Vatican et colonialisme: Renforcer la doctrine en canonisant les bourreaux…

“L’idée de dieu implique l’abdication de la raison et de la justice humaines, elle est la négation la plus décisive de l’humaine liberté et aboutit nécessairement à l’esclavage des Hommes, tant en théorie qu’en pratique…
Si dieu est , l’Homme est esclave ; or l’Homme peut, doit être libre, donc dieu n’existe pas. Je défie quiconque de sortir de ce cercle… Toutes les religions sont cruelles, toutes sont fondées dans le sang, car toutes reposent principalement sur l’idée du sacrifice, c’est à dire sur l’immolation perpétuelle de l’humanité à l’inextinguible vengeance de la divinité. Dans ce sanglant mystère, l’Homme est toujours la victime et le prêtre, homme aussi certes mais homme privilégié par la grâce, est le divin bourreau.”
~ Michel Bakounine ~

 

La stratégie rhétorique du Vatican: Junipero Serra était un homme de son temps

 

Steven Newcomb

 

28 Avril 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/04/28/vaticans-rhetorical-strategy-serra-was-man-his-time

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le 2 Mai, l’archi-diocèse de Los Angelès va abriter une célébration qui durera toute la journée au séminaire américain de Rome. Quelle est l’occasion pour cette “célébration” ? L’évènement va honorer Junipero Serra, missionnaire catholique et par là même, un agent envahisseur et colonisateur de l’église catholique en basse et haute Californie au XVIIIème siècle (NdT: oui, oui à l’époque de Zorro…). Serra travailla pour le désir d’expansion (de “propagation”) de l’empire chrétien (“imperii christiani”). Le pape Alexandre VI, homme de son temps, affirma ce désir impérialiste dans son édit Inter Caetrea de 1493, en relation avec la partie du monde qui attira l’attention de la chrétienté d’occident, suite au premier voyage de Christophe Colomb.

Comment le Vatican a t’il donc répondu à la vague de protestations et à la critique acerbe du peuple indien de Californie à l’annonce du pape François 1er de canoniser Junipero Serra ? Pour accompagner sa reconnaissance de l’utilisation par Serra de “punitions corporelles” sur les Indiens de Californie en tant “qu’outil pédagogique” de l’évangélisation, le Vatican a dit que Serra était “un homme de son temps”. Ce que le Vatican n’a pas reconnu en revanche est assez notoire: le contexte du “temps” dont Serra “était un homme” était un contexte exprimé en de multiples édits et bulles papaux du XVème siècle, émis par des papes qui eux aussi étaient des “hommes de leur temps”. On trouve ce contexte dans la directive du saint siège aux monarques catholiques portugais afin qu’ils “envahissent, capturent, vainquent et sugjuguent tous les Sarazins, païens et autres ennemis du christ” et “réduisent leurs personnes en esclavage perpétuel”, ainsi que de “leur prendre toutes leurs possessions et leurs propriétés”. (Dum diversas, 1452; Romanus Pontifex 1455). Il semblerait que pour le Vatican, quelqu’un qui a fait du bon boulot pour mettre en œuvre les directives divines de la papauté afin d’en remplir les objectifs en propageant l’empire chrétien au travers de l’évangélisation impérialiste, mérite d’être sanctifié.

Ce “temps” de l’évangélisation violente pour reprendre le titre du livre du Dr. Luis Rivera Pagàn (A Violent Evangelism, 1992), est le contexte mortifère dominant auquel le saint siège ne peut échapper. Comme le sera démontrer plus bas, Serra regarda le modèle des saints catholiques utilisant la violence, en tant qu’hommes de leur temps, au nom du prince de la paix, pour imposer sur les Indiens les coups et flagellations évangélisateurs. Cet héritage de la violence de l’église catholique utilisée contre les hommes et les femmes indigènes est ironique, si on peut dire, en considérant que d’après Associated Press (“Vatican Defends Decision to Canonize Serra”), en date du 21 Avril 2015,: “Serra était pour l’église un grand évangélisateur et un modèle pour les populations hispanisantes d’aujourd’hui.” Peut-être que “saint” Serra peut-être transformé en un contre-rôle-modèle pour toute campagne qui oppose la violence contre les femmes “hispaniques”.

L’impact des missions catholiques espagnoles de domination brisa les économies traditionnelles et les modes de vie des nations originelles. Une telle destruction ouvrit la voie pour l’évangélisation catholique. Cet impact destructeur fut dévastateur a tous les niveaux pour les nations originelles qui avaient expérimentées des milliers d’années d’indépendance et de liberté avant que les colonisateurs ne les envahissent. Serra utilisa le système missionnaire de domination comme partie de son effort de mettre en application l’appel de la papauté pour que les “nations barbares” (“barbarae nationes”) soient “réduites” et “subjuguées” (“deprimantur”), ce qui veut dire “dominées”.

