Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 2ème partie ~

« Le nom de dieu est la terrible massue historique avec laquelle les hommes divinement inspirés, les grands génies vertueux, ont abattu la liberté, la dignité, la raison et la prospérité des Hommes. »
~ Michel Bakounine ~

 

Pagans in the Promised Land, Decoding the Doctrine of Christian Discovery de Steven Newcomb ~ 2ème partie ~

 

Éditions Fulcrum, 2008

 

Traduction du titre: “Païens en terre promise, décoder la doctrine de la découverte chrétienne”

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Mars 2015

 

Introduction

1ère partie

2ème partie

3ème partie

4ème partie

Conclusion

 

Chapitre 4 : Coloniser la terre promise

 

Afin que les lecteurs puissent avoir une meilleure compréhension quant à la connexion entre la décision de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre McIntosh (1823) et la bible (ancien testament), ce chapitre fournit un bref résumé du point de vue indigène, de quelques aspects clefs du modèle “peuple élu-terre promise” tel qu’on le trouve dans la bible (ancien testament). Le modèle cognitif du peuple élu et de la terre promise est une partie importante de la toile de fond conceptuelle et religieuse du “droit de découverte” qui est cité dans la décision et le rendu de justice dans l’affaire Johnson contre M’Intosh. Ce modèle est la source de la perspective qui voudrait que le peuple colon des Etats-Unis d’Amérique soit un nouveau “peuple élu” analogue à celui de l’ancien testament biblique. D’après cette vision et en accord avec le modèle cognitif du conquérant vu auparavant, “dieu” est considéré avoir accordé aux Etats-Unis un droit divin de conquérir et de subjuguer les terres “infidèles” ou “païennes” de l’Amérique du Nord.

[…] Comment savons-nous que l’histoire de l’aventure coloniale d’Abram (NdT: plus tard renommé “Abraham”…) et des ses compagnons inclut des peuples indigènes ? Parce que l’ancien testament reconnaît que la terre de Canaan était habitée du temps où Abram et ses compagnons colonisateurs y arrivèrent. Le livre de la Génèse 12:6 déclare ceci: “Et le Canéen était alors sur la terre.” Notez que ce passage ne dit pas que la terre appartenait aux Canéens ni que les Canéens étaient les propriétaires de droit de cette terre, seulement que les Canéens “étaient sur la terre”. Malgrè la présence des Canéens donc sur cette terre avant l’arrivée d’Abram, on nous dit dans la ligne suivante que dieu apparut alors à Abram et lui dit: “A ta descendance vais-je donner cette terre.” Dieu, en tant que leader conquérant de l’expédition coloniale, “a promis” la terre des Canéens à Abram et au peuple hébreu.

Plus loin dans le livre de l’ancien testament, il est expliqué comment Abram devint éventuellement Abraham, le père du “peuple élu”. C’est aussi l’histoire du comment la terre indigène de Canaan fut regardée, du moins depuis la perspective coloniale, comme la terre promise de ce soi-disant peuple élu. Le narratif de cet ancien testament en d’autres termes, est à l’origine du modèle cognitif de la terre promise et du peuple élu, sur lequel il est plus élaboré dans l’ancien testament ce qui deviendra aussi éventuellement et inconsciemment, partie de la toile de fond culturelle et religieuse de la décision dans l’affaire Johnson contre M’Intosh.

[…] Dans le livre de la Génèse 15:7, nous trouvons dieu (le conquérant) dire à Abram: “Moi, dieu (dominus), qui t’ai sorti d’Ur et de Chaldee pour te donner cette terre en héritage.” …

Puis dieu fit un pacte avec Abram lui disant: “A ta descendance ai-je donné cette terre, de la rivière d’Egypte (le Nil) jusqu’à la grande rivière de l’Euphrate:” Notez que “deux points” apparaissent après le mot “Euphrate” à la fin de la phrase ce qui indique qu’une liste de choses doit suivre. Ces deux points clarifient que dieu (conquérant) ne donne pas seulement la terre à Abram, il lui donne aussi les peuples indigènes vivant sur cette terre de la “terre promise” de Canaan. Ainsi:

A toi je donne donc cette terre, de la rivière d’Egypte à la grande rivière, la rivière Euphrate: Les Kénites et les Kenitzites et les Kadmonites et les Hittites et les Perizzites et les Réphaïms et les Amorites et les Canéens et les Girgashites et les Jébusites.

