Résistance au colonialisme: Génocide et esclavage frères jumeaux mortifères de la colonisation du « nouveau monde »…

Génocide et esclavage Les jumeaux malfaisants du colonialisme

 

Dina Gilio-Whitaker

 

23 février 2015

 

url de l’article original:

http://indiancountrytodaymedianetwork.com/2015/02/23/genocide-and-slavery-evil-twins-colonialism

 

~ Traduit de l’anglais par Résistance 71 ~

 

Le mois de Février est le mois de l’histoire afro-américaine, le temps de reconnaître les contributions afro-américaines envers les Etats-Unis et célébrer l’identité noire. Cela veut aussi dire d’inévitablement revisiter l’histoire très dérangeante de ce pays pour comprendre comment le pouvoir européen et américain fut utilisé pour construire les Etats-Unis d’Amérique en se fondant sur une idéologie de l’infériorité des races non-blanches. La colonisation, la doctrine coloniale, en son cœur même, est l’exploitation des autres non-blancs pour faire avancer les agendas politiques et économiques de ceux qui se prétendent supérieurs. Les jumeaux malfaisants du colonialisme sont le génocide et l’esclavage ; les nations indiennes natives et les poulations noires importées payèrent un très lourd tribut à la construction et au développement des Etats-Unis et nous savons tous pertinemment que l’héritage de cette exploitation est bel et bien en vie aujourd’hui.

Une photo circule actuellement sur internet. Elle est un montage dénonçant l’impact du colonialisme sur les afro-américains et les nations et peuples indiens natifs du continent. Elle montre une photo de style rétro en noir et blanc montrant un visage à deux côtés. D’un côté le demi-visage d’un homme noir (de manière présummée un esclave ou un esclave émancipé), tandis que l’autre moitié du visage montre la moitié du visage du grand chef Lakota Sitting Bull/Taureau Assis. La légende de l’image dit ceci:

Name the country built on the genocide of one race and the enslavement of another” (“Nommez le pays bâti sur le génocide d’une race et la mise en esclavage d’une autre”… NdT: pour trouver l’image, faites un copier/coller de la phrase en anglais dans votre navigateur…). L’image nous rappelle non seulement la dévastation des processus coloniaux portée aux nations indiennes et aux Africains forcés à venir sur le continent, mais aussi que la colonisation et le traumatisme historique qu’elle a infligé à ces deux groupes ethniques signifient un lien commun né de l’oppression et de son héritage persistant.

Le colonialisme a nécessité le génocide pour nettoyer la terre de ses occupants pour permettre l’installation des colons blancs tandis que l’esclavage a fourni la main d’œuvre pour refaçonner le paysage à l’image de l’homme blanc. L’histoire de l’esclavagisme américain n’est pas controversive en ce que le fait de son authenticité historique est indiscutable. Le génocide par contre, n’a pas été reconnu dans les grandes largeurs, certainement pas comme un évènement historique reconnu par le gouvernement des Etats-Unis. Le pays a fait passer quelques résolutions et déclarations reconnaissant les “mauvais traitements” et la violence utilisée contre les Indiens et s’est même fendu d’une excuse officielle (risiblement enterrée en page 45 de la loi de la defense appropriations bill…), mais nulle part trouverez-vous le mot “génocide”.

Les universitaires et érudits voient le génocide comme un aspect du but des intervenants du colonialisme pour éliminer les natifs de l’endroit. Mais en général, l’élimination des peuples autochtones prend plusieurs formes insérées dans la société coloniale. Historiquement, cela met les peuples natifs dans une relation complexe avec les noirs. L’exemple le plus flagrant est le comment la propriété esclavagiste devint intégrée aux nations natives du sud. Les dites “Cinq tribus civilisées” devinrent connues sous ce vocable à cause de leur adoption des pratiques blanches, qui incluaient le fermage de grandes terres et l’esclavage. Si elles pouvaient être perçues comme “civilisées”, raisonnèrent ces tribus, peut-être ne seraient-elles alors pas forcées hors de leurs terres comme le furent tant d’autres nations. La pratique de la possession d’esclaves fut donc adoptée du moins en bonne partie en tant que mécanisme de survie des nations indiennes du sud au XVIIIème siècle. (NdT: Ces cinq tribus considérées “civilisées” selon les normes européennes étaient les nations: Cherokee, Choctaw, Chickasaw, Creek et Seminole)

Une étude en profondeur de l’esclavage tel qu’il fut pratiqué par les nations Cherokee, Creek, Chickasaw, Seminole et Choctaw révèle bien des différences en comparaison de la pratique des blancs. Les universitaires ont argumenté que les propriétaires d’esclaves indiens avaient une forte tendance à être bien moins cruels que leur contre-partie blanche. Ils incorporaient également des pratiques coutumières tribales fondées sur les relations de semblable à semblable et de cette façon, la distinction entre un esclave et un membre de la famille pouvait devenir quelque peu floue, comme ce fut le cas avec le célèbre Shoe Boots.

