Résistance politique au colonialisme: La chrétienté source de la chienlit colonialiste moderne…

« Transposer un sens éthique et cette idée sur un plan de philosophie politique concise est difficile, car cela résiste l’institutionnalisation…  Je pourrai suggérer un point de départ en conceptualisant une forme d’anarcho-indigénisme. Pour prendre racine dans l’esprit des gens, la nouvelle éthique doit capturer l’esprit du guerrier dans la bataille et l’amener en politique. Comment peut-on décrire cet esprit en terme contemporain en relation à un mouvement politique ? Les deux éléments qui viennent à l’esprit sont « indigène », évoquant l’enracinement culturel et spirituel dans cette terre et la lutte Ongwehonwe pour la justice et la liberté et le philosophie politique et le mouvement qui est fondamentalement anti-institutionnel, radicalement démocratique et focalisé à agir pour forcer un changement de société: l’anarchisme.« 

~ Taiaiake Alfred ~

 

Le contexte des traités avec les nations indiennes

 

Steven Newcomb

 

27 Février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/27/context-indian-nation-treaties

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le National Museum of the American Indian (NMAI) a créé une exhibition importante et visuellement captivante appelée “De nation à nation: Les traités entre les Etats-Unis et les nations amérindiennes”. Cette exposition s’est ouverte le 21 Septembre 2014 et durera jusqu’à l’automne 2018. Un résumé sur le site internet du NMAI stipule: “Les traités sont au cœur de la relation entre les nations indiennes et les Etats-Unis,” et que l’exhibition sur les traités explique “l’histoire de cette relation, incluant l’histoire et l’héritage de la diplomatie états-uno-amérindienne de la période coloniale à nos jours.

Il y a, quoi qu’il en soit, une importante question qui n’est bien évidemment pas posée par l’exposition du musée: Pourquoi les traités avec les nations indiennes ne sont-ils pas classifiés de la même manière que les traités des Etats-Unis avec des nations comm,e par exemple, la Grande-Bretagne, la France ou l’Espagne ? Une explication du cadre utilisé par les Etats-Unis, et toujours utilisé aujourd’hui, pour interpréter les traités établis avec nos nations indiennes “originelles” a été publiée en 1848. Elle fut publiée “sous l’autorité du congrès des Etats-Unis” dans le Volume II des statuts publics généraux des Etats-Unis: “The Public Statutes at Large of the United States of America,” qui fut mise en page et éditée par l’avocat Richerd Peters.

Le Volume II est intitulé “Traités entre les Etats-Unis et les tribus indiennes” / “Treaties Between the United States and the Indian Tribes,” caractérisant de la sorte les traités avec les Indiens comme n’ayant pas été faits avec des nations indiennes… A leur crédit, disons que les curateurs de l’exposition du NMAI mettent en contradiction dans leur exhibition sur les traités, cette attitude vis à vis des termes “nation à nation” et “Nations Indiennes Américaines”.

Dans la table des matières du Volume VII des “statuts généraux”, sous la “Liste des traitées entre les Etats-Unis et les tribus indiennes”, Peters écrit: “ les principes généraux reconnus (sic) par la cour suprême des Etats-Unis en relation avec les tribus indiennes” et note en page une qu’il s’était senti obligé de commencer le livre avec une information expliquant comment “des traités entre les Etats-Unis et des tribus indiennes” sont interprétés du point de vue des Etats-Unis. Une partie de cette explication implique ce qu’il appelle “les principes généraux qui ont été reconnus (sic) par la cour suprême des Etats-Unis et les tribus indiennes”, et “le titre indien des terres qu’ils occupent”.

Le corps de ce VIIème volume des statuts généraux commence avec “l’affaire de Johnson et de Graham Lessee contre William McIntosh, rapports de Wheaton 8”, dont le rendu fut écrit par le juge de cour suprême John Marshall. Il reproduit ensuite, presque verbatim, la quasi totalité de la décision de l’affaire Johnson contre M’Intosh en 1823. Cette décision est bien évidemment conçue et fondée sur ce que le juge Marshall a appelé “le droit à la découverte, confiné aux pays chrétiens, des terres alors inconnues du peuple chrétien”.

Plus tard, citant Etats-Unis contre Clarke, 9 Peters, 168, Peters écrivit que “le prix ultime était dans la couronne et ses allotements”, sujet au “droit de possession indien” . Le terme “prix ultime” d’après le dictionnaire légal Black, veut dire “titre complet et absolu”. “un “prix” (NdT: “fee” dans le texte original anglais…) est “propriété permanente et absolue, détenue par un seigneur supérieur.” Il continue: “ceci a la même signification que celle du domaine féodal et son concept de seigneurs féodaux et leurs sujets ainsi que dans l’idée de la relation du roi avec des terres “vacantes”, c’est à dire des terres de nations non-chrétiennes.

