Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 2ème partie ~

Collectivisations industrielles durant la révolution espagnole 1936-39 (2ème partie)

 

Deirdre Hogan

 

21 Mai 2015

 

url de l’article en français:

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5158

http://www.autogestion.asso.fr/?p=5199

 

1ère partie

2ème partie

 

Place à la créativité

Les tramways de Barcelone

Comme cela était le cas avec les collectivisations dans la campagne, l’autogestion ouvrière dans les villes s’accompagnait d’une remarquable amélioration des conditions de travail et de productivité. Prenons pour exemple les tramways de Barcelone. Cinq jours après la fin des combats, les lignes de tramways ont été dégagées et réparées et 700 tramways ont été mis en service, au lieu des 600 habituels, tous peints avec les couleurs rouge et noir de la CNT-FAI. L’organisation technique des tramways et de la circulation a été améliorée, de nouveaux systèmes de sécurité et de signalisation ont été mis en place et les lignes de tramways ont été étendues. Une des premières mesures de la collectivisation des tramways a été le renvoi des directeurs excessivement payés, ce qui a permis de réduire le prix pour les passagers. Les salaires se rapprochaient d’une égalité totale avec les travailleurs qualifiés qui ne gagnaient qu’une peseta de plus que les autres. Les conditions de travail ont été largement améliorées avec l’apport de nouveaux locaux pour les travailleurs. Un nouveau service médical a été organisé qui couvrait non seulement les travailleurs mais aussi leurs familles.

La  socialisation de la médecine

La socialisation de la médecine a été une autre réalisation remarquable de la révolution. Après le 19 juillet, les personnels religieux qui administraient les services sanitaires ont disparu du jour au lendemain des hôpitaux, des dispensaires et des autres institutions de charité, imposant l’improvisation immédiate de nouvelles méthodes d’organisation. À cet effet, le syndicat des services sanitaires s’est constitué en septembre 1936 à Barcelone et après quelques mois se composait de 7000 professionnels de la santé, parmi lesquels 1000 étaient des docteurs avec diverses spécialisations. Inspiré par un idéal social, l’objectif du syndicat était de réorganiser la pratique de toute la médecine et des services de santé publique. Ce syndicat était membre de la Fédération nationale pour la santé publique, une section de la CNT qui en 1937 comptait 40 000 membres.

La région de Catalogne était divisée en 35 centres d’importances variables, dépendant de la densité de la population de telle façon qu’aucun village ou hameau ne soit sans protection sanitaire et soins médicaux. En un an, dans la seule Barcelone, six nouveaux hôpitaux ont été créés, dont deux militaires pour les blessés de guerre, ainsi que neuf nouveaux sanatoriums installés dans diverses propriétés expropriées en différents endroits de Catalogne. Alors qu’avant la révolution, les docteurs se concentraient dans les régions riches, ils étaient désormais envoyés là où on en avait le plus besoin.

Usines et ateliers…

Dans les usines aussi, l’innovation était au rendez-vous. De nombreux lieux de travail, une fois sous contrôle des travailleurs, ont été reconvertis pour la fabrication de matériel de guerre à destination des troupes anti-fascistes. C’était le cas de la métallurgie de Catalogne qui a été complètement repensée. À titre d’exemple, quelques jours après le 19 juillet, la société de construction automobile Hispano-Suiza a été transformée en usine de fabrication de véhicules blindés, d’ambulances, de fusils et de munitions à destination du front. Un autre exemple est l’industrie optique qui n’existait quasiment pas avant la révolution. Les petits ateliers éparpillés un peu partout ont été volontairement regroupées dans un collectif qui a construit une nouvelle usine. « En peu de temps, l’usine a su produire des lunettes, des télémètres, des binoculaires, des instruments de surveillance, des verres industriels de différentes couleurs et quelques instruments scientifiques. Elle construisait et réparait aussi des équipements destinés aux différents fronts… Ce que les capitalistes n’ont pas réussi à faire a été accompli par la capacité créative des membres de l’Union des travailleurs de l’optique de la CNT » 1

Un bon exemple de la taille de certains collectifs industriels était l’industrie textile qui fonctionnait efficament et employait « au moins un quart du million de travailleurs du textile des nombreuses usines éparpillées dans différentes villes… La collectivisation de l’industrie textile démonte une bonne fois pour toute cette légende qui voudrait que les travailleurs soient incapables de gérer une grande entreprise. » 2