Shoe Boots était un Cherokee pur-sang d’une classe familiale de petits propriétaires mais néanmoins aisée pour les standards de l’époque ; en 1794, il acheta une femme africaine nommée Doll (Poupée). Non seulement était-elle sa propriété, mais il s’avéra qu’ils eurent une relation intime consensuelle, qu’on pourrait qualifier de relation maritale. Cette relation qui dura des décennies produisit cinq enfants qui seraient impliqués dans les histoires complexes de l’expulsion des Indiens, de la politique Cherokee, de la guerre civile et de l’émancipation, parfois expérimentant la liberté, parfois l’esclavage fondé sur leur statut de métis. Les descendants de Shoe Boots et de Doll sont aujourd’hui parmi les Freedman (émancipés) qui se battent toujours pour l’inclusion au sein de la nation Cherokee.

Le gouvernement des Etats-Unis a exploité le besoin survivaliste des peuples indiens et noirs. Alors que la survie indienne dépendait en partie de l’esclavage, ce fut le cas pour la survie noire pendant et après la guerre civile avec une dépendance des boulots offerts par les régiments de cavalerie de l’armée des Etats-Unis. Plus de 200 000 noirs ont combattu dans la guerre civile ( dite de sécession). Après leur émancipation, les noirs étaient enrôléss pour cinq ans dans l’armée et pouvait gagner plus que dans la vie civile. Les régiments de Buffalo Soldiers furent créés spécifiquement pour répondre aux besoins de l’expansion américaine vers l’Ouest (NdT: Il n’y a jamais eu autant de terres indiennes volées et d’Indiens déplacés et massacrés dans l’Ouest que pendant la guerre de sécession…) et parce qu’ils n’étaient admis qu’à l’Ouest du Mississippi, ils furent instrumentaux pour la protection des colons pendant les guerres indiennes. Ainsi les deux groupes les plus opprimés furent montés l’un contre l’autre.

Le contentieux relationnel entre les Indiens et les Afro-Américains a persité depuis la guerre civile et le problème récurrent des Freedmen illustre la complexité à laquelle doit faire face le peuple mixte, spécifiquement ceux qui ont un héritage à la fois indien et noir. Bien que cela ne constitue aujourd’hui qu’un petit pourcentage de la population noire américaine, d’après Henry Louis Gates, l’effort pour construire les passerelles de la compréhension est pris très sérieusement par les membres du National Congress of Black Indians qui, en 2014, a tenu sa première réunion annuelle à Washington D.C

Ceux dont la génétique appartient aux deux cultures sont les porteurs du flambeau de l’union entre les Africains-Américians et les peuples natifs américains. Ils personnalisent une vérité importante: au final, à cause de nos histoires avec le colonialisme, nous avons plus en commun l’un avec l’autre que nous avons de différences. Ainsi, à tous nos frères et sœurs afro-américains, le pays Indien est solidaire de vous en ce mois de l’histoire afro-américaine. Nous avons tous beaucoup pour être fiers.

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10 Réponses to “Résistance au colonialisme: Génocide et esclavage frères jumeaux mortifères de la colonisation du « nouveau monde »…”

  1. http://www.pvr-zone.ca/esclave_blanc.htm

    j’ai également lu quelque chose sur les esclaves africains et les marchands de sucre …….

  2. Tu m’étonnes que les zuniens de souche, comme dirait Hollandouille, ne s’intéressent pas à l’Histoire, la vraie… Sont réputés pour leur inculture. Quel article instructif, vraiment ; C’est vrai que cela me passionne ! Tout de même, je suis effarée par l’arrogance de ce gouvernement et de sa population qui ne s’intéresse à rien d’autre qu’à faire du fric, du fric et rien que du fric. Certes, de plus en plus de gens s’éveillent, heureusement, mais quand même, c’est long, très long. Trop long ?