[…] Il est ainsi clair qu’Abram va hériter à la fois de la terre et des peuples indigènes vivant dessus. Étant donné qu’un héritage est une forme de propriété, ce segment de l’ancien testament biblique fournit la logique théologique pour considérer les peuples indigènes comme une forme de propriété sujets à la souveraineté et à la domination du peuple élu.

[…] Puis dieu scelle son accord avec Abram et le renomme Abraham “père de bien des nations”. Avec cette cérémonie, dieu fait des Hébreus sont peuple élu, élu par lui pour porter le commandement divin de prendre la terre de Canaan en une “possession éternelle”. Ainsi les peuples indigènes de la terre canéenne sont considérés comme étant la propriété héritée du peuple élu, ce qui est clarifié plus loin dans le psaume 2:8 dans lequel dieu dit au roi hébreu David: “Demande-moi et je te donnerai les infidèles en héritage et la meilleure partie de la terre pour ta possession.

[…] La tradition de la colonisation est associée avec la métaphore de la SEMENCE/DESCENDANCE comme trouvée dans le livre de la Génèse 17, qui dépeint la déité de l’ancien testament disant à Abram que la terre promise était donnée “à toi et à ta descendance après toi.” Les termes cultiver et coloniser sont tous deux dérivés du latin colere, ce qui montre qu’il y a une corrélation entre l’action de cultiver et la colonisation. C’est aussi pourquoi la langue anglaise se réfère souvent au terme de “plantations” pour dire les “colonies”. Ainsi planter “des graines” peut aussi être interprété en termes de propagation humaine et le fait de semer des colons sur une nouvelle terre avec pour but sa colonisation.

D’après le contre-amiral Samuel Eliot Morison, la colonisation “est une forme de conquête par laquelle une nation prend en charge un territoire distant, y pousse ses gens et contrôle ou élimine la population native. Ainsi, l’histoire de la colonisation est aussi celle de la guerre et de l’exploitation des races et des nations les unes par les autres.

[…] La première des tâches (dans la bible) fut d’extirper, de déraciner les Canéens non-hébreus de la “terre-promise”. La seconde tâche fut de “replanter” (de repeupler) la terre promise avec la descendance d’Abraham.

Pendant les XVème, XVIème siècles et plus tard, les monarchies et nations de la chrétienté tirèrent le narratif de l’ancien testament se référant au peuple élu et à la terre promise de son contexte géographique moyen-oriental et commencèrent à l’appliquer au reste de la planète.

[…] Donc c’est le modèle cognitif du “peuple élu et de la terre promise” qui fait partie de la toile de fond qui motive, qui donne un sens au soi-disant “droit à la découverte chrétienne” dans la décision de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre M’Intosh. En conservant ce modèle cognitif, nous pourrions même l’appeler le droit divin de la découverte chrétienne.

La présomption par les potentats chrétiens qu’ils avaient le droit divin de prendre possession des terres infidèles (terres non encore possédées par un prince ou un peuple chrétiens), fut le résultat direct de leur croyance en ce que dieu avait préalablement commandé aux Hébreus de prendre possession de Canaan et que eux, les chrétiens, étaient devenus le “nouveau peuple élu de dieu”. De fait, toutes les régions non converties de la planète devenaient métaphoriquement, d’un point de vue biblique de la chrétienté, des terres promises.

[…] Les monarques et conquistadores de la chrétienté ont transformé le commandement de Yahvé aux Hébreus de prendre possession de Canaan en une version chrétienne globalisée de la même doctrine. Dans la perspective chrétienne, l’histoire de l’ancien testament fut changée de “Yahvé commande aux Hébreus” en “Dieu commande aux chrétiens” de prendre possession de toutes les terres de par le monde qui n’ont pas encore été subjuguées ni possédées par des chrétiens , forcées sous l’imperium et le dominium chrétien.

[…] Ce principe, dit Marshall, fut “celui disant que la découverte a donné le titre (de propriété) au gouvernement des sujets ou par leurs autorités par lesquels la découverte fut faite.”.. D’un point de vue chrétien, il est évident que toutes les terres infidèles tomberont un jour ou l’autre sous la coupe, le joug et la possession de la chrétienté. Nous voyons par exemple cette attitude parfaitement bien reflétée dans la bulle papale Inter Caetera de 1493, qui clâme le droit de localiser, d’assumer la domination et de prendre possession de toutes ces “terres qui ne sont pas en possession d’un prince chrétien.”