Dans son excellent livre très documenté “A Cross of Thorns: the Enslavement of California’s Indians by the Spanish Missions” (Craven Street Books, 2015), Elias Castillo cite le “Padre President” Serra dans une lettre qu’il écrivit le 7 Janvier 1780. Ironiquement et étant donnée l’annonce faite de sa canonisation, Serra mentionne l’attitude et la main lourdes des “saints” envers les Indiens dans leur évangélisation violente des Indiens depuis la première invasion évangélique du continent:

“Que les pères spirituels (frères) aient puni leurs fils, les Indiens, par les coups paraît être aussi vieux que la conquête de ces royaumes et une pratique si générale en fait, que les saints ne semblent pas être une exception à la règle… Sans aucun doute, les premiers à avoir évangéliser sur ces côtes ont suivi cette pratique, et ils étaient sûrement des saints… Dans la vie de St François Solano, qui a été solennellement canonisé, nous lisons que tandis qu’il avait un don de dieu pour adoucir la férocité des plus barbares par la gentillesse de sa mission dans la province de Tucumán au Pérou, comme on nous le dit dans sa biographie, lorsque les Indiens ne respectaient pas ses ordres, ils donnaient des directives pour que ses Indiens soient fouettés. (p.81)”

Le “temps” de la déshumanisation du peuple indien par l’église catholique espagnole et la domination des nations indiennes, dont Serra était “un homme de”, était un temps de mort massive pour les nations et peuples natifs du continent, Ceci causa la “réjouissance” de “saint” Serra. D’après Castillo, les morts parmi les Indiens en résultat des maladies importées contre lesquelles ils n’avaient aucune immunité, également en tant que résultat des “conditions de vie insalubres en surpopulation forcée, ne causèrent aucune peine à Serra”. Comme le dit Castillo: “Serra s’en réjouissait en écrivant: ‘Grâce à dieu, maintenant pas une de nos missions n’a pas certains de ses fils au paradis.” (p.82)

Castillo note plus avant qu’alors même que “le grand nombre de morts chez les enfants indiens n’atténuait pas la sombre joie de Serra”, Serra écivit ce qui suit à son supérieur franciscain du Colegio de San Fernando de Mexico City:

“Parmi tous nos troubles, le côté spirituel des missions se développe de manière la plus agréable. Dans la mission de San Antonio, il y a eu deux récoltes simultanées, une pour le blé et une d’une peste parmi les enfants qui meurent.”

Le très grand nombre de mort chez les Indiens créa une véritable crise de “ressources humaines” pour les frères du système de mission catholique de domination. Comme le dit Castillo: “Leur (les frères) solution fut d’utiliser des moyens violents, incluant menace et enlèvements, pour forcer des groupes d’Indiens frais à quitter leurs villages pour venir remplacer tous ceux qui étaient morts.

Le “bureau des saints” du Vatican (NdT: traduction littérale du texte en anglais, il semblerait que la référence ici soit faite à la “congrégation pour la cause des saints”…) ~ je n’invente rien ~ fait un effort particulièrement maladroit pour excuser le rôle de Serra dans la colonisation mortifère catholique et du systeme de domination catholique espagnol (dominorum christianorum), qui résulta en ce que le démographe Robert Jackson nomma “un effondrement démographique” parmi les Indiens de Californie. Ceci était le résultat du système de domination géré par la mission catholique romaine et la doctrine d’imperii christiani du pape Alexandre VI.

Le système de diocèse de l’église catholique apostolique et romaine a été appelé une des institutions toujours en place de l’empire romain. Ce que la vaste majorité des gens ne voient pas est que l’église catholique romaine d’aujourd’hui est une manifestation du XXIème siècle et toujours en vie de la religion officielle de l’ancien empire romain. Ceci remonte à l’emprereur romain Constantin. Il fut l’empereur qui eut soi-disant une vision, celle d’une croix enflammée dans le ciel accompagnée par la phrase: “Par ce signe tu conquéreras” (qui est le mieux ré-exprimé par l’expression “Par ce signe tu domineras”). Aujourd’hui, l’église catholique romaine, au cours du règne du pape François 1er, tente de créer une atmoshère de célébration autour de ces siècles d’évangélisation destructrice, ce qui est un mot raisonnant de manière bien simplette pour ce qui est un colonialisme religieux en tant que partie de la domination d’un empire universel (catholique).

Le Vatican s’attend-il à ce que nous, les peuples indigènes du continent et en notre temps, ne prêtions pas attention et excusions un héritage de l’empire du Vatican allant de paire avec la déshumanisation parce que tout cela était jadis et que nous sommes dans le présent ? Pourquoi l’église catholique et le saint siège utilisent-ils les mots “saint”, “sainteté” et “célébration” en association avec un temps impérialiste et de domination catholique espagnole et en association avec l’héritage d’un homme qui a aidé à étendre un système qui eut pour conséquence la destruction et la mort de milliers et de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants indigènes, ainsi que la quasi-disparition de leurs propres langages, culture et traditions spirituelles ? La célébration de Serra par le pape François et l’église, le faisant saint est similaire à Serra se réjouissant des nombreuses morts d’Indiens et commentant “joyeusement” et de la “manière la plus sainte” les morts d’enfants indigènes comme étant une “moisson” pour l’église. C’est une glorification d’un temps et d’un contexte desquels Serra “était un homme”.