L’une des premières étapes vers la construction d’une société anarchiste est l’égalisation des salaires. Ceci est nécessaire afin de mettre un terme aux divisions de la classe travailleuse, divisions qui ne servent qu’à l’affaiblir en tant que telle. Dans les collectifs industriels, cela ne s’est pas souvent produit immédiatement et il existait parfois de très faibles différences entre les techniciens et les autres travailleurs. Les salaires étaient décidés par les travailleurs eux-mêmes aux assemblées générales des syndicats. Lorsque des différences, entre ceux qui avaient des responsabilités techniques et les autres, étaient acceptées par la majorité, ceci était souvent vu comme une mesure temporaire pour éviter de provoquer des conflits à cette étape de la révolution et pour assurer à tout prix la continuité de la production. Les hauts salaires des dirigeants étaient abolis et les anciens patrons avaient la possibilité de quitter ou de travailler comme les autres, ce que souvent ils acceptaient.

Avec la fin du profit privé comme facteur principal de motivation dans l’organisation de l’industrie, les industries pouvaient être réorganisées d’une façon plus efficace et rationnelle. Par exemple, il y avait de nombreuses unités de génération d’électricité éparpillées dans toute la Catalogne qui produisaient de petites quantités insignifiantes et qui, mis à part le bénéfice que pouvait en retirer son propriétaire, n’avaient aucun intérêt. Le système de fourniture d’électricité a été totalement réorganisé, avec fermeture des unités inutiles. Au final, l’économie de travail pouvait être utilisée pour des améliorations tel ce nouveau barrage près de Flix, construit par 700 travailleurs, qui a permis d’augmenter considérablement l’électricité fournie..

Participation des femmes dans les collectifs

Un changement majeur apporté durant la révolution était l’inclusion massive des femmes dans la force de travail. La CNT commençait à sérieusement promouvoir la syndicalisation des travailleuses. Dans l’industrie textile, le travail aux pièces pour les femmes a été aboli et les travailleurs à domicile intégrés dans les usines, ce qui signifiait généralement une augmentation des salaires et des heures travaillées. La prise en charge des enfants et du ménage était cependant toujours réservée aux femmes et beaucoup de femmes trouvaient difficile de combiner les deux. De temps en temps, la prise en charge des enfants était dispensée par le collectif. Par exemple, les syndicats du bois et du bâtiment de Barcelone, tout en construisant une zone récréative avec piscine, ont reconverti une église en garderie et école pour les enfants des travailleurs.
Les « Femmes libres », l’organisation féminine anarchiste, ont organisé des « secciones de trabajo » – section de travail – qui intervenaient dans des secteurs spécifiques du commerce et de l’industrie et coopéraient avec les syndicats respectifs de la CNT. Ces « secciones de trabajos » ont aidé à la mise en place des garderies dans les usines et les ateliers et ont aussi constitué des écoles et centres de formation pour permettre aux femmes de travailler dans les usines. Ces programmes éducatifs ont aidé les femmes à accéder au travail qui était, jusqu’à présent, réservé aux hommes. Par exemple, l’une des premières femmes habilitées à conduire des tramways à Barcelone décrivait ainsi son travail : « Ils nous ont pris comme apprenties, mécaniciennes ou conductrices, et nous ont réellement appris ce qu’il fallait faire. Si vous aviez pu voir la tête des passagers [quand le conducteur était une femme], je crois que les camarades des transports, qui ont été si gentils et coopératifs à notre égard, se seraient fait plaisir. » 3

Cependant, il est inexact de prétendre que les femmes ont réussi à établir l’égalité dans les collectifs. Des différences de rémunération entre hommes et femmes continuaient à exister. De même, à l’exception de quelques cas exceptionnels, les femmes étaient sous-représentées dans les comités d’usine et autres positions électives à l’intérieur des collectifs. Le maintien du rôle domestique traditionnel de la femme était sans aucun doute un des facteurs qui contribuait à limiter une participation plus active des femmes dans les collectifs et cette question, comme d’autres qui touchaient les femmes en particulier (comme les congés maternité) n’étaient pas la priorité du moment. Même si de nombreuses femmes ont rejoint la force de travail durant la révolution, l’égalité dans la répartition des revenus n’était pas atteinte. Parce que la vision anarcho-syndicaliste de l’organisation sociale était basée sur la force de travail, les personnes qui n’étaient pas dans les collectifs de travail se trouvaient effectivement exclues des processus de décisions dans les domaines économique et social.