[…] Le livre de la Génèse 1:28 fut la base de l’assertion que la découverte chrétienne de quelque région géographique préalablement inconnue du monde chrétien, “donnait” aux découvreurs chrétiens un titre de propriété sur ces terres en tant “qu’héritage” et “possession éternelle”.

Ainsi, empruntant de l’histoire biblique des Hébreus, les colonisateurs anglais conçurent l’Amérique du Nord comme la terre de Canaan.

[…] Tandis que les monarchies européennes commençaient à globaliser la tradition de l’accord divin de l’ancien testament, elles empruntèrent également les instructions de l’ancien testament sur le comment prendre possession des terres “promises” infidèles et païennes. Cette source se trouve dans le Deutéronome 20:10-18.

[…] Auparavant, durant les croisades (à partir du XIème siècle), nous trouvons des croisés chrétiens démontrant les mêmes attitudes que celles prescrites dans les passages sus-mentionnés du Deutéronome de la bible. En 1095, le pape Urbain III déclara la première croisade et fit alors savoir que toutes terres, possessions, propriétés, que les chrétiens parviendraient à localiser (découvrir) et à saisir (posséder), appartiendraient en tant que butin de guerre aux chrétiens qui s’en seraient emparés en premier. Lorsque les chrétiens parvinrent à mettre à sac Jérusalem en 1099, ils semblaient suivre directement les conseils édictés dans le Deutéronome, à savoir de “détruire complètement” les ennemis religieux. L’archevêque de Tyre décrivit des scènes horribles du comportement des croisés dévôts envers les infidèles. La façon brutale dont Jérusalem fut mise à sac et ses habitant musulmans méthodiquement exterminés illustrent un point important: les croisés qui clâmaient le droit divin de prendre possession des terres et possessions des ocupants de ces lieux, clâmaient aussi qu’ils avaient le droit divin de violemment convertir la terre et la propriété des “non-croyants et infidèles”. Ils considéraient leurs ennemis comme étant du mauvais côté de dieu.

[…] Le droit de possession (de pillage) émanant de l’ancien testament décrit par Pedro de Santander en 1557 illustre bien que lorsque le peuple élu va de l’avant, saisit et possède la terre et la propriété des peuples païens, il a l’intention délibérée de s’engager dans une prise en charge violente et hostile de la terre promise. L’affirmation par l’ancien testament d’un “droit divin” à posséder les terres des peuples indigènes est, en réalité, l’affirmation d’un “droit divin” de terroriser, de conquérir et de subjuguer tous peuples indigènes et de prendre en compte, posséder et profiter immensément de leurs terres et de leurs ressources.

 

Chapitre 5: Le modèle “peuple élu-terre promise”

 

Comme nous l’avons vu, d’un point de vue indigène, l’expression “droit de découverte” citée dans la décision de l’affaire Johnson contre M’Intosh est correctement comprise dans les termes du modèle du conquérant et de celui du peuple élu-terre promise. Ainsi, une partie clef de la toile de fond culturelle, religieuse et conceptuelle de la décision de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre M’Intosh est une compréhension inconsciente, subliminale, que “dieu” a donné aux Etats-Unis le droit divin de conquérir, de subjuguer et d’exercer une domination sans partage sur les terres d’Amérique du Nord. Le modèle cognitif du “peuple élu-terre promise” est devenu partie intégrante de la construction culturelle et cognitive des Etats-Unis d’Amérique.

Ce modèle mental issu du biblique ancien testament, a servi de fondation pour cette présomption que les peuples et nations originellement libres et indépendantes des Indiens des Amériques sont assujetties aux idées et aux jugements (légaux et politiques) des Etats-Unis (NdT: et du Canada de l’autre côté de la colonie…).

[…]

Dieu est dépeint comme ayant guidé le peuple élu à cette fin en lui donnant des instructions précises sur le comment s’occuper des Canéens et des autres peuples païens.

Anders Stephanson dans son livre “Manifest Destiny”, exprime le modèle peuple élu-terre promise de manière assez abrupte de la même façon que ce fut appliqué par les chrétiens en Amérique du Nord:

Pour les Européens, la terre non occupée par des membres reconnus de la chrétienté était théoriquement une terre libre pour être possédée. Quand ce fut pratiquement possible, ils le firent. Les colonisateurs chrétiens des Amériques, y compris les Espagnols et les Portugais comprirent leurs conquêtes comme une entreprise sacrée, mais seulement les puritains (anglicans, protestants) de la Nouvelle-Angleterre considérèrent leur territoire comme sacré, ou devant être sacré. Se considérant appointés pour la vraie mission chrétienne, leur présence en était la preuve. Au même degré, l’Angleterre se trouvait ainsi désacralisée. Ceci, donc, représentait le nouveau Canaan, une terre promise, à être reconquise et retravaillée pour la gloire de dieu par ses forces élues, les sauveurs dans le monde sauvage.

