Introduction à la Grande Loi de la Paix ou Constitution de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) traduite intégralement par Résistance 71

“En leur cœur même, les états européens et leur progéniture coloniale personnifient toujours les mêmes impulsions destructrices et irrespectueuses qu’il y a 500 ans… Au moment du premier contact avec les Européens, la très vaste majorité des sociétés natives américaines étaient parvenues à la véritable civilisation: Elles n’abusaient pas de la planète, elles promeuvaient la responsabilité commune, elles pratiquaient l’égalité des sexes dans les relations quotidiennes et elles respectaient la liberté individuelle.” …

“La tradition indigène du continent américain voit le gouvernement comme étant le pouvoir collectif des membres individuels de la nation, il n’y a pas de séparation entre la société et le pouvoir. Le leadership s’exerce en persuadant les individus d’immerger leur pouvoir auto-gestionnaire dans l’intérêt du bien commun. Par contraste, dans la tradition européenne, le pouvoir est abandonné aux représentants d’une majorité politique, dont les décisions sur ce qu’ils pensent être bon pour l’intérêt général sont ensuite imposées aux citoyens.”

 

~ Professeur Taiaiake Alfred, université de Victoria, Canada ~

 

Introduction à Kaianere’ko:wa ou la Grande Loi de la Paix de la Confédération des 6 nations iroquoises

 

Résistance 71

 

22 Janvier 2015

 

1ère partie

2ème partie

3ème partie

 

Comme nous l’avions annoncé en 2014, nous avons fini la traduction complète en français de Kaianere’ko:wa ou la “Grande Loi de la Paix”, charte fondatrice de la confédération de la ligue des cinq puis six nations iroquoises. Nous n’affirmons pas que les 117 wampums ou “articles” de la Grande Loi n’ont jamais été traduits en français, mais une chose est certaine, on ne trouve pas de traduction complète de Kaianere’ko:wa à la disposition de tout à chacun. En cela notre travail est unique et nous pensons avoir comblé un vide historique non seulement pour les habitants natifs ou colons de l’Amérique du Nord parlant le français, mais aussi pour tous ceux qui sont intéressés historiquement ou politiquement à ce qu’amène et propose un tel texte.

Nous tenons ici à dire que nous avons offert notre traduction à la confédération iroquoise à toute fin éducatrice utile, via les “Mères de Clans” de la nation Mohawk.

Kaianere’ko:wa, prononcez Ga-y-a-né-ré-go-oua, est le fruit de la réflexion d’une personne en provenance de la nation Huron nommé Dekanawida (prononcez Dé-ga-na-oui-da en langue iroquoise), qui proposa un schéma de fonctionnement politique et de paix durable pour les nations alors en guerre quasi perpétuelle. Il marcha à travers les bois et rencontra un homme de la nation Kanion’ke:haka (prononcez Ga-ni-on-gué-ha-ga), “peuple du silex” plus connu aujourd’hui sous le nom de nation Mohawk, du nom de Hiawatha (prononcez: Hi-a-oua-ta) qu’il convainquît du bien fondé de sa proposition. Aidé d’Hiawatha, Dekanawida s’en fût proposer Kaianere’ko:wa à la nation Mohawk qui fut la première à l’accepter. Ensemble, ils persuadèrent les quatre autres nations de langue iroquoise: Oneida, Cayuga, Onondaga et Sénéca à former la Ligue des Nations Iroquoises.

Dans ses “Akwesasne Notes News Series” (1995), Bruce E. Johansen nous dit ceci: “Utilisant une combinaison de sources documentaires, de données sur les éclipses solaires et l’histoire orale iroquoise, les chercheurs Mann et Fields ont évalué que le corps politique légal de la Confédération des Nations Iroquoises fut adopté par la nation Sénéca (la dernière à l’avoir ratifié), le 31 Août 1142. Le conseil de ratification de la Grande Loi se réunît alors sur un site appelé Gonandaga et qui est maintenant un terrain de sport dans la ville de Victor, dans l’état de New York aux Etats-Unis.” La confédération prît alors de nom d’Haudenosaunee (prononcez: Hô-dé-no-chau-ni) ou “peuples de la longue maison”, utilisant la symbolique de la longue maison traditionnelle iroquoise où plusieurs familles vivaient sous le même toit, le feu, l’âtre en son centre étant la nation Onondaga, où le feu du grand conseil brûle en permanence depuis plus de 900 ans maintenant et d’Ouest en Est: la nation Sénéca (gardienne de la porte occidentale des territoires Haudenosaunee), la nation Oneida, puis la nation Cayuga et enfin la nation Mohawk (gardienne de la porte orientale des territoires Haudenosaunee). Une 6ème nation: Tuscaroa, fut adoptée par la confédération bien plus tard en 1722 (après la Grande Paix de Montréal avec les Français de 1701).