Difficultés et faiblesses

Limites

La révolution dans les campagnes était plus avancée que les collectivisations qui ont eu lieu dans les régions industrielles. Beaucoup de collectifs agricoles ont réussi à atteindre un stade de communisme libertaire fonctionnant sur le principe « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». La production comme la consommation étaient socialisées. « Chez eux, il n’y avait plus de différences de niveau de vie ou d’intéressement, plus de conflit d’intérêt entre groupes plus ou moins séparés. » 4 Ceci n’était pas le cas de la collectivisation dans les villes où des aspects de l’économie monétaire capitaliste continuaient d’exister ainsi qu’une proportion significative de la bourgeoisie, des institutions étatiques et des partis politiques traditionnels. La collectivisation était limitée à l’autogestion ouvrière des lieux de travail dans le contexte du capitalisme, avec des travailleurs faisant fonctionner les usines, vendant des biens et partageant les profits. Ceci a conduit Gaston Leval à décrire les collectifs de travail comme une sorte de « néocapitalisme, une autogestion faisant le pont entre le capitalisme et le socialisme, dont le maintien n’aurait pu se faire si la révolution avait été capable de s’étendre pleinement sous la direction de nos syndicats. » 5

Que s’est-il passé ?

Quoiqu’il en soit, la révolution a été incapable de s’étendre elle-même principalement parce qu’il y avait un défaut de consolidation politique de ces avancées dans le contrôle des usines à la base et la poursuite du travail de socialisation. Au lieu d’abolir l’État au déclenchement de la révolution, lorsqu’il avait perdu en crédibilité et n’existait que par lui-même, on l’a autorisé à poursuivre son existence dans le cadre d’une collaboration de classe sous la direction de la CNT (au nom de l’unité antifasciste), lui rendant ainsi sa légitimité. C’est ainsi qu’il y a eu une période de double pouvoir dans lequel les travailleurs en avaient une grande part dans les entreprises et dans la rue mais dans lequel l’État était capable de reconstruire lentement sa base jusqu’à ce qu’il puisse à nouveau agir contre la révolution et reprendre le pouvoir. Les défauts économiques de la révolution – le fait que le système financier n’était pas socialisé, que la collectivisation manquait d’unité à l’échelle nationale, que les collectifs de travail n’ont pas été plus loin qu’au mieux une coordination à l’échelle de l’industrie – est inextricablement lié à cette erreur politique majeure qui constitue une trahison des principes anarchistes.

Afin de réaliser le communisme libertaire avec une production basée sur les besoins et une propriété commune des moyens de production et de ce qui est produit, il était nécessaire de remplacer le système financier capitaliste par une économie socialisée alternative basée sur l’unité fédérative de la totalité de la force de travail comme moyen de prendre des décisions pour la totalité de l’économie. Ceci exige la formation de congrès des travailleurs et une structure de coordination fédérale qui unifiera les collectifs de tout le pays afin de permettre une planification et une coordination effective pour l’économie dans son ensemble. Ce nouveau système d’organisation politique et économique doit remplacer le gouvernement et l’économie capitaliste de marché. Comme Kropotkine le disait, « une nouvelle forme d’organisation économique nécessitera obligatoirement une nouvelle forme de structure politique. » 6 Cependant, tant que la structure politique capitaliste – pouvoir d’État – se maintiendra, la nouvelle organisation économique ne pourra pas se développer et la coordination complète de l’économie était contrariée.