[…] Quand des formes de raisonnement trouvées dans le narratif de l’ancien testament sont utilisées pour raisonner au sujet des terres amérindiennes, le résultat en est que les terres indiennes deviennent métaphoriquement conceptualisées, du point de vue des Etats-Unis, comme la “terre promise” à un “peuple élu”, celui des Etats-Unis… Il y a bien des preuves montrant que des leaders importants des Etats-Unis ont appliqué le modèle cognitif de la terre-promise et du peuple élu comme manière de penser au sujet et de l’expérience de l’identité des Etats-Unis, à la fois en relation avec les terres du sub-continent nord-américain et au moyen de mots, comme “païens”, “infidèles”, en relation avec les Indiens.

[…] Thomas Jefferson et Benjamin Franklin ayant suggéré une image pour la représentation du sceau des Etats-Unis est en accord avec une remarque d’Abiel Abbott dans son sermont du jour d’action de grâce 1799 où il disait: “Il a souvent été remarqué que le peuple des Etats-Unis est parallèlement très proche de l’ancien Israël, plus proche que tout autre nation sur terre. C’est pourquoi notre ‘Israël Américain’ est une expression très souvent employée et cela est communément consenti somme une expression juste et appropriée.

[…] Un certain nombre d’inférences s’ensuit de ce modèle cognitif du peuple élu et de la terre promise (cf le Deutéronome 20:10-18), comme le fait que les peuples indigènes doivent être retirés de la terre (cf la loi sur le déplacement des Indiens / Indian Removal Act ~ NdT: passé sous le plus raciste et anti-Indien président des Etats-Unis: Andrew Jackson, en Mai 1830…), mis en condition de servitude (cf la mise en esclavage des nations indiennes de Californie dans les missions catholiques espagnoles), exterminés pour faire de la place au peuple élu des Etats-Unis (cf les massacres de Sand Creek, NdT: Novembre 1864, 8 heures de massacres absolus de villages Cheyennes et Arapahos par des milices menées par le colonel et prêtre méthodiste John Chivington ~ et de Wounded Knee, NdT: massacre d’une communauté Lakota Sioux, plus de 400 personnes, femmes, enfants et vieillards, en décembre 1890, par l’armée des Etats-Unis, détachement commandé par un colonel Forsythe) et assimilés dans le “corps politique” de la société élargie (cf les politiques états-uniennes assimilationnistes, de termination ou de relocation dans les années 1950 et 1960).

[…] Dans un discours de Ronald Reagan à l’Independance Hall de Philadelphie, il choisît également de faire référence au modèle cognitif du peuple élu et de la terre promise, clin d’œil également à la “main invisible” citée par George Washington, main qui conduit les affaires des hommes…

D’après Reagan, lorsque Washington fit cette déclaration, il faisait sans aucun doute “penser à la grande et bonne fortune de ce jeune pays: ce continent vaste et fertile qui nous a été donné.” Par là, Reagan invoquait la croyance commune qu’il est partie intégrante du modèle du peuple élu et de la terre promise qu’une “agence providentielle (divine)” ait donné les terres indiennes du continent nord-américain aux Etats-Unis.

[…] Ainsi, la décision judiciaire de 1823 dans l’affaire Johnson contre M’Intosh par la cour suprême des Etats-Unis est une décision religieuse dans son origine parce que les catégories “peuple chrétien” et “infidèles”, mentionnés et écrits par John Marshall dans cette décision, le sont. Cette décision a aussi une origine religieuse parce que Marshall y affirma que de la “découverte” par le “peuple chrétien” des terres de l’Amérique du Nord résulta la “diminution”, la “réduction” des “droits indiens de complète souveraineté en tant que nations indépendantes”. Une analyse détaillée de l’affaire et de la décision Johnson contre M’Intosh dans les chapitres 7 et 8 démontreront la base religieuse de l’affirmation par la cour suprême que l’indépendance des Indiens fut “diminuée” par le “droit de la découverte chrétienne”.

