Résistance au colonialisme: Exposer le système colonial de domination s’exerçant même au travers de l’ONU…

“Toute domination implique une invasion, parfois physique et ouverte, parfois camouflée, l’envahisseur assumant le rôle de l’aide à un ami. En dernière analyse, l’invasion est une forme de domination économique et culturelle… Pour que l’invasion culturelle réussisse, il est essentiel que ceux qui sont envahis deviennent convaincus de leur infériorité.”

“L’authentique libération, le processus d’humanisation, n’est pas un autre dépôt [de connaissance] à être effectué dans l’esprit des Hommes. La libération est une praxis: l’action et la réflexion d’hommes et de femmes sur leur monde afin de le transformer.”

~ Paolo Freire ~

 

La Déclarations des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU n’est pas la base de la fin de la domination

 

Steven Newcomb

 

22 Juin 2015

 

url de l’article:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/06/22/un-declaration-not-basis-ending-domination

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Pour bien des hommes le sentiment de la domination est bien doux…” écrit Leonard Barnes dans on livre “Empire ou démocratie” (1939). James Crawford, dans sa préface du livre d’Antonie Anghie “Imperialism, Sovereignty, and the Making of International Law” (2005), dit qu’Anghie a argumenté que les relations entre l’occident et les ordres politiques non-occidentaux “possèdent des caractéristiques communes”. Ces caractéristiques ont reproduit au fil du temps, “une routine sous-jacente de domination et de subordination.

Crawford explique comment Anghie a documenté qu’au-delà des préoccupations du droit international pour les relations entre les États, il y avait la préoccupation pour les “relations entre les civilisations et les peuples.” Puis Crawford continue en disant: “De plus, ceci furent des relations de domination.” Ceci prend tout son sens à la lumière d’une définition clef du mot “civilisation”, c’est à dire, l’imposition d’une forme particulière de culture sur une population pour laquelle ce schéma culturel est totalement inconnu. La forme culturelle étrangère est imposée par une nation ou un peuple sur d’autres nations et/ou peuples comme moyen de leur imposer un système de domination, système qui doit être constamment gardé et vigilamment défendu par l’État.

“L’avancée de la civilisation”, lorsqu’appliquée aux efforts d’envahir et de subjuguer par la force nos nations originelles (NdT: “primitives” au sens anthropologique du terme, du latin primere: premier, original…) et se saisir de nos territoires, n’est qu’un euphémisme pour l’expression “avancée de la domination”, qui est parfois subtilement déguisée en “marche du progrès”. La logique résultante fut indiquée par l’universitaire de droit du XIXème siècle Charles Salomon qui a dit: “Aucun mot n’est plus vague et n’a été impliqué dans plus de crimes que le mot de civilisation”. Les efforts de dominer nos nations et nos peuples en clâmant de “civiliser” et de “christianiser, évangéliser” nos ancêtres, furent mis en œuvre afin de tenter de forcer nos ancêtres, ainsi que nous comme leurs descendants, dans et sous les règles de l’ordre politique dominant, celui du “civis” ou de la “société civile”. Ce processus fut merveilleusement résumé dans le titre du livre de J.P. Kinny “A Continent Lost—A Civilization Won” (1937). L’affirmation sous-jacente est on ne peut plus claire: “la domination a fait gagner un continent” et nos nations originelles, en conséquence de l’avancée de cette “domination”, ont, elles, perdu un continent. La plupart des gens ne voient pas ou refusent de voir que le mot “civilisation” est un mot qui masque avec succès le concept et la pratique de domination derrière le masque trompeur de la “positivité”.

Un vocabulaire extrêmement varié, comprenant un langage du système de domination dérivé du gréco-romain, a été utilisé contre nos nations et nos peuples depuis des siècles. Ce qui est typiquement appelée “L’État” provient d’une vision du monde étatico-centrique, vue comme la “plus haute forme d’ordre politique”, ceci chez nous étant parfois appelé la “couronne”. Ce qu’on appelle “l’État” est un mot raccourci pour l’expression “l’État de domination”. D’après les fervents supporteurs de l’augmentation de la “domination de l’état”, celle-ci doit être maintenue coûte que coûte et par dessus tout. Elle doit être imposée sur toutes les autres formes de civilisations humaines, incluant nos nations originellement et toujours aujourd’hui libres de droit.

