cette impertinence ultime en provenance de ce péon arriviste et aida un coup d’état ourdi par un groupe d’officiers de l’armée, qui envahirent à partie du Honduras voisin avec une assistance sous-couvert de la CIA dans une opération connue sous le nom de PBSuccess. Ils avaient réussi à persuader Truman et Eisenhower qu’Arbentz allait emmener le pays vers le côté obscur et s’allier avec l’URSS.

Qui étaient donc ces hommes d’affaire impliqués ? A l’époque du coup au Guatémala, nous trouvons ces personnes étroitement connectées avec le comité directeur d’United Fruit.

John Foster Dulles et l’entreprise Sullivan & Cromwell étaient les conseillers légaux d’United Fruit depuis des décennies et John Foster Dulles était aussi un des actionnaires principaux de l’UFC. Il était aussi à l’époque, le ministre des affaires étrangères du président Dwight D. Eisenhower. Le gand-père de Dulles fut aussi ministre des AE sous le président Ben Harrison.

Allen W. Dulles, le frère de John Foster Dulles était aussi un des actionnaires les plus importants de l’entreprise et remplissait ses heures perdues en tant que directeur de la CIA. Le général Robert Carter, chef du conseil national à la sécurité était un ancien président du conseil d’administration de l’UFC.

Thomas G. Corcorran, le “Mr j’arrange tout” de tout le monde, un homme vil dont la biographie serait à elle seule une histoire d’aventures et qui fut souvent accusé de corruption, travaillait pour la CIA et était un consultant salarié de l’UFC.

Le sénateur Henry Cabot Lodge Jr. était le fils de Henry Cabot Lodge, celui qui détesta tant la Ligue des Nations (NdT: La LDN, précurseuse de l’ONU après la 1ère GM). Sa famille remontant aussi loin que ses connexions avec le président Adams.

Ann Whitman, l’épouse de Edmund Whitman, le directeur de publicité de l’UFC était la secrétaire personnelle du président Eisenhower.

John Moor Cabot du même groupe des vieilles familles bostoniennes dont étaient issues les familles Dulles et Cabot-Lodge, était vice-ministre des AE pour les affaires inter-américaines et était aussi un actionnaire important de l’UFC ; son frère, Thomas Dudley Cabot était le directeur de la sécurité internationale au ministère de la défense et qui fut, tenez-vous bien, un président passé de l’UFC.

John McCoy, président de la banque international pour la reconstruction et le développement était un ancien membre du comité directeur.

Walter Bedell Smith le directeur de la CIA jusqu’en 1953 et Robert Hill, sous-secrétaire d’état à la défense, reçurent tous deux des sièges au comité directeur de l’UFC après leur mise à la retraite.

Ceci constitue un groupe de gens très connectés et très influents dans quelque contexte que ce soit, et tout cela pour une entreprise vendant des bananes ?…

Bien sûr que non.

L’oligarchie a vu depuis bien longtemps que la route vers le pouvoir politique est de toujours avoir un flot constant d’argent et de s’assurer qu’elle ait toujours un pied dans chaque camp ou qu’elle ait des membres compétents et de confiance dans le camp de l’argent. Les zones étrangères où les contrôles des grands trusts étaient faibles étaient toujours d’intérêt et si les locaux objectaient ou s’interposaient, alors on pouvait toujours inventer je ne sais quelle excuse pour que l’oligarchie agite la puissance (militaire) des Etats-Unis pour soutenir ces aventures en pays étrangers. (NdT: a ce sujet le livre du général Smedley Butler “La guerre est un racket” est lumineux…). Dès 1953, l’oligarchie avait réussi à contrôler des pays entiers. Au Guatémala, les intérêts financiers et commerciaux américains tentèrent d’avaler tout rond un pays entier.

Cela ne pourrait jamais se reproduire maintenant n’est-ce pas?…

4 Réponses to “Géopolitique et business: La cas d’école de la United Fruit Company (Chiquita) des frères Dulles…”

  1. Non, la Nation Exceptionnelle n’est pas comme ça !

    Hors sujet (quoique) je viens de lire ceci http://www.greekcrisis.fr/2015/07/Fr0450.html#deb et j’ai envie de le partager car cela démontre bien, à mon sens, qu’il n’y a pas de solution à l’intérieur de ce Système.
    Il est impossible de modifier les choses de l’intérieur.
    C’est cela qu’il faut comprendre. Tsipras, comme Hollandouille ont roulé pour leurs Maîtres. Certains grecs, l’ont parfaitement compris. Tout cela est bidonné… Ça sent le roussi partout et tout le temps ; Jusqu’à quand ?

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