[…] Les érudits et universitaires ont reconnu depuis longtemps une connexion entre la pensée chrétienne et l’histoire des Etats-Unis. Ce qu’ils ont néanmoins négligé, est l’histoire du comment le modèle cognitif conquérant du peuple élu-terre promise devint la principale fondation et la base cognitive de la loi et de la politique fédérales indienne par le biais et en résultat de la décision de la cour suprême des Etats-Unis dans l’affaire Johnson contre M’Intosh de 1823…

Ce qui n’a pas été suffisamment compris quoi qu’il en soit, est que la loi fédérale indienne, par le biais de la décision de l’affaire Johnson, est un dérivé mental de la croyance culturelle en toile de fond qui affirme que le dieu chrétien a promis les terres d’Amérique du Nord aux peuples de la chrétienté qui traversèrent l’océan Atlantique pour arriver sur ce continent et où ils clamèrent des droits permanents dûs à la découverte chrétienne et une domination (dominion), que les Etats-Unis ont ensuite clâmé pour eux-mêmes.

 

Chapitre 6: La mentalité dominatrice de la chrétienté

 

[…] La chrétienté est un terme qui se réfère à l’impérialisme chrétien. De fait, un des sens donné au mot “chrétienté” est “la portion du monde dans laquelle le christianisme prévaut ou qui est gouverné par des principes chrétiens.”

[…] Gardant cette tradition, la mentalité conquérante de la chrétienté occidentale est devenue partie intégrante de l’attitude mentale inconsciente des officiels des gouvernements américains envers les nations indiennes originellement indépendantes et libres.

Lorsque les 13 colonies britanniques se sont elles-mêmes déclarées être 13 “états” indépendants, collectivement appelés les Etas-Unis d’Amérique, la mentalité impérialiste de la chrétienté occidentale devint institutionnalisée comme faisant aussi partie de la conscience collective de la société des Etats-Unis.

[…] Bien sûr, à la lumière de leur traitement historique des Amérindiens, de leur nations et peuples, il est aussi impossible que les actions des Etats-Unis représentent la liberté, la justice, la démocratie et le règle de la loi, à moins que ces concepts soient interprétés dans le contexte même de l’empire américain et de sa volonté multigénérationnelle de domination et d’exploitation continues… Moins de trois siècles après que Christophe Colomb ait foulé le continent, les “pères fondateurs” euro-américains travaillèrent dur intellectuellement pour créer le cadre politique et légal des “Etats-Unis d’Amérique”. Le monde qu’ils désiraient créer était un monde duquel les Indiens seraient soit éliminés et leurs terres assujetties, ou alternativement un monde où la vaste majorité des terres indiennes seraient colonisées et saisies par les Etats-Unis et les Indiens seraient forcés de vivre sous la domination impérialiste, le pouvoir et le contrôle des Etats-Unis. Les fondateurs de la république connue sous le nom d’Etats-Unis d’Amérique envisionnaient la montée et l’expansion de l’empire américain. Ainsi, ils voyaient les nations et peuples originels, libres et indépendants de ce sous-continent comme se tenant sur le chemin de l’imperium plannifié des Etats-Unis.

[…] Ceux qui font la promotion de Colomb comme étant un héros culturel, le font malgré le fait que comme symbole de “justice”, Colomb fit ériger plus de trois cents échafauds dans différentes îles indigènes afin d’y faire pendre les Indiens à la “barre de la justice”, 13 à la fois, le chiffre correspondant à Jésus et ses 12 apôtres. Les Indiens qui furent pendus à ces gibets, le furent en s’étranglant doucement tandis qu’un feu était allumé sous eux et qu’ils mouraient une mort atroce par strangulation partielle puis totale après avoir été tourmentés par les flammes.

Pour ces raisons, ceux qui considèrent Christophe Colomb (NdT: joué par le Depardieu national en son temps…) comme un des pères fondateurs des Etats-Unis devraient être questionnés sur la possibilité selon eux de réconcilier les valeurs et actions assassines de Colomb avec les valeurs professées par les Etats-Unis, valeurs telles que la liberté, la justice, la démocratie et la règle de la loi. Ceux qui veulent continuer à tenir Colomb pour un modèle de tous ces concepts et du bien qui est dit au sujet des Etats-Unis doivent prendre en considération le fait que l’amirauté espagnole est le protype du modèle de conquérant et de ces forces horribles et destructrices de conquête et de colonisation, qui désirèrent et travaillerent dur pour retirer leur existence libre et indépendante aux peuples et nations indiens du continent. On ne peut pas échapper au fait que les actions subjugantes et meurtrières de Colomb sont partie intégrante de la chrétienté et de l’évangelisation chrétienne durant l’âge dit de la “découverte”.