Contre-révolution

Les collectifs industriels ne pouvaient avancer de la même façon que les collectifs agricoles « à cause de facteurs contradictoires et d’une opposition créée par la co-existence d’antagonismes sociaux émanant de différentes classes. » 7 Dans la ville industrielle d’Alcoy, par exemple, où les syndicats avaient immédiatement obtenu le contrôle de toutes les industries sans exception, l’organisation de la production était excellente. Cependant, Leval soulignait que « le point faible était, comme ailleurs, l’organisation de la distribution. Sans l’opposition des commerçants et des partis politiques, effrayés par la menace d’une socialisation totale, qui combattaient ce programme ‘trop révolutionnaire’, il eut été possible de faire mieux… Pour les socialistes, républicains et communistes qui cherchaient à empêcher notre succès, y compris par le rétablissement de l’ordre ancien ou le maintien de ce qu’il en restait. » 8 Les forces contre-révolutionnaires étaient capables de s’unir dans leur opposition aux changements révolutionnaires qui avaient lieu en Espagne et d’utiliser le pouvoir d’État pour s’en prendre aux collectifs. Depuis le début, l’État a conservé le contrôle de certaines ressources, telles que les réserves d’or. À travers le contrôle des réserves d’or et le monopole du crédit, l’Etat républicain était capable de prendre certains aspects de l’économie en dehors du contrôle de la classe ouvrière et de miner ainsi les progrès de la révolution.

Afin de reprendre le contrôle sur les collectifs, de minimiser leur rôle et de s’opposer aux avancées de la classe ouvrière dans le sens d’une unification et d’une régulation économique par le bas, l’État catalan a émis le décret de collectivisation d’octobre 1936. Ce décret « légalise » les collectifs tout en les empêchant de se développer vers le communisme libertaire en obligeant chaque atelier et chaque usine à vendre ce qu’il produit de façon indépendante. L’État a tenté de contrôler les collectifs à travers le décret en créant des comités administratifs qui étaient responsables devant le ministère de l’économie. Le décret ne permettait aussi que la collectivisation des usines de 100 travailleurs et plus.

Comme nous l’avions précédemment indiqué, les militants de la CNT ont combattu ce système pour lui préférer une plus grande coordination entre les lieux de travail. Dans leur presse et leurs réunions de syndicat et de collectif, ils travaillèrent à convaincre leurs collègues des dangers de la collectivisation partielle, de la nécessité de conserver le contrôle de la production dans leures seules mains et d’éliminer la bureaucratie que le décret de collectivisation tentait de créer. Ils n’y ont que partiellement réussi et le collectif industriel tendait vers plus de socialisation. Cependant, ils ont souffert de difficultés à obtenir des matières premières ainsi que d’attaques contre-révolutionnaires permanentes. Des tentatives de sabotage ont eu lieu contre le fonctionnement des collectifs. Ceci inclut des ruptures de livraison en provenance de la campagne et le refus systématique de financement et d’approvisionnement en matières premières pour de nombreux collectifs, y compris ceux de l’industrie de guerre, à moins qu’ils n’acceptent le contrôle de l’État.

C’est ainsi qu’en mai 1937, des batailles de rues éclatent lorsque les troupes du gouvernement se retournent contre les collectifs urbains tels que le centre téléphonique de Barcelone contrôlé par la CNT. En août 1938, toutes les industries de guerre ont été placées sous le contrôle direct du gouvernement.

« Dans tous les cas où les collectifs ont été sabordés, il y eut une chute substantielle de la productivité et du moral : un facteur qui contribuera sans doute à la défaite finale de la République espagnole devant les troupes franquistes en 1939. » 9

Conclusion

En dépit des limites de la révolution industrielle en Espagne, il a été démontré clairement que la classe ouvrière est parfaitement capable de diriger des usines, ateliers et services publics sans patrons ou managers qui les dirigent. Il est démontré que les méthodes anarchistes d’organisation, avec des décisions construites du bas vers le haut, peuvent très bien fonctionner avec une industrie à grande échelle impliquant la coordination de milliers de travailleurs répartis dans différentes villes. La révolution nous a aussi donné un aperçu du pouvoir créatif et constructif des gens ordinaires une fois qu’ils ont le contrôle de leur vie. La classe ouvrière espagnole ne s’est pas contentée de maintenir la production durant la guerre mais a, dans bien des cas, réussi à l’augmenter. Ils ont amélioré les conditions de travail et inventé de nouvelles techniques et procédés sur leurs lieux de travail. Ils ont créé, à partir de rien, une industrie de guerre sans laquelle la guerre contre le fascisme n’aurait pu être menée. La révolution a aussi montré que sans la concurrence inhérente au capitalisme, l’industrie peut être organisée d’une façon bien plus rationnelle. Finalement, elle a démontré combien la classe ouvrière organisée et inspirée par un grand idéal a le pouvoir de transformer la société.