  3. oscarsutter Says:

    J’ai beaucoup apprécié cet article, analyse fouillée et claire qui m’ a instruit sur plusieurs points; dire « oui, c’est juste, aman » est toujours opus fort et facile que de relever les points même rares qui posent problème;

    1: ainsi j’ai un peu mal compris un seul passage: « … les propriétaires d’esclaves indiens avaient une forte tendance à être bien moins cruels que leur contre-partie blanche » (sens exact?)

    2: « … dans la guerre civile, (dite de sécession) »: ce sont les Yankees qui refusent d’l’appellation « guerre de sécession » parce qu’ils refusent le fait accompli de cette sécession; or les Sudistes ont bel et bien fait sécession et constitué un état distinct de l’Union, même si celle-ci les ont fait « rentrer dans le rang » au prix de la guerre la plus meurtère et féroce qu’ait jamais connu l’Amérique du n,ord dans son histoire, une boucherie incroyable qui à bien des égards a préfiguré davantage la guerre de 14-18 que la débâcle de la guerre franco-prussienne de 1870…

    Vous savez sûrement du reste que l’anti-esclavagisme réel ou feint des Nordistes fut surtout un moyen de propagande « morale », et que les vrais enjeux étaient économiques (protectionnisme ou libre-échange, les intérêts des uns et des autres étant opposés à cet égard surtout..;)

    ATTENTION: je sais très bien que ce point lexical n’est qu’un « point de détail » comme dirait l’autre porc de service, suivez mon regard, et que le propos essentiel de votre article est ailleurs;

    et je serais encore plus désolé si vous interprétiez mes remarques comme une défense même indirecte du système de l’esclavage noir que voulaient perpétuer les sudistes à quelques exceptions près dont… le général Lee!…

    • Merci. Oui bizarre les aléas du « correcteur »…
      Pour le 1er point:
      Les Indiens Cherokee et autres nations des « cinq tribus civilisées » avaient totalement accepté le mode de vie des colons. Ils s’habillaient à l’européenne, s’étaient christianisés (grosse erreur) et pour cultiver leurs terres avaient donc eux aussi des esclaves noirs, du mois les familles les plus aisées. Ce que dit le texte est que ces natifs étaient moins cruels et plus compatissants que les colons blanc et que parfois la barrière « maître/esclave » du système était floue, des esclaves devenant partie des familles, mais toujours soumis à la loi esclavagiste des Etats-Unis.
      Pour le second point, il est une chose essentielle à prendre en considération quand on parle de la « guerre de sécession » qui fut une immonde boucherie: Les 13 colonies britanniques originelles qui se séparèrent de l’Angleterre en 1776 et devinrent les USA étaient en banqueroute. L’état fédéral a dû emprunter aux banquiers de la City de Londres, ceux-ci avaient demandé en garanti… les terres des colonies (volées aux Indiens bien sûr), le Sud étant bien plus « terrien » que le nord et aussi plus riche (sur le dos des esclaves) avaient beaucoup à y perdre et a refusé de mettre ses terres (toutes aussi usurpées) en gages/hypothèques pour garantir des prêts dont ils ne verraient quasiment pas la couleur puisque tout étant centralisé à Washington, Boston et New York. La sécession du sud peut-ietre vue comme le refus des colonies du sud de retourner à l’Angleterre par la porte de derrière.
      Le Nord était tout aussi esclavagiste, les grands « démocrates » nordistes étaient tous propriétaires d’esclaves… La cause de l’émancipation fut un moyen de gagner le terrain moral. Les USA sont toujours demeurés une dépendance de la City de Londres, c’est à dire de la véritable COURONNE et de la Banque d’Angleterre (la famille royale n’étant que le représentant de vitrine en tant que couronne = en lettres minuscules = ). Ceci perdure toujours de nos jours.
      Il est important de comprendre que Wall Street, que l’on dit toute puissante, n’est qu’un clone de la City, qui est le grand centre mondial de la haute finance. Du reste la reine ou le roi d’Angleterre et de GB ne peut entre la City sans y être invitée, elle atteint le Lord Mayor aux portes du temple et ils pénètrent la City ensemble, la reine ou le roi marcant DERRIERE le Lord mayor de la City. La City de Londres ne répond pas aux lois de la GB, possède son propre écu et armes, a sa propre police et est totalement indépendante de la GB. Le « square mile » le plus riche de la planète a les mêmes prérogatives que deux autres cités indépendants dans le monde avec lesquelles elle est en étroite relation: le Vatican et le Disctrict of Colombia (de Washington D.C). La trilogie des cités connecte les pouvoirs oligarchiques avec le religieux au Vatican, la finance à la City et le bras armé, la branche militaire à D.C.
      C’est ainsi que fonctionne le monde, pendant que les peuples s’abrutissent devant la télé et se gavent dans les galeries marchandes achetant des gadgets dont ils n’ont pas besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas.
      Une fois focalisée la vision panoramique… Il suffit de dire non ! en masse et la supercherie planétaire s’arrêtera. Les ordures oligarques demeurent parce que nous consentons, nous créons nous-mêmes l’opportunité pour cette fumisterie de se produire… En cela nous sommes aussi responsables, même si la propagande est très forte… On peut en sortir, rien n’est inéluctable, bien que ce soit ce qu’on veut nos faire croire comme la harpie Thatcher en son temps avec son toujours vivace motto de TINA (There Is No Alternative).
      bien sûr qu’il y a une ou plusieurs alternatives, il y en a toujours eu, mais le boulot des politiques et des États est de nous les cacher. Ils y parviennent de moins en moins…
      Merci des remarques pertinentes cela nous aide à rester focalisés…