Dans le contexte de l’ONU, les nations et les peuples sur lesquels un “état de domination” a été imposé, sont appelée: indigènes. Lorsque des représentants de l’Île de la Grande Tortue (NdT: Amérique du Nord dans la terminologie des Indiens d’Amérique) se sont rendus à Genève en 1977 et quand le premier Groupe de Travail des Peuples Indigènes se rassembla en 1981, pour travailler à l’élaboration de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes (DDPI) de l’ONU, le schéma de domination et de subjugation en droit international n’avait pas encore été identifié comme le problème à résoudre par les nations et peuples colonisés sur la voie de la libération, qui ont été forcés, subjugués par un système de domination. A cette époque, le schéma spécifique de domination et de subjugation de la loi fédérale états-unienne sur les Indiens, n’avait pas encore été identifié comme le problème à résoudre dans le contexte des Etats-Unis et de son système “légal” de domination…

Dans les années 1970 et au début des années 1980, le langage international (incluant la loi internationale) que les états utilisent en rapport aux personnes qualifiées “d’indigènes” n’avait apparemment pas encore été identifié comme un système de langage de domination. Ce système de langage n’avait pas encore été compris comme le moyen utilisé par les états pour maintenir l’état de domination sur les nations et peuples originels. Le système de domination du langage politique se cache derrière de telles expressions à la consonnance neutre comme “la loi” et “l’intégrité territoriale de l’État”.

Ces phrases ne sont que des euphémismes pour un système d’état de domination. Les avocats des peuples indigènes dans les années 1970 et 80 n’ont apparemment pas remarqué que SI le texte de la DDPI de l’ONU était écrit sur la base du système de langage de domination des États, alors le texte résultant de la Déclaration ne serait, au nom des droits de l’Homme, qu’un texte de maintien plus que de fin de l’imposition de la domination sur nos nations et peuples originels. Ils n’ont apparemment pas remarqué que l’écriture du texte de la DDPI dans le contexte de la domination d’état, résulterait en un document écrit utilisant les concepts et les catégories mêmes, qui servent à constituer et à maintenir un état de domination sur nos nations et peuples originels.

Le système légal et politique fédéral sur les Indiens, tel que mentionné ci-dessus, a aussi été construit et maintenu en fonction du système de langage de domination des Etats-Unis. Le gouvernement des Etats-Unis a clarifié qu’il n’avait absolument aucune intention ni intérêt de mettre fin à son système de domination appelé “loi et politique fédérale indienne”. Il n’est intéressé qu’à maintenir en place le système existant qu’il prend toujours bien soin de ne jamais étiqueté de système de domination. Les Etats-Unis n’ont pas non plus d’intérêt à utiliser le texte de la DDPI de l’ONU comme moyen de libérer nos nations et peuples originels de l’Île de la Grande Tortue du système de domination et de subjugation que les Etats-Unis ont imposé et continuent d’imposer par la force à nos nations.

Les Etats-Unis et d’autres états comme le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, interprètent les articles 4 et 46 de la DDPI, par exemple, comme les autorisant ainsi que d’autres états, à maintenir leurs systèmes respectifs de domination sur les peuples dénommés “indigènes”. En résultat d’expressions comme “loi et politique fédérale indienne”, la “loi”, le “gouvernement”, la “société civile” etc, le citoyen lambda ne voit pas le système de domination. Le schéma de domination et de déshumanisation de nos nations et de nos peuples ne peut devenir évident que dans le processus d’être dûment nommé. Une utilisation redondante de mot tel que domination (comme démontré dans cet article), amène le véritable schéma à l’attention et à la scrutinité de notre conscience humaine. Ne pas utiliser le mot “domination” laisse le système de domination dans l’ombre puisqu’on n’en parle pas et ainsi ne pas en parler fait qu’il n’existe pas.

