Ukraine: La grande tradition anarchiste et le mouvement de La “Makhnovshchina”…

Article connexe: « La société contre l’État: l’expérience anarchiste ukrainienne 1917-1923 »

 

Le mouvement makhnoviste ukrainien dans la révolution russe

 

Robert Graham

 

30 mars 2015

 

url de l’article original:

https://robertgraham.wordpress.com/2015/03/29/the-makhnovist-movement-in-the-russian-revolution/

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Contre-révolution en Russie

La révolution russe de 1917 leva un autre problème d’importance fondamentale pour les anarchistes révolutionnaires: comment gérer la contre-révolution ? Que celle-ci vienne de la droite ou de la gauche ? De 1918 à 1921, la Russie fut dévastée par une guerre civile. Bien des anarchistes prirent position afin de protéger les gains fait par la révolution de 1917, ils n’avaient pas d’autre choix que de travailler avec les Bolchéviques (les “Rouges”) afin d’empêcher les contre-révolutionnaires monarchistes / tsaristes (les “Blancs”) de forcer un retour à l’ancien régime, avec tous les massacres et représailles que cela représenterait. D’après Paul Avrich, pendant la guerre civile russe “une grande majorité des anarchistes donnèrent un soutien varié au régime en danger”, menant Lénine à louer quelques-uns des anarchistes pour “être devenus les soutiens les plus motivés du pouvoir soviétique” (1978:196-197)

Le mouvement makhnoviste

D’autres anarchistes argumentaient eux qu’il y avait des alternatives à simplement soutenir les bolchéviques dans leur lutte contre les contre-révolutionnaires blancs, renforçant ainsi la dictature bolchévique. Ils préconisaient au contraire une “guerre de résistance permanente, ici, là-bas et partout”, comme le dit alors si bien Voline en Février 1918. Mais ce ne fut qu’en Ukraine que les anarchistes furent capables de mettre en place une insurrection populaire avec l’anarchiste Nestor Makhno, emmenant une armée de guerilleros paysans et ouvriers (La “Makhnovshchina”) contre des forces variées allant des troupes d’occupation allemandes et autrichiennes, aux “hommes forts” locaux (“hetman”) en passant par les “Blancs” et les bolchéviques eux-mêmes lorsque ce fut nécessaire. (Volume One, Selections 85 & 86).

Lorsque les makhnovistes libéraient un endroit, ils abolissaient tous les décrets issus par les blancs et les rouges, laissant ainsi les “assemblées paysannes et celles des travailleurs des usines et des ateliers” décider pour elles-mêmes la façon d’organiser leurs affaires. La terre devait retourner à “ces paysans qui s’autosuffisent par leur travail de la terre” et “les usines et ateliers, les mines et autres outils et moyens de production, devaient retourner aux ouvriers eux-mêmes.” (Volume One, Selection 85).

Les makhnovistes dénonçaient “l’autorité terrienne bourgeoise d’un côté et la dictature communiste bolchévique de l’autre.” Ils mettaient à mal la police secrète bolchévique, la tristement célebre tchéka, dans des zones qui avaient été sous contrôle bolchévique et réouvraient les imprimeries et les salles de réunion que les bolchéviques avaient fermé, proclamant que “la liberté de parole, de réunion, de la presse, d’assemblée, de se syndiquer étaient des droits humains inaliénables pour chaque ouvrier et paysan et que toute restriction sur ces droits constituait un acte contre-révolutionnaire.” Les makhnovistes appelèrent les soldats de l’armée rouge, parfois avec succès, à déserter et à rejoindre les makhnovistes dans leur lutte pour “une société des travailleurs non-autoritaire, sans parasites et sans commissaires politiques-bureaucrates.” (Volume One, Selection 85).

Malgré leur opposition à la “milice d’État, aux policiers et aux armées”, qu’ils abolissaient dans les zones libérées, les insurgents makhnovistes adoptèrent quelques aspects d’une organisation militaire plus conventionnelle, incluant une chaîne de commandement et une conscription, il y eut parfois quelques débordements et des “exécutions sommaires” (Avrich, 1988: 114 & 121)

Beaucoup d’anarchistes encore libres de pouvoir le faire comme Voline, Aaron Baton et Peter Arshinov, se rendirent en Ukraine pour assister les makhnovistes, mettant en place la confédération de Nabat, une des organisations anarchiste les plus efficaces durant la révolution russe et la guerre civile. Mais, comme le nota Arshinov: “trois années de guerre civile ininterrompue rendit le sud de l’Ukraine en un champ de bataille permanent,” ce qui rendit la tâche très difficiles pour les makhnovistes et les anarchistes en soutien, pour faire quoi que ce soit de positif. Et pourtant, pendant 5 mois, au début de l’année 1919, la région de “Gulyai-Polye”, où était basé Makhno, fut libre de toute autorité politique, donnant une chance, même si courte, aux anarchistes de mettre leurs idées constructives en pratique en aidant les paysans et les ouvriers à mettre en place des communes libertaires et des assemblées populaires (soviets).

Une “série de congrès régionaux de paysans, d’ouvriers et d’insurgents”, se tint, la troisième en Avril 1919 et ce “en défi d’une interdiction faite par les bolchéviques”. Après que “deux agents de la tchéka envoyés pour assassiner Makhno furent arrêtés et exécutés” en Mai 1919 et que les makhnovistes eurent appelé les soldats de l’armée rouge de les rejoindre, Trotski mit les makhnovistes hors-la-loi, envoyant des troupes pour démanteler leurs communes paysannes. Malgré quelques alliances sporadiques pour combattre les blancs, début 1921, les bolchéviques avaient écrasé le mouvement makhnoviste.

A l’encontre des bolchéviques, les makkhnovistes furent capables de réunir un soutien suffisant au sein de la population ukrainienne, surtout paysanne, qui avait un profond ressentiment pour les saisies de grains et de nourriture dont ils étaient les victimes de la part des bolchéviques, voyant que “le pain qui leur était pris de force nourrissait essentiellement l’énorme machine gouvernementale et bureaucratique” qui avait été créée par les bolchéviques. Pour que la révolution puisse être réussie, les anarchistes pensaient (et pensent toujours) que les masses “devaient se sentir véritablement libres, elles doivent savoir que le travail qu’elles fournissent est le leur et leur bénéfice, elles doivent voir que dans chaque mesure sociale qui est adoptée, s’inscrit la manifestation de leur volonté, de leurs espoirs et de leurs aspirations.”

(Volume One, Selection 86).

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