Rojava, Kobané… Le confédéralisme démocratique dont (quasiment) personne ne parle

Anarchistes contre l’EIIL: La révolution en Syrie dont personne ne parle

 

Gareth Watkins

 

Février 2015

 

url de l’article original:

http://www.cvltnation.com/anarchists-vs-isis-the-revolution-in-syria-nobodys-talking-about/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le Moyen-Orient aujourd’hui est sans doute le dernier endroit où la bien-pensance occidentale chercherait une pensée politique progressiste et encore moins d’y voir ces pensées prendre une tournure pratique de terrain. Notre image de la région est celle de dictateurs, de juntes militaires et de théocraties construites sur les ruines de l’ancien empire Ottoman, ou alors des états creux comme l’Afghanistan et le Pakistan de manière croissante et où tout ce qui réside en dehors du capitole ressemble au monde de Mad Max. L’idée qu’une partie de la région pourrait-être non pas juste libre, mais bien avancée sur le chemin de l’utopie, n’est pas le genre d’opinion que vous trouverez dans les médias de masse.

Mais vous n’êtes pas branchés sur les médias de masse en ce moment n’est-ce pas ?

Le long de la frontière de la Syrie avec la Turquie et le nord de l’Irak, se tient une zone essentiellement kurde ayant une population de l’ordre de 4,6 millions de personnes et où une énorme expérience sociale a pris place au centre d’un feu croisé entre la dictature syrienne (sic), l’insanité collective de l’EIIL et l’hostilité permanente de la Turquie envers l’idée d’une autonomie kurde le tout avec les Etats-Unis et l’OTAN en toile de fond. Le Parti d’Union Démocratique (PYD) et le Conseil National Kurde (CNK) ont établi dans la province du Rojava une société qui mélange une féroce pratique libertaire (il y a des flingues partout = NdT: c’est une guerre civile et ils sont en lutte contre l’EIIL, normal non ?… = et il n’y a absolument aucun impôt, aucun !…) et une pensée anarchiste amicale à la façon du mouvement Occupy ayant une saine dose de féminisme. Tandis que des groupes kurdes, spécifiquement ceux qui sont alliés des Etats-Unis, voudraient établir un jour un état kurde, au Rojava, ils ont court-circuité l’idée d’un état-nation pour aller vers un système plus avancé qu’ils appellent le Confédéralisme Démocratique.

 

Dans les cantons du Rojava, il y a un tout petit gouvernement “central” ayant un minimum absolu de 40% de femmes comme déléguées, mais la très grande partie de la journée de travail au quotidien se déroule au niveau local, village par village et rue par rue, où les décisions sont prises. L’architecte principal de ce Confédéralisme Démocratique, Abdullah Ocalan, dit que “l’écologie et le féminisme sont les deux piliers centraux” du système qu’il a aidé à mettre en place, quelque chose de très très éloigné de tout ce que pourraient dire les politiciens occidentaux.
[…] Au Rojava, les hommes qui battent leur femme font face à un ostracisme sans précédent de la part de la communauté, rendant leur vie sociale dans une société hautement connectée et impliquée, virtuellement impossible. En lieu et place d’une police et d’un système carcéral, des “comités de paix” dans chaque communauté travaillent pour désamorcer les cycles de vengeances inter-familiaux en travaillant sur des arrangements consensuels entre les parties impliquées et cela marche parfaitement. (NdT: Cela marche ancestralement de la même façon dans les sociétés sans organe de pouvoir séparé des sociétés amérindiennes, mélanésiennes et africaines…)

La seule partie de l’expérience sociale du Rojava qui a reçue une attention internationale a été le YPJ ou les forces para-militaires exclusivement féminines qui ont combattues, combattent encore et ont vaincu contre les groupes terroristes de l’EIIL et parfois contre l’armée syrienne. (NdT: ce que l’auteur ne dit pas est que depuis plusieurs années, le gouvernement syrien a obtenu un accord avec le PKK, parti ouvrier kurde d’Ocalan anciennement marxiste, mais maintenant anarchiste communaliste et confédéraliste, où il fut conclu que l’état syrien laissait les Kurdes faire pourvu que ceux-ci ne se rebellent pas contre le gouvernement d’Assad. Cet accord tient et s’est consolidé par convergence d’intérêt commun contre l’armée mercenaire djihadiste de l’OTAN qu’est l’EIIL…). Des médias de la presse écrite et audio-visuelle occidentaux ont couvert la bravoure au combat des forces de l’YPJ, toutefois sans expliquer ni montrer de quelles idées elles se revendiquaient ni le sytème qui avait rendu tout cela possible.

Ce fut le YPJ avec sa contre-partie masculine du YPG qui sauvèrent des milliers de Yazidis qui étaient encerclés par les terroristes de l’EIIL sur le Mont Sinjar dans le nord de l’Irak. La communauté Yazidi a la mauvaise fortune d’être presqu’entièrement dans une zone clâmée par l’EI/EIIL et ils ont été une minorité haïe dans le monde musulman depuis un millier d’années, accusés de “culte du diable”. Tandis que les Etats-Unis larguaient des vivres du ciel, les groupes kurdes syriens brisèrent les lignes de l’EIIL et sauvèrent ainsi des dizaines de milliers de vies. Ils ont aussi défendu avec succès la ville de Kobané lorsque l’EIIL lança un assaut total sur la ville de 45 000 habitants avec des chars, des missiles et mêmes des drones (NdT: qui fournit se matos sophistiqué à l’EIIL ?…). Malgré de lourdes pertes, la ville a échappé au contrôle de l’EIIL, même si les villages alentours sont toujours contestés. Les groupes YPJ/G et le mouvement démocratique pour lequel ils combattent sont loin d’être parfaits: ils ont été accusés d’utiliser des soldats enfants et des jeunes filles de 12 ans servent de cuisinières ou de personnel d’entretien pour les membres de l’YPJ et s’entrainent militairement bien qu’elles ne soient pas déployées en zones de combat ; ces groupes sont aussi impliqués avec le parti ouvrier marxiste d’Ocala le PKK, toujours classé parmi les organisations terroristes par certaines nations. L’ancien parti rebelle marxiste-léniniste a aussi eu un passé trouble dans le trafic de drogue et ses connexions avec les services de renseignement turcs.

Malgré tous les obstacles auxquels il doivent faire face, le peuple du Rojava est, aujourd’hui, le seul mouvement de la planète ayant implémenté à grande échelle, une véritable alternative qui marche au système étatique et au capitalisme. Comme les fédérations anarchistes espagnoles et le mouvement zapatiste mexicain du Chiapas avant eux, le peuple du Rojava a choisi l’impossible: créer une nouvelle société tout en combattant en tant que plus petites forces de combat dans une guerre régionale, un numéro de funambule au dessus d’un précipice. Le temps dira s’ils pourront y parvenir.

2 Réponses to “Rojava, Kobané… Le confédéralisme démocratique dont (quasiment) personne ne parle”

  1. Reportage RT, VOSTF: Les femmes de l’YPJ kurde contre l’EIIL:

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