Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…

Affaire de métaphores: Vers la libération de nos nations

 

Steven Newcomb

 

6 Juillet 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/07/06/metaphors-matter-toward-liberation-our-nations

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Dans son livre Metaphors We Live By (1980), (“Les métaphores qui mènent nos vies”), le philosophe Mark Johnson conclut que nous vivons sur la base de métaphores et de schémas métahoriques que nous remarquons à peine. Ceci est dû en grande partie au fait qu’on ne nous enseigne pas de faire attention aux métaphores ou à leurs schémas engendrés. On ne nous enseigne pas l’étendue que ces métaphores et leur processus mental ont sur la constitution de la réalité que nous vivons et l’expérience de nos vies quotidiennes.

Il est rarement noté que la métaphore a été un des moyens principaux des Etats-Unis pour créer un monde à part entière pour nos nations originelles et je le maintiens, toujours libres de droit. Les mots et les idées contenus dans ce qui est typiquement appelé “la loi et politique fédérale indienne” constituent en eux-mêmes tout un monde de relations au pouvoir que les Etats-Unis ont été capables de construire de toute pièce. Au sein de cette structure de pouvoir, les Etats-Unis ont construit très méticuleusement pour nous un endroit “d’ordre inférieur” de subordination où ils désirent maintenir nos nations et nos peuples à perpétuité. Les Etats-Unis ont pour but de nous maintenir dans un mode de vie permanent en conformité avec leur schéma métahorique de domination et de subordination “pour les siècles des siècles, amen” comme disent les chrétiens.

Le monde de captivité sémantique que les intellectuels travaillant pour les Etats-Unis ont travaillé si dur à construire pour y contenir nos peuples et nations, est un endroit métaphorique d’internement qui a une réalité physique lui correspondant. Le monde que nous avons réussi à construire pour nous-mêmes est un monde que nous avons construit au sein du monde confiné de la captivité que les Etats-Unis ont construit pour nous.

Le gouvernement des Etats-Unis a justifié son attitude prédatrice, mortelle et cleptomaniaque contre nos nations sur la base de métaphores dominantes et déshumanisantes par lesquelles il vit. Les Etats-Unis sont un empire établi sur la base d’une métaphore fondatrice de paternité (pensez aux “pères fondateurs”…), d’un grand patriarque blanc qui donna naissance à sa progéniture impérialiste de domination. George Washington l’appelait “notre empire nouveau-né”. E Pluribus Unum ~ La multitude en provenance de l’Un: Un empire et une domination sous le concept de “dieu”.

La Cour Suprême des Etats-Unis a été un très petit groupe d’humains, cependant très puissant, engagé dans un effort de construire et de maintenir un monde métaphorique de captivité pour nos nations. Celles-ci ont été tenues dans ce monde sémantique depuis maintenant plus de deux cents ans.
En conséquence, ce que le juge de la Cour Suprême John Marshall a appelé “ceci, notre empire s’étalant toujours plus avant” a utilisé son système idéologique minutieusement élaboré pour s’approprier des milliers de milliards de dollars dérivés de nos terres, territoires et ressources. Il s’est de la sorte rendu l’empire le plus riche et le plus puissant de la planète, bien qu’il montre maintenant des signes évidents de sucomber à la loi de l’entropie et la seconde loi de la thermodynamique.

En résultante de l’utilisation cognitive par les Etats-Unis de métaphore et de son système idéologique prédateur, le monde dans lequel existe nos nations et peuples originels est en proie à des niveaux épidémiques de suicide, d’abus d’alcool et de drogues, de taux faramineux d’incarcération, de pauvreté chronique, de diabète et autres maladies mortelles ainsi qu’aux effets marquants et durables des efforts génocidaires pour éliminer nos nations en détruisant nos langues, nos cultures, cérémonies, nos pratiques traditionnelles d’éducation des enfants et en volant nos enfants en les socialisant aux “normes américaines” de la société dominante.

Ceux-là et d’autres indicateurs, comme la destruction de nos sites sacrés et de nos endroits de cérémonie signifiants, sont un résultat direct de la Cour Suprême et des autres secteurs du gouvernement des Etats-Unis utilisant des métaphores destructrices contre nos nations sur une base inter-générationnelle. Le résultat de tout ceci a été un processus de destruction du monde de nos nations et un processus de construction d’un monde et d’enrichissement pour les Etats-Unis. De manière plus qu’évidente, les métaphores ont leur importance…

Lorsque des schémas de domination mortels et destructeurs sont appelés “loi” par (doux) euphémisme afin de leur donner une apparence de légitimité, nous avons une responsabilité de défier, de rejeter et de corriger cette mauvaise utilisation du language. Ceci amène au problème d’un autre type de captivité que nous avons besoin de considérer. L’étendue du fait que nos esprits ont été subjugués par des schémas métaphoriques de la suprématie chrétienne comme on le trouve dans le système idéologique appelé lui aussi euphémistiquement la “loi fédérale indienne”.

La société dominante des Etats-Unis a manipulé nos esprits à un tel degré, que de plus en plus de membres de nos peuples considèrent parfaitement normal de “pratiquer” plutôt que de défier, le système métaphorique de la domination chrétienne blanche, qui est si typiquement étiquetée “loi fédérale indiennes des Etats-Unis”. Nous avons des professionnels qui sont dits “pratiquer” une forme de “loi” constituée de schémas métaphoriques qui furent créés par de brillants hommes blancs dans le passé, faits pour être un moyen spécifique de contrôle, de diminution et, sous le label de “d’élimination”, d’éliminer nos nations originelles et toujours libres de droit.