[…] Une chose est plus que certaine: la conduite haineuse de Colomb envers les Indiens des Amériques et des autres européens chrétiens était une illustration de la mentalité de domination et de croisade de la chrétienté occidentale. Colomb était le produit d’un “nouvel esprit de croisade qui balaya la chrétienté” au milieu du XVème siècle. Paolo Emilio Taviani montre que ce fut cet “esprit de croisade” qui “nourrît alors l’impétuosité portugaise pour son expansion au delà des mers, pas seulement d’un point de vue matérialiste et commercial, mais aussi dans l’espoir fervent de disséminer le christianisme et de convertir des infidèles. Il dit aussi que “Colomb faisait partie de cette impétuosité du nouvel esprit de croisade.” Delno C. West et August Kling, dans leur publication anglaise de l’ouvrage référencé ci-dessus de Taviani “Libro de la profecias”, déclarent que “la vision de Colomb était celle d’un missionnaire et d’un croisé.” Cette mentalité militaire croisée de la chrétienté est révélée par les concepts et les métaphores trouvés dans de nombreux passages bibliques que Colomb célébra comme réfléchissant les “valeurs les plus hautes” qu’il chérissait le plus. (NdT: entre autres citations bibliques appréciées par Colomb figure celle-ci: “Dieu qui est juste et bon coupera le cous des pêcheurs”… Tout un programme…) […]

 

La structure pyramidale de la loi et la politique fédérale indienne

 

Comme vu précédemment, le contexte historique de la chrétienté sert de toile de fond à l’expression du juge Marshall dans son rendu de la décision de l’affaire Johnson contre M’Intosh: “peuple chrétien” et dans son affirmation que les Européens “ont assumé la domination ultime être eux-mêmes”. C’est pourquoi la décision dans l’affaire Johnson est correctement interprétée en termes des cadres de domination conceptuel, culturel et impérial de la chrétienté.

[…] De nombreux passages bibliques de l’ancien testament, comme ceux cités auparavant, révèlent qu’au cœur de la mentalité et de la religion de la chrétienté figurent l’intention et le désir de conquérir et subjuguer les nations “infidèles, païennes” et les forcer sous les pieds des chrétiens, ce qui est en accord avec la teneur générale ressortant de la décision de la cour suprême des Etats-Uns dans l’affaire Johnson contre M’Intosh.

[…] D’après la mentalité impérialiste de la chrétienté, les chrétiens sont TOUJOURS conceptuellement positionnés comme existant au-dessus et en contrôle des non-chrétiens. Ceci parce que les chrétiens se considèrent comme ayant “été élevés” par dieu à ce rang en relation aux non-chrétiens. A l’inverse, dans le cadre conceptuel de l’ancien testament, l’existence des “païens” ou des “peuples infidèles” (peuples indigènes) est toujours structurée comme étant SOUS les Hébreus ou autres peuples élus. Ceci suggère la dualité suivante:

sur –> au-dessus –> en haut –> Hébreus –> Chrétiens

sous –> en-dessous –> en-bas –> non-Hébreus –> infidèles, païens, incroyants

Un cadre identique se révèle dans la structure profonde de la décision de l’affaire Johnson et dans la loi fédérale indienne de manière générale:

Civilisés –> peuple chrétien –> Etats-Unis

Non-civilisés, sauvages –> infidèles, païens –> Indiens

Du point de vue de l’ancien testament, les Hébreus puis les Chrétiens, sont toujours vus et dépeints dans la position cardinale de supériorité. Ce faisant, les catégories Hébreus et Chrétiennes sont toujours vues comme existant sur un plan supérieur, plus haut que les non-hébreus et non-chrétiens qui eux sont en-bas. Il est à noter que ce schéma est aussi impliqué dans le mot “souverain”.