Depuis le XIIème siècle, les nations iroquoises suivent Kaianere’ko:wa et ne sont plus jamais entrées en guerre l’une contre l’autre, même lorsque les Français et les Anglais parvinrent à s’allouer des alliances différentes parmi les nations iroquoises (seule la nation Mohawk demeura liée aux Britanniques, tant il lui fut très difficile de pardonner aux Français leur première rencontre qui vit alors Samuel de Champlain et ses hommes ouvrir le feu sans raison, si ce n’est celle d’impressionner les “sauvages”, sur des Mohawks venus à leur rencontre tuant d’entrée de jeu plusieurs personnes dont un chef…), les nations iroquoises bien que soutenant des parties opposées de la belligérence, ne se combattirent jamais et en cela ne faillirent jamais à la Grande Loi de la Paix.

Originellement, Kaianere’ko:wa fut récité en tant que tradition orale et chaque article (il y en a 117 en tout) fut consigné dans un wampum ou “ceinture” de nacre de coquillages colorée différent, représentant de manière codifiée la teneur de l’article. Régulièrement (tous les cinq ans dans l’ère moderne), un des chefs du grand conseil récite l’histoire de la création de Kaianere’ko:wa et récite les 117 wampums afin de toujours rafraîchir mémoire et tradition. Le récitant récite trois jours durant jusqu’à quasi-épuisement chaque jour.

Kaianere’ko:wa ou grande Loi de la Paix est une charte confédérale expliquant le fonctionnement non hiérarchique et non-coercitif de la société. Kaianere’ko:wa est un témoignage particulier toujours vivant et actuel sur le bienfondé des résultats de recherche d’anthropologues politiques comme Pierre Clastres et Marshall Sahlins, que nous avons cité, traduit et publié abondamment sur ce blog, démontrant l’existence intrinsèque pour et par elle-même, des sociétés dites “primitives”, pré-étatiques pour les structuralistes ou pré-capitalistes pour les marxistes, fonctionnant de manière non politiquement divisée, avec une chefferie n’ayant aucun pouvoir, où la démocratie participative est absolue, les décisions étant prise à l’unanimité et où les rapports de production si chers aux marxistes sont inexistants pour la simple et bonne raison que ces sociétés fonctionnent volontairement en sous-production et refusent l’exploitation du grand nombre par le plus petit nombre.

La charte confédérative est fondée sur le droit naturel et la triologie de concepts fondateurs: Paix, Pouvoir et Droiture.

Chaque décision prise unanimement et dont les chefs de clans, de nations et de la confédération ne sont que les portes-parole des peuples décisionnaires, est prise en fonction de ces seuls trois critères directeurs :

  • Paix: notre décision collective maintiendra t’elle la paix, évitera t’elle les conflits ? Comment résoudre un conflit émergent ?
  • Pouvoir: Les chefs ne décident pas, ils rendent compte. Seul le peuple a le pouvoir et les chefs ne font que rapporter la décision prise collectivement et en accord avec les “Mères de clans” et les conseils de femmes dans une société régit matrilinéairement.
  • Droiture: Notre décision est-elle cohérente avec la préservation de notre Terre-Mère et que penseront nos descendants non-nés de la 7ème génération de la décision que nous prenons aujourd’hui ? Pourront-ils nous la reprocher sachant que notre devoir est de préserver la paix et notre Terre-Mère.

A cet effet, Kaianere’ko:wa est divisée en plusieurs segments regroupant plusieurs wampums. Vu la longueur du document (40 pages en français), nous le publierons en 3 parties. Ces parties sont arbitrairement désignées par nos soins et ne correspondent en aucun cas à une scission établie du document. Notre traduction a tenu compte de la forme de langage employée, nous n’avons malheureusement pas pu traduire directement depuis la langue originelle iroquoise, mais de l’anglais (nous avons néanmoins en notre possession le texte intégral en langue iroquoise) . Notre traduction n’offre aucun commentaire ou interprétation de quelque nature que ce soit, juste le texte tel qu’en lui-même.