Quand le mot “conquête” est utilisé au lieu du mot “domination”, ceci fait croire que les nations et les peuples ainsi dominés le furent par une défaite militaire dans un lointain passé et sont ainsi donc obligés d’accepter passivement la “défaite” comme leur lot permanent dans la vie. Cela donne l’illusion que l’on est en train de parler de droit des nations et peuples vaincus. Mais quand ce qui est étiqueté “conquête” est identifié précisément comme une domination des plus injuste, ceci procure alors à nos nations et peuples originels un moyen de défier l’ordre politique existant comme étant une violation flagrante de notre droit de naissance d’exister libres de toute forme de domination.

Pas une fois le texte de la DDPI de l’ONU ne nomme et n’adresse la domination comme un problème existant et contemporain qui doit être résolu pour les nations et peuples “indigènes”. La déclaration de L’ONU fut rédigée de façon impliquant en apparence que les nations et peuples appelés “indigènes” furent “conquis” (défaits) mais que malgré une telle “conquête”, les peuples appelés “indigènes” ont toujours le droit d’aspirer à la réalisation de certains droits humains sous un système de domination d’un état donné. Les termes de la DDPI pour cela sont “l’État” et “l’intégrité territoriale de l’État”.

Nulle part dans le texte de la DDPI est fait le contre-argument que les nations et peuples appelés “indigènes” n’ont pas été conquis avec succès, mais ont été au lieu de cela forcés d’exister depuis des siècles sous des formes injustes de domination qui doivent être stoppées. Pour toutes les raisons ci-dessus, une “aspiration” pour des “droits humains” sous la domination de l’État, sur la base de la DDPI, n’est pas une base pour mettre fin à la domination sur nos nos nations et peuples originels, toujours libres de droit.

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape) is co-founder and co-director of the Indigenous Law Institute and author of Pagans in the Promised Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery (Fulcrum, 2008). He is Co-Producer of the soon to be released documentary movie “The Doctrine of Discovery: Unmasking the Domination Code,” directed by Sheldon Wolfchild (Dakota), with narration by Buffy Saint-Marie.

Une Réponse to “Résistance au colonialisme: Exposer le système colonial de domination s’exerçant même au travers de l’ONU…”

  1. michel Says:

    Un article du journal du groupe Alfred Milner et The Round Table pouvait écrire : « Il n’y a qu’une seule voie à suivre. C’est que les peuples de l’Empire [britannique] réalisent leur unité nationale et tirent ce cet idéal une inspiration pour l’effort commun dans l’accomplissement des obligations morales que leur qualité de membre de l’Empire exige ». (Réf. Carroll Quigley, Oligarchie anglo-américaine)
    Une parfaite définition de la dictature de l’opinion de certains.
    Or la « morale » n’est pas une science en soi. Elle ne vaut que par ses références à l’être humain.
    On confond trop souvent la satisfaction morale que l’on a de soi ou de son groupe, et qui ne satisfait que l’ego, avec l’état ontologique de l’Être, c.à.d. l’accès à un étage supérieur de l’Être.
    La satisfaction morale de soi-même c’est les Commandements de moïse, soit sa suite en forme de « droits de l’homme » : « Ne prends pas, ne goûte pas, ne touche pas », etc., sont du pur matérialisme (voir Colossiens 2, 21). La Taoïcité dit la même chose.

    Civilisation sonne comme VILLE et surtout VIL, soit les citoyens ou habitants des villes et cités, soit les bourgeois qui habitent les bourgs ou villes, là où il y a l’administration ou chefferie. C’est justement cette « civilisation » qui ne jure que par sa « morale » et est systématiquement opposé au retour à la Source des membres qui la composent. Le « sauvage » ou le dévergondé ne respecte pas en effet les « lois humaines » édictées par la dite « morale », la dite religion ou même le dit « bon sens »relatif aux réalités apparentes, soit le seul visible terrestre, et à court terme !

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