[…] De la sorte, dès que les Etats-Unis ont été créés, les officiels américains ont établi une règle cardinale de toujours conceptualiser les Etats-Unis comme existant sur un plus haut niveau, sur un plan supérieur, que les nations indigènes. Ceci mena à cette déclaration suivante dans un document du ministère des affaires étrangères (du département des affaires d’état en terminologie américaine): “La conquête fait que les tribus sont sujettent au pouvoir législatif des Etats-Unis et en substance, cela met fin aux pouvoirs externes de souveraineté des dites tribus.” Conceptualiser de manière imaginaire les Indiens comme existant dans une position permanente de subordination dans leur relation avec les Etats-Unis correspond précisément à la structure profonde de l’ancien testament, du modèle du conquérant et de la mentalité de domination de la chrétienté ; c’est de cela qu’a émergé la décision de justice dans l’affaire Johnson contre M’Intosh et les idées dérivées menant et connues aujourd’hui sous le vocable de la loi et la politique fédérale indienne.
A suivre …

Prochaine partie, le détail du verdict de la Cour Suprême des Etats-Unis qui a scellé, en 1823, la loi et la politique fédérales indienne avec l’affaire Johnson contre McIntosh. Ceci constitue LA référence légale sur les affaires indiennes jusqu’à aujourd’hui.

 

 

 

 

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12 Réponses to “Comprendre le colonialisme actuel: « Païens en Terre Promise », décoder la doctrine chrétienne de la découverte (Steven Newcomb) ~ 2ème partie ~”

  1. JBL1960 Says:

    Je viens de comprendre aujourd’hui la genèse de l’expression : 13 à la douzaine ! Cette traduction est vraiment très très intéressante et tellement éclairante. La France n’a pas fait autrement en Afrique… Pétard, comment on fait pour réparer cette ignominie ? Parce que c’est le but, non ? Souvent, je me dis que c’est bizarre d’être aussi réfractaire au christianisme et tout ce qui va avec. Car pour être très claire ; Dieu, Jésus Christ, toussa toussa, ça me file des boutons grave. Et puis, au fur et à mesure que je lis les traductions des MNN et que je me documente un max sur la période à l’aune de ce que je sais aujourd’hui ; je me dis que j’étais dans le vrai depuis toujours mais que je ne savais pas comment exprimer cette opinion. Vous comprenez pourquoi je mets un point d’honneur à aller jusqu’au bout de mon idée pour obtenir ma radiation du Registre des Baptêmes. Merci infiniment à vous R71 pour ces traductions. A+

  2. JBL1960 Says:

    Je me permets de vous mettre en lien ce sketch de Jean Yanne https://www.youtube.com/watch?v=OF9GKx8nDwY En effet, nous avons reçu les documents pour les prochaines élections (j’ai prévu de déménager cette année et de ne plus m’inscrire sur les listes électorales) et mon mari me demandant ; Y’a des élections ? (oui, il s’en branle un peu en même temps) et je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire ; Oui, c’est les départementales et de me faire penser à ce sketch ! Le fait est que quand Yanne répond « NON, je vais pas sur les départementales… » On y croit, non ?

  3. « Je crois que la grande différence entre les hommes politique et les oiseaux, c’est que de temps en temps les oiseaux s’arrêtent de voler ». Coluche.

  4. JBL1960 Says:

    C’est vrai que Coluche était un grand monsieur. Et non, je ne crois pas qu’il aurait été fier que les Restos du Coeur soit encore efficient et récupéré par TFRien en 2015 ! Souvent, je me demande ce qu’il nous sortirait sur tel ou tel événement. Parfois aussi, je me demande s’il aurait gardé cette ligne humoristique. Rappelez-vous Maxime Leforestier, que j’ai admiré, vraiment et qui a tenu des propos incroyables sous Sarkozy concernant Hadopi. Et le Thierry Lhermitte qui lui a carrément créé une Sté sous Sarkozy pour faire la chasse aux fraudeurs qui téléchargaient illégallement ? Ah misère…

    • Notre position est la suivante: Il n’y a pas plus de « droits d’auteur » ou de « propriété intellectuelle » que de beurre au c…. TOUT ce qui est créé aujourd’hui dans tous les domaines que ce soient ne peut l’être que parce que les créateurs, bons ou mauvais, utilisent (plus ou moins bien) tout ce qui a été fait avant eux dans leur domaine. En cela, toute création humaine, artistique, scientifique, technologique etc… est la PROPRIETE DE L’HUMANITE et tout le monde a le droit naturel d’y avoir accès GRATUITEMENT !
      Toute autre considération n’est que foutaise élitiste, corporatiste et commerciale !
      Ceci est une position anarchiste pur sucre sur le sujet… 😉

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