Voici comment nous le publierons:

  • 1ère partie: Wampum 1-Wampum 54 qui couvrent:
    Dekanawida et les chefs plantant l’arbre de la paix, l’arbre de paix et ses racines, les gardiens du feu, les conseils, les procédures de paroles durant les réunions de conseils, les Mères de Clans possédant le pouvoir de nomination des chefs, la révocation d’un chef, la remise dans le chemin d’un chef errant, la démission d’un chef, les qualités morales des chefs, les chefs comme enseignants et guides spirituels, un chef démit de ses fonctions temporairement, mort d’un chef et son remplacement, les noms des cinq chefs de guerre, quand un chef ou chef de guerre agit contre la Grande Loi, l’envoi des messagers, les clans, titres de clans, la matrilinéarité, les femmes détentrices des titres de chefs et de la terre, remplacement des mères de clans, devoirs des mères de clans, méthode pour les mères de clans pour rectifier un chef errant, les mères de clans et la sélection d’un nouveau chef
  • 2ème partie: Wampum 55- Wampum 78 qui couvrent:
    les symboles, les territoires, trahison, abandon des droits, que faire en cas de grande calamité, lecture de la Grande Loi, l’installations des rites, méthodologie d’enterrement des armes de guerre, l’adoption, émigration, la propriété et la possession, les langues, adoption temporaire d’une autre nation, réfugié étranger cherchant une résidence permanente, adoption temporaire, révocation d’adoption, nations encouragées à rejoindre la Grande Paix
  • 3ème partie: Wampum 79-Wampum 117 qui couvrent:
    la guerre, la société des guerriers, le choix du chef de guerre de la confédération, nations vaincues, relation symbolique, la paix, la Grande Loi de la Paix et les autres nations, les chefs et la guerre, la wampum noir, la société des guerriers et une nation traîtresse, les droits des peuples, referendums, les conseils de femmes égaux des conseils des hommes, les feux de conseils des nations indépendantes et souveraines, les cérémonies, les festivals de remerciements, les chansons d’installation et de paix, protection de l’habitation, les funérailles et les cérémonies de condoléances, les 10 jours de deuil.

Le but ultime de Kaianere’ko:wa est de respecter autrui selon le principe fondamental de loi naturelle qui veut qu’on ne fasse pas à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’on nous fasse. Il faut donc respecter autrui, respecter les autres nations, gérer le relationnel d’égal à égal, sans condescendance ni arrogance (cherchez l’erreur côté occidental…). L’ordre naturel des choses est la paix et l’harmonie, la complémentarité, la coopération et l’entre aide mutuelle pour le renfort d’une bien meilleure (sur)vie.

Kaianere’ko:wa ne peut fonctionner en tant que telle que dans une société clanique de lignée matrilinéaire. Néanmoins, bien des aspects abordés par ce texte fondateur de l’humanité (n’oublions pas que Benjamin Franklin et Thomas Jefferson entre autres, furent de grands admirateurs de la confédération iroquoise et de son système politique), pourraient être adaptés dans le cadre notamment d’une charte confédérationnelle liant volontairement un réseau de communes libres et émancipées. Certains outils politiques existent depuis 900 ans, permettant de fonctionner de manière non-étatique, non-coercitive et en s’assurant que le pouvoir n’établisse pas d’organe séparé impliquant une division politique de la société, il serait certainement intelligent de comprendre et d’adapter de telles possibilités à la vie et aux sociétés modernes.

Notre travail de traduction est dédié à la confédération iroquoise, en lutte contre le terrorisme d’état colonial depuis le XVIème siècle, aux nations en lutte pour leur souveraineté sur le continent des Amériques, en lutte contre le terrorisme d’état européen depuis 1492, à tous les peuples colonisés de la planète et à tous ceux qui désirent divulguer en francophonie, la parole de la paix, du pouvoir du peuple et de la droiture.

Ske:nen (paix)

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Kaianere’ko:wa, La Grande Loi de la Paix (XIIème siècle)

1ère partie

2ème partie

3ème partie

5 Réponses to “Introduction à la Grande Loi de la Paix ou Constitution de la Confédération Iroquoise (XIIème siècle) traduite intégralement par Résistance 71”

  1. Bonjour. Merci beaucoup. Qui l’a traduite?

  2. connaissez-vous des mots reliés à la joie, au bonheur, en Iroquois et traduits en français? Merci!

    • Il n’y a pas « d’iroquois » à proprement parler, il y a des « langues iroquoises », qui diffèrent quelque peu, ainsi chaque nation iroquoise a sa langue propre. Il y a en ligne des dictionnaires pour les langues « mohawk » ou « seneca » etc… Merci de nous suivre et de diffuser Kaia’nereko:wa la Grande Loi de a Paix…

  3. […] publié en janvier et février 2015 par Résistance71 en 3 parties + introduction au texte […]

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