Résistance politique: Manifeste des condamnés pour appartenance à la 1ère Internationale (procès de Lyon 1883)

Le manifeste des Anarchistes

Qu’est-ce que l’anarchie et qui sont les anarchistes ?

Les anarchistes sont des citoyens qui, dans un siècle où la liberté d’opinion est prêchée partout, ont cru être leur droit et leur devoir que d’appeler pour une liberté illimitée.

De par le monde, il y a des milliers, voire des centaines de milliers ou des millions d’entre nous, car nous avons le mérite de dire tout haut ce que la foule pense tout bas. Nous sommes les quelques millions de travailleurs qui clâment une liberté absolue, rien d’autre que la liberté, toute la liberté.

Nous voulons la liberté, nous affirmons le droit pour chaque humain de faire ce qu’il lui plaît par les moyens qui lui semblent bons. Une personne a le droit de satisfaire tous ses besoins entièrement, jusqu’à satiété, sans limites donc autres que celles des impossibilités naturelles et des besoins de ses voisins, qui doivent être respectés tout aussi égalitairement que les siens.

Nous voulons la liberté et nous croyons son existence être incompatible avec l’existence de quelque pouvoir que ce soit, quelle que soit son origine ou sa forme, que ce soit de manière électorale ou imposée, monarchiste ou républicaine, inspirée du droit divin, du droit populaire, de l’eau bénite ou du suffrage universel.

L’histoire nous enseigne que chaque gouvernement est comme tout autre gouvernement et qu’ils se valent tous. Les meilleurs sont les pires. Dans certains il y a plus de cynisme, dans d’autres plus d’hypocrisie, mais au bout du compte ce sont toujours les mêmes procédures, toujours la même intolérance. Il n’y a pas de gouvernement, incluant ceux qui paraissent être les plus libéraux, qui n’a pas dans les poussières de ses arsenaux législatifs une bonne petite loi au sujet de la (première) Internationale, à utiliser contre toute opposition inconvéniente.

Le mal aux yeux des anarchistes, ne provient pas d’une forme de gouvernement que d’une autre. Le mal réside dans l’idée de gouvernement elle-même… Le principe d’autorité est le mal.

Notre idéal de relations humaines est de substituer le contrat libre, perpétuellement ouvert à la révision ou l’annulation en lieu et place du gardiennage administratif et légal ainsi que de la discipline imposée.

Les anarchistes proposent d’enseigner aux gens de faire sans gouvernement de la même manière qu’ils apprennent déjà de faire sans dieu.

Les anarchistes enseigneront aussi aux gens à se passer de la propriété privée. En fait, le pire tyran n’est pas celui qui vous enferme, mais celui qui vous affame. Le pire tyran n’est pas celui qui vous attrape par le col, c’est celui qui vous attrape par le ventre.

Pas de liberté sans égalité ! Il n’y a pas de liberté dans une société où le capital est monopolisé dans les mains d’une monorité toujours décroissante, dans une société où rien n’est divisé équitablement, pas même l’éducation publique, qui est sensée être payée par l’argent de tous.

Nous pensons que le capital est le patrimoine commun de l’humanité parce qu’il est le fruit de la collaboration entre les générations passées et présentes et qu’il doit être mis à la disposition de tout le monde de façon à ce que personne ne soit exclu et personne ne peut s’approprier une part au détriment des autres.

En un mot, ce que nous voulons est l’égalité. Nous voulons l’égalité réelle comme corolaire de la liberté, en fait comme sa condition préliminaire, essentielle et nécessaire.
A chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins.

Voilà ce que nous voulons, c’est ce sur quoi notre énergie est toute dévouée. C’est ce qui sera, car aucune limitation ne peut prévaloir contre des demandes qui sont à la fois légitimes et nécessaires. Voilà pourquoi le gouvernement cherche sans cesse à nous discréditer.

Scélérats que nous sommes, nous demandons du pain pour tous, la connaissance pour tous, l’indépendance et la justice pour tous.

 

Signataires: Pierre Kropotkine, Emile Gauthier, Joseph Bernard, Pierre Martin et Toussaint Bordat

(Lyon, 1883)

manifeste fut publié à l’occasion du procès à Lyon en 1883 des 60 personnes accusées d’appartenir à l’Association Internationale des Travailleurs (AIT) ou 1ère Internationale Ouvrière.

Kropotkine et trois de ses co-accusés furent condamnés à 5 ans d’emprisonnement, 10 ans de surveillance policière, 5 ans de privation de droits civiques et 1000 Francs d’amende chacun. Les autres reçurent des peines moindres. L’expérience de Kropotkine en prison est comptée dans son livre “Dans les prisons russes et françaises” (1887).

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