  4. oscarsutter Says:

    Que fout donc ce correcteur automatique derrière mon dos si je puis m’exprimer de manière aussi impropre: j’avais écrit « amen », pas « aman », puis: « est toujours plus court et plus facile, non « opus fort » (délire surréaliste?)

  5. qu’elle est l’utilité d’un télescope, et sur la terre des indiens ?

  6. oscarsutter Says:

    Voir enfin DIEU, bien évidemment, ce Dieu que Gagarine avait dit ne pas avoir aperçu en tournant autour de la terre, le regard tourné, lui, dans une mauvaise direction sans doute… Ou, ce qui revient au même mais en plus gentil pour les Indiens: « venez voir, les gars, en mettant l’oeil là, au bon endroit, vous voyez, le Grand Manitou est à l’autre bout, qui vous dit: bonjour les petits, alors c’est quand qu’on vient rejoindre papa?! » Bon, je sais qu’il n’y a pas de quoi rire, mais comme pleurer ne change pas grand-chose non plus, et brouille même la vue, en plus….

  7. Merci du lien, musique bien sympa.
    Une petite précision: La nation Cherokee était considérée comme une des « cinq tribus civilisées ». Christanisés de la première heure, les Cherokee ont très vite adoptés les mœurs, us et coutumes des colons même si toujours teintés de culture locale. Ils sont devenus très tôt des fermiers, ont adopté les habitudes vestimentaires des colons, sans doute dans un premier temps pour échapper à l’expropriation. Il y eut de grandes batailles juridiques, perdues bien sûr devant la loi coloniale fondée sur la doctrine chrétienne de la découverte et au bout du compte, les Cherokee n’ont fait que reculer pour mieux sauter, puisqu’ils furent déportés comme les autres dans ce qui fut effectivement la « piste des larmes » en 1838 en application de la loi « Indian Removal Act » d’Andrew Jackson, sans doute le plus raciste de tous les présidents des Etats-Unis, qui fut sauvé lui et les siens par des Cherokees lors d’une bataille en 1814…
    En 1832, la cour suprême des Etats-Unis renversa une autre décision de 1831 et donna souveraineté aux Cherokee sur leurs terres. Le président Jackson alla contre la décision de la CS et ordonna la déportation de la nation pour s’emparer de leurs terres, après qu’en 1835, un groupe de 100 Cherokees signa illégalement la cession des terres Cherokee à l’Est du Mississippi. C’est ce traité qui servit de base à l’éviction des Cherokees, qui furent expulsés par l’armée de leur terres en Georgie et transférés en Oklahoma. 4 000 des leurs périrent lors du trajet.
    Nous voulions juste situer historiquement le contexte de la chanson.
    Merci et bonne continuation.

    • Ok on aime mieux çà car on n’avait pas trouver les paroles sur leur site internet. Oui ce genre de trash musik qui se veut provocatrice n’est que çà… trash, de la m…. quoi ! qui donne en plus un tres mauvais nom au « punk-rock » qui a quand même quelques bons groupes, notamment NoFx dont l’humour et la dérision sont souvent rafraîchissants… Y a pas que de la m…. en punk-rock mais y en a beaucoup c’est vrai, comme pour le rap.

    • Ratuma Says:

      regardez plus haut, c’était fait

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