Notes:

  1. The Anarchist Collectives: Workers’ Self-management in the Spanish Revolution, 1936-1939, Ed. Sam Dolgoff, Free Life Editions, 1974, chapitre 7. http://www.struggle.ws/spain/coll_innov.html
  2. Augustin Souchy, Collectivization in Catalonia, http://www.struggle.ws/spain/coll_catalonia_dolgoff.html
  3. Pura Perez Arcos cité par Martha A. Ackelsberg, Free Women of Spain, anarchism and the struggle for the emancipation of women, Indiana University Press, 1991, chapitre 5, page 125.
  4. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapitre 11, page 227.
  5. ibid, chapitre 11, page 227.
  6. Kropotkin cité dans The anarchist FAQ, I.8.14, http://www.geocities.com/CapitolHill/1931/secI8.html#seci814
  7. Gaston Leval, Collectives in the Spanish Revolution, Freedom Press, 1975, chapitre 11, page 227
  8. ibid, chapitre 11, page 239.

Lucien Van Der Walt, The Collectives in Revolutionary Spain, http://www.struggle.ws/spain/coll_l.html

8 Réponses to “Vivre autrement… L’autogestion et les collectifs espagnols 1936-39 ~ 2ème partie ~”

  1. wolfen Says:

     » Finalement, elle a démontré combien la classe ouvrière organisée et inspirée par un grand idéal a le pouvoir de transformer la société. »

    Et ceci ne saurait être qu’une évidence dès lors que l’individu est maître de sa vie ; il donne le meilleur de lui-même, livre tout son potentiel et, d’exemple de vie personnel épanouie élevé en exemplarité d’existence offert aux yeux de tous, auxquels les traits de chacun peuvent s’identifier, très vite un engouement s’envole, une contagion s’éprend de chaque individu et, en un quart de seconde, c’est toute une communauté qui s’est libérée, qui s’est affranchie des fers de cette société qui ne promeut la Liberté, que pour mieux la contraindre avec ses chaînes.
    Humainement cette période de l’histoire, largement passé sous silence, surtout par chez nous, a du être un grand moment de Joie et d’éveil collectif et, hélas ! de grand moments de peines.
    Et comme vous le soulignez, très justement, quel exemple, duquel apprendre toutes les leçons de cette expérience, pour les générations qui hériteront de demain et d’après demain, afin que l’idéal – oserais-je écrire commun ? – devenu réalité commune, un instant sur les pages de l’Histoire, dans tous les cas, permette de voir pousser la graine semée en ce temps, celle-ci s’épanouir et, un jour, une vie, y voir fleurir une Humanité qui soit enfin digne de ce nom…

    – est inextricablement lié à cette erreur politique majeure qui constitue une trahison des principes anarchistes.

    Afin de réaliser le communisme libertaire avec une production basée sur les besoins et une propriété commune des moyens de production et de ce qui est produit, il était nécessaire de remplacer le système financier capitaliste par une économie socialisée alternative basée sur l’unité fédérative de la totalité de la force de travail comme moyen de prendre des décisions pour la totalité de l’économie.
    Ceci exige la formation de congrès des travailleurs et une structure de coordination fédérale qui unifiera les collectifs de tout le pays afin de permettre une planification et une coordination effective pour l’économie dans son ensemble.
    Ce nouveau système d’organisation politique et économique doit remplacer le gouvernement et l’économie capitaliste de marché.

    Comme Kropotkine le disait, « une nouvelle forme d’organisation économique nécessitera obligatoirement une nouvelle forme de structure politique. » 6

    Cependant, tant que la structure politique capitaliste – pouvoir d’État – se maintiendra, la nouvelle organisation économique ne pourra pas se développer et la coordination complète de l’économie était contrariée.