Ceux d’entre nous qui “pratiquent” les schémas idéologiques de domination de la loi de l’homme blanc ignorent simplement les précédents tordus et religieusement bigots de ce système idéologique. Soit ils ne savent pas qu’ils sont là, soit ils prétendent qu’ils ne sont pas là et n’existent pas. Pour une raison inconnue, ils ne semblent pas vouloir questionner et défier le principe et la base selon lesquels les Etats-Unis retiennent nos nations captives.

Il est grand temps de bouger au-delà des platitudes habituelles et nous devons devenir bien plus précis au sujet d’une doctrine de la découverte et de relation de “confiance” ayant pour précédent la domination. Pourquoi le mot “confiance” est-il utilisé pour nommer le précédent de domination/subordination inhérent à la loi fédérale indienne, qui est l’idée que la première puissance chrétienne blanche qui localise des nations païennes bronzées a le droit d’assumer “l’ascendance” et la “domination ultime” (dominion) sur ces nations ? (pour des preuves de ce que j’avance cf par exemple l’affaire Tee-Hit-Ton Indians vs United States, 1954).

Nous avons besoin d’avoir une conversation plus profonde au sujet de la base correcte des relations entre nos nations libres de droit et les Etats-Unis d’Amérique. A quoi ressemble une relation correcte entre deux nations, spécifiquement lorsqu’une d’entre elles a réussi à maintenir durant des générations un système métaphorique de domination sur l’autre qu’elle refuse d’abandonner ?

Ceci soulève la question de savoir s’il y a un “droit de domination” ? Avant de répondre, rappelez-vous que la domination résulte en la déshumanisation, qui résulte en le traumatisme que le théologien Dr. Luis Rivera-Pagan a appelé “la dévaluation absolue de l’être”. Ceci ensuite, mène à une autre question: Y a t’il un droit à la déshumanisation ? Y a t’il un droit pour s’engager dans une dévaluation absolue de quelqu’un ou d’une nation dans leur être même ? Si oui, alors pourquoi n’y a t’il pas de Déclaration des Droits à la Domination et à la Déshumanisation ?

S’il n’y a pas de “droit” à la domination et à la déshumanisation, alors quel est le standard international ou la convention qui fournit la base pour mettre fin à de tels schémas qui affectent non seulement nos nations et nos peuples indigènes mais la planète entière ? Non seulement n’y a t’il pas de fin en vue, mais les schémas destructeurs de domination semblent être plus flagrants que jamais, spécifiquement au soir de l’objectif des Etats-Unis de réaliser leur Domination Totale (NdT: Full Spectrum Dominance, idéologie doctrinaire actuelle énoncée et certifiée conforme des Etats-Unis…) à l’horizon 2020.

Ceci dit, pensez un peu à l’étendue sur laquelle les systèmes politiques, sociaux et économiques du monde sont fondés, sur des métaphores ou des schémas comportementaux de domination et de déshumanisation. De toute évidence, notre lutte pour la libération de nos nations et peuples originels se situe à l’échelle planétaire. Ceci n’est pas seulement pour notre salut que nous devons œuvrer pour mettre fin au système de domination, mais pour le salut de nos enfants, de nos petits-enfants et de nos générations futures. Nous devons développer les métaphores et les schémas de comportement par lesquels nous serons capables de nous libérer.

= Note de Résistance 71 :

Nous ne pouvons qu’approuver cette analyse de Steven Newcomb avec lequel nous devenons de plus en plus “un esprit”. Ce texte, parmi d’autres, peut-être lié à notre analyse de Mai 2013: “Nous sommes tous colonisés” où nous reprenions et développions les analyses de penseurs et de critiques acerbes du colonialisme comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Taiaiake Alfred et Russell Means.

Nous l’avons dit et le répéterons sans cesse: Le plus puissant empire que le monde ait connu de son histoire, l’empire actuel américain, qui étend son hégémonie globale est, et ceci est unique dans l’histoire de l’humanité, un empire de facto SANS TERRE. Tous ses territoires et richesses ont été volées, pillées, usurpées au nom de la doctrine chrétienne de la découverte et des édits papaux Romanus Pontifex et Inter Caetera de 1455 et 1493. Edits criminels qui furent par la suite intégrés dans le système légal de domination de la société dominante au détriment des nations et epuples origienls de la terre.
L’auteur de l’article ci-dessus a étudié profondément l’affaire qu’il a rendu public en 2008 dans un livre: “Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, que nous avons en grande partie traduit et publié sur ce blog en quatre parties, que nous vous invitons grandement à lire pour mieux comprendre les tenants et aboutissements de l’affaire.

Le salut de l’humanité passe par la compréhension des peuples occidentaux de ces concepts de domination dont nous sommes également les victimes simplement à un degré divers, pour nous tenir côte à côte dans la lutte anti-oligarchiqie avec nos frères toujours colonisés.

“Paix, Pouvoir et Rectitude” disent les Iroquois.

2 Réponses to “Résistance au colonialisme: La voie de la libération pour tous…”

  1. Absolument ! J’adhère complètement et donc je ne rajoute rien, ayant déjà agi comme vous savez afin d’abolir la doctrine chrétienne de la découverte ! En tout cas merci pour cette traduc, en rappel, qui fait du bien.

    • Steven Newcomb est un des grands penseurs et chercheurs amérindien du XXIème siècle. Les conclusions de ses recherches nous touchent toutes et tous, pas seulement les nations et peuples originels colonisés du monde. Pour que le colonialisme fonctionne pour l’oligarchie, il faut que l’idéologie lave le cerveau des colons intra muros d’abord. Aimé Césaire en avait très bien parlé…
      Il faut faire circuler au mieux le travail de Newcomb, c’est vital.

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