Peters, citant toujours Etats-Unis contre Clarke, se réfère à “une règle légale établie en Angleterre, qui de par sa prérogative, disait que le roi etait l’occupant universel de toutes terres vacantes dans ses domaines et avait le droit de les donner comme bon lui semblait, prérogative également valide au travers de la volonté de ses administrateurs dûment autorisés.” Cette explication est en accord avec la déclaration du juge suprême Marshall dans le rendu de Johnson contre M’Intosh: “D’après la théorie de la constitution britannique, toutes les terres vacantes sont reversées à la couronne, comme représentante de la nation et le pouvoir exclusif de le faire est admis résider dans la Couronne en tant que branche de la prérogative royale. Il a déjà été montré que ce principe était aussi reconnu en Amérique que sur l’île de Grande-Bretagne.

Marshall dit plus avant à la cour: “En virginie donc, aussi bien que n’importe où ailleurs dans les dominions britanniques, le titre complet de la Couronne sur les terres vacantes était reconnu. Aussi loin que va le respect de l’autorité de la couronne, aucune distinction ne fut faite entre les terres vacantes et les terres occupées par les Indiens. Le titre de propriété, soumis seulement aux limites du droit d’occupation des sols par les Indiens, fut admis être investi dans la personne du roi, tout comme ce fut son droit d’attribuer ce titre. Les terres auxquelles cette proclamation se référait étaient donc des terres que le roi avait le droit d’attribuer ou de réserver aux Indiens.

La déclaration de la cour suprême des Etats-Unis disant que la couronne britannique n’avait fait aucune “distinction” “entre les terres vacantes et les terres occupées par les Indiens”, fut clarifiée plus avant par Benjamin Munn Ziegler dans son livre: The International Law of John Marshall. Comme le dit alors Ziegler: “Aussi loin que fut respectée l’autorité de la couronne, aucune distinction ne fut faite entre les terres vacantes et les terres occupées par les Indiens” (p.46). Il nota ensuite en passant: “Le terme “terres inoccupées”, réfère bien sûr aux terres en Amérique qui “étaient occupées par les Indiens” lorsqu’eles furent découvertes, mais elle étaient “inoccupées” par des chrétiens…”

Voilà… Les territoires traditionnels de nos nations originelles étaient des “terres inoccupées par des chrétiens” (NdT: conformément aux bulles papales du XVème siècle, elles pouvaient être saisies, volées, usurpées..) est la réponse à la question du pourquoi le gouvernement des Etats-Unis ne classifie pas les traités avec nos nations de la même manière que ceux qu’ils établirent avec des nations comme la Grande-Bretagne, France ou l’Espagne ou tout autre pays. Les traités établis par les Etats-Unis avec les nations indiennes furent des traités établis avec des nations non-chrétiennes. L’historien Francis Jennings a résumé cette attitude de manière succinte dans son “The Invasion of America” lorsqu’il y dit ceci: “ La condition de sauvagerie impliquait plus qu’une sensibilité esthétique et le juge suprême (Marshall) d’un pays embrassant la séparation de l’église et de l’état pouvait montrer aucune préoccupation officielle au sujet de manque de chrétienté des Indiens comme critère de leur statut légal.” Nous devrions ajouter ici “et de leur statut politique”.

Les Etats-Unis ont utilisé le “manque de chrétienté” de nos ancêtres comme critère de jugement du statut politique de nos nations et des traités, le tout devant être subordonné à la “souveraineté” et la “domination” prévalentes des Etats-Unis. Tandis que les curateurs du NMAI méritent des félicitations pour avoir cadré l’exposition dans les termes de nos “Nations”, un grand pas en avant serait de parvenir à focaliser l’attention publique sur le fondement religieux chrétien bigot issus de la bible qui est sous-jacent à la loi et la politique fédérales indienne et qui fut rendu possible par le moyen des décisions de la cour suprême des Etats-Unis dans les affaires Johnson contre McIntosh (1823) et Tee-Hit-Ton Indians vs United States de 1955.

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2 Réponses to “Résistance politique au colonialisme: La chrétienté source de la chienlit colonialiste moderne…”

  1. michel Says:

    Le colonialisme en forme de monstruosité prend grande ampleur vers l’an 452, avec le Concile d’Arles : « Si sur le territoire d’un évêque, des infidèles [sic] allument des torches, ou vénèrent des arbres, des fontaines ou des pierres, et que l’évêque néglige d’extirper ces superstitions, qu’il sache bien qu’il est coupable. Quant à l’organisateur de ces pratiques, si averti, il ne se soumet pas, il devra être privé de la communion ».

    • La chasse aux Panoramix était ouverte ! 😉
      Le concept même de « dieu » est oppresseur. Plus il y a de « dieu », moins il y a de liberté c’est bien connu.
      Au XXIème siècle, les nations/peuples natifs du continent des Amériques sont toujours sous le joug colonial. Il en va de même de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, des DTOM français de tout le Commonwealth…
      Faire chuter l’empire, c’est lui retirer le tapis de dessous les pieds: Son territoire usurpé, volé par le génocide. Les peuples occidentaux éveillés les aideront à reprendre leur souveraineté, le salut de l’humanité passe par là !

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