    Merci pour ce riche partage.
    :o)
    A tout cœur,
    Wolfen

  2. Françoise G Says:

    Bonjour – j’écris d’Australie – je fais un séjour dans les communautés hippies. Bon c’est un autre paradigme hein ?😉
    Bref – ils visent l’autonomie. J’ai rencontré des gens – tous un peu … hippies. Ils me prennent pour un flic alors j’essaie de me détendre mais bon : attends ça caille – c’est dans les nouvelles galles du sud. Il y a des gens pieds nus par exemple : c’est les hippies un peu crados quoi – mais « pas que ». Il y a des écolos – des sourciers – des gosses de mecs de la mafia … quoi encore ? Ah oui un ancien danseur de l’Opéra de Londres … ils font plein de choses – beaucoup font peu de choses mais quand même ça bouge. Exemple : l’agriculture – ils se sont cotisés pour un moulin – ils essaient d’être autonomes et de faire du troc – bon je sors du sujet mais il s’agit là de la suite des années 70 – il y a eu un festival : Aquarius – hippie – et ils sont restés – ils ont obtenu une sorte de charge du secteur sans en être propriétaires – c’est une sorte de bail mais je n’ai pas vérifié. Les gens qui se sont installés ont tous une histoire assez lourde genre extradés politiques + « vrais » hippies d’Europe bien sûr + à encore découvrir sur place. La semaine prochaine par exemple je rencontre une chamane – blanche (^^?) – fille d’un colonel australien qui a fait de la tôle parce qu’il s’est rebellé. Donc ces hippies sont quand même un peu « moove » même ceux qui fument – oh parce que ça fume WOW !!! Mais ça bosse en même temps à 5 heures du mat’ qu’il gèle ou qu’il fasse une chaleur épouvantable – sont tout le temps en t-shirts et font des choses. Ce sont les « do’ers » – C’est la troisième génération depuis les parents du festival de 1973. Ils essaient quelque chose – je mange bien quand même hein ?Et c’est leur nourriture locale et organique … ils essaient de tout faire : comme la farine.
    Ils rejettent tout système et tout dogme – n’aiment pas les chrétiens (je raconte hein – je ne critique pas les chrétiens ni personne !) ni les mulsims – oh là ! Il faut dire que les leurs sont un peu chauds dans les villes et là-bas il n’y a pas de violence donc le contraste est violent – par exemple je dors sans clé – oui je suis en brousse mais c’est pareil – euh … oui j’ai une bombe au poivre et une matraque électrique mais je suis une femme c’est normal ;))) – bref : est-ce que je pourrais me lancer dans une entreprise pareille = on sort du système peu à peu – et les personnes de plus de 50 ans quittent le net de façon à garder leur esprit pur – pas de news – ils veulent genre « gardiens des valeurs » – disons que ça commence depuis l’an dernier. Ils me disent qu’il y a une relancée de la région après un flottement où la capitale de la marijuana a drainé des junkies – je ne peux pas le vérifier mais je peux comparer à l’an dernier – oui ça bouge il me semble. Ils construisent et cultivent. Bon ?!
    Mais au-dessus … dans le ciel : c’est un BOMBARDEMENT de CHEMTRAILS – les avions passent – font demi-tour et repassent – tu sais je voyage – ben j’ai jamais vu ça – à ce point et aussi bas et ouvertement ^^ … c’est balaise à voir – faut qu’je filme. Ils les aspergent – manifestement … et eux ils font quoi ? Ben rien … c’est la beu ou quoi ? Punaise je serais folle à leur place !!! – eh bien eux prennent de la chlorella – pour les plus éveillés😉
    Voilà c’était juste un témoignage d’une trace du passé … et des héritiers de ce passé et ce qu’ils en font : ils mangent leur bouffe en tous cas – c’est pas rien ^^ … boivent de l’eau pure – pas de mac do ici … ils sont retournés à la terre et ça fait du bien à voir que des humains – fussent-ils originaux … essaient au moins de s’alimenter par eux-mêmes – que ceux qui ne le font pas en ont le vœu. Certains s’étiolent : je connais un couple – un peu paumé entre deux mondes : la matrice et la nature et la matrice l’a emporté … elle va au supermarché parce qu’elle a la flemme (pourtant elle ne fume pas !) – bref : il y a aussi les gens de passage mais là on sort du thème😉 … les japonais wooow ^^ … c’est un CHOC pour eux … ils sont magnifiques quand ils ont fumé … mais ça c’est en ville et je suis presque tout le temps dans le bush et là c’est encore différent parce que ce sont des communautés de permaculture. Allez HUGH – pas de feu ce soir : il flotte … tu vas faire un article sur l’anarchisme africain tu dis ? Je ne savais même pas que ça existait – remarque : j’habite de l’autre côté en Calédonie et vous ne deviez peut-être pas (pas trop) savoir ce qui se passe de l’autre côté😉 hello la France !