Steven Newcomb (Shawnee, Lenape) est le co-fondateur et co-directeur de l’Indigenous Law Institute et auteur du livre “Pagans in the Promise Land: Decoding the Doctrine of Christian Discovery”, éditions Fulcrum, 2008. Il étudie la loi fédérale indienne et la loi internationale depuis le début des années 1980.

7 Réponses to “Vatican et colonialisme: Renforcer la doctrine en canonisant les bourreaux…”

  1. Ratuma Says:

    U ne quinzaine de pompiers étaient mobilisés pour capturer les chèvres échappées dans la montagne. Sans succès. Dépité, le maire, Bonifacio Iglesias, se dit prêt à « signer un arrêté pour que l’ONF les abattent ». A suivre.

    sur MIDI LIBRE

    tiens on va le canoniser aussi celui-ci – quelle horreur, les chèvres ont choisi la liberté !!!

  2. JBL1960 Says:

    Vraiment la doctrine chrétienne de la découverte est une « loi divine » scélérate qui a cours encore aujourd’hui… En fait, lorsqu’on a été baptisé, et que l’on rejette cette doctrine, on a l’impression d’être marqué au fer rouge et cette trace indélébile nous fait souffrir à tout jamais. C’est ce que je ressens au plus profond de mon âme. Et c’est pour ça que je mène le combat pour ma débaptisation pour faire tomber cette doctrine.
    Je suis tombée sur ça aujourd’hui et je voulais vous le partager :
    http://lesmoutonsenrages.fr/2015/05/07/ariane-walter-a-mms-poutine-et-hollande-au-sujet-du-9-mai-a-moscou/
    Les temps sont durs, si durs. A+

  3. michel Says:

    Le colonialisme commence avec Jupiter-Mithra, le Zoroastrisme et le monothéisme dont les religions abrahamiques du Salut et nées dans le désert (bien que Zoroastre serait d’origine chinoise). Nous passions du matriarcat au patriarcat, ou des Païens aux Monothéistes.
    Ces religions du Salut sont des armes de destructions massives hautement plus destructrice que la plus petite bombe nucléaire. Ça commence surtout avec la guerre de religions entre la religion des Hébreux (Ancien Testament) contre celle des Païens (Baal ou religions en rapport avec la nature, le Cosmos, dénoncée comme idolâtrie par l’opinion des Hébreux).

    Pour les Hébreux, c’est Yahvé et non Baal qui fait pleuvoir et dispense la fertilité. Mais ce qui frappe chez les prophètes hébreux, c’est leur critique du culte païen et la férocité et violence avec laquelle ils attaquent l’idéologie cananéenne, ce qu’ils appellent « prostitution ». Une « prostitution » contre laquelle ils n’arrêtent pas de fulminer, et qui pourtant est la base de la religiosité tout court : celle du Cosmos où Tout est dans tout (le Centre est partout et la Circonférence nulle part). Or pour les Hébreux fidèles de Yahvé cette croyance est de l’idolâtrie, et cela depuis leur envahissement de la Palestine. Mais jamais la religiosité cosmique ne fut attaqué aussi sauvagement (voir le Deutéronome). Les prophètes des Hébreux réussirent à couper de la Nature nombre d’Occidentaux. Et l’acharnement contre les Païens se poursuivra avec la religion suivante : celle des Chrétiens, avec le concours de Théodose le Grand et de sa fille Galla Placidia qui feront raser les temples pour les transformer en cimetières… Une destruction implacable car exécutée dans tout l’Empire, et tout le mobilier des temples païens qui n’avait pas de valeur fut transporté aux lieux de supplices ; de ce nombre étaient les ex-voto, les statues brisées et les cendres des sépultures païennes violées pour faire place à des Chrétiens. Hier comme aujourd’hui nous sommes encore dans l’opinion « Terre promise » genre « Royaume de Dieu sur Terre » ! En passant par Israël, l’Irak, la Palestine, etc., le tout se résumant à Wall Street et la City de Londres.
    La « Terre promise » ou « Royaume » c’est bien la City de Londres !

  4. JBL1960 Says:

    Croire en Dieu, en n’importe lequel, c’est se soumettre. C’est baisser la tête. C’est se mettre soi-même des chaînes aux pieds. Je n’accepterai jamais pour ma part cette flagellation. Je regarde le ciel, les étoiles, la course des nuages, le soleil, et j’aime par dessus tout sentir le vent sur mon visage et la morsure du soleil. Je ne cherche aucun signe, je n’attends aucune apparition. La réponse à mes questions est dans mes actes, dans mes réflexions, et parfois dans mes rêves. Pour l’avoir étudié, je souligne seulement que la christianisation fut d’une cruauté incroyable alors qu’il n’est question que « d’amour et de paix » ; Mon cul ouais.
    Se battre aujourd’hui, ici contre la doctrine chrétienne de la découverte est, pour moi, un combat juste. Bon, c’est pas gagné, c’est vrai, pas encore. Mais, il faut y travailler, sans relâche. Et c’est ça qui est dur, ne pas se décourager. Merci à R71, A+.

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