Résistance au colonialisme: Identifier et lutter contre le double pouvoir…

“Si un peuple vit par et obéit à la loi naturelle, il n’y a aucun besoin de lois humaines pour quelque situation que ce soit. La première loi humaine est la mort de la loi naturelle… La loi naturelle est la loi de la vie, la loi humaine est la loi de la mort.”
~ Russell Means, Lakota ~

 

La loi et politique fédérale indienne des Etats-Unis et son double gouvernement

 

Steven Newcomb

 

12 avril 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/04/12/us-federal-indian-law-and-policy-and-us-double-government

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le superbe et très complet livre de Michael Glennon National Security and Double Government (2014, Oxford University Press), fournit un excellent point de vue sur l’état de sécurité nationale que sont les Etats-Unis, qui commença avec la loi sur la Sécurité Nationale passée en 1947 sous la présidence de Harry Truman. Glennon dans son livre utilise l’expression de “réseau trumanien” (trumanite network en anglais) pour discuter de ce réseau très secret de l’appareil de sécurité de l’état qui s’est développé au sein du gouvernement des Etats-Unis pendant les près de soixante-dix ans où les Etats-Unis sont officiellement entrés dans cette période de leur histoire.

Glennon utilise aussi l’expression “institutions madisonniennes” pour discuter la manière typique ce que la plupart des gens pensent du système politique des Etats-Unis et de leurs fondateurs. “Madisonnien” se réfère évidemment au président James Madison qui fut instrumental dans la rédaction de la constitution des Etats-Unis à Philadelphie en 1787, document qui fut ratifié par les états en 1789.

Glennon utilise l’expression “double gouvernement” pour s’intéresser à un point clef. La plupart des gens voient le gouvernement des Etats-Unis comme étant constitué de ceux qui occupent les sièges du pouvoir dans le système madisonnien: le pouvoir exécutif (la Maison Blanche), le Congrès (législatif) et le pouvoir judiciaire. Mais, lorsqu’on parle d’affaires de sécurité nationale américaine, alors on entre dans le monde opaque du réseau trumanien, qui comprend plusieurs centaines de personnes, qui sont en fait en contrôle total, bien qu’on ne les voit jamais sur le devant de la scène. Ce réseau a directement mené à cet état de surveillance nationale sous le regard espion duquel le “pays des hommes libres” vit aujourd’hui.

C’est sans aucun doute en résultat du réseau trumanien que, le 18 Janvier 2001, le conseil national à la sécurité envoya le memorandum: “United States Position on Indigenous Rights Negotiations” au gouvernement sortant du président William ‘Bill” Jefferson Clinton.

Les délégués des Etats-Unis furent instruits de faire progresser la position exprimée dans le memorandum du NSC au cours de discussions internationales sur les affaires des peuples indigènes qui prenaient place dans des endroits comme les Nations-Unies et l’Organization of American States (OAS). La position politique américaine en 2001 sur les peuples indigènes fut réaffirmée à la fois par le gouvernement de G.W Bush et celui de Barak Obama.

Le troisième point de ce document du NSC se réfère au problème de “l’auto-détermination” des peuples indigènes. Voici ce qu’il dit: “ La délégation des Etats-Unis devra soutenir l’expression d’’auto-détermination interne’ pour les déclarations des droits des peuples indigènes à la fois à l’ONU et à l’OAS, qui sera définit comme suit: ‘les peuples indigènes ont le droit à une auto-détermination interne.

Dans le document officiel, le mot “interne” veut dire interne à une nation ou un peuple particulier et “au sein” d’un “état-nation” comme les Etats-Unis. Le troisième point du memorandum poursuit: “En vertu de ce droit (d’auto-détermination interne), ils (les peuples indigènes) peuvent négocier leur statut politique au sein du cadre de l’état-nation existant et sont libres de poursuivre leur développement économique, sociale et culturel.

En droit international, le droit à l’auto-détermination a été exprimé de cette façon: “Tous les peuples ont le droit à l’auto-détermination. En vertu de ce droit, Ils déterminent librement leur statut politique…” Le réseau trumanien américain et le NSC ont changé “ils déterminent leur statut politique” en “ils peuvent négocier leur statut politique au sein du cadre de l’état-nation existant…

Un tel langage en provenance du memorandum du NSC explique la base de la position des Etats-Unis au sujet de la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU, publiée en 2010 par le ministère des affaires étrangères des Etats-Unis. Le ministère y déclare: “Les Etats-Unis sont donc heureux de soutenir l’appel de la déclaration pour la promotion du développement d’un nouveau concept international distinct d’auto-détermination spécifique aux peuples indigènes. L’appel de la déclaration est de promouvoir le développement d’un concept d’auto-détermination pour les peuples indigènes qui soit différent du droit existant à l’auto-détermination issus du droit international.

Néanmoins, ce n’est pas la Déclaration des Droits des Peuples Indigènes de l’ONU qui “appelle” à “un concept nouveau et différent spécifique aux peuples indigènes”. C’est au contraire, l’état sécuritaire national et son réseau trumanien qui a appelé cela pour les nations et peuples originels (les “peuples indigènes”) qu’on ne leur accorde que “l’auto-détermination interne” soumise dans le système politique dominant des Etats-Unis. Ceci représente un type de langage particulièrement soigné afin d’empêcher toute réforme fondamentale. Ce langage est mis en avant par les Etats-Unis pour maintenir le statu quo de la captivité des nations premières sous la loi fédérale indienne, de son système politique et sous la doctrine judéo-chrétienne d’un droit de découverte et de domination.

(NdT: Officiellement dans les textes des Etats-Unis, la réserve Lakota/Sioux de Pine Ridge par exemple, est le “camp de prisonniers de guerre #44”… Toujours aujourd’hui.. Le terme de “captivité” employé ici par Newcomb est parfaitement pesé et utilisé…)

4 Réponses to “Résistance au colonialisme: Identifier et lutter contre le double pouvoir…”

  1. michel Says:

    En référence à la citation de Russell Means, Lakota, voici celle de Tchouang-tseu : « Qui se sert du crochet, du cordeau, du compas et de l’équerre pour rectifier, offense la Nature ; qui se sert de la corde, de la ficelle, de la colle et de la laque pour consolider les choses va à l’encontre de leurs qualités propres. Qui plie les hommes par le rite et les rompt par la musique, qui les protège par la bonté et les relie par la justice, celui-là corrompt leur nature originelle ». Ainsi la loi naturelle est a-temporel et universelle.

    • très bonne citation… La dimension un peu « zen » ou »taoïste » du mouvement anarchiste se trouve dans les écrits de Voline. Il ne se revendique ni de l’un ni de l’autre, mais sa pensée possède parfois cette vibration taoïste. Très agréable à lire.

  2. Hommage à Russell Means (1939-2012):

  3. « La vérité au sujet de la Palestine » (Russell Means)
    Parallèle entre le génocide des peuples et nations amérindiens et celui des Palestiniens:

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