  3. Françoise G Says:

    Pour poursuivre et donner du sens à mon intervention – quel système est le bon ? Vers quoi nous acheminer ? Je n’ai aucun à priori – j’observe. Je suis là encore pour un mois et demi. Les gens bossent – ils ont des poules – les fermes sont jolies – les potagers sont beaux et productifs … mais ils ont le net – obligé – et des voitures. L’an dernier, un sourcier m’a parlé d’énergie libre – ils attendent ça – (il faut que je retrouve ce gars) – bref : le postulat est que le problème n’est que l’énergie – tu peux circuler et te chauffer – c’est bon – puisque tu es déjà organisé pour la nourriture et l’eau.
    Mais reste l’air … quand le ciel est saturé je flippe un peu hein ?
    La zone est visée par les miniers pour l’exploitation des gaz de schiste. Le sourcier pense que c’est pour ça que la région est vaporisée. J’ai vu des traînées très obliques – ah parce que les pilotes font des figures – en plus ? S’amusent ^^ ?
    Donc c’est pour dire que je pense que les rassemblement ce n’est pas une bonne idée car il y a des zones plus désertes d’humains qui sont peu aspergées … bref je réfléchis – et je transmets mon état actuel de réflexion sur : demain – comment vivre ? – là je suis dans une mini-communauté qui appartient à une femme de 57 ans : elle bosse doucement mais tout le temps du matin au soir depuis ses 40 ans sur ce terrain – ok respect quand même et elle a des dread locks … et elle est en très bonne forme … ah c’est une autre culture hein ? Bon : j’observe.
    Et je lis des bons articles (en répondant un peu à côté – pas tant que ça – j’étais anarchiste sur les bords, avant – mais j’en ai marre;)).
    Bonne journée.

    • très intéressant tout çà pour sûr, merci du témoignage « à chaud »…
      Il y a pas mal de choses à voir… par exemple comment la communauté s’organise t’elle ? comment les décisions sont-elles prises ? Y a t’il une « division » du travail ? Y a t’il des spécialistes ou tout le monde touche à tout ? Utilisent-ils l’argent ? si oui d’où provient-il ? comment se procurent-ils ce dont ils ont besoin et qu’ils ne produisent pas ? etc..
      Il y a pas mal de trucs à penser. En fait, un des problèmes est celui-ci: pourquoi se barrer dans le bush ?… pourquoi ne pas faire tout cela au sein de communautés existantes ?
      Nous ne concevons un modèle viable que dans la société pas au fin fond du bush en reclus. La question est la suivante (elle pourrait être formulée différemment bien sûr):
      Comment amener la société actuelle à embrasser un mode de vie social égalitaire et autogéré sans devoir aller s’isoler sur la lune ?… (petit clin d’œil au bouquin d’Ursula K. Leguin « The Disposessed »…😉 )
      Le retour à la terre est louable, mais quid de ceux qui voudraient changer mais… en ville ?… Si tout ceux qui veulent changer se barrent et retournent à la campagne, on aura un exode urbain et les campagnes deviendront… les villes… Est-ce le but ?…
      Une société anarchiste, libertaire, égalitaire, à pyramide plate, on appelle çà comme on veut ce ne sont que des mots, ne peut pas vivre recluse. Comment voit-il l’affaire les gens de ta communauté ?… L’Australie c’est bien y a de l’espace, mais y a un sacré paquet de « red necks » aussi. Les chem trails c’est partout en occident, tu verrais au Canada, c’est grave aussi ! Pour nous la solution n’est pas de vivre reclus, mais de transformer la mentalité des gens là où ils sont… Fumer des splifs et se couper du monde en ne vivant que pour son microcosme, c’est bien, mais quelque part un peu futile à notre sens. La question est comment connecter les deux mondes qui ne sont pas incompatibles, justes hors phase qu’il faut rétablir. Nous en sommes là dans notre réflexion et pour nous cela passe par les peuples autochtones. Reconnecter l’occidental à la terre au travers l’universalité ancestrale, nous avons les mêmes racines, ils faut juste les retrouver et les suivre. Les Lakota des grandes plaines ont une expression: « Mitakuye Oyasin » ce qui veut dire « Nous sommes tous inter-reliés ». Les Aborigènes de par chez toi doivent avoir le même type d’expression, l’universalité est là`. il faut retrouver les racine et remonter a l’arbre de la paix originel.
      C’est çà surtout « l’anarchisme » ou quoi qu’on veuille l’appeler…😉
      fraternellement

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